‹ Monumens des grands-maitres de Saint-Jean de Jérusalem ... Accompagnés de notices historiques sur chacunChapitre 58 sur 105 · LX ET · texte numérisé non relu

LX ET

- RAYMOND PERRELOS,

Soixante- Deuxième Grand - Maître,

A MALTE

Trois jours après la mort de Wignacourt, le conseil s’'assembla pour lui élire un successeur. Il était partagé en divers partis qui, trop faibles chacun en particulier, s’accordèrent enfin en proclamant Grand-Maïître Raymond Perrelos ‘, Aragonais de naissance, Bailli deNégrepont.Ilatteignait sa soixantième année; mais, possédant toute l’activité d’un jeune homme, huit jours après son élection, il réunit le conseil, fit revivre les anciennes lois somptuaires, défendit les jeux de hasard, et supplia le pape de ne plus conférer de dignités et de grâces ?.

‘ Ou Perillos.

? « En 1698, M. de Weslow et le prince Boris Petrowitz Ke-

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Ces faveurs, ravissant aux anciens chevaliers le prix de leurs travaux, détruisaient nécessairement la discipline et l'émulation par le plus funeste découragement. Innocent XII, l'un des bienfaiteurs de l’ordre, qui siégeait encore sur le trône papal, approuva les réclamations du nouveau chef des Hospitaliers. Aussi, quelques-unes des commanderies envahies par Rome étant venues à vaquer, il les rendit aux chevaliers. Peu après, il entremit son autorité pour réconcilier l'évêque de Malte et le Prieur de l’église, dont les prétentions troublaient la tranquillité de l’île. Le Grand-Maître, reconnaissant, fit alors élever lastatue du souverain pontife sur la porte principale de l’église de la Victoire.

Les galères continuaient cependant leurs courses, et, le 8 octobre 1700, « l’escadre maltaise, dit M. le Baïlli de Chambray ‘ (dans ses Mémoires ma-

remitef ( parent et ambassadeur de l’empereur Pierre-le-Grand auprès du Grand-Maître ) arrivèrent à Malte, où ils logèrent dans la maison Cotoner. Perrelos donna au prince russe la croix de l’ordre, et il fut ainsi le premier gentilhomme de sa maison qui porta la noble décoration de l’ordre le plus ancien de la chrétienté. » (Tableau de Malte, p. 33.)

EX acques-François de Chambray (dont l'arrière petit-neveu, le marquis de Chambray, auteur d’une excellente Histoire de l’Expédition de Russie, 3 vol. in-8° avec atlas, de la Philosophie de la Guerre, ete., m'a communiqué les Mémoires ma- :

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nuscrits), s'empara du vaisseau turc le Binghen. Le bon exemple que donna le général Bailli de Spinola avec la galère Capitane, ne fut pas moins admirable que son grand courage, soutenu par celui du chevalier de Villeneuve Trans —- Tourettes, caravaniste de la galère magistrale Lascaris (pour lors patrone, commandée par le chevalier de Ricard), qui aborda le premier de tous. Aussitôt les autres firent de même. Le chevalier de Trans fut aussi le premier de ceux qui montèrent sur le vaisseau ennemi, suivi des chevaliers de Benseville, Français, et de Damiani, Italien. »

nuscrits avec la plus loyale obligeance ) naquit à Évreux , en Normandie, le 45 mars 1687. Reçu chevalier à l’âge de treize ans, il arriva à Malte le 28 octobre 1700, et le Grand- Maître l’y reçut en qualité de page. Depuis, Grand-Croix, lieutenant-général et vice-amiral de Malte, il prit onze vaisseaux sur les Infidèles, se couvrit de gloire dans une foule d’actions d'éclat, et reçut les blessures les plus graves.

L'ordre lui doit d’avoir fait construire et fortifier à ses frais un fort dans le quartier de l’île du Goze, qui prit le nom de Cité neuve de Chambray : mit ainsi, par cet ouvrage important, les Gozetains à l'abri des insultes des Barbaresques.

