‹ Monumens des grands-maitres de Saint-Jean de Jérusalem ... Accompagnés de notices historiques sur chacun (volume 2)Chapitre 64 sur 84 · SANS L'ARGENT, RIEN NE RÉUSSIT · texte numérisé non relu

SANS L'ARGENT, RIEN NE RÉUSSIT

La seconde et la troisième, latines, exprimaient : | PAR LE TEMPS, PAR LA PAIX, PAR L'ÉCONOMIE.

LES CHEVALIERS DE L'ESPAGNE CITÉRIEURE A ANTOINE FLUVIAN , GRAND-MAITRE DE LA SAINTE ET NOBLE MI- LICE DE JÉRUSALEM , HABILE À FAIRE FLEURIR LA PAIX ET L'ÉCONOMIE, DÉJA AVANGÉ EN AGE, MAIS ENCORE VIVANT , D'APRÈS L'AVIS UNANIME DU CONSEIL DE RHODES, L’AN 1428, ONT ÉLEVÉ CE MONUMENT AUX APPLAUDISSEMENS DE TOUT LE PEUPLE.

90 | ANTOINE FLUVIAN.

(Une autre Copie de cette inscription porte la date de 1438, ce qui ne s’accorderait pas avec l'histoire. ) | 1

Armes : d’or à une fasce de gueules.

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&rente-Quatrième Érand-Maître,

A RHODES

Né en Auvergne l’an 1371, Jean Bonpar de Lastic. avait embrassé de bonne heure la profession des armes, et, dans un âge plus voisin de l'enfance que de la jeunesse, sa valeur s'était déjà signalée sous les yeux du connétable Olivier de Clisson. Il atteignait à peine sa quatorzième année lorsque, combattant à côté de son père, il devint prisonnier des Anglais. En 1395, il.se rendit à Rhodes, prit lhabit de chevalier et obtint bientôt l'estime génerale. Nommé Grand-Prieur d'Auvergne et Commandeur de :Montcalni, il visitait son Prieuré lorsque Fluvian mourut. L'ordre remit alors à treize chevaliers le pouvoir d’élire son successeur , et dans l'attente où l’on se trouvait d’une guerre pro-

chaine, nul ne fut jugé plus digne de la dignité suprème que Jean de Lastic. Il était d'usage qu’à la mort de chaque chef des Hospitaliers ceux-ci reçussent un don de trois écus, et l’on peut juger du nombre de guerriers qui portaient la croix de Saint-Jean de Jérusalem en 1437, puisque, pour payer cette singulière aumône, on fut obligé d’emprunter treize mille florins d’or au nom du nouveau Grand-Maitre.

Avant de quitter la France, Lastic tint une assemblée à Valence pour le maintien de la discipline, et arriva à Rhodes en octobre 1438, au moment où l’on prévoyait une prochaine expédition de Dgémaleddin, sultan d'Egypte. Ce danger était même d'autant plus imminent, que tous les princes infidèles étaient alors en pleine paix. Le Grand- Maître envoya un ambassadeur à Amurat , sultan des Turcs, qui consentit à renouveler la trève; mais on n'obtint de l'Egyptien qu’une réponse évasive. Enfin, Guillaume de Lastic, neveu du Grand-Maître, ayant été observer sur les côtes les mouvemens et les préparatifs d’Abousaïd, succes— seur de Dgémaleddin, on ne s’attendit plus qu’à la guerre.

Après avoir saccagé quelques petites îles, dixhuit galères sarrasines, suivies d'une foule de moindres vaisseaux , parurent tout-à-coup devant Rhodes, le 25 septembre 1440. Mais les chevaliers,

unis aux Rhodiens, s'étant portés sur la côte, for— mèrent aussitôt comme un mur d’airain, qui, empèchant toute tentative de débarquement, permit à la flotte chrétienne, quoique très-inférieure en nombre, de sortir du port en ordre de bataille. Surpris de tant de résolution, les Sarrasins hésitèrent à faire un seul mouvement , même rétrograde, et, attendant les ombres de la nuit, ils firent voile vers l’île de Lango; mais les Hospitaliers les y avaient précédés , et, forcée à une nouvelle retraite, l’escadre égyptienne s’accula contre une petite île appartenant aux Turcs. Le maréchal de l'ordre, qui commandait les galères , attaqua l’ennemi dans ce retranchement, lui tua sept cents hommes et revint à Rhodes. La nuit suivante, les Infidèles, précipitant leur fuite, abordèrent en passant à l’île de Chypre, mirent le feu à la grande Commanderie qui se trouvait sans défenseurs, et, après cet exploit, qui attestait leur impuissance, ils rentrèrent honteusément dans leurs ports. L'indignation d'Abousaïd était à son. comble ; ois, ne voulant pas la laisser éclater, il con-

