‹ Monumens des grands-maitres de Saint-Jean de Jérusalem ... Accompagnés de notices historiques sur chacunChapitre 48 sur 105 · T. IT · texte numérisé non relu

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mencés furent ruinés par le canon des Maures, et les Chrétiens, forcés à la retraite et s’'embarquant sous le feu ennemi, perdirent leur arrière-garde entière composée de quatre cents hommes. Les galères affaibliés revinrent alors à Malte; mais plusieurs chevaliers, armés pour leur propre compte, soutinrent la réputation de l’ordre ‘. Deux entre

1 « En 1668 (dit M. C. d’'Avalos, t. I, p.187, T'ableau de Malte, etc.), les Maltais prirent un vaisseau sur lequel, outre d'immenses richesses, étaient le prince Osman et la princesse Fatime, enfans de l’empereur Ibrahim , qui allaient d’Alexandrie à la Mecque. Ces illustres prisonniers furent traités à Malte avec tous les égards dus à leur haut rang, et, après être restés quelque temps dans l’île, la princesse Fatime, comblée de présens, fut renvoyée sur son bâtiment même à Constantinople, sans que l’ordre exigeât aucune sorte de dédommagement. Le prince Osman, jeune homme doux et vertueux, surpris de voir tant de générosité dans des ennemis qu’on lui avait peints dans son enfance comme des gens farouches, fléau de son pays, ne voulut plus retourner à Constantinople. Il se fixa à Malte, embrassa le Christianisme, et se fit nommer moine de Saint-Dominique, renonçant ainsi à la couronne d’un grand empire, sans même vouloir accepter la dignité de cardinal dont le pape voulait l’honorer.

» Cette perte d'un fils chéri, et l’abjuration de sa religion, blessèrent sensiblement le cœur et la politique d’Ibrahim. Comme père et comme souverain , il voulut se venger d’une manière terrible des Maltais, et étouffer dans leur sang et la destruction de leur pays le désespoir affreux qui le rongeait. Mais la Providence, qui, à son gré, sait humilier l’orgueil des

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autres, les chevaliers de Namwville et de Teméricourt, enlevèrent aux corsaires un vaisseau de quarante canons : puis, avec Ce même vaisseau soutenu d’une seule frégate, ils attaquèrent une flotte de vingt-deux bâtimens de commerce, en prirent six, et coulèrent bas ou mirent en fuite le reste.

L'action du chevalier d'Hocquincourt fut plus hardie encore. Assailli dans le port de l’île Dauphine par trente-trois galères turques, et foudroyé par le canon de terre, il vit son vaisseau criblé de boulets, ses manœuvres en pièces, et la moitié de ses hommes hors de combat. Mais, sans songer à se rendre, il répond au feu par le feu, coule à fond plusieurs galères, et se fait jour à travers la flotte ottomane après avoir tué plus de six cents ennemis, Ce brave chevalier ne jouit pas du prix de son héroïsme. Il échoua sur un écueil, non loin de l’île Scarpente, et périt dans les eaux avec le

hommes et anéantir leurs projets, sauva Malte pour la deuxième fois du danger qui la menaçait par la mort d’'Ibrahim, venue très à propos comme celle de Soliman.

» Osman vécut heureux à Malte, et fut toujours traité dans cette île avec non moins d’égards que l'avait été à Rhodes, par Pierre d’Aubusson, Zizim, fils de l’empereur Mahomet II.

» Le successeur d'Ibrahim ne réclama pas la personne d’Osman, et ne songea pas non plus à venger une injure qui ne lui était pas personnelle. »

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chevalier de Grille son ami, et cent soixante-dix soldats ou matelots.

Cependant, on entrait dans la vingt-deuxième année de la guerre de Candie. Irrité d’une résistance aussi prolongée, le grand-visir Achmet y conduisit lui-même une armée nombreuse. Venise en jeta un cri d’effroi : l’Europe en fut émue, tous les yeux se fixèrent sur une île où se débattaient les destinées des Infidèles et des Chrétiens, et de nouveaux secours arrivèrent de toute part. Malte entre autres y envoya quatre cents hommes. Mais, malgré ces renforts partiels, malgré une bataille navale remportée contre les Turcs, la capitale de l'ile, vivement pressée, ne pouvait tenir longtemps encore, el le canon des Ottomans avait bientôt éclairci les rangs de ses nouveaux défenseurs. Elle fut prise en 1670, ‘après vingt-neuf mois de siége, et Venise ayant fait sa paix avec le Grand-Seigneur, l’ordre craignit pour Malte. Un habile ingénieur nommé Valpergo fut appelé. Il traça de nouvelles fortifications, et des milliers de bras commencèrent les travaux. Il fit élever le boulevard dit La Cotonère, et le fort de Ricazoli qui défendait l'entrée du grand port *. Le Grand-

1 On lui donna ce nom en témoignage de reconnaissance envers le Commandeur italien, qui fournit quatre-vingt-dix mille livres pour sa construction.

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Maitre fonda depuis des revenus pour l'entretien de ce fort. Quelques années après, un lazaret fut bâti dans la petite île Marsa-Muscet.

Ces précautions devinrent heureusement inutiles. Les Turcs se bornèrent à une conquête qui leur coûta plus de cent mille hommes. Seulement l'audace de leurs corsaires s'étant accrue, on les vit reparaîtreen forces sur les côtes de l'Italie. En 1672, cinq gros vaisseaux de Tripoli attaquèrent le chevalier de Teméricourt. Quoique.seul, il en démâta deux et contraignit les trois autres à s'éloigner. Mais la fortune trahit un si haut courage; poussé par la tempête sur les côtes de Barbarie, il fut pris par les Maures, et conduit à Andrinople devant Mahomet III : le nom du chevalier lui était connu.