Cet intrépide marin mort le 8 avril 1750 , âgé de soixanteneuf ans, fut inhumé dans l’église de Saint-Jean avec cette épitaphe, gravée aussi sous son portrait dans la collection d’Odicuvre (son mausolée représentait le fort Chambray avec les

armes du défunt, d'argent à trois besans de gueules semé d’hermines et de sable) :

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Mais, malgré cette impétueuse bravoure, il arrivait souvent que les vaisseaux de haut bord échappaient aux chevaliers, et que, fiers de leur supériorité, les corsaires reparaissant sur les côtes de la Sicile faisaient des descentes, et enlevaient des navires marchands. Aidé des avis et de l'influence du Bailli Zondodari, depuis Grand-Maître, Perrelos persuada au conseil de rétablir une escadre de vaisseaux, et le soin en fut confié au chevalier de Saint-Pierre. Les galères, ayant dans l'intervalle recu ordre de poursuivre les pirates, les rencon-

HIC JACET F. JAC. F. DE CHAMBRAY, ORDINIS HIEROSOLYMI BAJULIVUS, DE SANCTA VAMBOUR DE VIRECOURT MAGISTRALISQ. COMM. METENSIS COMMENDATORIUS MARI ÆTATIS SUÆ NULLI SECUNDUS FUDIT TURCAS TERRA ARCE PROPRIIS IMPENSIS EXTRUCTA TUTAVIT CIVES.

Vertot, contemporain du Baïlli de Chambray, n’a pu le citer qu'une fois dans son Histoire. Ses Mémoires forment un manuscrit in-{° d'environ douze cents pages, et intitulé : Mémotres de J.-F. de Chambray, adressés à sa trés-ullustre et

vénérable famille, remis entre les mains du marquis de Chambray l’ainé.

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trèrent et s'emparèrent d’une sultane de quatrevingts canons. Habile à récompenser la valeur, le Grand-Maître voulut que le pavillon de ce navire fût suspendu dans la nef de léglise-de Saint-Jean d'Aix , lieu de naissance du chevalier provençal qui avait le plus contribué à la victoire. Désirant coopérer de tout son pouvoir à rétablir les forces de la Religion, Perrelos fit construire à ses frais les vaisseaux le Saint-Raymond, le Saint-Joseph et le Saint-Vincent. Il bâtit à la mème époque de magnifiques magasins.

Enfin, en 1706, sortit la nouvelle escadre, sous les ordres de celui qui avait veillé à sa construction. Dès la première course, elle rencontra trois navires tunisiens, s'empara du vaisseau amiral, mit en fuite les deux autres, et le bâtiment capturé fut ajouté à l’escadre sous le nom de Sainte — Croix. Alors, s'établit entre les deux flottes la plus brillante et la plus glorieuse rivalité d’exploits. Le commandeur de Langon ‘, surnommé /a terreur des Infi-

‘ Le Grand-Maître Perrelos fit placer l'inscription suivante dans une nef de l’église de Saint-Jean, à Malte, en l’honneur de l’intrépide général des galères, le RSA EN Joseph de Langon, dont le corps, transféré à Carthagène, y fut enseveli auprès du maître-autel de la cathédrale :

FRATRI JOSEPHO DE LANGON-ALVERNO,

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dèles, perce avec un seul vaisseau une division algérienne, et vient ravitailler la garnison espagnole d'Oran, vivement assiégée. Mais ce secours ue servit qu'à différer la perte de cette place ; les Tures s’en emparèrent, ce qui affligea tellement le Grand- Maître qu'on craignit pour ses jours; il reçut même les derniers sacremens. Il fut heureusement rendu aux vœux de son ordre, qu’alarmaient alors des bruits vagues d’une guerre terrible de la part des Turcs. Ces craintes ne se prolongèrent pas, et les Musulmans opérèrent seulement une descente dans l’ile du, Goze, où leurs exploits se bornèrent à brüler quelques barques. Le Commandeur de Langon vola à leur poursuite, attei-