cd “avec Jean de Lastic une longue trève , que

l’un et l’autre crurent ne devoir pas long-temps

subsister. Les Égyptiens continuèrent à Sos leur

flotte, et le Grand-Maître, se préparant à une dé-

fense formidable, invoqua l'assistance des rois de

l'Occident. Mais le prestige des croisades s'était tos FA À « 13

talement évanoui , et l'Europe demeura sourde à la voix des chevaliers. Réduit à ses seuls moyens, Lastic fit fortifier les îles, transporter à Rhodes les habitans que les châteaux ne pouvaient contenir; tous les chevaliers furent cités : on rappela même les bannis, hors les criminels d'État et les incendiaires , et le Grand-Maître faisant briller la gloire aux yeux de la noblesse séculière, une foule de gentilshommes volontaires accoururent sous le drapeau sacré. Les intérêts particuliers semblè— rent alors céder au besoin général. La dime de tous les fruits de la terre fut perçue dans les Commanderies dont les Hospitaliers abordaient à Rhodes, et le cinquième dans chacune des autres. L’élan était unanime, et jamais l’ordre n’avait déployé une attitude aussi imposante.

Enfin, au mois d'août 1444, la menaçante expédition qu’on n'attendait plus qu'avec impatience fut aperçue cinglant à pleines voiles. Dix-huit mille fantassins et une cavalerie nombreuse , entièrement composée de Mamelucks, débarquèrent sans opposition, marchèrent droit à Rhodes, et l'enveloppèrent du côté de terre, tandis que la flotte, stationnée devant le port, l’assiégea du côté de la mer. Durant trente-neuf jours lartillerie tonna, les remparts furent battus, les assauts se succédèrent, et,le quarantième, les Sarrasins, foudroyés à leur tour, écrasés dans une sortie, s’en-

fuirent avec les débris d'une armée en déroute, portant au Caire la nouvelle de leur incroyable défaite.

Au récit d’un triomphe si glorieux pour la religion, la jeune noblesse accourue pour partager les dangers de l’ordre, demanda à être admise parmi les Hospitaliers, et son empressement fut tel que le chapitre tenu à Rhodes, le 25 juillet 1445, défendit aux Prieurs de recevoir plus de novices que les Commanderies n’en pouvaient nourrir. Toute— fois, on y résolut d'accepter la paix si le Sultan la demandait en offrant des garanties. Elle fut conclue en 1446, et rendit la liberté aux différens prisonniers de guerre, ainsi qu’à tous les autres esclaves chrétiens retenus en Egypte.

Ce long état d’hostilités ayant cessé, on commença à trouver pesans les sacrifices qu'il avait imposés. Les Commandeurs se plaignirent à la cour de Rome de l'impôt levé sur leurs terres, et Nicolas V en écrivit durement au Grand-Maître. La réponse de Jean de Lastic, signée par tout le conseil, en date du 23 octobre 1448, le justifia pleinement ; mais, quoique privés de l'appui du souverain pontife, on vit plusieurs dignitaires, bravant les chapitres, les réglemens, les assemblées, retenir leurs responsions et se mettre en état de rébellion ouverte. L'ordre était en péril; une grande résolution le sauva. Malgré les refus réité-

rés du Grand-Maître , le conseil déposa ses pouvoirs entre ses mains, l’investissant ainsi d’une sorte de dictature qui devait durer trois ans. Ses remontrances eurent alors tout le poids nécessaire, et chacun fléchit sous l’autorité suprème de Jean de Lastic, qui, joignant le désintéressement le plus rare à une louable fermeté, donna au trésor une année entière de ses propres revenus.

Mahomet II venait (1451) de succéder à Amurat, en renouvelant avec les Hospitaliers ses trai-— tés de trève. Mais deux ans après, Constantinople ayant succombé sous ses efforts, le superbe Sultan, enflé de sa conquête , envoya un héraut demander tribut et hommage au Grand-Maître. « À Dieu ne plaise, répondit Lastic, que j'aie trouvé mon ordre libre et que je le laisse esclave; je serai mort auparavant. » Il envoya alors le Commandeur d’Aubusson solliciter de nouveau les souverains de l’Europe, devenus malheureusement sourds à toutes les prières de l'Orient. En attendant, le Grand- Maître veillait jour et nuit aux réparations des remparts, remplissait les magasins, et faisait un appel à tous les chevaliers. La mort le surprit au milieu de ces soins, le 19 mai 1454, après un gouvernement glorieux de dix-neuf ans.

Paoli et Bosio ayancent que ce fut sous Jean de Lastic que les chefs de l’ordre reçurent définitivement le titre de Grand-Maître. On l’a vu cepen-

dant donné par un pape à Hugues de Revel, en 1257, et ensuite à Foulques de Villaret; des chartes du XIIIe siècle accordaient à Roger des Moulins la même qualification.

Le mausolée de Jean de Lastic portait deux inscriptions latines , dont voici le sens.

La première :

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