‹ Monumens des grands-maitres de Saint-Jean de Jérusalem ... Accompagnés de notices historiques sur chacun (volume 2)Chapitre 55 sur 84 · DOMINE. JESU. SUSCIPE. SPIRITUM. EJUS · texte numérisé non relu

DOMINE. JESU. SUSCIPE. SPIRITUM. EJUS

Les mots qui terminent l'inscription sont les dernières paroles de saint Étienne quand on le lapida : leur présence sur la pierre s'explique par le fait que l'église où elle se trouvait était sous l'invocation de ce martyr. On explique encore la non identité de l'inscription avec celle qui est rapportée au texte, par la circonstance que deux monumens ont été élevés à la mémoire de Gozon, l’un en 1366, l’autre dès 1352; mais, à cette dernière époque, le Grand-Maitre vivait encore. Il y a donc erreur dans l'indication de la date, qui devrait être 1353 ( voyez p- 146), à moins qu’on ne prétende qu’il s’'écoula deux ans avant que Pierre de Cornillan fût élevé au magistère.

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PIERRE DE CORNILLAN,

Dingt-Septième Grand- Maître,

À RHODES

Pierre de Cornillan', chevalier de la langue de Provence et Grand-Prieur de Saint-Gilles , s'était acquis l’estime de ses frères par ses mœurs sévères et la sagesse de sa vie, et succéda à Dieudonné de Gozon au commencement de 1354. Le premier acte de son gouvernement fut de convoquer un chapitre général, afin de remédier à une partie des abus qui, s'étant glissés dans l’ordreentier, mettaient cette institution guerrière à deux pas de sa perte. Des plaintes calomnieuses, sans cesse renouvelées, représentaient les Hospitaliers comme amollis par le luxe et les plaisirs, dédaignant la guerre, mécon-

1 Cornélian ou Cornilian.

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naissant leurs statuts, et s’'endormant au sein de leurs palais de Rhodes, au bruit des conquêtes des Ottomans. Le but de ces accusations était de les obliger à restituer les biens des Templiers, et l’on insinuait au pape, qui s'était déjà laissé surprendre, de se servir de ces richesses, soit à de pieuses œuvres, soit pour en doter un nouvel ordre militaire, dont les exploits vinssent faire rougir les chevaliers de Saint-Jean. Innocent VI, qui occupait alors le trône pontifical, prit un autre parti. Employant les remontrances les plus sévères, il commanda au Grand-Maître d'abandonner l'ile de Rhodes, et de transporter le couvent et l’ordre au milieu des Sarrasins, soit dans l’Anatolie, soit dans la Palestine.

Pierre de Cornillan comprit qu'obéir en cette occasion était s’'exposer à la destruction totale des Hospitaliers. C'était, en effet, anéantir la puissance maritime de l’ordre, qui n'aurait pu se développer avec le même avantage , une fois que les dansers de leur position précaire sur le continent y auraient concentré toutes les forces des Hospitaliers. Isolés comme ils l'étaient à Rhodes, la mer qui défendait l'approche de leur île suppléait à leur petit nombre ; réduits à tenter de nouveaux hasards en Palestine, ils n’y paraîtraient que comme une poignée de guerriers. Le Grand-Maître s’alarma d’une si fâcheuse perspective. Il répondit

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en termes respectueux qu’il allait convoquer un chapitre général, afin de lui communiquer la lettre du Saint-Père. Innocent VI, opiniâtre dans sa volonté, et craignant que la vue d’une ville aussi bien fortifiée que Rhodes et à une aussi grande distance de sa cour, ne diminuât son influence , ordonna que le chapitre se tiendrait à Nîmes ou à Montpellier. On ignore si le chagrin que dut causer à Pierre de Cornillan cette mesure menaçante, influa sur sa destinée; mais le Grand-Maître mourut sur ces entrefaites, après avoir régné environ dix-huit mois.

Sa justice et son zèle lui avaient acquis le surnom de Correcteur-des- Coutumes.

Deux inscriptions se lisent sur son tombeau.

La première :

LES DIEUX ET VOS MOEURS VOUS DONNERONT D'ABORD LES PLUS BELLES RÉCOMPENSES.

fl La seconde :

AU CENSEUR ET AU RÉFORMATEUR DES MOEURS, À FRÈRE PIERRE DE CORNILLAN, FRANCAIS, PROVENCAL, GRAND — MAITRE DE LA SAINTE MILICE DE JÉRUSALEM.

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