CUJUS VIRTUTEM IN IPSO TYRONICII FLORE MATURAM GALLICÆ NAVES FECERE ; THRACES SENSÈRE » MELITENSES HABUERE VICTRICEM. ORA- NUM DIRA OBSIDIONE CINCTUM, CUM UNICA RELIGIONIS NAVE, CUI PRÆERAT ONERARIAM DUCENS, PENETRATA ALGERII CLASSE, EJUSQUE REGE TESTE VEL INVITO, MILITEM ET COMMEATUM INVEXIT. GENE- RALIS CLASSIUM PRÆFECTUS AD TRIPOLITANORUM PRÆTORIAM INCEN- DENDAM PLURIMO MOMENTO FUIT. LAUDES TAMEN CONSILIO ET FOR- TITUDINE SIBI UBIQUE COEMPTAS IN ALIOS CONTINUO TRANSTULIT. SUPREMA TAMEN ALGERII NAVE SUBACTA , ACCEPTOQUE INDE VUL- NERE ACERBO,; VICTOR FATO CESSIT,; DIE XVIII APRILIS M DCC X, ÆTAT. XLI.

E. M. M. F. D. R. DE PERRELOS ROCCAFULL, AD BENEMERENTIÆ ARGUMENTUM, MORTUO HOC MOERENS POSITUM VOLUIT CENOTAPHIUM ; AD MEMORIÆ PERENNITATEM.

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gnit dans sa retraite la capitane de Tripoli, portant quarante pierriers, Cinquante-six canons et six cents hommes, y mit le feu à coups de canon, et recueillit dans ses chaloupes cinq cents Turcs qui avaient sauté à la mer. Un autre vaisseau ottoman essuya le même sort, et cette expédition hardie ne coûta à l’ordre que cinq soldats et un chevalier. L'année suivante, arriva le tour de la capitane d'Alger; mais, cette fois, la victoire fut chèrement achetée, et l’on eut à regretter surtout le brave Commandeur de Langon, « qui périt enseveli dans son triomphe. » |

Une si constante prospérité excita l'envie des anciens ennemis des Hospitaliers, et le vice-roi de Sicile leur refusa l'achat de ses grains. Mais les escadres maltaises devenues souveraines des mers en amenèrent du Levant. Il ne fut pas aussi facile de braver l’inquisiteur, quand il voulut faire revivre des prétentions déjà condamnées, en 1703, par Clément XI.

Cette inquisition, d’abord paisible et soumise, soit à l’évêque, soit à l'officier du pape, ayant sourdement accru sa puissance, osa enfin disputer l'autorité au chef suprème. Elle comptait pour sujets souscrivant aveuglément à ses volontés, les familiers , c'est-à-dire des séculiers qui, au moyen d’une patente de l’inquisiteur, pouvaient se soustraire impunément à la souveraineté du Grand-

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Maître , et se disaient exempts de prendre les armes, même dans le cas où les Turcs attaqueraient l'ile. Séduits par de tels privilèges, une foule d'habitans s'étaient peu à peu enrôlés parmi les familiers, de sorte que bientôt plus des deux tiers des vassaux de l’ordre finirent par obéir sous ce titre à l'inquisiteur. Celui-ci, enorgueilli de son pouvoir, avait poussé l’insolence jusqu’à exiger que le carrosse de Perrelos s’arrêtàt devant le sien. Enfin, le 7 décembre 1711, ses officiers se permirent de violer le seuil de l’'infirmerie, lieu sacré où cessait l'autorité du Grand-Maître lui-même, et où le Maréchal de l’ordre ne pénétrait qu'après avoir déposé son bâton decommandement. S'introduisant par supercherie, les mandataires de l’inquisition commencaient à écrire un procès-verbal de visite, quand, averti par l’indignation générale, le chevalier du Bocage, infirmier , accourut et les força de sortir. Le Grand-Prieur Zondodari fut aussitôt envoyé à Rome pour obtenir justice de ces audacieux empiétemens, et l’on intéressa Louis XIV à ces réclamations. Ce monarque , auquel on présenta un Mémoire à ce sujet, en écrivit très-fortement au pape, qui rappela à son devoir l’ambitieux inquisiteur, sévèrement réprimandé.

