‹ Monumens des grands-maitres de Saint-Jean de Jérusalem ... Accompagnés de notices historiques sur chacunChapitre 59 sur 105 · A TRÈS-ÉMINENT PRINCE · texte numérisé non relu

A TRÈS-ÉMINENT PRINCE

FRÈRE DOM RAYMOND PERRELOS DE ROCCAFULL, NÉ D'UNE MAISON TRÉS-ILLUSTRE , ET PORTÉ PAR SES VERTUS A LA GRANDE MAITRISE : QUI, ÉGALEMENT CHER A TOUS, HONORÉ DES ÉLOGES DES PLUS GRANDS PRINCES, ET, OUTRE LES AUTRES BELLES QUALITÉS DE SON AME, RECOMMANDABEE SURTOUT PAR SA JUSTICE ET PAR SA CHARITÉ, SUT ÉGALEMENT SE FAIRE AD— MIRER ET CHÉRIR DE TOUS. PLEIN DE GÉNÉROSITÉ, IL NE LAISSA JAMAIS AUCUN SERVICE SANS RÉCOMPENSE : POUR LES PAUVRES DU CHRIST PÉNÉTRÉ DE MISÉRI— CORDE, IL AIMA MIEUX EN ÊTRE VRAIMENT LE GARDIEN QUE D’EN PORTER SEULEMENT LE NOM. ENVERS DIEU ET LES SAINTS REMPLI D’UNE SINCÈRE RELIGION, APPLIQUÉ TOUT ENTIER À FAIRE RÉPANDRE DEVANT EUX DE CON— TINUELLES PRIÈRES, À ORNER LEURS TEMPLES DE VASES PRÉCIEUX, LEURS MINISTRES DE VÊTEMENS MAGNIFIQUES, IL PARUT S'OUBLIER PRESQUE LUI-MÊME. APRES AVOIR DÉCORÉ LE PORT D'ÉDIFICES, ACCRU LES FORTIFICA— TIONS, AUGMENTÉ LA MARINE DE QUATRE VAISSEAUX DE

214 RAYMOND PERRELOS.

GUERRE ; APRÈS AVOIR PLUS D'UNE FOIS VERSÉ DE GRAN— DES SOMMES D'ARGENT POUR LE BIEN GÉNÉRAL, EN SORTE QU'ON EUT PU CROIRE SON PROPRE TRÉSOR ÉPUISÉ ; MOURANT PIEUSEMENT, APRÈS VINGT-—TROIS ANNÉES D'UN GLORIEUX RÈGNE, IL LAISSA, POUR PORTER DANS LES COMPTES DU TRÉSOR PUBLIC, TROIS CENT MILLE ÉCUS D'OR.

IL MOURUT LE 10 JANVIER 1720, DE SON AGE L'AN QUATRE-VINGT-QUATRIÈME ‘.

Les armes de Perrelos étaient : d’or à trois poires de sable. *

Fe ( D. O0. M.

