DU TOME SECOND
Pace 27.
Les articles de l’inféodation de Malte et de ses dépendances.
« Les îles, par leur position, sont destinées à demeurer absolument inconnues ou commerçantes. On sent que Malte ne peut se montrer dans l’histoire qu’elle n’appartienne bientôt aux Phéniciens. Le plus beau port du monde, d'excellentes eaux, une distance égale de l’Europe et de l'Afrique, de l’'Archipel et de l'Espagne, durent sans doute tenter l'ambition de ces navigateurs célèbres. Les Tyriens, les Carthaginois, les Romains , les Vandales, les Goths, les Arabes, les Normands, etc., ont du la posséder successivement , et enfin échue, par la décadence du pouvoir des Sarrasins , à un prince qui se plaisait plus
aux spéculations de la politique qu’à celles du commerce, elle a fini par appartenir aux illustres malheureux que d’autres Arabes chassaient de l’Archipel, et qui cherchaient partout un asile où ils pussent se rallier, et se préparer à une vengeance qui s'exerce encore.
» Cest à Malte (jadis Hépérie, ou Ogigie, puis Mélite), que les chevaliers de Rhodes vinrent changer de nom, et conserver l'esprit de leur noble institution*, »
Cette île, qui a au levant la Méditerranée, au nord la Sicile, au midi le royaume de Tunis, et au couchant les îles de Pantalerci, Linose et Lampanose, a à peu près soixante milles de circuit, vingt de long et-treize dans la plus grande largeur ; elle est située sous le 33° degré {0 minutes de longitude, et le 35° 54 minutes 26 secondes de latitude. Le thermomètre de Réaumur y est ordinairement au-dessous de 25 degrés pendant l'été, et rarement au-dessus de 28. On a prétendu, dit M. d’Avalos ?, que Malte fut jadis l’Ogigie d'Homère, habitée par la FRE: Calypso, mais l'autorité de Newton es à penser que c'était plutôt Cadiz. Son nom vient de Malath où Melath (asile ou refuge ). Les Grecs l’appelèrent Welite à cause de son excellent miel, dénomination que les Romains lui conservèrent en l’honneur de la déesse Mélite ; les Arabes le corrompirent en celui de Malte.
Située dans un golfe du côté de la Sicile, la ville de Malte, capitale de l’île, est composée de’trois parties : la ville, le bourg et l’île de Saint-Michel. Le lieu principal était autrefois
* Je dois ce fragment du Journal d’un voyage inédit dans le Levant, en 1984, et plusieurs détails sur Malte renfermés dans cette notice, à mon honorable et savant ami M. le comte d’Hauterive, conseiller d’État , membre de l’Académie royale des Inscriptions et Belles-Lettres, etc.
2rableau historique de Malte, par Christophore d’Avalos, 2 vol. in-8, 1820, deuxième édition.
la cité vieille ou notable, bâtie, dit-on, par les Phéniciens 0 ou les Carthaginois, et où les Grands-Maîtres avaient aussi un
palais.
Le grand Port, appelé a Marsa (mouillage en arabe), est à peu près au sud de la ville capitale , et défendu par différens forts d’une vaste étendue ; il est divisé en deux parties par une presqu ‘île, sur laquelle se trouve le fort Saint-Ange; son entrée est terminée à l’ouest par une langue de terre montueuse appelée Sceb où Sceb-eras Gebel-el-Ras, ou la Guardia (en arabe, lieu élevé au-dessus des autres). Sur cette colline est assise la ville de La Valette : ; l'intérieur du port offre une es-
© On lisait dans l’église conventuelle de Saint-Jean l'inscription suivante, composée sur la construction de la cité Valette : le Grand-Maitre Antoine de Paule la fit placer sur la porte royale :
ILLUSTRISSIMUS ET REVERENDISSIMUS DOMINUS JOHANNES DE VALETTA, ORDINIS MILITIÆ HOSPITALIS DIVLI BAPTISTÆ HIEROSOLYMITANI MAGNUS MAGISTER ; PERICULORUM ANNÔ SUPERIORE A SUIS MILITIBUS, POPULOQUE MELITEO, IN OBSIDIONE TURCICA PERPESSORUM MEMOR, DE CONDENDA URBE NOVA, EAQUE MOENIIS, ARCIBUS, ET PROPUGNACULIS AD SUSTINENDAM VIM OMNEM PRO- PULSANDOSQUE INIMICI TURCÆ IMPETUS, AUT SALTEM REPRIMENDOS, MU- NIENDA, INITO CUM PROCERIBUS CONCILIO, DIE JOVIS VIGESIMA OCTAVA MENSIS MARTII M D LXVI, DEUM OMNIPOTENTEM DEL PARAMQUE VIRGINEM ; ET NU MEN TUTELARE, DIVUM JOHANNEM BAPTISTAM, DIVOSQUE CÆTEROS MULTA PRECATUS, UT FAUSTUM FELIXQUE RELIGIONI CHRISTIANÆ FIERET AC ORDINI SUO, QUOD INCEPTABAT BENE CEDERET, SUPPOSITIS ALIQUIBUS SUÆ NOTÆ NUM- MIS AUREIS ET ARGENTEIS , PRIMA URBIS FUNDAMENTA IN MONTE AB INCOLIS SCEB-ERRAS VOCATO , FECIT, EAMQUE DE SUO NOMINE VALETTAM, DATO PRO IN-
SIGNIBUS IN PARMA MINIATA AUREO LEONE ; APPELLARI VOLUIT.
Ces autres inscriptions se voyaient sur le même marbre, au-dessous de divers emblêmes :
IMMOTAM COELI DEDIT. ”
pèce d'amphithéâtre, composé du faubourg de La Valette, de trois forteresses, de bastions et de cinq baies propres à contenir en toute sureté un grand nombre de vaisseaux.
Au nord de la ville est.le fort Saint-Elme, qui s'élève audessus des remparts, et la protége doublement du côté de la mer; c’est dans ce fort qu’est placé Le phare ou fanal destiné à 115.10 et à guider les vaisseaux pendant la nuit. Au sud et sud-est sont deux cavaliers qui dominent la campagne, et qui sont, aussi bien que les bastions qui entourent la ville, garnis de la plus belle et de la plus nombreuse artillerie. Au nord-est est le port de Marsa-Muscet, défendu par deux forts et par les remparts de ce côté de la ville ; il est d’une étendue immense, et suflirait seul pour contenir tous les bâtimens qui abordent dans l’île, si la commodité du grand port n’avait fait réserver celui-là pour la quarantaine : il a en conséquence, dans une petite île placée dans ce port, tous les magasins, chambres, barrières et promenades nécessaires à sa destination. Sous aucun rapport, le lazareth de Malte n’est inférieur à ceux de Livourne , de Trieste et de Marseille.
Vers l’ouest est le fort Manoël, dont l'artillerie plonge dans la direction précise du fort; ce fort est précisément placé sur la pointe où le fameux corsaire Dragut fut tué lors du siége de Malte.
A la pointe orientale du grand port est le fort Ricazoli qu’un Bailli de ce nom avait fait construire ; cet ouvrage, d’une grande
MELITA RENASCENS.
DEI PROPUGNATORIS SEQUENDÆ VICTORIÆ.
PERPETUQ PROPUGNACULO TURCICÆ OBSIDIONIS.
On lisait aussi, sous David terrassant Goliath :