ANN, M DCC XXVI
riane, vers la ville Neuve; et le quatrième le port de Marsa- Muscet à l'occident de la cité Valette, qui est celui où les vaisseaux font la quarantaine à leur retour du Levant. Aux environs de l’île de Malte, il y a plusieurs petites îles dont les principales sont le Goze, Cumino (Cumin où Kumini, adjacente), et Farfara. 4
Le Goze, à deux milles environ à l’ouest de Malte, a trente-six milles de cireuit, six de large, douze de long, et dix mille habitans ; il a un petit bourg et un bon château avec une garnison considérable. Cumin, qui n’a qu’un mille, est défendu par une forteresse que le Grand-Maître de Wignacourt fit bâtir pour y loger des troupes.
L'île de Farfara n’est qu’un rocher au sud de Malte, célèbre seulement par le commun proverbe des chevaliers qui, voulant railler un jeune confrère, le surnommèrent : Commandeur de Farfara. |
En 1779, le commandeur de Chambray fit construire, sur la porte de l’île du Goze qui regarde Malte, une forteresse et une petite ville qui s’appela cité Chambray.
Un Arabe, dit le journal déjà cité ‘, conduit à Civita- Vecchia , dans une calèche « qui peut renfermer quatre individus, et traînée par une mule dont il suit le trot, même le galop , à pied, sans fouet et sans verge, en l’effrayant seulement avec un jargon barbare. On voit à un quart de lieue de là l'endroit où saint Paul fit des miracles, convertit les Mélitois et chassa les serpens de l’île, où ils ne peuvent plus vivre depuis ce temps; auprès de l’église est une grotte où, dit-on, l’apôtre fut enfermé après son naufrage. »
Comme tout le rocher est un tuf très-tendre, les cadavres qu'on lui confie sont conservés dans leur entier; aussi, le cimetière du faubourg de la capitale, au centre de l’île, creusé
Voyage inédit dans le Levant.
sous l’église paroissiale de Saint-Paul, renferme des momies desséchées , encore entières avec leurs vêtemens; elles ressemblent à du parchemin collé sur les os, et les traits de la figure sont conservés de manière à reconnaître les individus. On voit encore ces catacombes , que ceux qui ont un gout général pour toutes les antiquités indistinctement sont avides de parcourir. « Quant à moi, ajoute le même voyageur, qui n'aime que’ celles qui rappellent de grands hommes ou de grandes choses, un lieu où la génération entière des Maltais est ensevelie ne me touche pas plus que la vue de la génération actuelle, ou d'un cimetière de village. Qu'importent vingt siècles de distance , quand ils ne me séparent que d’une multitude d’hommes aussi communs que moi ? Je descendis cependant dans les catacombes de Civita-Vecchia; mais je m’amusai beaucoup plus de ce que nous étions trente fous armés de flambeaux , criant, courant, et nous précipitant dans toutes les irrégularités de ce labyrinthe immense, que des détails qu'il offre et des souvenirs qu'il rappelle. »
(Plusieurs branches de la principale galerie des catacombes de Rabbato ont été murées, depuis qu’un maître d’école s’y égara avec plusieurs enfans, et ne reparut plus.)
D’autres cryptes renferment des chapelles qui datent de l’époque où les Sarrasins se rendirent maîtres de l'ile. La principale était celle dite de Notre-Dame de la Meleka, ou la Royale (de l'arabe melek, roi). On y voyait une image de la Vierge, attribuée à saint Luc, qu’on croit avoir passé trois mois à Malte. On se rendait à la chapelle bâtie au-dessus de la grotte la Melleka ; le premier jour de carême; et surtout les personnes qui s'étaient masquées au carnaval, « afin, disaient-elles, d’empêcher le démon de leur donner une figure semblable au masque qu’elles avaient pris. » La procession de saint Grégoire, le premier mercredi après Pâques, offre encore des détails aussi curieux que piquans.
À trois quarts de lieue de Médina (la ville ), est un vaste château garni de tourelles, entouré de fossés, et renfermant de vastes et beaux appartemens ; c’était la maison de campagne des Grands-Maîtres, bâtie par les soins d'Hugues Loubens de Verdale, et elle porte le nom de mont Y’erdala ; elle est cependant plus connue sous celui de la Bosquetta, château Bos- ‘quetta, Boschetto ou Bosquet. De très-belles et abondantes eaux y vivifient les jardins, et derrière le château est le bosquet proprement dit, tout planté de grenadiers, de citronniers, surtout d’orangers ‘, dont la fleur produisait la célèbre eau de fleur d'orange de Malte. Le château domine un vallon charmant dont les eaux vivifient et embellissent ce paysage ; les rochers arides qui le couronnent forment un contraste pittoresque. Dans une grande salle du rez-de-chaussée et dans celle du trône , au premier étage , les plafonds et les corniches, peints à fresque , représentent l’histoire du Grand-Maïître de Verdale.
