‹ Monumens des grands-maitres de Saint-Jean de Jérusalem ... Accompagnés de notices historiques sur chacunChapitre 21 sur 105 · DE VERDALE · texte numérisé non relu

DE VERDALE

Cinquantième Grand-Maître,

e A MALTE,

La mort de La Cassière avait pacifié les troubles de l’ordre; mais Henri IIT, roi de France, n'était point satisfait; il exigeait que la justification du Grand-Maître fût aussi solennelle que l'avait été l’offense , et, en cas de refus, il menaçait de séparer les trois langues de France du reste de l’ordre et de les établir en Provence. Ému de cette détermination, le pape crut plaire au monarque en donnant un Français pour successeur à un Français. Ayant ordonné au conseil par un exprès de ne point élire de Grand-Maitre sans sa participation, il désigna trois chevaliers de la langue de Provence sur lesquels devait se fixer le suffrage des électeurs. Le 12 janvier 1582, ils nommèrent Hugues de

Loubens-Verdale, issu d’une ancienne maison de Languedoc au diocèse de Lavaur.

Ce nouveau chef s'était fait aimer de tous par sa douceur, son caractère affable et pacifique. C’était lui qui avait aidé La Cassière à sauver l’étendard sacré à la mémorable retraite de Zoare. Depuis, nommé Grand-Commandeur, Prieur de Toulouse, il avait été deux fois envoyé à Rome comme ambassadeur. Son élection causa dans l’ordre une joie qui parut unanime , et le pape qui affectionnait Verdale joignit à sa dignité de Grand-Maître celle de Turcopolier, affectée jadis à la langue d’Angleterre.

Toutefois cette nomination n'apaisa point la cour de France. Les réclamations devinrent plus pressantes, et, le 3 septembre 1582, un jugement prononcé sur les informations recueillies dans le fameux procès de La Cassière, fut Iu à Rome, en plein consistoire. Il déclarait que les mesures adoptées contre le dernier Grand-Maître étaient nulles et iniques, et condamnait les coupables à une peine modérée. Tous les nuages se dissipèrent alors, et Malte jouit d’une parfaite tranquillité. Verdale en profita pour ajouter au château du Goze de nouvelles fortifications, et pour tenir un chapitre général (1583 ) où l’on imposa une taxe universelle sur les biens de la religion.

Cette paix fut troublée par les injustes agres—

sions des Vénitiens qui tantôt prétendaient que leur pavillon devait protéger les marchandises turques, tantôt que leurs marchandises devaient protéger l'étendard du Croissant. Ils s'emparèrent même , à titre de représailles, de deux galères de Malte. Mais les chevaliers à leur tour fondirent victorieusement sur un vaisseau vénitien. Cette querelle se prolongea long-temps.

Cependant l'esprit de sédition, comprimé momentanément par la douceur de Verdale, éclata tout-à-coup en 1587. Les chefs en donnèrent encore l'exemple. Le Grand-Maréchal, au mépris des droits du souverain, osa soustraire à la justice un valet accusé de vol. Michel de Sèvre, Prieur de Champagne, alla plus loin, et, par une entreprise inouie, appela aux tribunaux séculiers, des ordonnances du dernier chapitre général. Méconnu, outragé même par les mutins, l’infortuné successeur de La Cassière se rendit comme lui à Rome. Il y fut comblé d'honneurs, et Sixte-Quint l'ayant nommé cardinal, ces marques d'estime mirent quelque temps un frein à l'audace des séditieux. D'ailleurs, une horrible peste qui désola Malte en 1992 ne permit plus de s'occuper de ces misérables haïines. Mais elles reparurent après le danger.

En ces temps désastreux, l'honneur, la loyauté, avaient cherché un refuge sous les drapeaux , et,

tandis que les galères de l’ordre faisaient respecter son pavillon sur les mers, l’orgueilleuse Malte recelait dans son sein un amas de rebelles libres de toute foi et de toute loi. Lassé de nouveau par leurs insultes, Verdale reprit une seconde fois le chemin de Rome, où il mourut de chagrin le 4 mai 1595, âgé d'environ soixante-quatre ans.

Sous son règne , le pape Grégoire XIII défendit qu'aucun DE püt devenir Prieur de l'Église ou évèque de Malte, dont le siége épiscopal était alors occupé par le fougueux Gargallo, si ardent à défendre ses droits. À son invitation, les jésuites : ‘établirent à à Malte, et il y eut dans l'intérieur. de ce petit État quatre pouvoirs religieux distincts, l'Evêque, l'Inquisiteur, les Jésuites et le Grand- Maître, ce qui établissait une semence éternelle de troubles que fomentaient encore les jalousies des langues des nations et des chevaliers ‘

Le tombeau d'Hugues de Verdale offrait cette épitaphe :

A DIEU, TRES—BON ET TRÈS-GRAND

‘ Ce fut sous Hugues de Verdale que l'Histoire de Malte, commencée par Antoine Fossan, fut écrite par Jacques Bosio, chevalier et neveu du célèbre Commandeur de ce nom.

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