‹ Monumens des grands-maitres de Saint-Jean de Jérusalem ... Accompagnés de notices historiques sur chacunChapitre 81 sur 105 · T, IL · texte numérisé non relu

T, IL

tour. Il paraît, d’après un ouvrage récent ', qu’en 1822 le gouvernement grec envoya à ce sujet en députation au pape l’archevèque Germanos et le fils du général Petro-Bey.

Ces députés, dit M. Jourdain, avaient la mission d'engager le souverain pontife à se déclarer en faveur des Hellènes, et de lui offrir, « à certaines conditions, une des îles de l’Archipel, pour en faire le siége des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, dont le pavillon eût flotté de nouveau sur les mers témoins de leur ancienne gloire. »

Pie VIT, par des considérations politiques, ne put entrer en négociation avec les envoyés grecs. Ce moyen n'ayant point réussi, on chercha à exciter la générosité de quelques grands capitalistes, et un Mémoire fut *, à la même époque, remis à un banquier de Paris, que son honorable caractère et sa position pouvaient faire entrer dans les

1 Voyez Mémoires historiques et militaires sur les événemens de la Grèce, par M. Jourdain, capitaine de frégate, 2 vol.in-8., tom. [, pag. 466.

2 Même ouvrage, Pièces diverses, pag. 269. Ce Mémoire en entier sy trouve, ce qui nous dispense de l'ajouter aux Pièces justificatives de ce volume. L'auteur du Mémoire le fait suivre du tableau abrégé du revenu de l’ordre, avant et après la prise de Malte, et des avantages d’un grand établissement commercial dans une des îles de l’Archipel, sous la protection de l’ordre.

vues qu’on lui présentait. On cherchait à le déterminer à ouvrir un emprunt de dix millions en faveur de l’ordre de Malte; ce Mémoire fut placé sous les yeux du gouvernement grec *.

1 « Les Grecs, dit le Mémoire cité, séparés momentanément de l'alliance européenne, cherchent tous les moyens de s’y rattacher. [ls se sont adressés à l’ordre de Malte, parce que ses chevaliers sont, par leurs statuts, en guerre perpétuelle avec les Turcs; qu'ils sont les protecteurs nés du commerce, et les défenseurs de tous les chrétiens ; qu’étant un abrégé de toutes les puissances européennes, il peut par le seul fait de son alliance rattacher les Grecs, tôt ou tard, au système général.

» La possession d’une ou plusieurs îles dans l’Archipel, que les chevaliers recevraient des Grecs, au moyen du traité conclu entre eux, serait extrêmement avantageuse à la France, parce que les ports de l’ordre seraient ouverts à sa marine, et serviraient d’entrepôt à ses marchandises, ce qui lui rendrait le commerce du Levant, que les Anglais lui ont enlevé par la possession de Malte et de Corfou.

» L'ordre de Saint-Jean de Jérusalem est encore investi de toutes ses prérogatives dans toute l’Europe, à l’exception des deux royaumes d'Angleterre et de France, où ses biens ont été séquestrés. Sa souveraineté est toujours reconnue, et le dernier congrès de Vérone aurait décidé sur le chef-lieu qui lui aurait été assigné , si les affaires d’Espagne eussent laissé le temps nécessaire pour s’en occuper.

» En Espagne et en Portugal il a plus de trois cents millions de biens, dont il jouit encore. Dans le reste de l'Europe, ses biens sont immenses. Mais le Grand-Maître ne sera nommé que lorsque le pavillon de l’ordre flottera dans un chef-lieu indépendant.

« La possession de l’île de Rhodes, y était-il dit, est le but où il tend... Aucune position n’est plus favorable pour un entrepôt dans l'Archipel. Tous les genres de prospérité y peuvent trouver leur germe.

» L’Autriche et la Russie favorisent puissamment l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Les ambassadeurs de l’ordre entretiennent auprès de ces cabinets les relations les plus intimes. La première de ces puissances offre à l’ordre l'ile de Lissa , dans l’ Adriatique (sans autre condition que celle de s’y maintenir), l'arsenal de Venise et tout son matériel pour f abriquer les premières flottes, jusqu’à ce qu’il puisse s’en passer. Mais la situation de cette île est si désavantageuse sous tous les rapports, que l’ordre n’a pas cru devoir y adhérer, d’autant plus qu'il ne serait point à portée d'exercer les devoirs prescrits par sesstatuts dans une situation peu convenable. Une île au milieu de la Méditerranée pourrait seule le mettre à même de faire fructueusement la guerre aux pirates et aux Barbaresques , et de protéger le commerce du Levant *. ..... Le palladium de la légitimité est encore aujourd’hui le pivot sur lequel tous les gouvernemens fondent leur tranquillité et leur conservation. C’est en invoquant et en agissant d’après cette légitimité, que l’ordre ne peut manquer de justifier ses succès. Jamais les chevaliers n’ont ratifié, par aucun traité, la possession précaire des Turcs sur la Morée, Négrepont, Rhodes et les autres îles qui en dépendent. C’est là le point principal du droit des gens ou des nations. »

« Ce serait uné contradiction, bien digne de remarque ;

-.* Suivent les motifs propres à exciter la générosité du banquier français, et à le rassurer sur le sort des dix millions.

