PA RS LD ORDER
ee AA PT Etre $
Zith. de Me Porrreniir, rue des SE 1 res 10.
PTERRE ve PONT.
Quarante - Eroisième Grand - Maître,
À MALTE
Comme il était facile de le prévoir, le successeur
du célèbre l’Ile-Adam fut choisi parmi les sujets de Charles-Quint ; mais cette fois, du moins, on jeta les yeux sur l’un des plus dignes, en nommant Pierre du Pont ‘, Piémontais d’origine, et descendant des anciens seigneurs de Casal-Gros et de Lombriasc. Il était gouverneur de l’ile de Lango à l’époque funeste de la prise de Rhodes, et, en récompense du courage qu'il y avait déployé, le Grand-Maître l'avait nommé Bailli de Sainte-Euphémie, en Calabre, quand les chevaliers erralent encore sans demeure assurée. Ce fut dans
* Aussi appelé Pierrin, Pétrin, et de Pont.
son bailliage qu’on lui apporta la nouvelle de son élection, et, aussi modeste qu’il était brave, il versa des larmes, dit-on, en la recevant. Cependant, appelé par des lettres pressantes du conseil, il partit pour Malte, où il arriva le 10 novembre
Barberousse, qui venait de s'emparer de Tunis, s'apprêtait à marcher sur Tripoli, afin d'en chasser les chevaliers. Pierre du Pont y envoya un puissant secours, et instruisit Charles- Quint de l'approche du danger. Pressé en même temps par Hascen , roi détrôné de Tunis, et plus encore par son propre intérêt, l'Empereur , tenant extrè— mement à conserver sur la côte d'Afrique une place forte qui défendait Naples et la Sicile des invasions des corsaires, résolut de porter la guerre dans Tunis même. Pour concourir à cette expédition, l’ordre arma la grande carraque, quatre galères, dix-huit brigantins, et cette flotte, commandée par Antoine de Grolée, Bailli titulaire de Lango, se rendit à Cagliari, en Sardaigne, où Charles ralliait ses vaisseaux. |
De-là on cingla vers l'Afrique, et le fort de la Goulette, boulevard du royaume, situé au bord de la mer, fut aussitôt attaqué. Six mille Turcs y formaient une garnison redoutable ; néanmoins, à peine le canon y eut-il fait brèche, on vit les Chrétiens réclamer l'assaut. Toujours au premier
rang dans les périls, les Hospitaliers, montés sur des bateaux plats, s’'avancèrent au pied des remparts, et, comme le sable les empèchait de marcher, le porte-étendard nommé Capier (ou Copier), Dauphinois, se jeta dans la mer avec son enseigne. À l'instant il fut suivi de tous les frères qui, le fer à la main, ayant de l’eau jusqu’à la ceinture, et répétant leur terrible cri de guerre : « Saint-Jean! Saint-Jean! » montèrent à travers les feux, atteignirent le haut de la muraille et forcèrent les Musulmans à se rendre. On trouva dans le port quatre-vingt-sept galères et un arsenal immense. Sans s'arrêter, on marcha vers Tunis, et Barberousse , qui avait osé attendre les alliés, vit ses troupes fuir avant d’avoir combattu. Outré de rage, il forme l’exécrable dessein de massacrer vingt mille Chrétiens captifs qui remplissaient les prisons de la ville, et il l'aurait exécuté, si un chevalier n'était parvenu à déjouer sa barbarie. C'était ce même Paul Siméon ou Siméoni , depuis Commandeur, qui avait défendu l’ile de Lero avec tant d’audace et de bonheur, à l’âge de dix-huit ans. Enfermé avec un nombre prodigieux d'esclaves dans le château de Tunis, il gagne deux renégats qui lui fournissent des limes, brise ses fers, ceux de ses compagnons, enfonce la salle d'armes du château, et, après avoir taillé la garnison en pièces, fait flotter le drapeau blanc sur les remparts. Barbe-
rousse accourut au premier bruit; mais, repoussé à coups de mousquets : « Tout est perdu! » dit-il, et il ne songea plus qu’à la fuite. Siméoni vint audevant de l'Empereur, qui gagnait à la fois une bataille, un royaume, et une armée. Charles-Quint combla le héros de caresses, et s’écria en le voyant: «Ami chevalier, bénie soit la courageuse résolution qui vous a fait rompre vos chaînes, rendre ma victoire plus facile, et accroître la gloire de votre ordre! » Malheureusement les Chrétiens déshonorèrent leur conquête par les excès les plus affreux.
Hascen étant rétabli sur son trône, la flotte revint en Europe et relâcha à Trapano, en Sicile, où le Grand-Maître envoya des députés complimenter l'Empereur sur le succès de son entreprise. Charles, voulant témoigner sa reconnaissance aux Hospitaliers, leur accorda de nouveaux priviléges, qu'il fut ensuite le premier à enfreindre. De concert avec Paul IT, il exigea qu’on rendit la croix à un chevalier justement dégradé, et le Grand- Maître en conçut un tel chagrin qu’il en tomba malade. Il mourut le 18 novembre 1535. Pierre du Pont fit observer sévèrement la discipline; mais il en est peu qui résistent à l'entraînement des richesses et de la prospérité. On remarque, sous ce magisière, que les chevaliers, aux jours de carnaval, se préparaient au jeûne et à la pénitence par
des tournois et des mascarades dont l'usage était venu d'Italie. Le Grand-Maître proscrivit les déguisemens, mais toléra les tournois et les combats à fer émoulu.
On lisait sur le tombeau de Pierre du Pont :
A DIEU, TRÈS-BON ET TRÉS—-GRAND
FRÈRE PIERRE DU PONT, HOMME PIEUX, ET D'UN JUGEMENT ÉCLAIRÉ, ENNEMI DE TOUT FASTE, APPELÉ AU MAGISTÈRE DU BAILLIAGE DE SAINTE—EUPHÉMIE, PENDANT QUE CHARLES-QUINT S'EMPARAIT DE LA FLOTTE DES TURCS, PRENAIT TUNIS ET LA LIVRAIT AU PILLAGE, AVANT LE RETOUR DES GALÈRES AUXILIAIRES QU'IL AVAIT ENVOYÉES A CE PRINCE ; TANDIS QU'IL S'APPLIQUAIT A FORTIFIER CE CHATEAU, ET QU'IL RAPPELAIT AUX ANCIENNES RÈGLES LES MOEURS ET LA DISCIPLINE DE SON ORDRE ET DE SES CHEVALIERS, PRÉVENU PAR LA MORT, AU REGRET DE TOUS SES FRÈRES, IL SEMBLA MOINS ÊTRE ARRACHÉ A LA VIE QU'EN SORTIR. QUINZE MOIS APRÈS SON ÉLÉVA— TION AU MAGISTÈRE, IL ALLA A DIEU, ET, APRÈS SON VOYAGE TERRESTRE, IL VOULUT ÊTRE ENSEVELI ICI, LE 18 NOVEMBRE 1939.