‹ Monumens des grands-maitres de Saint-Jean de Jérusalem ... Accompagnés de notices historiques sur chacunChapitre 72 sur 105 · ÉLU LE 28 JANVIER 1773, IL MOURUT LE 11 NOVEMBRE · texte numérisé non relu

ÉLU LE 28 JANVIER 1773, IL MOURUT LE 11 NOVEMBRE

Armes : au premier quartier, de gueules, au lion d’or couronné; au troisième, de sinople, à la.tour d’or pavillonnée d'argent.

; F. D. FRANCISCUS XIMENEZ DE TEXADA, M. M. , ELECTUS XXVIII JANUARII ANN. M DCC LXXIII, OBIIT XI NOVEMBRIS ANN. M DCC LXXV.

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Soixante-fuitième Grand-Saître,

À MALTE

François-Marie des Neiges Emmanuel de Rohan-Polduc ‘, né en Espagne, le 10 avril 1725, dans la province de la Manche (où son père avait été forcé de se réfugier ; afin d'échapper à l’imputation du crime de lèse-majesté), entra d’abord au service du roi d'Espagne, comme officier des gardes Wallones. Devenu grand-écuyer de l’Infant de Parme, il en fut choisi pour aller à Vienne recevoir l’archiduchesse d'Autriche, qui devait épouser le prince héréditaire son fils. Arrivé peu après à Paris, Emmanuel de Rohan parvint à faire réhabiliter la mémoire de son père, condamné

* Ou Poldux.

à mort par contumace *, et ne tarda pas à se faire recevoir, par un bref du Pape, chevalier de justice dans la langue de France. Après avoir voyagé quelque temps en Italie, il s'embarqua pour Malte, y obtint une grande considération, fut nommé Bailli, et ensuite (1755) capitaine-général des galères de l’ordre.

Des qualités brillantes, un nom des plus illustres, une noble conduite en des circonstances ré— centes, peut-être aussi le mécontentement causé

‘ Il était accusé d’avoir excité des troubles en Bretagne (où sa famille avait de tout temps exercé la plus haute influence), et d’avoir trempé dans une conspiration fomentée en 1720, sous la régence, par la cour de Madrid. Contraint de s’expatrier, il chercha un asile en Catalogne, où il épousa la fille d'un grand d’Espagne. Il en eut trois enfans : le Grand-Maïtre, dernier mâle de sa branche; un autre fils, mort très-jeune dans l'état ecclésiastique ; et une fille, morte sans postérité de son mariage avec un gentilhomme breton.

Après la mort de son père, Emmanuel de Rohan éprouva quelques difficultés à se faire reconnaître à Paris des chefs de sa famille. Il réclama ensuite à la cour la restitution de ses biens séquestrés. La princesse de Marsan, gouvernante des enfans de France, l’accueillit avec une extrême bonté, et ce fut elle, dit-on, qui l’engagea à entrer dans l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Elle contribua à lui faire obtenir la charge de général des galères, après qu'il eut servi dans l’Inde sous les ordres du Bailli de Suffren. Le roi lui fit alors présent de cent mille écus, afin de subvenir honorablement aux dépenses qu’entrainait cette dignité.

aux chevaliers par le règne de Ximenez, fixèrent les suffrages sur le Baïlli de Rohan, à la mort du dernier Grand-Maitre. Il fut proclamé le 12 novembre 1775, au milieu d’un enthousiasme universel, et les langues de France, écartées du trône depuis 1697 , manifestèrent leur triomphe par les fêtes les plus splendides.

Le premier soin du nouveau Grand-Maitre, dont la sollicitude avait été éveillée par plusieurs souverains , fut de s'occuper de l’organisation du régiment d'infanterie étrangère, levé sous son prédécesseur, et qui devait être toujours prêt à comprimer des révoltes spontanées semblables à celles des esclaves et des prêtres. L'année suivante il convoqua un chapitre général qu'il présida luimême; il ne s’en était pas tenu depuis 1631, et c'était comme une solennité séculaire.

Peu après(1777), Rohan termina une négociation très-importante entamée sous le magistère de Pinto. L'ordre réclamait de riches propriétés qui lui avaient été substituées, en 1618, dans le duché d'Ostrog, en Pologne, et dont il avait été investi sous Nicolas Cotoner, mais qu’on lui contestait depuis le partage de ce royaume. Le Bailli de Sagromoso, en qualité de ministre à Varsovie, aplanit avec une rare habileté les difficultés qu’on élevait, et obtint non-seulement que plusieurs des commanderies de Pologne seraient restituées, mais

encore queles chevaliers y posséderaient un grandprieuré. Malte, au bout de trois ans, recouvra également des biens considérables dans les Etats de l'électeur de Bavière; on y créa alors une nouvelle langue, et ce fut le même Bailli de Sagromoso qui mit fin à ces arrangemens avantageux.