Un des édifices qui attire le plus particulièrement l’attention des voyageurs est l’église des chevaliers ou de Saint- Jean. Bâtie par le Grand-Maître La Cassière, sous l’invocation de saint Jean-Baptiste, patron de l’ordre ; sa perspective extérieure est simple, sans dôme, et avec des clochers d’une forme pyramidale; elle ne prépare point l'étranger à la magnificence de l’intérieur, où les yeux sont éblouis de la quantité de dorure, de marbres, destatues, de mausolées, de peintures, que les arts y ont rassemblés à l’envi et à grands frais. La chapelle de la Vierge, qui renferme un tableau attribué à saint Luc ,et oùuétait suspendue par une chaîne d’or massif une superbe lampe de quinze à seize pouces de diamètre, de même métal et du plus beau travail, attire les regards. Le pavé en entier de léglise,
‘ Les excellentes oranges que les Grands - Maïtres étaient dans Pusage d'envoyer chaque année aux souverains de l’Europe, venaient des jardins de leur maison de plaisance, située auprès de Saint-Antoine, près du Casal.
le plus beau ; sans doute, de toute la chrétienté, est composé sans interruption de pierres sépulcrales des Grands-Croix, Baillis et Commandeurs. Ces tombes sont en marbre de: diverses couleurs, chargées sur toute la surface des armes blasonnées des défunts, figurées par des jaspes, des agates et d’autres pierres précieuses : c'est une vaste mosaïque régulière et variée, unique en son genre, et dont l'intérêt redouble en lisant les nombreuses épitaphes et inscriptions dont l’élégante simplicité et la correction, quant au style lapidaire, feraient honneur aux plus beaux temps de l'antiquité *.
On admire dans l’église de Saint-Jean (/a chiesa maggiore), les mausolées des Grands-Maîtres Cotoner, Pinto, Perrelos, Zondodari et Vilhena. « Ils sont effectivement très-beaux, dit M. d'Avalos, et si, pour la richesse du marbre, ils le cèdent à ceux des grands-ducs de Médicis, à Florence, du moins les égalent-ils par l'exactitude du dessin et la perfection de la maind'œuvre; les autres mausolées des Grands-Maîtres La Cassière, Lascaris, Caraffa et Rohan , n’ont pas le mérite des premiers.» Ils sont en partie dans les nefs de l’église (chacun dans la chapelle particulière de sa langue), et en partie dans un caveau souterrain placé au-dessous du chœur : ceux-ci sont les plus anciens, et l’on y voit les monumens des Grands-Maîtres dont on apporta les restes de Rhodes. Celui de La Valette est surmonté, comme plusieurs autres, de la statue couchée, en marbre, avec les mains jointes en bronze.
Le trésor de Saint-Jean était renommé dans toute LEuroÿe par la diversité des riches objets qui le formaient. On y mon-
* Je possède la curieuse collection de ces inscriptions tumulaires, que je me propose de publier incessamment comme le complément naturel des Monumens des Grands-Maïtres. On trouvera dans ce nouvel ouvrage le plan de l’église de Saint-Jean de Malte, qui renferme ces épitaphes au nombre d'environ quatre cents.
