XX XII
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Œrente-Deuxième Grand-Maître,
A RHODES
Philibert de Naillac était issu d’une ancienne famille du Berry. Entré dans l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, une valeur héroïque, jointe à une extrème prudence, lui valut bientôt le Grand- Prieuré d'Aquitaine, et, à la mort d'Hérédia, il obtint tous les suffrages pour le remplacer.
Presque toute la chrétienté venait alors de se liguer contre le sultan Bajazet I", surnommé Z{dersin (la foudre), et la flotte de Rhodes s'étant réunie à celle des Vénitiens et des Grecs, le Grand- Maître, suivi du reste des chevaliers, alla trouver les alliés dans les plaines de la Hongrie. Peu après, le 28 septembre 1396, se livra la célèbre bataille de Nicopolis, si fatale à l’armée chrétienne qui y
gnant la longueur d’un blocus, on rapporte que Tamerlan exigea seulement que ses enseignes fussent arborées sur les remparts. Mais Guillaume de Mine, gouverneur au nom du Grand-Maitre, ayant rejeté cette demande , le superbe Tartare regarda ce refus comme un outrage et jura de s’en venger. Aussi, après quelques attaques livrées sans succès, Tamerlan fit combler les fossés, élever des tours en bois jusqu'au niveau des murailles, et il y déploya toutes ses forces. « Le dernier assaut qu'il donna alors, dit un auteur persan, dura du matin au soir et du soir au matin. »
Smyrne fut emportée, le massacre devint général et tout y périt, hors quelques chevaliers qui, s'étant jetés à la mer, furent sauvés par la flotte chrétienne, venue trop tard à leur secours. Les historiens de Perse placent cette conquête en 805 de l’hégyre, qui correspond à 1403, un an après la défaite de Bajazet. L'Art de vérifier les Dates nous semble donc dans l'erreur en reportant la prise de Smyrne à 1401.
Tamerlan ayant été rappelé dans ses États par une irruption d'Indiens, Philibert de Naillac profita du calme qui suivit sa retraite, sortit du port de Rhodes, aborda en Carie, et se rendit maître d’une forteresse élevée vis-à-vis l’île de Lango. Il se hâta de faire construire à côté, dans une position plus forte, le château de Saint-Pierre qui,
dominant sur ces mers, était pour la capitale des Hospitaliers comme une sentinelle avancée sur le continent.
Vers cette époque , en 1406 (et non en 1405, ainsi que l'avance la Biographie unwerselle ), le maréchal de Boucicaut débarqua à Rhodes avec une flotte nombreuse, dans le but d’aller faire lever le siége de Famagouste, que le roi de Chypre Jean II voulait reprendre aux Génois. Le Grand- Maitre, craignant que les Sarrasins ne profitassent de ces divisions, interposa sa médiation, se rendit en personne sur les lieux; Famagouste demeura à Gènes, et le roi Jean paya les frais de la guerre.
De-là, unis à la flotte française, les vaisseaux de l'ordre , longeant les côtes de la Syrie, y firent plusieurs descentes, prirent et saccagèrent Bérite, et, pressés par l'hiver, revinrent triomphans à Rhodes. Le Grand-Maître ne tarda pas à y recevoir des envoyés du sultan d'Égypte qui lui demandait la paix. Il Paccepta et en dicta les conditions.
Philibert de Naillac, suivi de seize Commandeurs, assista, en 1409, au concile de Pise, où, pour faire cesser le schisme causé par la création de deux papes, on en élut un troisième sous le nom d’Alexandre VI. Naillac y fut déclaré seul et légitime Grand-Maître. Chargé par le nouveau pontife de porter des paroles de paix aux rois de France et d'Angleterre, Charles VI et Henri IV, Naillac ne
put assister au chapitre général convoqué à Aix en Provence. Il nourrissait alors le généreux dessein d'armer l’Europe entière contre les Turcs ; mais l'anarchie régnait au sein de l’ordre comme dans celui de l'Église, divisée entre trois papes. Selon leur intérêt, les Receveurs, reconnaissant pour chef apostolique l’un ou l’autre des compétiteurs d'Alexandre , refusaient leur tribut et leur obéissance au Grand Maître. Tant de maux ne pouvaient durer et trouvèrent un terme au concile de Constance, où Martin V fut proclamé pape par toute la chrétienté; les chevaliers rebelles se soumirent aussitôt.