EMINENTIS. PRINCIPI FR. D. RAYMUNDO PERRELOS DE ROCCAFULL, CLARISSIMO GENERE NATO, ET VIRTUTUM SUFFRAGIO AD MAGNUM MAGISTERIUM ERECTO : QUI OMNIBUS ÆQUE CARUS, MAGNORUM ETIAM PRINCIPUM PRÆCONIIS COMMENDATUS, ET PRÆTER CÆTERAS ANIMI . EGREGIAS DOTES, JUSTITIA PRÆCIPUË ET CARITATE CONSPICUUS, MI- RARI AB OMNIBUS POTUIT, PARITER ET AMARI. APPRIMÉE MUNIFICUS, NULLIUS MERITA SINE PREMIO DIMISIT : ERGA CHRISTI PAUPERES SUMMÉ MISERICORS, EORUM CUSTOS VERIUS VOLUIT ESSE QUAM DICI. ERGA DEUM ET SUPEROS VERÈ RELIGIOSUS, ASSIDUIS FUNDENDIS PRE- CIBUS , TEMPLIS PRETIOSA SUPELLECTILI, MINISTRIS INSIGNI HABITU DECORANDIS MAGNOPERE INTENTUS, SUI PENÉ VISUS EST OBLIVISCI, QUI DEMUM PORTU ÆDIFICIIS ORNATO, ADDITIS PROPUGNACULIS, QUA- TUOR NAVIBUS BELLICIS AUCTA CLASSE, MAGNA NON SEMEL PECUNIA VI IN COMMUNE BONUM ELARGITA, ITA UT SUUM EXHAUSISSE ÆRARIUM CREDI POTUISSET. TER CENTENA AUREORUM MILLIA PUBLICI ÆRARII RATIONIBUS INFERENDA, POST XXIII ANNOS OPTIMI PRINCIPATUS, PIE MORTENS, RELIQUIT. OBIIT DIE X JAN. M DCC XX. ÆTAT. SUÆ LXXXIV.

ur c F0

LA

ce > F ‘ ï b »

FRS "x ne

Lith. de ME Frrineriin, r des S% Peres N°40.

MARC-ANTOINE ZONDODARI

LXIIE

MARC-ANTOINE ZONDODARI,

Goixante-Croistème Grand-Maître,

À MALTE

Dès que la mort de Perrelos eut fait naître le désir de lui trouver un digne successeur, tous les regards se portèrent sur Marc-Antoine Zondodari, né à Sienne, d’une ancienne famille d'Italie, le 29 octobre 1658, frère du cardinal de ce nom et neveu par sa mère du pape Alexandre VII. Il avait reçu sa première éducation chez ses parens, mais étant destiné , dès son bas âge, dit la Biograplie universelle, « à faire partie des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, il fut envoyé de bonne heure au collége des Nobles à Parme , alors dirigé par les jésuites, et de-là il passa à Naples où il fit pendant quatre ans ses caravanes avec une intrépidité remarquable. » Ses exploits lui valurent un

216 MARC-ANTOINE ZONDODARI.

avancement rapide. Après avoir commandé pendant deux ans une des galères de la Religion, il obtint, du Grand-Maître Caraffa, trois commanderies. En 1707, il devint Grand-Ecuyer, maître de la Chambre et intime confident de Raymond Perrelos. Il ne se servit de son crédit que pour le bien général de l’ordre, et l’on a vu qu’il engagea son prédécesseur à rendre la marine maltaise sinon formidable , du moins assez forte pour se faire respecter. Il lui adressa un plan financier à ce sujet. Peu après, il fut décoré du titre de Grand- Croix, et en 1712 envoyé comme ambassadeur auprès du pape Clément XI qui lui portait une estime particulière. Aussi vint-ilà bout de terminer, à la satisfaction de ses confrères, les négociations dont il avait été chargé et dont le but était de faire cesser à Malte les empiétemens de la tyrannie de l'inquisition.

Zondodari eut à lutter, pour son élection, contre le Bailli de la Figuera, Espagnol, et dom Antonio Manoël de Vilhena, Portugais; mais la considération dont il jouissait l’emporta sur d'aussi honorables compétiteurs. L’allégresse du peuple justifia un tel choix, et l’on eût dit en effet que l’ordre n'avait pas changé de chef. C'était la même charité, le même zèle pour la discipline , la même vigilance pour les affaires publiques. La fortune sembla également être enchaïînée au pavillon de Saint-

MARC -ANTOINE ZONDODARI. 1 À

Jean. Cette même année 1720, les escadres maltaises ramenèrent au port deux gros navires barbaresques, et le vaisseau amiral d'Alger, défendu par quatre-vingts canons etcinq cents hommes. L’année suivante, la flotte envoyée par le Grand-Maitre pour protéger les côtes de Naples et de Sicile, reprit aux corsaires un vaisseau chrétien dont ils s'étaient emparés, attaqua à son tour un bâtiment de guerre algérien, et s’en rendit maîtresse; peu après, elle se jeta sur l’escadre de Tunis forte de trois grands vaisseaux, en força un à amener son pavillon , tandis que la nuit et une prompte fuite sauvèrent les deux autres. Tant d'échecs essuyés coup sur coup épouvantèrent tellement alors les pirates que, n’osant plus tenter la mer, ils demeurèrent comme bloqués dans leurs ports et au milieu de leur empire.

