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alliées , le Grand-Maître ne se départit point de son système de neutralité absolue. Quoique le décret du 19 septembre 1792 de la Convention nationale, qui supprimait les ordres monastiques, et frustrait l’ordre des trois quarts de ses possessions, eût été un coup de foudre pour Malte, le conseil ne désespéra pas encore ; il soutint ses droits avec constance, et, ne rompant point toute rela-
pectent : ceux qui la violent s’exposent à l’animadversion publique. Il n’y a plus de priviléges, plus d’exceptions pour personne. Le Roi même y a souscrit. Tous doivent donc obéir à la loi, ou se retirer : il n’y a pas de milieu. Continuez à vous entendre, comme par le passé, avec le Bailli de Virieu et le Commandeur d’'Estourmel. Comptez toujours sur nos sentimens d'estime et d'affection. Sur ce, nous prions Dieu qu'il vous ait en sa sainte et digne garde. Malte, 15 novembre 1791. »
La révolution devenant orageuse de plus en plus, le Grand- Maître crut prudent de ne pas nommer un nouvel ambassadeur pour remplacer le Bailli de Suffren. Il chargea seulement des intérêts de l’ordre le Baiïlli de Virieu, chargé d’affaires du duc de Parme, et lorsque ce dernier quitta la France, le Bailli d'Hannonville se rendit à Paris dès que la tranquillité s’y fut rétablie. Ayant voulu présenter ses lettres de créance comme ambassadeur extraordinaire en 1795, Charles de La Croix, ministre des relations extérieures, lui écrivit que le séjour à Paris du répréséntant d’un ordre qui demandait des distinctions de naissance ne pouvait être agréable au Directoire. M. de Cibon fils demeura à Paris, en qualité de secrétaire de
légation.
tion avec un pays qui se déclarait l'ennemi de linstitution des Hospitaliers, il se contenta (20 novembre) d’armer toute la côte. Malgré ses justes ‘sujets de plainte, loin d’user de représailles , l’ordre secourut même des vaisseaux français menacés par des pirates, et leur prodigua ses soins ‘ ; il venait alors d'appuyer la république de Venise, en guerre contre les Algériens.
Toutefois, les excès révolutionnaires prenant chaque jour plus d'intensité, le Grand-Maître crut devoir rappeler aux chevaliers d’y demeurer étrangers, et les exhorta à ne point encourir les peines portées par les statuts contre les coupables d’un pareil délit. Cet avis fut réitéré à plusieurs reprises, en même temps que l’ordre faisait passer des secours à l’auguste prisonnier du Temple ?.
Enfin, l’exécrable attentat du 21 janvier, frappant la monarchie au cœur et la France dans ce qu’elle avait de plus sacré, révéla ce qu’on devait attendre de ses sanguinaires oppresseurs. Sa consternation retentit dans les remparts de Malte, asile de tant de fidèles serviteurs de la royauté. Si la
1 C’est à cette époque qu’on assigne la prétendue proclamation de l’ordre contre la France, et qui servit de prétexte à l'agression du Directoire.
? Tout l'argent des receveurs de l’ordre fut perdu, à l’exception de cinq cent mille franes, que le Commandeur d’Estourmel, l'un d'eux, ayvança à Louis XVI.
vieille abbaye de Saint-Denis, déserte et silencieuse, ne put ouvrir ses tombeaux pour un petit-fils de Henri IV, les nefs de Saint-Jean, tendues de noir, furent remplies de chevaliers en: deuil, le prince de Rolian à leur tête. La population maltaise tout entière s’y porta, et les voûtes de l’église des Hospitaliers retentirent à la fois de regrets et d’invocations pieuses pour celui dont la mort sublime offrait une si haute lecon aux peuples et aux rois!
