OBIIT ROCCELLÆ, XIX SEPTEMB. AN. M DC LXXIX, ÆT. SUÆ. LI
MORTALITATIS SPOLIUM HUC TRANSVECTUM F. D. GREGORIUS CARAFFA M. H. O0. M. HOC TUMULO CONDIDIT.
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Lu. de M pement Due des SÉPires VC.
Soixante-lnième Grand-Maître,
A MALTE
La mort de Caraffa réveilla d'anciennes prétentions et de nouvelles brigues. Adrien de Wignacourt ‘, éloigné du magistère en 1680, l’emporta cette fois et fut nommé Grand-Maître :
neveu du célèbre Alof de Wignacourt, il était Grand - Trésorier de l’ordre , et jouissait d’une juste réputation de piété et de bienfaisance. Il en donna la preuve à son avénement à la dignité suprème , et ses secours allèrent chercher et consoler les enfans orphelins ainsi que les veuves des soldats morts au service de la Religion. Ce généreux exemple trouva des imitateurs parmi les che-
‘ Ou Vignacourt.
valiers, et le conseil voulut y participer l’année suivante , en occupant les bras des pauvres et des ouvriers à élever des magasins, à bâtir un magnifique arsenal destiné à la construction des galères, et à fortifier les endroits de la côte qui pouvaient être accessibles. Cette mesure était d’autant plus salutaire, qu’en l'absence de la flotte les corsaires osaient pousser leurs courses jusque dans le canal du Goze, et l’ordre fut contraint d’armer une galiote pour les chasser.
Les galères se trouvaient alors dans la rade de Candie avec l’escadre vénitienne, mais la fortune se lassa de les seconder. En 1692, elles assiégèrent la Canée, une des plus fortes places de l’île, et, après vingt-quatre jours de blocus, l'approche de l'hiver les força de se retirer.
L'année suivante (1693) devint remarquable par un horrible tremblement de terre, qui commença le 11 janvier à dix heures du soir et dura trois jours. À Malte, plusieurs édifices furent renversés, mais il se fit surtout sentir à Agosta, ville de Sicile, qu'il bouleversa de fond en comble. Cette calamité ayant été regardée comme un châtiment du ciel, on ordonna des jeûnes, des prières pu- - bliques, pour désarmer sa colère, et l’on défendit même les divertissemens du carnaval.
Le Grand-Maitre, s'appliquant ensuite à réparer les désastres causés à Malte et même en Sicile,
envoya ses galères porter des secours aux habitans d’Agosta, où l’ordre possédait auparavant des magasins et des fours. Il les fit reconstruire plus vastes, et l’on plaça sur le fronton de ces édifices les armes de Wignacourt. Le trésor, qu'enrichissaient également à cette époque la paix et la guerre, put fournir à toutes ces dépenses , en même temps qu’on faisait venir d'Amsterdam des agrès et d’autres objets indispensables pour la réparation des galères.
La flotte, ainsi munie et renouvelée, reparut sur les mers, commandée par le Prieur de Messine. Ayant rencontré un vaisseau tunisien, il s’en empara avec cent cinquante esclaves. Néanmoins, au retour de l'amiral de la Religion, ses ennemis l’accusèrent de lâcheté, et Wignacourt, trop accessible à ces délations, laissa instruire le procès. Le général fut déclaré innocent, et toutefois l’année suivante on donna le commandement des galères au comte de Thum. Le nouvel amiral alla assiéger Scio , qui se rendit après huit jours de résistance ; puis, quittant l’escadre de Venise, il aperçut et captura un navire de Tripoli. Ce fut le dernier exploit de ce règne; privés des secours des alliés qui prétextaient l'approche de la mauvaise saison, les chevaliers n'osèrent s’aventurer dans le Levant. |
Le Grand-Maitre languissait de jour en jour, et,
dès l’an 1696, une maladie aiguë dont il se trouva atteint ralluma des ambitions que son retour à la santé assoupit aussitôt. Mais l’année suivante, une fièvre ardente le saisit de nouveau, et il expira le 4 février 1697, à l’âge de soixante-dix-neuf ans.
Nuls troubles intérieurs n’éclatèrent sous ce magistère, et l'on en fut redevable à la faveur d’Innocent XII, qui se montra le zélé protecteur de l’ordre. Il exempta les biens de la Religion d’un subside auquel ses légats voulaient les assujettir, et fit même présent à Wignacourt d’un nombre considérable de forçats. Il apaisa la querelle qui depuis quarante ans divisait Gênes et Malte, et qu'avait en vain voulu terminer un de ses prédécesseurs. Jusqu'à ce temps, le conseil , fidèle à sa décision, n'avait permis à aucun Génois de prendre l’habit de chevalier, mais alors une foule de gentilshommes de cette nation se présentèrent à l'envi pour remplir ces rangs sacrés que la guerre éclaircissait tous les jours.
On lisait sur le tombeau de ce Grand-Maiître :
A DIEU, TRÈS-BON ET TRÈS-GRAND
LES DÉPOUILLES MORTELLES DE TRÈS—ÉMINENT PRINCE; FRÈRE ADRIEN DE WIGNACOURT,
REPOSENT SOUS CE MARBRE : SI VOUS CHERCHEZ EN LUI LA SPLENDEUR DU SANG, VOUS LA TROUVEZ DANS SON NOM SEUL, DANS SES ALLIANCES PRESQUE ROYALES ; SI LE MÉRITE D'UNE VIE RELIGIEUSE ATTIRE PLUTOT VOS REGARDS ; VOUS POURREZ ADMIRER SA CHARITÉ INFA— TIGABLE ENVERS LES PAUVRES ET LES INFIRMES, ET GÉNÉREUSE ENVERS LES PESTIFÉRÉS; ET UNE SAINTETÉ DE MOEURS SI PURES, QU IL EUT PRÉFÉRÉ MOURIR PLU— TOT QUE DE LA SOUILLER. NEVEU PAR SON PÈRE DU GRAND ALOF, ET SA PARFAITE IMAGE PAR L'INTÉGRITÉ, LE COURAGE ET LA JUSTICE, IL À ÉGALÉ LA GLOIRE D'UN Si GRAND PRINCE.
JL A VÉCU SAINTEMENT, ET SAINTEMENT IL EST MORT, L'AN DE GRACE 1697, LE 4 FÉVRIER, AGÉ DE SOIXANTE-DIX-NEUF ANS.
EMINENTISSIMI PRINCIPIS FRATRIS ADRIANI DE WIGNACOURT MORTALES EXUVIÆ SUB HOC MARMORE QUIESCUNT.
SI GENERIS SPLENDOREM QUÆRAS, HABES IN SOLO NOMINE, HABES IN AFFINITATIBUS PENÈ REGIIS. SI RELIGIOSÆ VITÆ MERITA SPECTES, CHARITATEM ERGA PAUPERES ET INFIRMOS INDEFESSAM, ERGA PESTE LABORANTES GENEROSAM , MIRARI POTERIS : ET ITA INTEMERATAM MORUM INNOCENTIAM , UT MORI POTIUS QUAM FOEDARI VOLUERIT : MAGNI ALOFII EX PATRE NEPOS, INTEGRITATIS , FORTITUDINIS ; ET JUSTITIÆ LAUDE SIMILLIMUS, TANTI PRINCIPIS FAMAM EST ASSECUTUS.
VIXIT SANCTISSIME ;, SANCTISSIME OBIIT,
Armes : d'argent, à trois fleurs de lis de gueules au pied nourri , au lambel de sable.