‹ Monumens des grands-maitres de Saint-Jean de Jérusalem ... Accompagnés de notices historiques sur chacun (volume 2)Chapitre 40 sur 84 · NOEL · texte numérisé non relu

NOEL

GUILLAUME ve CHATEAUNEUF

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TA : pe MS x Dix-Guitième Grand-ÆMaïître,

A ACRE

Guillaume de Châteauneuf, né en France, et engagé de bonne heure dans l’ordre, en était Précepteur (charge qui prit plus tard le nom de Commandeur), quand il se trouva à la sanglante bataille de Gazer. C’est même d’une lettre qu'il écrivait en Europe, et que l’histoire a recueillie, que l’on a tiré les principaux détails de cette fatale journée dont Châteauneuf attribuait le désastre à l'alliance contractée avec deux princes infidèles.

I fut élu à la place de Pierre de Villebride, dans les circonstances les plus difficiles où l’ordre se fût encore trouvé. Des deux héroïques bataillons des Templiers et des Hospitaliers, il n'était resté vivans que quelques frères blessés, regardant avec douleur,

du haut des remparts d’Acre, brüler, piller, ravager cette terre sacrée qu'ils ne pouvaient plus défendre. |

Le ciel eut toutefois pitié d’une aussi grande infortune. Ces hordes d’exterminateurs, tournant leurs armes contre elles-mèmes, finirent par s’entreégorger; le reste périt sous les coups des paysans révoltés, et depuis, leur nom, la trace même de leur passage, sont effacés de l’histoire. On a peine, après une telle épouvante répandue sur leurs pas, à concevoir le silence qui les a suivis. Leur destinée fut pareille à celle d’une nuée de sauterelles qui disparaissent à jamais dès qu’elles ont détruit l'espoir des campagnes fécondes.

Grâce à une protection aussi miraculeuse, l’ordre sembla renaître, pour ainsi dire, de ses cendres. Cités par leur Grand-Maître, les chevaliers d'Occident, jusqu'aux novices même, vinrent repeupler les rangs déserts. On leva des troupes. Tout l'argent qui existait encore dans les caisses des Prieurés fut envoyé en Palestine, et en même temps que Guillaume de Châteauneuf ordonnait des jeünes et des prières extraordinaires, il chargeait des Hospitaliers d’aller traiter de la rançon des frères captifs, que les Corasmins avaient livrés au soudan d'Égypte. Mais ce prince sarrasin, après s'être ré— pandu en injures, déclara « qu'il ne les rendrait point, et qu’à l'exemple de ses prédécesseurs, il ne

savait point distinguer un chevalier captif d’un chevalier mort sur le champ de bataille. »

Cependant l’ordre reprenait insensiblement sa force et son antique splendeur. Touché des malheurs de la Palestine, le roi de France, que ses vertus surnaturelles ont placé dans le ciel, saint Louis, envoya dans l'Orient un puissant secours d'hommes et d'argent qu'il confia aux deux Grands-Maitres. En 1248, les Hospitaliers marchèrent au secours du prince d’Antioche, attaqué par les Turcomans, et décidèrent le gain de la bataille, où Guillaume de Châteauneuf fut couvert de blessures.

L'année suivante (1249), il conduisit ses chevaliers au roi saint Louis qui, descendu en Égypte avec une flotte nombreuse, avait pris Damiette en deux jours. Les deux ordres militaires s’y trouvèrent, et leur intrépidité éclata dans toutes les occasions. Ils formaient presque en entier l’escadron commandé par Robert comte d'Artois, quand ce jeune prince, emporté par son impétuosité, voulut pénétrer dans la: Massoure. On rapporte que le Grand-Maître des Templiers, Guillaume de Sonnac, etmème Châteauneuf, lui ayant représenté le péril imminent dans lequel il allait s'engager, ainsi que toute l’armée, il s’écria : « C’est aujourd'hui que je reconnais la’ vieille perfidie des Templiers et l'esprit séditieux des frères de l'Hôpital! » Il ajouta, dit-on, des paroles plus outrageantes en-

Hbore. à Comte, répondirent les chefs des ordres, pensez-vous que nous ayons pris l’'habit de la religion pour renverser l'Église et perdre nos ames par la perfidie? Non, jamais aucun chrétien, moins encore un chevalier, n’a conçu une idée aussi infâme. — Marchons ! ajouta Sonnac. Ce jour décidera de notre honneur et de notre sort. Unis, nous étions invincibles, nos divisions vont nous perdre ! » Et ils suivirent en désespérés le frère du roi de France.

Robert, les principaux seigneurs de la cour, l’élite des chevaliers, jonchèrent le champ de bataille. Le Grand-Maître du Temple perdit un œil, et Guillaume de Châteauneuf demeura prisonnier. Sa liberté ne lui fut rendue que lorsque saint Louis recouvra la sienne, et cette expédition, commencée si heureusement, subit le sort commun à toutes les croisades. |

À la prière de Renaud de Vichiers, Grand-Maitre du Temple (d’autres disent de Châteauneuf ), saint Louis demeura quelque temps en Palestine, après sa délivrance. Ce fut alors qu’il reçut les ambassadeurs du Vieux-de-la-Montagne, qui exigeaient que le roi de France payât un tribut à leur maître, ou qu'illes fit décharger de celui qu'il devait aux ordres militaires. Louis sourit et les renvoya au Grand-Maître de l'Hôpital, dont ils reçurent cette réponse : « Vous.êtes bien hardis d’a-

dresser de semblables propositions au roi de France ! Si je ne respectais le caractère d’ambassadeur, je vous ferais sur-le-champ jeter à la mer. Allez, et dites à votre maître qu’il ait à réparer son insolence, sinon avant quinze jours il aura affaire aux chevaliers du Temple et de l'Hôpital. »

Le terme n’était pas expiré que les députés reparurent apportant à saint Louis une chemise et un anneau d’or, témoignages symboliques d’une étroite alliance que voulait contracter le Vieuxde-la-Montagne avec le roi dont il admirait l’héroïque caractère. |

Non moins bon religieux que hardi guerrier, Guillaume de Châteauneuf veilla constamment au maintien des statuts de l’ordre. Des Hospitaliers ayant insulté un Français, le Grand-Maître les condamna à manger à terre sur leurs manteaux, et tandis tr étaient soumis à cette pénitence, il leur était défendu de repousser même un chien qui s’approcherait de leurs plats.

Vers cette époque, les frères obtinrent du pape la permission de parler au réfectoire quand ils recevaient des seigneurs étrangers. Auparavant un silence rigoureux leur était prescrit.

Saint Louis étant parti le 24 avril 1254, les années suivantes se passèrent à fortifier quelques châteaux, et les Hospitaliers prirent d’assaut la ville de Bellenas, qui n’était pas comprise dans la trève. Mal-

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heureusement les anciennes dissensions se renouvelèrent entre les deux ordres, et devinrent si animées, qu'une bataille put seule suffire à tant de haine. On en vint aux mains, avec toute la fureur des guerres civiles, sans faire de prisonniers, et les frères de l'Hôpital ayant eu l'avantage, « à peine, dit un historien, resta-t-il un Templier pour porter à ses compagnons l'annonce d’un tel massacre. » Cette affaire eut lieu en 1259.

La même année, sur la fin d'octobre, Guillaume de Châteauneuf mourut, universellement regretté, après un magistère qui avait duré environ quinze ans.

Son tombeau manque à la collection.

Armes : de gueules à trois chevrons d’or; ou plutôt : à trois tours d’or posées deux et un:

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