‹ Monumens des grands-maitres de Saint-Jean de Jérusalem ... Accompagnés de notices historiques sur chacun (volume 2)Chapitre 32 sur 84 · ADIEU · texte numérisé non relu

ADIEU

Armes de Portugal : de gueules aux huit tours d'argent, sur le tout un écu d'argent semé de cinq cœurs d'azur.

GEOFROI LERAT.

Dosième Hrand-Maître,

À ACBE.

La conduite hautaine d’Alphonse avait fait sentir le besoin d’un chef moins impérieux, dont l’affabilité rétablit la concorde, et dont la considération personnelle rendit à la place de Grand-Maitre toute la dignité que la*violence de son prédécesseur lui avait fait perdre: Geoffroy le Rat, originaire de la Touraine, ancien chevalier de la langue et grand-prieur de France, fut jugé digne d’un pareil honneur, et tous les suffrages tombèrent sur lui. Mais ici l'obscurité des dates est loin de se dissiper , car, selon les uns, Geoffroy fut nommé Grand-Maître dès 1193, et, selon d’autres annalistes, il ne fut élu qu’en 1204, ce qui paraît mieux prouvé. |

Le nouveau chef des Hospitaliers commença par réunir ses efforts à ceux du patriarche de Jérusalem, afin de rétablir l'harmonie entre le prince d’Antioche et le roi d'Arménie, Boëmond III ou IV. Il est remarquable que ce fut sous ce magistère si court, qu’eurent lieu la prise de Constantinople par les croisés, la chute de l'empire grec et la naissance de l'empire latin. Ceci nous donne occasion de rappeler, à l'égard des croisades en général, que ces expéditions avaient non-seulement pour objet de favoriser les pélerinages et de secourir les chrétiens d'Orient, maïs encore de garantir lItalie des invasions des Sarrasins et d’affaiblir leur puissance, établie jusqu’en Espagne ; la diversion qu'opéraient ces entreprises lointaines suspendait d’ailleurs les guerres particulières, inséparables du régime féodal, et toute la force des chrétiens, d’abord tournée contre eux-mêmes, se concentrait sur l'ennemi commun. En un mot, des croisades datent la prospérité des peuples , l’affranchissement des villes et la tranquillité publique.

Amaury termina sa carrière en 1206, laissant deux trônes vacans. Celui de Jérusalem appartenait à Marie, fille d'Isabelle et de son premier époux. Fatale destinée de la Palestine, que des héros auraient eu peine à sauver, et à qui le hasard ne donnait que des femmes ou des enfans pour la

gouverner |! Une députation fut alors envoyée en France pour offrir la main de Marie à un prince digne de cet héritage de dangers et de gloire. Philippe-Auguste désigna Jean de Brienne, comte de Vienne, jeune chevalier, aussi ardent que brave, quipromit aux ambassadeurs d'arriver au plus tôt à Acre avec une puissante armée. Déjà la renommée publiait dans l'Orient le nombre, la force et jusqu'aux noms des chefs de cette nouvelle croisade, et une funeste confiance s’empara des chrétiens. En vain Geoffroy, à qui une longue expérience avait appris à se défier des promesses de l’Europe, conseilla de prolonger dix ans encore la trève conclue avec Safadin, frère et compagnon d'armes de Saladin, et qui réunissait sous ses lois presque tout son vaste empire. Les prélats, par une coupable ambition, et les Templiers, pour se montrer opposés à un avis émis par le Grand-Maitre de l'Hôpital, se prononcèrent pour la guerre, et elle fut résolue.

Geoffroy ne fut pas témoin des malheurs qu'il prévoyait, et que de telles dispositions devaient attirer sur la Palestine. Il mourut au mois de juin 1207.

Sous son gouvernement, le pape Innocent IT fit cesser les différends survenus entre les Hospitaliers et les chevaliers du Temple. Il est remarquable que le souverain pontife, par une raison qu’explique sa paternelle sollicitude pour deux ordres

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70 | GEOFFROŸ LE RAT.

également utiles à la religion , quoique rivaux; aima mieux les amener à une amiable composition que de prononcer un jugement de rigueur.

Armes : d’or, à un bocage de sinople dans lequel paît un cerf d'argent ou d’azur, à la licorne d’argent debout.

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Greiième Érand-Maître,

À ACRE

Guérin de Montaigu, de la langue d'Auvergne, fut élu en 1207. La réputation de bonne foi et de probité de ce Grand-Maître et des, Hospitaliers était telle, que Livron, roi d'Arménie, priant le pape de nommer des arbitres pour juger à qui devait appartenir la principauté d’Antioche, qu'il réclamait pour son neveu, contre le comte de Tripoli, désigna Guérin de Montaigu dans la lettre qu’il adressait au souverain pontife.

Mais, tandis que le roi d'Arménie s'interposait pour la principauté d'Antioche, il n’était point affermi lui-même sur le trône. Sollicité par le comte de Tripoli, le sultan d’Iconium envahissait l’Arménie, portant partout le meurtre, le pillage et

l'incendie. Rome fit alors un appel aux Hospitaliers, qui y répondirent en volant aux armes. Le Grand-Maître marcha en personne contre Soliman, le joignit, l’attaqua avec impétuosité, tailla son armée en pièces, et purgea l'Arménie du joug des infidèles. Livron, reconnaissant, céda à l’ordre la ville de Saleph et quelques forteresses.

