‹ Monumens des grands-maitres de Saint-Jean de Jérusalem ... Accompagnés de notices historiques sur chacun (volume 2)Chapitre 50 sur 84 · HÉLION DE VILLENEUVE · texte numérisé non relu

HÉLION DE VILLENEUVE

Dingt-Cinquième Grand-ÆMHaître,

A RHODES

Hélion, second fils de Giraud de Villeneuve, baron des Arcs et de Trans, et de Sibile de Sabran d'Uzès, naquit en Provence vers l’an 1263, de l'ancienne maison de ce nom que la plupart des auteurs font originaire d'Aragon. Avide de combats et de gloire à l'exemple de ses aïeux, Hélion n'avait pas atteint sa vingtième année que déjà, revêtant l'habit d'Hospitalier, la Palestine avait été le théâtre de ses exploits, dans ces temps malheureux où tout le fruit de la victoire était de prolonger en Orient l'existence éphémère des chrétiens.

Ce jeune chevalier se trouvait avec l'élite de l’or-

: Ou Hélyon, Elion-Donat.

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dre à la défense de Ptolémaïde; il n’en était sorti qu'avec cette redoutable milice, et lorsque, chassés de la terre, la mer offrit un nouveau champ à la valeur des chevaliers, Hélion s'y élança des premiers et apprit aux Infidèles à le craindre. Son courage , son zèle pour la religion, la pureté de sa vie, l’austérité de ses mœurs, lui avaient acquis l'estime de tous, et un bruit singulier, qui prit alors crédit chez le vulgaire, vint accroître encore la considération qu'on lui portait. Dans un combat inégal qu'il livra aux vaisseaux turcs, il fut pris avec quelques Hospitaliers, mais s'échappa aussitôt, soit de vive force, soit par adresse, et le peuple, toujours avide du merveilleux, publia qu’il avait été délivré par les prières de sainte Roseline, sa sœur, dont la fête est encore religieusement observée en Provence.

Le Grand-Prieuré de Saint-Gilles fut la récompense que Foulques crut devoir donner à un guerrier qui avait combattu avec éclat sous cinq Grands-Maitres, et Hélion était occupé à parcourir ses commanderies, au moment où l’abdication de Villaret engagea le pape Jean XXIT à réunir les Hospitaliers à Avignon pour lui élire un successeur. Plus que jamais l’ordre avait besoin de se reposer de ses discordes sous un chef connu par sa prudente sagesse. Le souverain pontife, qui portait une haute estime à Villeneuve, le désigna en

quelque sorte aux chevaliers, et il fut élu tout d’uné voix au commencement de juin 1319. Il parait qu'Hélion n'’assistait point à cette assemblée, puisque, par une bulle datée d'Avignon le 19 du même mois, Jean XXII l’informa et le félicita en ces termes de son élection : « En notre présence et en celle de nos Frères, réunis dans un consistoire secret, nous les exhortâmes avec instance à choisir et à nommer pour Grand-Maître celui qu'ils jugeraient le plus propre à cette haute dignité. Après en ayoir mürement conféré entre eux, chacun se retira à part, et prenant en considération le zèle religieux , la pureté de vie, la gravité de mœurs et la sagesse de conseil qui vous ont toujours distingué, ainsi que la valeur extraordinaire que vous avez constamment déployée dans la Terre-Sainte contre les nations infidèles; ayant également égard aux nombreux services que vous avez rendus à l’ordre dans les différentes administrations qui vous ont été confiées, et où vous n'avez pas montré moins de désintéressement que de prudence et de sagesse; enfin, n'oubliant ni votre rare circonspection, ni votre esprit de prévoyance, ni toutes les autres vertus dont vous avez donné tant de preuves, le conseil vous a déclaré unanimement le plus digne de la Grande-Maitrise...... Nous espérons qu'après avoir été trouvé fidèle dans la puissance terrestre que Dieu vous a remise, vous serez

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digne de régner encore dans les tabernacles de Ia vie éternelle. »

Comme l’ordre était alors en pleine paix, le nouveau Grand-Maître, laissant la lieutenance de Rhodes à Gérard de Pins, demeura encore à la cour d'Avignon, où il pouvait veiller de plus près aux intérêts qui lui étaient confiés, car plusieurs princes refusaient de se dessaisir des biens des Templiers accordés à l’ordre de l'Hôpital, et il fallut même toute l'autorité du pape, armée des menaces de l'Église, pour les y contraindre.Gérard de Pins avait mérité la confiance des derniers Grands-Maïîtres par de brillans exploits contre les Turcs, et la destruction de l’ile Episcopia qui leur appartenait.

Hélion,qui,en1328,avaitétéenvoyéparJeanXXII comme médiateur entre Guigues VIIT, dauphin du Viennois, et Edouard, comte de Savoie, était de retour à Avignon, quand il apprit l’heureuse nou velle de la défaite d'Orcan, fils et successeur d’Ottoman , défaite arrivée en 1326. Le nouvel empereur, ayant armé contre Rhodes plus de quatrevingts vaisseaux de’différente grandeur, marchait vers cette ville à pleines voiles, lorsque Gérard de Pins, ne jugeant point prudent de l’attendre, sortit du port avec six galères et quelques légers bâtimens, chercha la flotte ennemie montée par des soldats peu habitués aux combats de mer, l’attaqua, en coula à fond une partie, en captura une autre

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et mit le reste en fuite. Au récit de cette glorieuse victoire , le Grand-Maître résolut de hâter son départ pour Rhodes; mais ayant à cœur, avant de quitter l’Europe, d’affermir la discipline qui se reélâchait chaque jour, il convoqua un chapitre à Montpellier. C’est là que l’ordre fut divisé par langues et que l'on créa huit Baillis-Conventuels ou Grand-Croix, qui, en étant comme les chefs, devaient résider à Rhodes pour y former le conseil du Grand-Maitre. L'Hôpital étant alors accablé de dettes, on augmenta les responsions, c’est-à-dire les sommes que chaque Commandeur était tenu defaire verser au trésor, et des peines graves furent établies contre ceux qui différeraient de s’en acquitter.

Ce chapitre s'étant prolongé toute l’année 1329, ce ne fut qu’en 1330 qu'Hélion put se rendre à Marseille où l’attendait un vaisseau prêt à mettre à la voile. Mais il y fut atteint d’une maladie si dangereuse qu'il n'en guérit totalement qu’en 1332, ainsi que l’apprennent deux lettres du pape, écrites cette année, pour féliciter Villeneuve sur sa convalescence et l'exhorter à de grands ménagemens. Enfin, sa santé se trouvant raffermie, il s’embarqua et arriva à Rhodes en 1333, suivi d’une foule de chevaliers.

Il y était attendu avec une impatience d’autant plus vive que, loin du chef suprème, la discipline s'était encore ralentie. Retirés dans leurs provinces,

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