« C’est donc toi, dit le Sultan, qui as résisté à cinq de mes vaisseaux! — Moi-même. — Et qui es-tu, ajouta Mahomet, sinon un déserteur, puisqu'il y a paix solennelle entre moi et ton Roi ?— Je suis Français, reprit Teméricourt; mais je suis aussi chevalier de Malte, et comme chevalier, tout Infidèle est mon ennemi. »

Il fut reconduit en prison. Le Sultan, surpris de sa force d’ame, le fit traiter avec la plus grande douceur et tenta sa foi par les plus brillantes promesses. Il lui offrit d’être capitan-pacha, grand-amiral, de lui donner même pour épouse une princesse de sa famille. Le jeune héros demeura incorrupti-

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ble. Il résista de même aux coups, aux tortures, aux mutilations les plus affreuses. Enfin le barbare Mahomet fit trancher sa tête et jeter son corps à la rivière pour le dérober à la vénération des Chrétiens. Teméricourt n'avait pas vingt-trois ans ‘|...

Une telle mort excita parmi les chevaliers une vive admiration et un désir ardent de venger le jeune héros. Sur ces entrefaites (1673), des députés vinrent réclamer les secours du Grand- Maître de la part des Mainotes, montagnards de

‘ Il nous aurait été facile de multiplier les exemples d’un courage aussi admirable, et de prouver ainsi, dans le cours de ces Notices, où nous n’envisageons guère que la vie des Grands-Maîtres, que les simples chevaliers rivalisaient avec eux de vertus et d’héroïsme. Jamais plus belle moisson d’exploits guerriers, de traits d’une ingénieuse et ardente bienfaisance, n’a été offerte à un historien : aussi regrettons-nous vivement qu’on n’entretienne pas plus souvent la jeunesse de nos écoles de ces soldats religieux, au lieu de lui proposer sans cesse pour modèles Les héros, admirables sans doute, de la Grèce et de Rome, mais dont les actions ne sont pas empreintes de cet intérêt sympathique que fait naître dans nos cœurs la communauté de croyances religieuses. Un enseignement qui, dans le royaume très-chrétien et dispensé à des Français, s’appuierait de tels exemples pour démontrer la solidité de ses maximes, ferait germer dans les cœurs le respect pour Le passé, de nobles espérances pour l'avenir, et, par dessus tout, l'amour d’une religion qui a provoqué les élans de cette charité céleste, l'exaltation de cette intrépidité guerrière.

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la Grèce, qui s’'armaient pour brisér leurs fers, C'était la première étincelle d’une guerre où leurs descendans devaient vaincre ou mourir. Mais en vain la flotte de Malte accourut avec empressement. Ils étaient encore esclaves, et déjà la discorde régnait parmi eux comme s'ils n’eussent pas été dignes d'être libres.

Le roi de Pologne Sobieski, menacé par les Musulmans , envoya aussi prier Cotoner de faire en sa faveur une diversion puissante. Mais, comme on travaillait à un armement digne de son objet, une peste terrible (1676) vint désoler Malte. A peine y resta-t-il assez de chevaliers pour le service des galères ordinaires, et au lieu de vingt-un que chacune portait auparaÿant, elles n’en eurent plus que neuf et la capitane onze. Les corsaires s'aperçurent de cette faiblesse, car cinq galères, ayant rencontré deux vaisseaux algériens, se contentèrent de les canonner sans tenter l'abordage, et les laissèrent échapper.

En 1679, à la peste succéda la famine. Le Grand-Maître en prévint les effets en faisant remblir tous les magasins. Mais une sorte de paralysie le retenait depuis quelque temps dans une espèce de langueur , et son zèle pour l'État dépassait trop ses forces. L’an 1680, les douleurs de la pierre et de la goutte se joignirent à ses autres infirmités , et, comme s’il n’eût pas eu assez de tant de maux, il

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fut encore atteint d'une dysenterie. Il prévit alors sa fin, et, s'étant hâté de mettre ordre aux affaires de son gouvernement, il mourut le 29 avril, âgé de soixante-treize ans.

Sous son règne, les Hollandais s'emparèrent des biens que l’ordre avait dans les Pays-Bas; Louis XIV obtint seulement pour les chevaliers un dédommagement de cent cinquante mille florins. Appauvris de ce côté, les chevaliers s’enrichirent en Pologne de tous les domaines du duc d’Ostrog, qui, dès l'an 1618, lui avaient été substitués.

On lisait sur le tombeau de Nicolas Cotoner :

A FRÈRE DOM NICOLAS COTONER, GRAND-MAITRE DE L’ORDRE DE JÉRUSALEM, ÉLEVÉ AU RANG DE PRINCE PAR SA GRANDEUR DAME, SA SAGESSE, SA MUNIFICENCE ET SA MAJESTÉ :

PARCE QU'IL A ÉRIGÉ, A LA HONTE DE MAHOMET, UN TROPHÉE AVEC LES ROSTRES DES GALÈRES ET LE BUTIN PRIS SUR ZA SULTANE; PARCE QU'IL À ENRICHI MALTE DE MAGNIFIQUES BATIMENS ; QU'IL A ACCRU LA SPLEN— DEUR DES TEMPLES ; ÉLARGI ET FORTIFIÉ L'ENCEINTE. DES REMPARTS , ET RAVI SES CITOYENS À LA PESTE DÉVORANTE ; POUR AVOIR DONNÉ À L'ORDRE DE JÉRU— SALEM, DONT IL FUT LE PREMIER CHEF QUI AIT SUCCÉDÉ A SON FRÈRE, DES LOIS, DE L'AUTORITÉ, DES TRÉSORS; POUR AVOIR SAUVÉ LA RÉPUBLIQUE DANS LES CIRCONS—

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