» Un pareil projet réunit tout ce qui peut influencer le cœur humain : gloire, industrie, indépendance d’une nation , établissement de l'ordre illustre de Malte dans un chef-lieu où il puisse protéger le commerce de toutes les nations contre les pirates, et rétablir celui de la France dans le Levant; exploitation d’une grande quantité de mines d’or, dont l’existence est oubliée et les lieux inconnus ; repopulation des îles les plus fortunées , où les hommes placèrent toutes leurs divinités fabuleuses, par l'admiration de la fécondité du territoire et la sérénité du ciel; chefs-d’œuvre enfouis rendus aux arts; marine recréée par la beauté des bois de construction ; bénédiction des contemporains et des races futures, pour l’homme éclairé et riche dont le cœur aura embrassé avec

ajoute M. d'Avalos, si, dans un temps où se sont si prodigieusement multipliés tant d'ordres militaires, on cherchait à détruire celui qui est le plus ancien de la chrétienté, et qui, par les services qu’il a rendus pendant tant de siècles, a acquis des droits incontestables à la reconnaissance des souverains et des nations.

» On doit donc espérer que quelque prince, non moins éclairé et aussi puissant que Charles- Quint, donnera à cet ordre illustre un établissement dans la Méditerranée, pour le dédommager de la‘ perte de Malte, et le mettre à portée d’être utile à l'humanité. La justice et la raison sont également intéressées à l’accomplissement de ce vœu. »

ardeur l’ensemble de tant d'avantages en faveur de la légitimité‘. »

Mais ces généreux efforts, ces ingénieuses combinaisons, cet appel fait aux souvenirs et aux intérêts des peuples et des rois, sont demeurés sans résultat, et jusqu’à ce jour, malgré l’inébranlable

‘ « Les avantages que présentait ce projet, ajoute le même auteur, sont trop évidens pour qu'il soit nécessaire de les démontrer. Le rétablissement de l’ordre de Malte offrirait une digne carrière à cette foule de guerriers qui, dans une existence long-temps active et agitée, ont contracté ces mœurs aventureuses et inquiètes toujours dangereuses en temps de paix. Les trônes y trouveraient donc une nouvelle garantie de stabilité, et les nations une source d'utilité locale. Ainsi les souverains, loin de porter entrave à un pareil projet, auraient dû, dans leur intérêt même, protéger le rétablissement d’un ordre qui se flattait alors, comme on l’a vu, d'obtenir du gouvernement grec une île de l’Archipel. La présence des chevaliers dans la Grèce ne porterait ombrage à aucun cabinet, et serait au contraire un lien qui rattacherait à la civilisation européenne l'empire qui doit enfin renaître sous la bannière de la Croix.

» Le premier avantage de la renaissance de cette colonie militaire, et l’un des plus importans, sans contredit, serait la répression des corsaires barbaresques dont les déprédations, en affligeant l'humanité, anéantissent toute sécurité commerciale, et dont les bâtimens des plus importantes puissances maritimes ne sont pas toujours à l'abri. Une croisière perpétuelle contre les barbares serait le résultat du rétablissement de l’ordre dont l'existence tient nécessairement à une neutralité universelle et garantie par toutes les nations de la chrétienté. »

constance des débris de l’ordre, rien n’annonce pour l'avenir de plus favorables dispositions dans la diplomatie européenne, soit pour rendre les chevaliers à leur primitive institution, soit pour la coordonner avec les différentes formes des gouvernemens , la diversité de doctrines religieuses et les mœurs du dix-neuvième siècle. Je ne tenterai point de résoudre ces graves questions, plutôt du domaine de la politique que de l’histoire. J’ajouterai seulement que le Lieutenant du Magistère, ayant cru convenable de transférer la résidence de l’ordre dans les Etats romains, demanda, en juin 1826, à Léon XII, et obtint, par lettres apostoliques du 12 mai 1827, la permission d'établir à Ferrare la maison conventuelle des chevaliers.

Ici se borne la tâche que je m'étais imposée , de retracer les principaux traits de ces annales fertiles en événemens d’un haut intérêt, et de chercher à arracher à l'oubli des monumens presque tous empreints de souvenirs glorieux, chers à la France. Je n'ose espérer que cette simple esquisse contribue à réveiller l'attention sur la plus noble et jadis la plus utile des institutions chevaleresques. Mais, s’il était dans ses destinées futures de recommencer une ère nouvelle, puissent ses chefs se montrer les dignes successeurs des Grands- Maîtres que la France s’honorera à jamais d’avoir donnés à l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem.

Armes de Busca : d'argent à la givre de Milan, au chef échiqueté d’or et d’azur : écartelé, d’argent au pin de sinople, au chef d’or à l’aigle

éployée de sable!

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