Souffrant déjà des atteintes de la maladie qui devait l'emporter, on vit à cette cruelle époque le Grand-Maître perdre insensiblement la force et l'énergie de son caractère, et abandonner en quelque sorte le timon de l'État. Malgré la pénurie toujours croissante de ses ressources , il acheva .cependant cette même année (1793) la construction d’un nouveau fort sur la pointe Dragut, destiné à défendre l'entrée du port Marsa-Muscet ‘. Il était
1 On l’appela port Tigné, à cause du Bailli de ce nom, Grand- Prieur de Champagne, qui contribua aux frais de sa construction. On abusa peut-être à Malte du désir d’attacher une sorte de célébrité à élever de nouveaux remparts; mais il serait injuste de croire avec M. le duc de Rovigo, « que tous les Grands-Maitres, depuis la translation de l’ordre, n’ont semblé désirer d’autre titre de gloire, que celui d’avoir ajouté quelque nouvel ouvrage au port ou à la ville. Cétait l’unique soin du gouvernement, l’ostentation avait fini par s’en mêler, et on construisit
loin de penser que cinq ans après cette fortification deviendrait un trophée de plus pour l’armée française; mais ce fut le dernier signe de puissance du souverain de Malte. Les revenus de l’ordre diminuaient de jour en jour, et, prévoyant les malheurs qui menaçaient les chevaliers, Rohan n’hésita pas à établir dans son palais de premières réformes, afin de pouvoir aider les nobles proscrits qui arrivaient de France ou de l’armée de Condé. Bientôt, leur nombre s’augmentant encore, le Grand-Maitre retrancha entièrement le luxe de son palais, et déploya envers les malheureux bannis une hospitalité aussi touchante que généreuse. Plusieurs Commandeurs d'Espagne, imitant la libéralité de leur chef, consentirent à doubler leurs responsions, exemple qui fut suivi en Portugal, en Allemagne et en Italie. Mais cette ressource, qui prolongea quelque temps l’agonie de l'ordre, était insuffisante , et le Grand-Maître représenta diverses fois au pape, à l’empereur d'Autriche, aux rois d'Espagne et de Portugal, l'état de détresse qui le menaçait. En vain annonça-t-il l'impossibilité de maintenir ses armemens maritimes; des réponses vagues, mêlées de louanges
des fortifications à Malte, comme on élevait des palais à Rome,
depuis que le Saint-Siége y a remplacé le trône des Césars. » (Tom F: Mémoires. )
personnelles et de protestations, furent les réponses que recut le prince de Rohan. Il ne devait guère en être autrement, dans l’état de crise politique où l'Europe se trouvait alors , l’ordre ne s'étant point décidé dans le principe à rompre franchement avec la Convention ni avec les hommes qui lui avaient succédé, On ne pouvait cependant guère setromper sur les intentions hostiles des derniers usurpateurs du pouvoir; elles perçaient de toute part à Malte, et toutefois, comme par le passé, le pavillon aux trois couleurs fut recu en allié dans ses ports.
Ce système eut l'inconvénient irréparable d’amener au chef-lieu de l’ordre, en même temps que les émigrés, une foule d’agens secrets du Directoire qui, n’ignorant point que, sous Pinto et Ximenez, une poignée de rebelles avait été sur le point de détrôner ces Grands-Maîtres, convoitait leur souveraineté comme une proie assurée; n’o— sant s'emparer de Malte à force ouverte, il profitait de la nonchalance de son chef pour y organiser les moyens de réussir par la perfidie. Tout semblait concourir d’ailleurs à seconder ces machiavéliques combinaisons. Depuis long-temps, comme on a pu en juger en suivant ses phases et ses vicissitudes, la règle de Gérard Tunc s'était singulièrement modifiée ; ses siècles héroïques n’existaient plus que dans les souvenirs de l’histoire, et il en était de même de l’austérité de sa
discipline. La mollesse de la fin du règne de Louis XV, triste héritage de la régence, semblait avoir imprimé son caractère de faiblesse et de relâchement à un ordre dans lequel la France domipait surtout par l'influence de ses mœurs. La foi religieuse et les idées chevaleresques, premiers mobiles de cette célèbre institution, n’exerçaient plus le même empire sur les successeurs des Hospitaliers. Se croyant pour la plupart dispensés d’observer rigoureusement les vœux exigés par les statuts, énervés par une inaction prolongée, confians dans un avenir prêt à leur échapper , ils cherchaient dans des distractions mondaines, ou dans une complète indolence, à tromper la monotonie d’un séjour devenu pour eux comme un lieu d’exil.
