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les Commandeurs dissipaient arbitrairement les revenus dé l’ordre ; la garnison se débandait faute de solde, et les remparts négligés offraient déjà des brèches et des ruines.
Mais tout changea d'aspect dès que le Grand- Maître eut pu juger par ses propres yeux. Les anciens murs de Rhodes se réparèrent sur-le-champ, on en éleva de nouveaux, et Hélion, voulant laisser à ses chevaliers un monument durable de sa munificence, fit construire à ses frais un bastion crénelé et un boulevard qui conservent encore aujourd’hui le nom de Château de Villeneuve. Ses propres richesses contribuèrent aussi à entretenirles troupes que la disette d'argent portait à la désertion.
Excités par ce généreux exemple, plusieurs Commandeurs employèrent leurs revenus patrimoniaux à construire des galères, tellement que, . la marine s’accroissant de jour en jour, le pavillon de l’ordre flotta puissant et respecté sur toute la Méditerranée.
La vigilante bonté du Grand-Maitre s’étendit généralement sur les habitans de l'ile. Par ses soins, la mendicité fut extirpée; l’industrie et le travail, encouragés, ramenèrent l'abondance, et un magnifique hôpital s'éleva pour servir d'asile aux malades ou aux vieillards qui ne dan plus pourvoir à leur existence.
Un tel état de prospérité permit alors à Hélion
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de liquider la dette de l’ordre qui, malgré l'héritage des biens des Templiers , était toujours trèsconsidérable. Il avait fallu dépenser des sommes immenses pour en obtenir le recouvrement ; quatre-vingt-dix mille ducats avaient été empruntés au pape à l’époque de la conquête de Rhodes, et l’on devait en outre près de soixante mille florins d’or à Florence et presque autant à Gênes. Depuis, Gérard de Pins, trouvant le trésor épuisé, avait contracté un autre emprunt de quinze mille florins.
Le Grand-Maître commença par se libérer de la créance du pape en lui vendant quelques biens de l'Hôpital et en lui payant le reste.On obtint aussi du pontife l’autorisation d’aliéner d’autres possessions jusqu’à la valeur de deux cent mille florins. Insensiblement tout fut acquitté, les finances se rétablirent, le trésor s'augmenta, et l’ordre, à son tour, se trouva créancier de plusieurs banques de l’Europe.
Ce fut sous Hélion de Villeneuve, en 1342, qu'un chevalier nommé Dieudonné de Gozon (voyez la notice suivante) tua un serpent énorme qui répandait l'épouvante dans Rhodes et ses environs. Le Grand-Maître,ayant eu déjà à déplorer la perte de plusieurs de ses chevaliers, avait formellement défendu aux autres d'attaquer ce monstre; aussi, lorsque, plein de son triomphe, Gozon parut aux regards de Villeneuve, celui-ci lui demanda d’un ton sévère « si c'était ainsi qu’il observait ses dé-
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fenses ? » Interdit, le jeune vainqueur ne put répondre; il se laissa sans résistance conduire en prison, puis traduire devant le conseil assemblé, qui le déclara indigne de conserver l'habit de chevalier. Mais, après avoir fait ce sacrifice à la discipline, Hélion, admirateur du vrai courage, brisa les chaines de Gozon, le combla d’éloges et de bienfaits, et, voulant montrer qu'il savait récompenser comme punir, il le nomma un des premiers Commandeurs; enfin il l’éleva à la charge de son lieutenant-général. |
On a pu remarquer, dans ces courtes notices, qu'une trop longue paix devenait toujours fatale à cet ordre spécialement guerrier. Déja l’on s'était plaint à Benoît XII du luxe des Hospitaliers. Sous Clément V, les doléances redoublèrent, et, en 1343, le pape crut devoir écrire vivement au Grand-Maitre au sujet de la discipline. Il lui ordonnait en même temps d’armer sans délai six galères contre les Infidèles. Hélion donna sur-lechamp l'exemple de l’obéissance qu’il exigeait des autres. Les six galères sortirent du port de Rhodes, et une nouvelle loi somptuaire défendit à tout chevalier de se vêtir d’un drap qui coutàt plus de deux florins d’or la canne (à peu près ‘/, de laune de Paris), et d’avoir plus d’un plat sur sa table. La colère du souverain pontife fut désarmée; mais les galères de la Religion, quoique jointes à
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celles du pape, de Gènes et de Venise, ne purent se signaler cette année, par l’avarice d’un Génois puissant et d’un légat auxquels la flotte était soumise, et qui, au lieu de munitions de guerre, la chargeaient de marchandises pour leur propre compte.
Ce fut Hélion de Villeneuve qui remporta, le 30 octobre 1343, la célèbre victoire Del-Rio Del- Salado sur Alboacem, roi de Maroc, qui avait, dit-on, soixante mille cavaliers et six mille fantassins, tandis que l’armée chrétienne n’était que de vingt mille soldats.
L'année suivante, Jean de Biandra, Chevalier- Prieur de Lombardie, ayant été nommé généralissime de la flotte de Rhodes, les Turcs furent attaqués au sein de leurs Etats, et Smyrne fut prise d'assaut le 28 octobre.
En 1345, Humbert, dauphin du Viennois, vint remplacer Biandra ; mais il n’entreprit rien , et, dégoüté du titre de généralissime , il se retira au bout d’un an et mourut à Rhodes.
Embrasé de plus en plus du zèle de la religion, l’'infatigable Hélion, à l’âge de près de quatre-vingttrois ans, venait de convoquer un nouveau chapitre; c'étaitleseptième auquelilprésidait. Ilfinit dans le courant d'avril,et, au mois de juin suivant, après vingt-sept années de magistère , le Grand-Maitre quitta cette vie, universellement pleuré des pauvres qu'il avait secourus, de l’ordre qu'il avait ar-
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raché à l’abime d’une dette immense, regretté en un mot de toute la chrétienté. Outre vu tions nouvelles, Rhodes lui était redevable d’une magnifique Église où deux prêtres disaient chaque jour la messe pour le repos de l’ame du fondateur.
Enfin, dit Naberat, il fut méritoirement surnommé l’heureux gouverneur.
Trois inscriptions décoraient le tombeau d'Hélion de Villeneuve.
La première disait :