Les intérêts de la religion retinrent quelque temps le Grand-Maître loin de Rhodes, où son retour était tellement désiré que l’on faisait des prières publiques à ce sujet. Il venait d'y envoyer dix-huit mille écus de ses propres deniers, destinés à remplir les magasins de munitions et de vivres. Enfin, après avoir présidé une assemblée d’'Hospitaliers à Ancône, réglé la discipline des provinces d'Italie, il revint dans son palais vers la fin de juillet 1419, au milieu des réjouissances et d’une allégresse générale. C’est vraisemblablement à cette époque que Naillac obtint de voir le Saint- Sépulcre clos de murailles, et d'entretenir constamment à Jérusalem six chevaliers, exempts de tributs, pour recevoir dans leur maison leurs
frères, ou les pélerins de la Palestine. Ils avaient aussi le droit de racheter les captifs par rançon ou échange d'homme à homme. Le Grand-Maitre put également établir à Jérusalem, Alexandrie et Rome, des consuls chargés de protéger les pélerins.
Deux ans après, 1421, Philibert de:Naillac ayant assemblé un chapitre général, auquel assistèrent tous les chevaliers, s'éteignit au milieu d'eux comme un père entouré de ses enfans, emportant la douceur d’avoir vu l'union la plus parfaite régner dans l’ordre.
Trois inscriptions furent gravées sur le mausolée de lillustre Grand-Maître. Les deux qui occupaient la face antérieure s'exprimaient ainsi :
PAR UN DÉCRET, LES CHEVALIERS DE RHODES, DE LA LANGUE D'AUVERGNE, ONT ÉLEVÉ CE MONUMENT.
A PHILIBERT DE NAILLAC, GRAND-MAITRE DE. LA SAINTE ET NOBLE MILICE DE JÉRUSALEM ;
À L'IMITATION DE HENRI SCHELGMLHOIT , CHEVALIER D'ALLEMAGNE, TANDIS QUE TIMUR, ROI DES SCYTHES, OCCUPAIT L'ASIE, IL À OSÉ ÉLEVER DES RETRANCHEMENS DANS LA CARIE CONTRE LES BARBARES. DES RUINES DU
MONUMENT DE MAUSOLE,; DANS HALICARNASSE, IL A CONSTRUIT UNE CITADELLE ET DES REMPARTS.
La troisième inscription, qui occupait une face latérale , signifiait :
IL À DU A SON ÉQUITÉ D'ÉLEVER UNE VILLE NOUVELLE ET D’IMPOSER UN FREIN A DES PEUPLES SUPERBES.
Armes : d'azur, à deux lions passans d’or ou d'argent.
Ê MAG. ve S. dns M: HPACTS ET FRVGALITATIS ARTIBVS ORNATTSSIMO LONGÆNO SENT ADHVC VIVENTI DE COMVNI COSILIO.RHODII SENTENTIA, ANNO
MCCCEXXXVIHEI.CVM MAGNO POPVLI PLAVSV
ANTOINE FEUVIAN
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Le
ANTOINE FLUVIAN,
&rente- Troisième Grand - Maître,
A RHODES
Antoine Fluvian ‘, chevalier de Catalogne, était Drapier de l’ordre, Grand-Prieur de Chypre et lieutenant de Philibert de Naillac, quand ce vénérable Grand-Maître expira. Il ne lui manquait pour ainsi dire que le titre de chef suprème, et il l’obtint d’une voix unanime.
Mahomet, fils et successeur deBajazet, marchait alors de conquêtes en conquêtes. Tremblant à son approche, les princes de la Morée engagèrent le Grand-Maitre à les secourir, et il s’apprêtait à seconder leurs vœux, lorsque, une flotte turque paraissant devant les îles de la Religion, il fallut
{ Aussi appelé de La Rivière par quelques auteurs.
186 , ANTOINE FLUVIAN.
d’abord songer à les mettre à l'abri. Un nouvel ennemi survint. En 1426, le sultan d'Egypte Seifeddin avait opéré une descente en Chypre. Le Grand-Maître se proposa comme médiateur; mais, le sultan élevant trop haut ses prétentions, la guerre continua, et Jean IT, quoique appuyé par les Hospitaliers, perdit une bataille décisive, fut fait prisonnier et conduit au Caire. À cette nouvelle, une consternation générale se répandit dans son royaume. L'ordre seul ne désespéra point, soutint vigoureusement les droits de son allié, et prouva que, simples serviteurs des pauvres, les chevaliers pouvaient devenir les appuis des trônes. Partout les Sarrasins trouvèrent une courageuse résistance; néanmoins le roi de Chypre, lassé de sa captivité, proposa la paix, promit de payer un tribut et fut rendu à ses Etats l'hiver suivant.