A ces symptômes d’une désorganisation progressive, il était facile de prévoir qu’à moins d’un grand événement qui pût le retremper, ou d’un chef énergique qui sût atteindre le mal dans ses racines , l’ordre était sur le penchant d'un précipice. Cette grave circonstance s’offrit; mais elle ne fut comprise ni par le souverain ni par les chevaliers, et l’occasion d'une régénération salutaire fut perdue sans retour *.
* L'impartialité dont nous nous sommes fait une loi, nous oblige de dire que quelques causes de cet état de dissolution n'avaient pas échappé aux officiers de l’armée qui s'empara de Malte. « Depuis la révolution française, et surtout depuis la dis-
Toutefois, à la réponse évasive qu’adressèrent les princes aux demandes réitérées du Grand-Maître, une foule de jeunes chevaliers exprimèrent le vœu d’armer l’escadre maltaise en course, d'aller combattre à outrance les Infidèles, et de se procurer ainsi par la valeur les secours refusés par les alliés naturels des Hospitaliers. Mais si, d'une part, une guerre de destruction, même contre les Turcs, n’était plus dans les mœurs du siècle, les vieux Baillis, qui n'avaient puse former une juste idée de la révolution francaise, ne pouvaient se persuader qu’elle ne fût pas prochainement comprimée par les forces de l'Europe; ils ne pardonnaient pas à ceux de leur ordre qui, séduits par les rêves brillans d'une perfection idéale, avaient abondé dans les idées constitutionnelles de 1789. À Malte comme à Coblentz on fut dans la désunion et dans l'erreur. On temporisa donc, et le mal se grossit par des réformes et des économies nécessaires , il est vrai, mais qui solution des corps d’émigrés, dit M. le duc de Rovigo, le rocher de Malte était devenu le refuge d’un grand nombre de jeuñes nobles qui s’enrôlèrent sous les drapeaux de l’ordre. Les nouveaux chevaliers n'avaient pas la ferveur des anciens chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Leur éducation mondaine ne s’'accommodait pas de la vie monacale, et le mal du pays augmentait le désir de quitter le rocher qui leur avait servi d'asile. L'apparition de notre flotte devant Malte leur présen-
tait l’occasion de rompre des engagemens qu’ils commencçaient à regarder comme des chaînes (pages 47, 48). »
mécontentèrent à la fois les Maltais et les langues; celles d'Aragon, de Castille et de Portugal, jalouses des bienfaits accordés aux émigrés français, éclatèrent en murmures et en réclamations peu mesurées. Des ennemis secrets proposèrent alors, comme un moyen de se créer des ressources, la dissolution d’une partie des troupes, mesure imprudente, trop Ro Enet adoptée; on licencia également par le même motif la majeure EE des galères et des vaisseaux. |
Malgré son système de neutralité et les progrès des partisans de la France, Rohan, en représaille du refus: d’agréer un ambassadeur de l’ordre à Paris, ne voulut pas recevoir auprès de lui un ministre du Directoire (1795); mais il permit à un agent consulaire de se fixer à Malte, ce qui forma pour les mécontens un point central d’autant plus dangereux qu’il était moins en évidence. L'année suivante, l’ordre secourut la frégate française {a Sensible ‘, échouée sur des rochers. Ce fut par un nouvel acte de générosité qu'il chercha à se venger du gouvernement , qui venait de le spolier, et qui profita même de cette confiance pour attacher de nouveaux fils à la trame qu'il ourdissait.