Malheureusement, sur la fin de 1721, le Grand- Maitre se sentit frappé d'une maladie grave que les historiens désignent sous le nom de gangrène des intestins, et d’un érysipèle à la jambe. Après six mois de vives souffrances, il succomba le 16 juin 1722, âgé de près de soixante-quatre ans.

« La courte durée de ce règne fut cependant marquée, ajoute la Biographie universelle, par des réglemens et des mesures fort sages. Zondodari resserra les liens de la discipline, qui depuis longtemps étaient fort relàchés, réparales fortifications,

918 MARC-ANTOINE ZONDODARI.

pourvut tant à l'abondance qu’à la distribution régulière des aumônes, et s’appliqua à faire fleurir le commerce. Il obtint aussi du pape un bref portant que tout chevalier qui posséderait plus de trois cents livres de revenu, devrait soudoyer un soldat pour la défense de Malte; mais ce bref, facilement obtenu, ne fut point mis à exécution.

» Le choix que le Grand-Maître fit du Bailli Ruffo pour commander les galères, fut suivi de plusieurs prises importantes , et lui valut des applaudissemens universels. Il n’y avait qu'uné voix sur la sagesse de son gouvernement, et tous faisaient des vœux pour qu'il restât long-temps à la tête des affaires. »

- Nuls troubles intérieurs n’eurent lieu pendant ce magistère : la faveur constante des papes en préserva Zondodari. Les magnificences de la cour de son prédécesseur, sous lequel le Grand -Prieur, M. de Vendôme , donnait l'exemple d’une somptueuse hospitalité, durent se perpétuer sous le magistère de ce prince, avec cette différence néanmoins qu'elles furent renfermées dans les bornes que commandait une sage mesure. La répression des écarts auxquels conduisait un luxe immodéré était alors d'autant moins facile que les chevaliers, tous de noble extraction, la plupart appartenant a des familles riches, étaient dès l’enfance habitués aux jouissances de la fortune. La civilisation,

MARC-ANTOINE ZONDODARI. 219

depuis la découverte du Nouveau-Monde, avait fait un grand pas; les beaux-arts s'étaient réveillés de leur sommeil léthargique ; les vicissitudes de la guerre, à laquelle prenaient part tour à tour l'Espagne , la France, l'Allemagne et lItalie, avaient singulièrement étendu le domaine du luxe, et il n'est pas étonnant qu’au commencement du dix-huitième siècle il se trouvât tellement enraciné au chef-lieu même des Hospitaliers, qu’il devint difficile à leur Grand-Maître d’en modérer l'essor. |

Ce prince, doué d’une facilité remarquable pour écrire, était infatigable dans le travail. On a de lui un opuscule intitulé : Courte Instruction sur l’ordre militaire des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem *.

Son tombeau, qui se trouvait placé dans la nef de l’église de Saint-Jean, et non dans la chapelle d’Italie , offrait cette épitaphe :

| A DIEU, TRÈS—BON ET TRÈS—-GRAND

‘ Breve e particolare Istruzione del sacro ordine militare degli Ospitalieri. Rome, 1719. 1 vol. in-12, réimprimé à Paris, en 1721, et ensuite à Padoue, avec une paraphrase du psaume XLT, qui est aussi de Zondodari.

220 MARC-ANTOINE ZONDODARI.

Page 1