trait entre autres : la main droite de saint Jean, renfermée dans un magnifique reliquaire ou coffre d’or, sur quatre pieds de même, enrichi de diamans , de rubis, de perles, ete. (c'était un présent de Bajazet qui, l'ayant refusé à plusieurs princes, le donna à P. d'Aubusson; elle avait été apportée d’Antioche à Constantinople); les douze apôtres en argent; des devans d’autels du plus grand prix, dont un en argent ciselé; plusieurs grandes croix en oret enrichies de pierres précieuses de Rhodes, en vermeil et en argent , avec leurs bâtons de même; des encensoirs magnifiques, des ciboires en or garnis d’'émeraudes et de rubis; plusieurs tablettes d’autel en argent, sur lesquelles étaient incrustées les prières du lavabo, de la consécration et du dernier évangile; plusieurs ostensoirs en or, dont deux, remarquables par leur ciselure et la richesse des pierres précieuses, avaient été rapportés de Rhodes; la coupe d’or enrichie de pierreries, donnée par Henri VIII à l’Ile-Adam ; l’épée et le poignard que La Valette avait reçus de Philippe IT, trophées glorieux que le vandalisme directorial pouvait seul détruire ou ravir, étaient aussi déposés dans ce trésor. On trouvait également réunis dans le même lieu une infinité d’autres dons en or, en argent et en diamans, que des Grands- Maîtres et Grands-Prieurs étaient obligés de présenter à cette église tous les cinq ans; aussi était-elle remplie de lampes et de chandeliers d'argent si hauts et si massifs, que deux hommes avaient peine à les porter. On admirait encore dans l’église de Saint-Jean de-belles peintures de Mathias Preti dit le Calabrois. ;
Le 9 septembre de chaque année on célébrait dans cette vénérable basilique l'anniversaire de la levée du siége de Malte par les Turcs. « Cette cérémonie, continueM. d’Avalos, se faisait avec une grande pompe et un sentiment profond de respect et de reconnaissance. L'on apportait au pied de l'autel l’étendard victorieux ; il était salué par l'artillerie de toutes les for-
tificationset de tous les bâtimens du port. Un chevalier, armé comme les anciens croisés, le portait, ayant à sa gauche un page du Grand-Maître, tenant en ses mains l'épée et le riche poignardenvoyés par Philippe IT ; à sa droite était le Maréchal de: l’ordre ; on faisait ensuite une procession qui, de l’église Saint-Jean, se rendait à Notre-Dame-de-la-Victoire, où reposent les cendres du héros La Valette. On exposait aussi ce jourlà un très-beau portrait du défenseur de Malte, peint par le Commandeur Favray, et qui appartenait à la langue de Provence. »
Les autres églises principales de Malte sont la collégiale de Saint-Paul, Notre-Dame-de-la-Valette, ete. C’est dans celle des Dominicains, démolie depuis quelques années, qu’on trouva le tombeau du prince Osman, fils de l’empereur Ibrahim ‘. Les familles grecques qui suivirent la fortune des chevaliers expulsés de Rhodes ont une église de leur rit qui leur sert de paroisse.
Au premier rang des édifices publics qui décorent La Valette, il faut compter le palais magistral et ceux des langues de France, d'Italie, de Castille, d'Auvergne, de Provence, d'Aragon , d'Allemagne et d'Anglo-Bavière.
Le palais magistral, construit au centre de la cité, par Hyacinthe del Monte, sous le magistère de La Cassière (1572), forme une masse séparée des autres édifices, sur la place Saint- George; ce bâtiment carré impose par sa grandeur ; mais l’architecture, dont le style n’est ni pur, ni régulier, ne répond point, comme celle de l’église de Saint-Jean , à la magnificence des appartemens , qui sont peints par Joseph d'Arpino et Mathieu de Lecce. Le grand escalier, en forme de limaçon, esttrèsremarquable; avant l'occupation de Malte par les Français, on voyait dans les appartemens beaucoup de chefs-d’œuvre du
* Sa vie a été écrite par le père Octavien PBulgarini.
Guide et des Carrache , une collection précieuse de médailles antiques, des bas-reliefs, etc.
Quatre portes donnent l'entrée au palais : on voyait, en face de la principale, un jardin planté d’orangers; sur la droite, en entrant, était l'escalier en cul-de-lampe ayant des reposoirs qui conduisent à l'appartement du Grand-Maître. Sur la gauche est un autre escalier qui conduit à l’appartement d'été. « Toutes ces salleset chambres sonttendues de brocard rouge, et dans plusieurs sont peints divers traits tirés des annales de l’ordre. L'appartement du Grand-Maître est orné de crépines de damas et de galons d’or; dans la chambre à droite d'hiver, on remarque une frise représentant toutes les prises faites par les galères, peinte par Joseph d’Arpino ; elle est tendue de haute lice ; de grandes galeries couvertes font communiquer d’un appartement à l’autre, et dans celui d'été on entrouve une qui aboutit à une volière; on se rend de là à la salle d'armes. »
C’est dans une grande salle du palais que se voient les précieuses peintures à fresque que le temps et le peu de soin des possesseurs actuels de Malte font dépérir de jour en jour; elles représentent les principales actions de l’ordre , depuis sa fondation jusqu’à Villiers de l’Ile-Adam. Ces fresques, qui ornent diverses salles, sont encadrées et séparées par des statues des rois de Judée , des prophètes, ou par des figures allégoriques. On lit au-dessous des sentences tirées de l’Écriture ou des Psaumes".