Vers le même temps (1796), les amiraux Truguet
* Quelques chevaliers qui voulurent s’embarquer sur cette frégate, pour retourner en France, furent jetés dans le fort La
Malgue.
et Latouche-Tréville mouillèrent devant Malte, revenant de Corfou, et demeurèrent quelques jours en panne à la tête d'une escadre considérable destinée, dit-on, à s'emparer de la Sardaigne, et à intimider les cours de Naples et de Rome. A la vue de cet armement, qu'on pouvait croire dirigé contre l’ordre, le Grand-Maître prescrivit les dispositions les plus sages et les plus fermes à la fois, ordonna que chacun se tint à son poste, et annonça qu'il serait en personne aux endroits les plus périlléux ; il paraît certain que si Rohan avait été attaqué, il aupait résisté avec gloire, ou se serait fait tuer sur la brèche plutôt que de consentir à une ignominieuse capitulation. Mais cette lueur d'énergie s'évanouit avec le danger; on ne parut plus croire qu’il pût se reproduire, et le prince, retombant dans son apathique insouciance , permit aux chevaliers de s’embarquer et de s'intéresser dans les excursions des corsaires maltais. Ce parti désespéré, qui ôtait des moyens à une défense future, ne servit qu'à donner l'éveil aux Turcs, dont une flotte croisa aussitôt dans la Méditerranée. Un des corsaires fut capturé sur les côtes d’une île de l’Archipel, et trois chevaliers français ‘ seraient
: MM. de Bisieu, du Poet et Rivoire de la Tourette. D’autres avaient péri dans différentes rencontres : on cite parmi eux les chevaliers de Morard ; de Montferret, etc.; le chevalier de Béarn fut grièvement blessé. |
demeurés esclaves, sans l'intervention de la Russie et de l'Espagne auprès de dla Sulilime- Porte.
L'ordre se refusa plus tard aux demandes formées par l'Angleterre de créer à Malte deux régimens de cavalerie ef d'infanterie, pour servir dans l’armée autrichienne contre la France. Le Grand- Maître ; Jugea ces dispositions contraires aux statuts, et la congrégation d'État fut également d'avis qu’on ne pouvait déroger à l’ancienne règle, de ne jamais combattre les puissances chrétiennes qu'en cas de propre défense. L'unité des principes ne se démentit point dans une circonstance où des agressions répétées pouvaient la modifier. Cherchant cependant à se créer des appuis, Rohan envoya à Pétersbourg le Bailli comte de Litta, Milanais, afin d’intéresser cette cour à la conservation de l'ordre, et pour demander qu’il fût maintenu dans la possession de ses biens de Pologne. L’ambassadeur maltais reçut l'accueil le plus honorable de Catherine Il, le 18 octobre 1795; et, après la mort de cette princesse, Paul Ier, en qui la politique n'étouffait pas les idées chevaleresques, se déclarant le protecteur des Hospitaliers, acquiesça à toutes ses sollicitations ; il fit plus encore, en décidant que les revenus de Malte en Pologne seraient augmentés et réunis sous le titre de Grand-Prieuré de Russie. Il demanda alors pour lui et pour ses fils la croix de Saint-Jean de Jérusalem, affecta un su-
perbe palais à l'ambassadeur de l’ordre, etnommale chevalier O'Hara son ministre extraordinaire pour résider auprès du prince de Rohan. Malheureusement le courrier chargé d'apporter au Grand- Maitre l'acte signé par le Bailli Littà et le cabinet russe, le 15 janvier 1797 ‘, ayant débarqué à Ancône, fut arrêté par les Français maîtres de ce port; ses dépêches, expédiées au gd np servirent plus tard de prétexte : à ses griefs et à ses hostilités. |
Le prince de Rohan éprouvait déjà de nouveaux symptômes de l’ancienne maladie qui devait terminer ses jours. Six années auparavant (1791), se trouvant au Coradin, où il faisait bâtir, il avait été atteint d’une attaque d’apoplexie; on crut qu'il allait expirer ,:et la foule de courtisans l'abandonna aussitôt pour s'occuper du choix de son successeur. Quelques fidèles officiers de sa maison, entre autres le chevalier de Rabastens, Grand-Écuyer, reconduisirent le malade dans le palais, où tous les secours lui furent prodigués ; mais il ne se rétablit jamais entièrement. Ses infirmités redoublèrent depuis par les chagrins que lui occasionaient les maux de son ordre, et il tomba dangereusement
o .* Le comte Besborodsko, grand-chancelier de l’empire, et le prince Kourakin, vice-chancelier , y concoururent. Le titre de Grand-Prieur fut donné à M. le prince de Condé, ete.
