PIERRE
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PIERRE DE VILLEBRIDE,
Dix-Septième Grand-Maître,
A JÉRUSALEM
Le magistère de Pierre de Villebride, élu en remplacement de Bertrand de Comps, fut court, mais signalé par les événemens les plus désastreux pour l'ordre.
Vers 1241, les Kharismiens ou Corasmins (une des neuf nations comprises sous le nom général de Turcs), commandés par Barbacan, leur général, sortirent des rivages renfermés entre l'Oxus et la Jaxarte, se répandant comme un torrent sur la Syrie et s’emparant des campagnes, des villes , des forteresses. Bientôt , les deux Grands-Maiîtres des ordres militaires, suivis d’une partie du peuple, furent contraints d'abandonner Jérusalem à peine reconquise, et tout ce qui s'obstina à y demeurer
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fut impitoyablement égorgé : on frémit en par-
courant les détails qui nous sont parvenus sur ce déplorable désastre. Les barbares, se précipitant dans l'Église du Saint-Sépulcre, JE commun des femmes, des vieillards et des enfans, leur donnèrent la mort; les prêtres, occupés à la célébration des saints mystères, furent frappés par ces sauvages vainqueurs, qui, à l'atrocité du meurtre, joignaient des remarques dérisoires sur les cérémonies et le divin objet du culte des vaincus. Leur fureur s'exaltant à mesure qu’ils rencontraient de nouveaux temples et d’autres tombeaux, ils arrachèrent les ornemens des Églises ; dispersèrent les cendres des rois, souillèrent les lieux sacrés par des abominations dont la nature force l'historien au silence. Triste sort de Jérusalem! Sa splendeur antique s'évanouit avec la piété de ses rois ; la barbarie de ses incrédules habitans la rendit témoin d’un déicide, et, depuis cet épouvantable forfait, il semble que la Providence, dans sa juste colère et par un châtiment mérité , ne lui permette quelquefois de renaître de ses cendres que pour la livrer aussitôt à une ruine et à une désolation nouvelles.
La consternation était au comble, toute chance de secours du côté de l'Europe était enlevée, et les chrétiens désespérés, implorant l'appui des
Califes de Damas et d'Emesse, en reçurent un
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renfort de quatre mille chevaux avec lesquels ils rentrèrent en campagne.
L'imprudence d’un orgueilleux légat avait :naguère perdu l’armée d'Egypte. Celle du patriarche deJérusalementraîna l’armée dePalestine àsaruine, et l’on vit l’'aveugle volonté d’un homme, vieilli à l'ombre des cloîtres ; prévaloir suriles conseils des chevaliers, des générauxles plus expérimentés,enfin sur ceux des deux Grands-Maitres. Malgré eux, la bataille fut livrée contre des forces dix fois supé— rieures, et dès le commencement de l’action, ainsi qu'il était à craindre, les Sarrasins alliés prirent traitreusement la fuite. Si l’on eut droit alors de blämer l’imprudente confiance des chrétiens, on ne peut s'empêcher d'admirer leur héroïsme. Deux jours entiers, ils soutinrent le choc des masses les plus formidables ; les deux Grands-Maîtres y perdirent la vie, et trente-trois Templiers, ainsi que seize Hospitaliers et trois chevaliers Teutoniques, purent seuls se soustraire au massacre général. Cette déplorable défaite eut lieu près de Gazer ou Gaza, en 1244. Il est donc certain que le père Sébastiano a été induit en erreur en plaçant au mois de mai 1243 la mort de Pierre de Villebride.
Deux inscriptions latines se lisaient sur le tom-— beau de ce Grand-Maitre :