Les sujets de ces tableaux ne sont point disposés dans l’ordre chronologique, mais on a dû l’observer davantage ‘dans cette relation. La légende qu'on lit au-dessous est en italien ; les armes qu’on y voit sont celles de Wignacourt. Nous ne relèverons pas quelques erreurs de dates qu’il sera facile de remarquer.
* Voyez les planches n. I-VI.
Ces tableaux représentent :
1° Raymond Dupuy s offrant avec ses religieux à Baudoin IT, roi de Jérusalem.
2° Chapitre général tenu en 1120, par le même Grand- Maître, fondateur de la règle des Hospitaliers.
3° Siége et prise de Damiette par l’armée de Jean de Brienne et les Hospitaliers; 1120.
4° André, roi de Hongrie, reçoit par dévotion l’habit de chevalier des mains de Guérin de Montaigu; 1228.
5° Foulques, roi de Jérusalem, fortifie la ville de Bertsabée, et la confie à Raymond Dupuy ; 1131.
6° Déroute glorieuse des Hospitaliers sous les murs d’Ascalon ; 1131.
7° Pierre-l'Ermite part de l'hôpital de Jérusalem pour aller en France et auprès du pape Urbain IT, afin de réclamer des secours pour le recouvrement de la Terre-Sainte.
8° Départ des chrétiens et des religieux hospitaliers de Jérusalem ; ils en emportent les reliques.
9° Ptolémais tombe au pouvoir des chrétiens, après trois mois de siége, par le courage du Grand-Maître Ermangard d’Aps et de ses chevaliers ; 1191.
10° Le Grand-Maître Bertrand de Comps, à la tête des siens et de quelques Templiers , remporte une victoire sur les Turcs, auprès d'Antioche.
11° Frédéric IT, empereur, réclame les secours des Hospitaliers ; 1234.
12° Les frères Hospitaliers de Saint-Jean reconstruisent les remparts de Jérusalem ; 1238.
13° Richard comte de Cornouailles, frère du roi d’Angleterre, reçoit en don du frère Guérin, Grand-Maïtre , une DE celle a vrai sang de Notre-Seigneur ; 1240.
14° Saint Louis est délivré des mains du soudan d'Egypte par les secours du Grand-Maître ; 1250.
12° Ptolémaïs est assiégée par les Tures, et les Hospitaliers forcés de s’'embarquer.
16° Le Grand-Maître Jean de Villiers et ses chevaliers, partis de Ptolémaïs, quittent le château de Margat et arrivent à Limisso , en Chypre; 1291.
17° Le Grand-Maître Foulques de Villaret et ses chevaliers, partis de Macri, arrivent à Rhodes en 1309.
18° Amédée IV, comte de Savoie, vient secourir Rhodes et le Grand-Maïître Foulques de Villaret, menacés par l’armée ottomane.
19° Siége de Rhodes, soutenu par le Grand-Maître Pierre d’Aubusson.
20° Zizim, frère de Bajazet, est reçu à Rhodes par Pierre d’Aubusson.
21° Le Grand-Maître Villiers de l’'Ile-Adam quitte Rhodes en 1522.
22° Il va habiter Viterbe ; 1524.
Dans la salle d’armes on montrait, outre plusieurs armures rares et curieuses, une très-belle cuirasse damasquinée en or, qui avait appartenu au Grand-Maître Alof de Wignacourt, et son portrait en pied , peint par Michel-Ange de Caravage ; on y remarquait aussi la statue du Grand-Maïître Manoël de Vilhena, en bronze.
: Le cabinet particulier des Grands-Maîtres renfermait une lettre originale de la main d'Henri IV, enchâssée dans un cadre ; elle était adressée à M. Ménaud de Batz, gouverneur de la ville d'Eax en Armagnac. (La même lettre se trouve conservée dans les bibliothèques royales de Perpignan et de Nancy; mais il est à présumer que ce sont des fac-simile.)
Cette lettre remarquable mérite d’être rapportée ici.
* Voyez Malle, par un Voyageur français.