malade à la fin de l’année 1796. Le vendredi 30 juin, il s’alita pour ne plus se relever, et, dès ce moment, des cabales secrètes se formèrent dans toutes les langues. Le 5 juillet, Emmanuel de Rohan reçut le viatique au milieu du concours d’un peuple éploré, contrastant, dit-on, avec les espérances des partisans d’un autre chef. Après avoir nommé Lieutenant du Magistere le Bailli de Vachon-Belmont , et demandé, par l'organe de son confesseur ‘, un pardon général à tous ses frères, le Grand-Maître demeura en quelque sorte isolé. Le 7 il fit ses dernières dispositions ? ; le dimanche 9, toutes les cloches annoncèrent son agonie, et la foule se porta aux églises. Se trouvant un peu mieux le lendemain, il désira qu'on discontinuât de sonner, et demanda quel serait son successeur : « On parle du Bailli de Hompesch, » répondit en hésitant un des Commandeurs qui entouraient le mourant. « Ce choix ne sera pas mauvais, s’il est bien conseillé,» reprit ce prince; « au reste, ajouta-t-il, je suis le dernier Grand- Maître, du moins, d’un ordre illustre et indépendant. » Cette prophétie, qui devait si prochaine-
a ‘ M. l'abbé Boyer.
? [Il nomma pour ses exécuteurs testamentaires, MM. le chevalier de Greische de Jallaucourt, son chambrier-major, et le chevalier Miari.
ment se réaliser, fut sa dernière parole. Après avoir supporté d’atroces douleurs avec un grand courage et un calme vraiment religieux , il expira le jeudi soir 13 juillet 1797 ‘.
L'opinion, jusqu'à ce jour, n’a point été arrêtée sur un prince objet à la fois du blâme et de ladulation des membres de son ordre, ce qui doit tenir en suspens l'historien consciencieux qui n’a pu être témoin des événemens contemporains qu’il écrit. On peut cependant adresser des reproches fondés à un souverain qui laissa émousser les ressorts du pouvoir qui lui fut confié ; qui, par l'abus des brefs, viola les statuts fondamentaux d’une institution vénérée , et qui, par une faiblesse parée du nom de tolérance, ne réprima point assez la conduite scandaleuse de quelques chevaliers. Il se faisait illusion sur cette indulgence , en disant que les sentimens d'honneur dont était animée la jeune noblesse reprendraient plus tard leur empire. Mais il oubliait que l’imprudence d’un petit nombre rejaillissait sur tous. On accusait aussi Emmanuel de Rohan de mépriser les hommes, et de s’entourer uniquement de ceux qui savaient le flatter ou le. distraire. On ne peut se dissimuler d’ailleurs que, par l'absence de toute mesure répressive contre
-4 Et non le 9, comme le dit l’A4rr de vérifier les Dates (édition in-8 ).
des complots avérés, par sa condescendance à recevoir à Malte de perfides novateurs, tandis qu’il eût dû n'ouvrir un asile qu'à de loyaux proscrits, enfin, par un relâchement total dans la discipline, ce règne prépara la fatale catastrophe de 1798. Mais une bonté peu commune, une noble générosité, une bravoure incontestable, un excellent jugement, un esprit profond et orné, avaient attiré au Grand-Maïître l'estime des souverains de l'Europe, sans excepter les régences barbaresques, en même temps que l'affection de la plupart de ses chevaliers; ceux surtout qu'il admit dans son intimité lui demeurèrent attachés jusqu’à son dernier soupir, et il en existe encore qui répètent avec attendrissement les sacrifices qu’il s’imposa afin de secourir les nobles victimes de la fureur révolutionnaire ‘ : ce fut même sa seule jouissance en ces temps désastreux.