Dès-lors Seifeddin médita la conquête de Rhodes. Toutefois, dissimulant ses desseins , il renouvela la trève conclue avec Naïillac. Mais Antoine Fluvian, prévenu par des agens fidèles, cita les Hospitaliers, remplit la capitale de vivres, d’armes, de munitions, et le sultan, qui vit ses projets découverts, ajourna son entreprise.
Une affaire fâcheuse se passa vers ce temps. Le Grand-Maitre, obligé de fournir à des dépenses extraordinaires , aliéna plusieurs domaines de la châtellenie d'Emposte , et en retira une somme de
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cent mille florins que Jean Starigues, son lieutenant, devait envoyer à Rhodes. Ce dernier, au lieu d’obéir, conclut de son chef un traité avec le roi d'Aragon, qui s’obligeait à armer une flotte pour la défense de l’ordre, moyennant les cent mille florins. Les Génois, en guerre avec ce prince, prévirent que cet armement servirait contre eux, et Fluvian éprouva une grande surprise en recevant des menaces de guerre de la République.
Starigues fut mandé, jugé et condamné. L'habit lui fut publiquement enlevé, et il perdit toutes ses commanderies. Mais le traité subsistait, et Alphonse V ne voulut le rompre qu’à condition de garder soixante-un mille florins.
Cet événement ajouta à l'épuisement du trésor, et, pour remédier à un tel état de détresse, on convoqua un chapitre général à Rhodes le 10 mai 1428. On y fit de sages réglemens, on y combattit des abus, et, voulant suppléer aux besoins les plus pressans , le Grand-Maitre donna douze mille florins de son propre trésor. |
D'après les statuts de ce chapitre, on voit que les chevaliers épars en Occident étaient alors nourris et élevés dans les Commanderies, comme dans des séminaires religieux et guerriers, et aux frais des Commandeurs. Indépendamment du bienfait d’une éducation toute conforme à l'esprit de l’ordre , et basée sur le double fondement de
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la piété et de l'exercice des armes, qui par-là leur était acquis, les jeunes chevaliers ne pouvaient de cette manière promener dans les villes ou les provinces une vie vagabonde, dont la funeste habitude eût déraciné dans leur cœur celle d’une sage régularité ; la croix de l’ordre, symbole des obligations auxquelles ils avaient juré de demeurer soumis, ne dégénérait pas à leurs yeux en l’une de ces distinctions flatteuses dont se berce la vanité; et, pour dernier avantage, la surveillance de tous les instans qu’exerçaient les Commandeurs sur les jeunes chevaliers, accoutumait ceux-ci à l'obéissance envers des chefs, chargés non-seulement de leur nourriture et de leur entretien, mais du soin de leur inculquer les règles de la discipline militaire. Pour compléter les heureux résultats de cette mesure, on défendit aux chevaliers, en général, d'aller à Rome et de s'établir à la cour du souverain pontife, sans la permission du Grand-Maitre ou du Procureur-Général de l’ordre. Il est aisé d’apercevoir que c'était arrêter l’ambition dans sa source , paralyser l'effet des intrigues dont l’exemple de Ferdinand d'Hérédia avait révélé toute la puissance, et ménager ainsi des récompenses aux services réels. Malheureusement, l'expérience atteste que les plus sages mesures ne résistent pas à l’action du temps.
Fluvian mourut le 26 ou 29 octobre 1437, lais-
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sant son ordre en pleine paix. Il avait trouvé les finances délabrées et il les rétablit. C’est à ce Grand-Maitre qu’on dut l'agrandissement du quartier des Juifs à Rhodes, et la superbe infirmerie qui, élevée sur les fondemens de l’ancienne, fut dotée de la propre épargne de Fluvian. Enfin, après avoir récompensé généreusement ses serviteurs et pourvu à l’entier acquittement de ses dettes, le chef des Hospitaliers versa deux cent mille ducats dans le trésor public.
Le mausolée élevé à sa mémoire portait trois inscriptions.
La première, en grec, signifiait :