« M. de Batz, j'ay antandu avecq plesyrles servyses que vous et M. de Roquelaure aves fet à ceulx de la religion , et la sauveté que vous partyculyerement aves donnée en vostre chasteau de Suberbye, à ceulx de mon peys de Béarn et aussi l’ofre que je accepte pour ce tams de vostre dist chasteau , de quoy je vous veux bien remersyer et pryer de croyré quecombyen que soyes de ceulx-la du pape, je ne aves come le cuydyés mesfiance de vous dessus ses choses. Ceus quy suyvent tout droyt leur consyance sont de ma relygyon , et moy je suis de cele de tous ceus là quy sont braves et bons. Sur ce, je ne vous feré la présante plus longue, synon pour vous recomander la place qu'aves an main, et d’estre sur vos gardes, pour ce que ne peut faylyr que ne ayes bientost du bruict aux oreyles; mes de ceus là je man repose sur vous comme le deves fère sur vostre plus asseuré et meylleur amy. »
Cette lettre est de l'an 1577, et Henri IV n’avait pas encore vingt-quatre ans.
On avait coutume, le 1% de mai, de placer sous le balcon: du Grand-Maître et aux portes des Grands-Croix, des branches d'arbres avec des fleurs; c’est ainsi que les Rhodiens célébraient la fête du soleil, et ce sont eux qui ontintroduit cet usage à Malte.
Outre le palais magistral, et ceux dont on a déjà fait menüon ; il y a encore à Malte d’autres édifices publics, tels que celui de la municipalité (Banca dei Jurati), le Palais de Justice (où se tient maintenant la Cour de la vice-amirauté), celui du Trésor et della Conservatoria, ete. Le grand hôpital, situé auprès du château de Saint-Elme, sur les bastions qui environnent La Valette, est remarquable par son étendue. Sous le gouvernement de l’ordre de Saint-Jean, cét hôpital était peut-être le mieux entretenu de toute l'Europe, quoique inférieur à plusieurs par sa magnificence extérieure ; les malades y étaient parfaitement bien servis avec de la vaisselle d’argént.
Les maisons des particuliers qui méritent le nom de palais sont celles de l’'archevèque, de la famille Spinola, où, en 1808, logèrent les princes de la famille d'Orléans; celle de la famille Cotoner, et énfin de la famille Parisio Moscato , où le général en chef Bonaparte établit son quartier-général en 1798.
On sera bien aise de trouver ici quelques détails sur les Grands-Maïîtres. « Leur élection avait lieu de la manière suivante (dit le manuscrit de l’Arsenal, déjà cité ) :
« Le conseil ordonne au procureur des langues de faire des listes de ceux qui ont voix et ballotte aux élections, lesquelles on affiche aux lieux publics. Il existe une autre liste des débiteurs du trésor , et l’on est incapable de donner des suffrages , si l’on doit,tant au trésor qu’à la langue, un marc, ou douze écus monnaie de Rome.
» La cloche du conseil sonne deux à deux pour faire assembler les religieux qui doivent présider à l'élection le lendemain de l'enterrement du Grand-Maître ; tous les chevaliers s’assemblent au son de la cloche dansl’église cathédrale de Saint-Jean, pour procéder à la nouvelle élection. Le prieur de l’église, revêtu de ses habits pontificaux, commence solennellement la messe du Saint-Esprit, afin qu’il inspire à chacun de choisir le plus digne sujet pour remplir la place du défunt; il est défendu ce jour-là, tant aux profès qu'aux novices, de porter l'épée. Bien qu’un profès soit au château ou en justice, s’il n’a pas été condamné , le maître-écuyer le mène à Saint-Jean pour ballotter, et le ramène ensuite au château. Le maréchal et le général des galères peuvent entrer avec l’épée dans l’église, ce qui est défendu à tous les autres. Les portes de la ville sont fermées, et il y a des sentinelles à celles des prétendans. La messe achevée, le lieutenant du magistère prend sa place sur un fauteuil, au bas de la grande porte de l’église, tournant le visage vers l'autel, avec les autres Grands-Croix et religieux auxquels leur ancienneté et prééminence donnent droit d'entrer dans cette as-
semblée. Le lieutenant donne ensuite ordre au maître-écuyer de faire fermer les portes de l’église, et d’en faire sortir tous les séculiers; il ouvre un petit discours à ce sujet, et fait commandement à tous les chevaliers de s’assembler en leurs chapelles pour procéder à l'élection des vingt-quatre. La langue de laquelle est le lieutenant demeure dans le corps de l’église, et ballotte la dernière. Le lieutenant et le conseil doivent décider de tous les différends qui pourraient arriver dans cette élection. Dans chaque chapelle est placée une table avec des billets blancs ; le cachet de la langue et des hosties sont devant les procureurs et quelques anciens qui sont assis. Les Grands-Croix ballottent par ancienneté comme aussi font tous les autres. On prête serment d’élire pour un des vingt-quatre celui qu’on juge le plus capable. Après ce serment, on prend un billet et l’on écrit au plus haut : Moi, frère tel ; ensuite on plie cet endroit où le nom est tracé, on le cachette avec le cachet de la langue, et l’on écrit au bas du billet : M. tel pour un des vingt-quatre. Tous les billets étant pliés, on les donne aux procureurs, qui les mettent dans une corbeille. Chacun ayant ainsi ballotté, le procureur de la langue , en présence des anciens, lit hautement les billets : celui qui a le quart franc s'entend élu pour l’un des vingt-quatre, c’est-à-dire qui a vingt-trois ballottes sur quatre-vingt-dix ballottans, monte sans dispute; s’il a seulement les ballottes justes pour monter, il faut qu'il fasse voir à quiil a donné la sienne, crainte qu'il ne l'ait donnée à lui-même; c’est la seule qu’on décachette; se trouvant égalité de voix à deux concurrens, l’ancien préside ; s'ils sont de même ancienneté, celui qui aura le plus de résidence; s’ils sont égaux en résidence, celui qui aura le plus de caravanes; et si leurs services sont les mêmes, l’assemblée doit en décider.