La guerre maritime, un moment suspendue par ces troubles intérieurs, reprit toute son activité. Adrien de Langon, digne neveu du Commandeur

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Joseph, attaqua sept vaisseaux d'Alger, en prit un et mit les autres en déroute. L'année suivante (1714) il coula à fond un corsaire de cinquante canons et s’empara d’un second sur lequel il fit cent esclaves.

En 1715 (dit le Bailli de Chambray), au moment où la guerre se déclara contre les Vénitiens , la cour du Grand-Maître Perrelos offrait ce qu'on peut voir de plus brillant; quinze cents chevaliers, parmi lesquels on comptait plusieurs officiers-généraux de toutes les puissances de la chrétienté, et quantité de colonels, lieutenans-colonels, etc., faisaient l’ornement de la résidence de l’ordre.

Mais les devoirs guerriers arrachèrent bientôt cette noblesse européenne aux douceurs de la vie privée. Tant d’affronts accumulés parurent enfin émouvoir la colère de la Sublime-Porte, et l’on apprit qu’elle faisait d'immenses préparatifs. L’alarme donnée à Malte mit à découvert les ressources que possédait l’ordre. Les fortifications furent réparées avec une rapidité prodigieuse, les magasins remplis, les troupes soudoyées , et la mer trembla en quelque sorte sous le poids des chevaliers jeunes et vieux, qui se rendaient à l’appel de l’honneur. Ceux des langues de France s'engagèrent même pour des sommes considérables qu’ils employèrent à des munitions de guerre.

L'aventure d’un ingénieur inconnu qui vint of-

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frir.ses services au Grand-Maître et disparut peu de jours après, donnant lieu de croire à une agression très-prochaine, on expédia un espion à Constantinople pour s’en assurer. Telles étaient l’ardeur et la confiance, que les deux escadres de la Religion se mirent en mer pour aller au-devant de la flotte ottomane. Enfin, une déclaration de guerre adressée par le Sultan à la république de Venise, découvrit le but de ces formidables armemens. Les chevaliers volèrent aussitôt au secours de leurs alliés, et capturèrent sur leur route trois vaisseaux algériens. ji

Le Saint-Père fut tellement charmé de leur courage que, quelques mésintelligences ayant divisé l’escadre maltaise et la sienne , il donna à l'amiral de l’ordre, le Commandeur de Cintray , le titre de lieutenant-général de la sainte Église, afin qu'il püt commander les troupes auxiliaires et éviter par ce moyen toute querelle à l'avenir.

Les années postérieures furent une suite de triomphes pour les chevaliers. Battus de tous côtés, les Turcs signèrent la paix avec Venise en 1718; mais les Hospitaliers de Saint-Jean en ayant été exceptés, ils saisirent l’année suivante au milieu de l’Archipel deux riches galères de Constantinople, et firent prisonnier le Bacha de Romélie.

Une grave maladie, dont fut atteint le Grand- Maître au commencement de 1719, altéra la joie

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de tant de victoires. Ses longs travaux et son grand âge avaient usé ses forces et sa vie. IL languit cependant encore un an , et mourut le 10 janvier 1720 , dans sa quatre-vingt-quatrième année et dans la vingt-troisième de son magistère.

On lisait sur son tombeau :

A DIEU, TRÈS—BON ET TRÉS—GRAND

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