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JACQUES DE MILLI,
@rente - Cinquième Grand - Maître,
A RHODES
Jacques de Milli était Grand-Prieur d'Auvergne. quand il fut choisi pour succéder à Jean de Lastic. Averti par le conseil que sa présence à Rhodes était indispensable, il se hâta de s’embarquer et arriva heureusement le 20 août 1454. Le 10 novembre suivant, il présida le chapitre général.
Mahomet, toujours plus ulcéré de la réponse courageuse de Lastic, avait déjà envoyé trente galères ravager les côtes des petites îles qui entourent celle de Rhodes, et lui-même se préparait à y porter une guerre d’extermination, quand, la ligue formée contre lui étant venue à éclater, il se vit contraint d’ajourner sa vengeance. Il dirigea alors ses armes vers la Hongrie, où, en 1456,
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l’attendait une défaite sanglante. A la même époque, Rhodes fut en proie à un fléau d’une autre espèce. Une peste horrible s'y manifesta, et ses habitans, échappés naguère à la fureur des Sarrasins, eurent de nouveau recours au Grand-Maitre, devenu en toute occasion leur unique appui. Jacques de Milli se montra le père des malheu-— reux, pourvut à tous les besoins et arrêta le mal dans sa source. On rapporte « qu’attribuant ce fléau à une punition du ciel, il prit envie au Grand- Maître de chasser toutes les courtisanes de Rhodes. » Mais, ajoute l’ancien chroniqueur, « mû de bonnes considérations, il changea d'avis et se contenta de les resserrer en quartier. »
… Au milieu de cette déplorable calamité, les galères des Hospitaliers ne demeuraient point dans linaction. On les voyait parcourir et nettoyer les mers, ravager les côtes des Turcs et ruiner leur commerce. Mahomet ne pouvait l’apprendre sans jurer d’en tirer une éclatante vengeance, et aussitôt une flotte, chargée de dix-huit mille combattans, vint assiéger le château de Lango (l'ancienne Cos), résolue de mettre tout à feu et à sang. Déja le canon avait opéré une large brèche vers laquelle les Turcs se précipitaient avec fureur. Mais, repoussés brusquement, battus dans une sortie, ils regagnent en désordre leurs vaisseaux et vont tenter de s'emparer, en le minant, du château de
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l’île Sisnia. Chassés de nouveau, mis en pleine déroute, ils opérèrent un débarquement dans l'ile de Rhodes, où ils entrèrent furtivement à la manière des pirates. La, ils enlevèrent quelques habitans, ruinèrent les campagnes, réitérèrent leurs déprédations dans les iles environnantes, mais l’unique fruit de leur expédition se borna à ‘ces rapines. Afin d'éviter à l'avenir de pareilles surprises , le Grand-Maître fit construire plusieurs forts dans lesquels il plaça des chevaliers en garnison. $ L’attention générale était alors dirigée vers lEgypte, dont le nouveau sultan Aboulfath Ahmed avait à sa cour Jacques, bâtard de Jean IIT, roi de Chypre, qui était venu lui offrir un double tribut, s’il voulait le faixe monter sur le trône au préjudice de la reine Charlotte sa sœur (veuve de Jean de Portugal et remariée à Louis de Savoie), qui implorait la protection du Grand-Maitre. Un chevalier fut envoyé au Sultan qui, craignant d’offenser l’ordre, inclinait déja à refuser Jacques; mais le terrible Mahomet lui fit dire par son ambassadeur que la cause du bâtard de Chypre était juste; qu’il lui proposait sa flotte pour le soutenir et attaquer les Hospitaliers , le menaçant de la guerre s'il hésitait. Aboulfath Ahmed obéit, et bientôt Chypre fut entièrement conquise, à l’exception de trois citadelles : Famagouste, appartenant aux Génois, une autre à la reine Charlotte,
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et Colos, à l'Hôpital, que, malgré la guerre, le Sultan ordonna de respecter.
Ces ménagemens durèrent peu. Aboulfath Ahmed, qui avait paru ne pas vouloir profiter de tous les-droits de la guerre, finit par méconnaître ceux de la paix, et retint captif l’envoyé du Grand- Maitre, tandis que, de son côté, Mahomet refusait un sauf-conduit au chevalier chargé d’aller auprès de lui renouveler les traités de trève. Enfin, les Vénitiens, que le bâtard de Chypre avait gagnés, opérèrent une descente dans l’île de Rhodes, y commirent d’affreux dégâts, et, réclamant des captifs sarrasins pris à bord des vaisseaux de la République, vinrent bloquer le port de la ville. Quelques Hospitaliers, emportés par la fougue de l’âge, proposèrent de les chasser à coups de canon; mais le Grand-Maitre, trop prudent pour augmenter encore le nombre de ses ennemis, conjura l'orage en rendant les prisonniers.
Ce fut au milieu de ces graves circonstances qu'éclatèrent de nouvelles discordes intestines qui nécessitèrent la convocation d’un chapitre général. Il eut lieu le 127 octobre 1459, et les chevaliers d’Espagne, d'Italie, d'Angleterre et d'Allemagne, s'y plaignirent hautement que les Français envahissaient toutes les dignités. Ceux-ci alléguèrent qu’ils avaient fondé la milice de Saint-Jean, que les autres nations n'avaient dû leur admission qu’à
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des chevaliers de France, et que d’ailleurs, formant trois langues, ils composaient à eux seuls plus de la moitié de l’ordre entier. Ils ajoutaient que l’Amiral était toujours de la langue d'Italie ; que celles d'Aragon, d'Allemagne et d'Angleterre fournissaient constamment le Grand-Conservateur , le Grand-Bailli et le Turcopolier ; qu’ainsi, la France, la Provence et l'Auvergne pouvaient se réserver les dignités de Grand — Hospitalier, de Grand-Commandeur et de Grand-Maréchal.
La discussion s’échauffa. Le Procureur d’Aragon, en plein chapitre, interjeta appel à la cour de Rome, et sortit suivi des quatre langues étrangères. Le conseil voulait les poursuivre; le Grand- Maitre s'y opposa, et, touchés de sa modération, peu à peu les rebelles eurent honte de leur emportement. Après avoir ainsi, par sa sagesse, COnservé la paix au-dehors et rétabli la concorde intérieure, Jacques de Milli mourut, le 17 août 1461, d’une attaque de goutte.
Quatre inscriptions décoraient le mausolée de ce Grand-Maître. Les trois de la face antérieure s'exprimaient ainsi :
La première :
LES LÉGIONS FRANCAISES DE LA SAINTE ET NOBLE MILICE DE JÉRUSALEM ONT ÉLEVÉ CE TOMBEAU À JACQUES DE MILLI,
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MAITRE DES CHEVALIERS, EN MÉMOIRE DES VERTUS QUE DOIT AVOIR UN CHEF SOUVERAIN, SA SCIENCE DE LA GUERRE, SON COURAGE, L'ÉNERGIE DE SON COMMANDEMENT, SA MERVEILLEUSE APTITUDE À TIRER PARTI DES ÉVÉNEMENS.
La seconde :
LES ROMAINS DE LA RÉPUBLIQUE FAISAIENT CAS DE L'AUDACE A LA GUERRE, DE LA JUSTICE DANS LA PAIX.
La troisième :