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Dingt-Eroisième Grand-Saître,
A LIMISSO.
Guillaume de Villaret ‘, chevalier de la langue de Provence, y remplissait les fonctions de Grand- Prieur de Saint-Gilles, et se trouvait chez une sœur nommée Jordane quand il reçut à la fois l'annonce de la mort d'Odon de Pins et du choix qu’on venait de faire de lui pour son successeur.
Jean de Villiers avait rétabli la discipline à Limisso, devenue la capitale de l’ordre. Guillaume de Villaret voulut la faire revivre dans les provinces. Ne s’en Dortant qu’au témoignage de ses yeux, il visita les Prieurés des langues de France, d'Auvergne et de Provence, et termina cette ins-
# Ou de Villars.
ne
pection par un chapitre qu'il convoqua dans la Commanderie de la Tronquière, lieu dépendant de son ancien Prieuré. Il y donna l'habit à plusieurs dames de haute naissance et soumit leurs maisons à la visite du Grand-Prieur. L'habillement des sœurs Hospitalières ne différait de celui des frères que parce qu’elles portaient la robe rouge. Du reste, elles avaient de commun avec eux le manteau de drap noir et la croix blanche à huit pointes.
Après avoir dissous le chapitre, Guillaume de Villaret se rendit à Rome où il témoigna au souverain pontife la reconnaissance de l’ordre, tant pour quelques donations nouvelles, émanées du Saint-Siége, que pour lui avoir rendu les statuts primitifs de Raymond du Puy, perdus dans la catastrophe de Ptolémaïde, et dontun exemplaire venait de se retrouver au Vatican. Revenu d'Italie à Limisso où de puissans intérêts réclamaient sa présence, le Grand-Maître assista aux assemblées où s'agitait le projet d’une ligue sainte entre le roi
d'Arménie, le roi de Chypre, les deux ordres mili-
taires, et Gazan ou Cassan, roi de Perse, successeur de Gengiskan, qui, musulman lui-même, mais époux d’une chrétienne, affectionnait et protégeait les croisés. C’est de Cassan que Pachimène, historien grec Contemporain, a dit : « Quand ce prince monta sur le trône, il jeta les yeux sur l’histoire de Cyrus et d’Alexandre-le-Grand, pour en tirer
le modèle de sa conduite. Il admirait surtout les grandes qualités du vainqueur de Darius... Comme il savait que la croix est le trophée des chrétiens, il la mit au haut de ses enseignes, et ce fut sous la protection de ce signe de notre salut qu’il remporta de célèbres victoires. »
Le but de cette confédération était de reconquérir la Palestine, et Cassan, étant aussitôt entré en campagne, battit le sultan d'Egypte Nazer, qui se sauva à peine accompagné de sept cavaliers, lui enleva la Syrie et permit aux Hospitaliers d'entrer triomphans à Jérusalem. Mais la défaite devait suivre aussi facilement ce premier succès. Toutes les places fortes de la Palestine ayant été rasées dans les guerres précédentes, ce pays, sans défense, n'offrait désormais qu'une vaste plaine soumise sans cesse au
- droit du plus fort. En effet, quelques troubles
ayant rappelé Cassan en Perse, Nazer marcha contre la ville sainte, « et les Hospitaliers qui y étaient accourus en conquérans, dit Vertot, furent trop heureux d’en sortir en pélerins. »
L'année suivante, 1302, le roi de Perse reparut, et la Syrie fut reconquise. Mais, trop clairvoyant pour n'être pas convaincu que ses alliés, abandonnés de l'Occident, ne pourraient jamais s’y maintenir, il envoya lui-même des ambassadeurs au pape, afin de solliciter une- nouvelle croisade.
Ce fut en vain. Instruite par une longue et fatale expérience, l'Europe demeura impassible. Enfin, le 22 avril 1303, Nazer remporta sur les troupes de Cassan, unies aux chrétiens, une éclatante victoire qui chassa pour jamais les croisés de la Terre- Sainte.
(IL existe ici une contradiction dans l’#rt de vérifier les Dates, qui rapporte cette bataille tantôt à l’an 1302, tantôt à 1303.)
Déchu d’une espérance qui soutenait son courage, exposé en Chypre à tous les caprices d'un roi ombrageux, dont les exactions avaient déjà forcé les Templiers à se retirer en Sicile, le Grand- Maître des Hospitaliers songea müûrement à changer aussi de résidence , et à conquérir à l’ordre une demeure où il püt être stable et braver les Musulmans, sans les secours incertains de l’Europe. Il jeta les yeux sur l’île de Rhodes, voisine de la Palestine, et dont le port principal était commode et sûr. Cette île , située dans la mer Carpathienne, ayant Chypre à l’orient, Crète à l'occident, l'Égypte au midi, l’Anatolie au nord, était alors au pouvoir de faibles princes qui l'avaient usurpée sur les Grecs, et qui, pour se soutenir, s'étaient alliés aux Infi-— dèles. Sans rien communiquer de son important projet, Villaret parcourut toutes les côtes de Rhodes, en examina les fortifications, et, malgré les difficultés qu’il reconnut à son entreprise, il
n’en fut que plus déterminé à la tenter. Revenu à Limisso, il recut un ordre du pape er" le mandait à Rome en 1306. Il se préparait à se mettre en route, quand une longue maladie le retint, et il en mourut avant le 6 juin 1306.
Trois inscriptions décoraient le tombeau de Guillaume de Villaret.
La première, moitié grecque, moitié latine, peut être rendue ainsi :