IL À VÉCU LAN DU SEIGNEUR
Armes : d'argent à une croix ancrée de sable, chargée d’une coquille d’or.
‘ Sa médaille offre cette légende : Fulta belli pacisq. artibus. |
CUT tan
LU
fjuitième Grand-ÆMaître,
À JÉRUSALEM
Plus que jamais l’ordre des Hospitaliers avait besoin d’un chef qui, à la prudence et au courage, joigniît une longue habitude du commandement; le choix tomba surGarnier deSyrie,ainsi nomméparce qu'il était né à Napoli ‘. Bailli ou prieur d’Angleterre, et turcopolier * (chef des milices de l’ordre), il jouissait de la plus grande estime auprès du roi Henri IT, qui, pour lui témoigner son affection, laissa à sa disposition la fameuse abbaye de Buckland, dont les chanoïnes s'étaient déshonorés par leur dissolution ; le prieur d'Angleterre en fit une maison de sœurs hospitalières.
‘ Naples ou Naplouse.
2 Voyez Alphonse de Portugal.
Revenu en Palestine après sa nomination, Garnier trouva l’ordre tellement affaibli par les pertes qu’il avait éprouvées durant une guerre sans trève et sans relâche, que pour se mettre en état de rentrer en campagne, il fut obligé de rappeler ses chevaliers , épars en diverses villes, et de donner l’habit à un grand nombre de novices. Mais les efforts surnaturels du Grand-Maître devaient se briser contre le génie du redoutable Saladin , dont toutefois le triomphe eût été moins prompt s’il n’eût été préparé par la perfidie de Raymond, comte de Tripoli, qui feignit d'abandonner le parti du soudan. Celui-ci, d'accord avec lui, met le siége devant Tibériade , qui appartenait au comte, l’emporte d'assaut, et resserre étroitement la citadelle; Raymond accourt alors auprès du roi avec les démonstrations de la douleur la plus vive, lui exagère l'importance de cette place, engage à la délivrer, et décide linhabile Lusignan à marcher contre Saladin avec toutes ses troupes. Ce prince déloyal eut soin lui-mème de placer l’armée en un lieu ceint de rochers, et qui paraissait imexpugnable, mais où la disette d’eau ne tarda pas à se faire sentir. Averti de tout, le sultan s'était emparé des divers passages, et bientôt il n’y eut plus de salut pour les chrétiens que dans une bataille générale : un transfuge conseilla vainement à Gui d'attaquer de front le corps des mameluks,
principale force de Saladin ; le comte de Tripoli fit négliger ce salutaire avis, rangea les soldats en ligne de manière à ce que le soleil brûlant éblouiît leur vue , et eut soin surtout de dé : garnir le centre de l'armée. Les Templiers et les chevaliers de l'Hôpital, formant la pointe , marchèrent publ: et du premier choc enfoncèrent les infidèles ; mais abandonnés de Raymond, qui se sauva avec les siens, attaqués de front et sur les flancs, ils périrent presque tous. Cependant la victoire était encore indécise, et le combat recommença le lendemain sans aucun avantage marqué; impatient de vaincre, Saladin fit alors mettre le feu aux forts voisins, afin d’augmenter la chaleur de l'été, et au point du jour il attaqua de nouveau les chrétiens. Pour cette fois, ce fut moins une mêlée qu'un horrible massacre; les soldats de Lusignan, épuisés de lassitude, mourant de soif, s'étendaient par terre et ateoilient le trépas comme un bienfait. Trente
mille hommes furent ainsi égorgés ou faits prisonniers, et le roi, les seigneurs, le Grand-Maître des Templiers, la vraie Croix , tombèrent au pouvoir de leurs cruels ennemis ; Garnier, tout couvert de blessures; pArtint presque seul à se faire jour, l’épée à la main, à travers un corps de mamelucks ’ et à gagner Fees F.
Telle fut la fameuse bataille de Hibésiale ,) qui 0 E 4
dura trois jours et finit le 3 juillet 1187. Trois mois après, la ville sainte était au pouvoir de Saladin; Ascalon fut livrée pour la rançon du roi, et de toutes leurs conquêtes , il ne resta aux chrétiens que Tyr, Antioche, Tripoli, et quelques forteresses défendues par les Hospitaliers. Saladin , voulant exterminer les deux ordres, fit décapiter en sa présence tous les chevaliers captifs qui préférèrent la mort au parjure ; lui-mème trancha la tête à Renaud de Châtillon, un des chefs de l’armée chrétienne.
Gui de Lusignan, monarque sans asile dans son royaume , parut un moment recouvrer la mâle énergie de ses ancêtres , et formant la résolution de reconquérir une place forte où il püt résister aux Sarrasins , il rallia ce qui restait de soldats, et alla mettre le siége devant Saint-Jean-d’Acre, autrefois Ptolémaïs.
Garnier, lui demeurant fidèle, le suivit avec le faible reste des Hospitaliers, et on les vit illustrer leur infortune par les faits d'armes les plus héroïques. Mais la ville, ravitaillée du côté de la mer, soutint vigoureusement tous les assauts, et ne se rendit, après trois ans de siège, le 5 ou le 13 juillet 1191, que lorsque les armées de France et d'Angleterre, conduites par leurs rois eux-mêmes en Palestine, arborèrent sous ses murs l’antique étendard des croisades. On ignore si Garnier de Syrie
put se réjouir de la prise de Saint-Jean-d’Acre; on sait seulement, par une charte du roi de Jérusalem, qu'il existait encore au 1% février de la même année; c’est donc par erreur que Naberat, Vertot, et quelques autres historiens font mourir le Grand- Maitre à Ascalon en 1187, dix jours après la bataille de Tibériade , ou même le lendemain, des suites de ses blessures *. | Garnier de Syrie était, dit-on, seigneur de la cité de Krac, en Arabie, qu’il donna à l’ordre. La perte de Jérusalem consterna l'Europe, et le pape Urbain IIT ne put, dit-on, y survivre. Il paraît que l’ordre Teutonique fut fondé pendant le siége d'Acre, par quelques gentilshommes de Brême et de Lubeck ; le pape Célestin IIT, qui leur accorda une bulle d'approbation vers 1193, les désigna sous le nom de Chevaliers Teutoniques de Sainte-Marie de Jérusalem. Ils portaient un manteau blanc avec la croix noire , et leur règle était semblable à celle des Hospitaliers ; toutefois ils devaient être Allemands et d’une famille noble. Nous ne saurions entrer dans le détail des faits qui concernent les ordres Teutonique et des Templiers, même en ne les envisageant que dans leurs rapports avec l’ordre des chevaliers de l'Hôpital : il
‘ Constantia major rerum fato , telle est la légende qui entoure la médaille de Garnier de Syrie dans le WMemorie, etc.
me 52 GARNIER DE SYRIE.
nous suffira de dire, en empruntant une comparaison au livre de l’Ecclésiastique, que cette triple institution fut un bienfait d'autant plus grand qu'un tissu, formé de trois cordons, se rompt difficilement.
Armes : de sable à la croix d'argent.
ERMENGARD D'APS,
Meuvième Grand -Maître,