« D'un caractère facile et tolérant, il avait d’autant plus d'horreur pour le despotisme et l’abus dé l'autorité , dit M. d’Avalos, qu’il était persuadé qu'en dernière analyse ils sont tout aussi funestes à l’oppresseur qu’à l’opprimé. Le despotisme , ré-
® Le comte Fontana, intendant du palais, lui représentant un jour qu’il ne lui resterait rien pour l'entretien de sa cour ; s’il ne bornait ses libéralités : « Réservez un écu pour ma table; répondit-il ;, et que le reste soit distribué à mes frères. »
pétait-il souvent , est un vautour qui se déchire lui-même, et qui finit toujours par périr des blessures qu'il se fait. » Un prince aussi philosophe devait encourager et encouragea en effet le commerce et l’industrie ; il embellit aussi et agrandit l'imprimerie publique; versé dans les sciences exactes, surtout dans l'astronomie, il fit établir un observatoire ‘ dans la cour du palais magistral ; Malte lui doit également le palais della Conservatoria *, destiné à la bibliothèque publique et au Musée national; enfin, le grand hôpital fut constamment l'objet de sa paternelle sollicitude *.
‘ Le Grand-Maître de Rohan avait pensé qu’un ciel toujours pur et serein, et un horizon aussi étendu que celui de Malte ne pouvaient manquer d’être favorables à de telles recherches. IL confia la direction de l'Observatoire au chevalier d'Angost, et, dans ses momens de loisir, il aimait à y monter seul, ou avec une personne dont la société lui plaisait. Il avait aussi une bibliothèque particulière qu'il connaissait à fond.
? L'architecture en est très-belle ; il communique au palais magistral du côté de la place du Trésor.
3 « Des chevaliers anciens en surveillaient non-seulement les diverses parties de l'administration, mais tous, dit M. d’Avalos, y venaient successivement en personne, servir les malades dans de la vaisselle plate, et répandre sur eux les secours et les consolations que le pauvre et l’infirme ont le droit de réclamer de l’homme sensible et bienfaisant. On recevait, dans cet hôpital, toute sorte de personnes, sans acception de pays ou de religion, sans qu’elles eussent besoin de recommandation. Ce magnifique établissement ne se ressentit point de la détresse de
On traça l'inscription suivante sur le mausolée de Rohan :
A DIEU, TRÈS-BON ET TRÈS-GRAND, ET À L'EXCELLENT PRINCE, AU PÈRE GÉNÉREUX DES PAUVRES, ÉMINENT GRAND-MAITRE FRANÇOIS-EMMANUEL DE ROHAN, QUI, APRÈS AVOIR GOUVERNÉ L'ORDRE PENDANT VINGT— UN ANS, AVEC TOUTE LA PRUDENCE, LA SAGESSE ET LA FORCE QU'EXIGEAIENT DES TEMPS DIFFICILES ET MAL- HEUREUX, PROCURA UN NOUVEAU LUSTRE A L'ORDRE, LUI ASSURA LA PAIX PENDANT SON LONG RÈGNE, EN MÊME TEMPS QUE, PAR SA JUSTICE ET SA PIÉTÉ, IL MÉRITA L'AMOUR ET LA FIDÉLITÉ DE SES PEUPLES.
IL MOURUT LE 13° JOUR DE JUILLET 1797, A L'AGE DE SOIXANTE-DOUZE ANS ‘.
l’ordre. Toutes ses ressources lui furent conservées jusqu’en 1798. Les Français y établirent un hôpital militaire.
OPTATO PRINCIPI, BENEFICO EGENTIUM PATRI, EMM. M. M. FR. EM. DE ROHAN, QUI; PER XXI ANNOS ARDUIS TEMPORIBUS PRUDENTER, ADVERSIS | STRENUË REMP. GESTANS, NOV. DECUS L. 0. ATTULIT; NEC NON; DUM REVOLVENTUR REGNA, ABUNDANTIA PACEM, JUSTICIA FIDEM;,
à 3 EE 18
Le cénotaphe sur lequel se trouvait cette inscription, dans une des chapelles de l’église de Saint-Jean , fut décoré d'un pélican nourrissant.ses enfans de son sang , emblème de la libéralité du prince qui se dépouillait pour ses chevaliers ‘.
Armes : de gueules à neuf macles d’or : trois,
trois et trois.