Ce n’était pas seulement en Orient que les chevaliers de Saint-Jean se montraient ainsi les défenseurs des princes injustement attaqués. En Espagne, ils aidaient le roi de Castille à sauver ses États d’une irruption de l’empereur de Maroc; dans le midi de la France, ils comprimaient la révolte des Albigeoiïis, et à Bouvines, Guérin, un de leurs frères, conserva à > PAR pperAghste sa vie et sa couronne.

L'Europe, enfin pacifiée, put tourner ses regards vers la Palestine, où venait d’arriver Jean de Brienne, suivi de trois cents chevaliers. Mais il n'avait trouvé pour royaume que quelques places à la veille d’être investies, et il écrivait au pape, de la ville d’Acre, sa capitale : « Très-Saint-Père, je cours grand risque d’être roi sans sujets. »

Le souverain pontife assembla aussitôt un concile dans l’église de Saint-Jean-de-Latran, en 1215, et une croisade y ayant été résolue, le ren dez-vous général en fut assigné au 1° juin 1217. And 4 Hongrie, qui était parti le premier, trot

Chypre, Guérin de Montaigu qu'il avait prié de venir conférer avec lui sur les dispositions à prendre pour la campagne qui s’apprètait.

De Chypre l’armée se transporta à Acre, où le roi de Hongrie refusa le palais du roi de Jérusalem pour demeurer chez les Hospitaliers. Les vertus du Grand-Maître, la charité, la patience des chevaliers envers les pauvres et les afiligés, avaient même tellement touché ce monarque, qu'il témoigna le désir d'entrer dans l’ordre.

Cependant , peu ému de l’arrivée des nouveaux croisés, Coradin, fils de Safadin, s’avançait pour investir l’armée chrétienne dans Acre même; mais, la voyant s’ébranler et venir à sa rencontre, il n'osa l’'attendre. Cette armée comptait dans ses rangs les rois de Jérusalem, de Chypre et de Hongrie, et trois Grands-Maîtres, Teutonique, Templier et Hospitalier. Malheureusement le roi de Chypre mourut à Tripoli, André fut obligé de repasser dans ses États, et les croisés ne conservèrent que Jean de Vienne, monarque sans royaume, et général sans armée. Toutefois, de nombreux renforts leur étant arrivés, les chrétiens résolurent d’aller

: À LA attaquer l'ennemi dans ses Etats même, et Da-

miette , rempart de l'Égypte , le vit aux pieds de ses murs. Des prodiges de valeur y signalèrent les ordres chevaleresques; la ville fut emportée, et anmoins l'expédition , commencée glorieuse-

ment , finit d'une manière honteuse par l’orgueil ét la folle témérité du légat de la cour de Rome.

Des troubles étant survenus dans Vile de Chypre en 1222, entre le peuple et les prélats, malheureusement trop disposés à abuser de leur autorité, Guérin y fut appelé pour les pacifier. De-là il passa en France avec Jean de Brienne, parcourut l’Espagne, l'Allemagne, l'Angleterre, et parvint à engager une foule de seigneurs à se croiser. Mais la Palestine livrée à elle-même,sans chef et sans roi, se voyait déchirée par ses défenseurs qui, agissant à part sans songer au bien général, se faisaient souvent Îa guerre entre eux.

Guérin à son retour y apprit que le comte de Tripoli s'était emparé de plusieurs forteresses de l'ordre, et qu’il avait fait périr dans les tortures plusieurs chevaliers tombés entre ses mains. Les avis, les menaces du Grand-Maitre, les remontrances du pape, rien n'avait pu toucher l’inflexible Raymond. Toutefois, quand il vit la bannière des Hospitaliers déployée au sein de ses États, il se soumit à toutes les réparations exigées. Mais on sent combien ces fatales discordes affaiblissaient les chrétiens. Un nouvel incident vint les augmenter encore. |

Frédéric IT, empereur d'Allemagne, se trouvant roi de Jérusalem par son mariage avec la fille de Jean de Brienne, parut en Palestine en 1227; afin

d'y prendre possession de son nouveau royaume. Mais, comme il était sous le poids d’une excommunication lancée par le pape, les deux ordres refusèrent de le reconnaître et de lui obéir. Le trouble s’accroissait à chaque instant, et il devint à son comble lorsque Frédéric se mit en campagne.

Cependant les Templiers et les Hospitaliers suivirent, mais de loin et formant un camp particulier. L'empereur sentit enfin sa position : sa fierté demanda merci, et, par un traité particulier, il fut convenu que le mot d'ordre serait donné aux troupes au nom de Dieu et de la religion; sans faire mention du chef.

On sait que l’opiniâtre Grégoire poursuivait alors Frédéricavec acharnement en Europe,qu'ilexcitait la rébellion dans ses villes, et la bonne intelligence entre l’empereur et les deux ordres qui reconnaissaient le pape pour suzerain, ne pouvait être de longue durée. Frédéric les accusa de trahison, ils l’appelèrent calomniateur, et lassé de ces dissensions, il contracta une paix honteuse avec les Sarrasins ; puis il repassa en Europe où, pour satis-— faire sa haine personnelle, il pilla Le biens des chevaliers.

Guérin . de Montaigu mourut en Palestine en 1230. | :

Geoffroy le Ratetson successeur furentrenfermés dans un même tombeau, où quatre personnages

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étaient représentés debout portant des espèces de trophées avec les inscriptions suivantes :

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