Les loisirs d’une paix profonde, conquise par les exploits des Hospitaliers, permettant à leur chef de se livrer plus spécialement aux soins du gouvernement, il s'occupa avec activité d'un nouveau Code plus conforme aux mœurs et aux usages des Maltais ; le Grand-Maître Manoël en avait conçu le projet dès 1723; mais il était réservé à son successeur de l’achever et de le publier en entier sous son nom, en 1782. Une foule de réformes essen— tielles dans la législation y furent applaudies ; mais, comme en même temps le Code Rohan supprimait de fait le conseil populaire, ancien palladium des priviléges de la nation, il excita d’abord un mécontentement presque général. Le nombre des agens de l’inquisition y était cependant sagement restreint; on y avait de même limité le nombre des églises où pouvaient se réfugier en süreté les individus poursuivis par la justice ou les créanciers; jadis toutes leur servaient de sauvegarde : ces immunités abusives ne s’éten— dirent plus aux crimes capitaux. |

Fidèles à leur noble institution, les galères de

Malte , sous les ordres du Bailli A. de Freslon, déployaient la plus active bienfaisance ‘ pour secourir les Siciliens et les Calabrois , victimes d’un effroyable tremblement de terre (1783). Les chevaliers rivalisaient de zèle et de charité; mais les commandans de Messine en parurent jaloux, et repoussèrent des secours si désintéressés : les galères de la Religion furent forcées de quitter la Sicile ; toutefois le Bailli de Freslon put charger la princesse de Villafranca de distribuer les bienfaits

1 Le Grand-Maïître et le conseil s’exprimaient ainsi, dans les instructions données au capitaine-général : « Ayant appris les désastres occasionés à Messine, à Reggio , et dans les lieux circonvoisins, par les tremblemens de terre, nous avons cru qu'il était de la charité chrétienne et du devoir de notre ordre d’aller au secours de ces malheureuses contrées. Vous tâcherez de vous rendre le plus tôt possible dans ces parages, pour donner les secours, aide et assistance que votre position vous permettra de rendre, et à cet effet vous ferez embarquer des médicamens, et tout autre objet que vous croirez convenable pour secourir et aider ces malheureux dans une circonstance aussi déplorable. » Après avoir rendu compte des détails de son voyage, et des malheurs dont il était témoin, le Baïlli de Freslon répondait au Grand-Maître : « .... Je fais distribuer journellement de la soupe, de la viande et du pain à plus de trois cents personnes (ce nombre fut porté à cinq et même à six cents). Je me suis décidé à donner à l'hôpital de Messine quatre cents onces d'argent (environ cinq mille six cents francs),

et partie des lits dont votre Altesse Eminentissime m'avait laissé la disposition. »

qu’on refusait de la main des chevaliers. Leur conduite en cette circonstance honora au plus haut degré un ordre qui, près de toucher à sa ruine, eût mérité encore les respects de l'Europe civilisée, n'eût-il gardé de l'antique institution de Raymond du Puy que la charité et la bravoure. L’année d’après, les escadres maltaises se réunirent aux flottes espagnole, portugaise et napolitaine, pour le bombardement d’Alger; cette expédition, confiée à D. Antonio Barcelo, jadis patron de barque, échoua totalement.

À cette époque Malte était florissante encore , et si le pavillon de la Religion n'allait plus croiser sur les côtes de Maroc, ni dans les Echelles du Levant, c'était par condescendance pour les rois de France et d'Espagne ; d’ailleurs; les forbans et les corsaires barbaresques n'’osaient plus se montrer sur la Méditerranée. Malte, ses anciens exploits, ceux qu’on redoutait encore semblaient les en avoir à jamais bannis.

Mais alors était à la veille d’éclater cette révolution française, immense volcan dont l’explosion, entraînant une monarchie de treize siècles, renversant les autels élevés par Clovis, menaça l'Europe entière, et devait ébranler sur ses vieux fondemens un ordre qui tenait de la France son origine , sa gloire, et la majeure partie de ses richesses. Aussi, l'annonce de la constitution de

1791; que l infortuné Louis XVI crut nécessaire de communiquer au Grand-Maitre (le 20 septembre), excita-t-elle un sentiment Re sad dans le conseil. * |

Cependant, comme Léssemblée constituante avait respecté les commanderies, on pouvait se faire illusion ‘, et, malgré les sollicitations des puissances

.# Vers ce même temps, le Grand-Maître s’exprimait ainsi dans sa correspondance avec le comte d'Hannonville : « Trèscher et bien-aimé Commandeur, le découragement dont vous étiez saisi en écrivant votrelettre A 4 octobre (4 791), ne vous est pas naturel, et nous en avons été étonnés. Nous ne devons point craindre les suites du renvoi à la législation présente. Notre ordre étaitreconnu puissance étrangère avant la Constitution française, et ce caractère indélébile n’a pu éprouver aucune atteinte par les décrets de l’Assemblée nationale. Nos propriétés ont, il est vrai, subi des diminutions, mais une indemnité nous est due et promise : le Roi s’y est intéressé. Il nous traite toujours avec la même amitié, et la nation, éclairée sur l'utilité réelle qui résulte de notre position et de nos services, pour l’avantage et la sûreté de son commerce dans cette mer, est trop juste pour vouloir diminuer nos moyens, et ne pas compenser proportionnellement ce que nous avons perdu par la suppression des dimes et des droits féodaux. C’est d’après cet espoir , fondé sur l'équité et le droit des gens, que les démarches des ministres de notre ordre, à Paris et dans nos différens prieurés, doivent être dirigées. Tous nos chevaliers et Commandeurs, en général, doivent se considérer et se conduire en France comme étrangers, et, comme tels, être soumis aux lois du pays. Partout, vous le savez, la loi n’accorde protection et sûreté qu’à ceux qui la res-

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