» Le lieutenant du magistère étant nommé pour l’un des vingt-quatre, le conseil doit élire un autre lieutenant du même conseil, sans avoir égard à la prééminence , lequel doit présider
tous les autres. Les vingt-un étant élus, viennent prêter serment devant lelieutenant et l'assemblée d’élire un frère capable, pour président de l'élection; après quoi ils montent au conclave et l’élisent par balloites secrètes, ainsi qu’on a toujours pratiqué ; pour lors finit la charge de lieutenant, et le président vient l’occuper avec la même autorité qu'il avait. Toutes les langues procèdent ensuite à l'élection d’un frère par langue. Comme pour l'Angleterre il doit y avoirune ballotte de plus que les autres concurrens pour être élu, les vingt-un, déjà nommés par les langues, en choisissent trois seulement qui doivent être de différentes nations; pour les trois langues de France un seu] peut monter; pour les deux d'Espagne, un autre; ainsi du reste. Les vingt-un ballottent pour celui qui doit monter, et celui qui a onze voix monte pour l’Angleterre. Les trois étant nommés et montés avec les vingt-un, élisent le président de l'élection, et pour-lors finit la charge: de lieutenant du Grand-Maïtre; ensuite les vingt-quatre s’assemblent pour procéder à l'élection d’un triumvirat, savoir : d’un chevalier, d’un prêtre et d’un frère servant d'armes. Le triumvirat étant élu ,. les vingt-quatre descendent; et le triumvirat nomme un quatrième qui ne doit pas être de leur langue ; ils prêtent serment pour élire le quatrième ; les seize électeurs en font de même l’un après l’autre; les vingt-quatre et les seize électeurs sont en manteau à pointe. Pendant toute l'élection ces derniers sont obligés de donner part de cette élection aux vingt-quatre qui s’assemblent dans la sacristie pour nommer un de ces trois que le triumvirat avait élus, et celui qu’il déclare monte pour quatrième; il se joint au triumvirat et nomme le cinquième, jusqu’au nombre de seize, deux par chaque langue. Le seizième étant nommé , ils descendent tous en bas, et viennent prèter serment devant le président de l'élection d’élire un digne sujet pour gouverner la religion ; les seize électeurs ne peuvent pas être Grands-Croix. Le serment fait, les électeurs montent de nou-
veau dans le conclave et étayent le mérite de celui qu'ils veulent faire Grand-Maître , et disent leur sentiment ; s'ils sont de différente opinion , le plus fort parti l'emporte; ensuite le président de l'élection, accompagné des seize électeurs , vient déclarer à haute voix le nouveau Grand-Maïître, disant par trois fois : Signore, tennete per fatto qual che habbiamo fatto ? après quoi il le nomme.
» Le Grand-Maître étant déclaré, vient avec le maître-d’hôtel au grand autel de Saint-Jean, prêter serment, entre les mains du Prieur de l’église, vêtu pontificalement, d'observer inviolablement les statuts et louables coutumes de l’ordre; il est ensuite porté sur son trône , et le Te Deum est chanté au son des cloches et de l'artillerie ; Les Grands-Croix viennent baiser la main au nouveau Grand-Maître, témoignant par là qu’ils le reconnaissent pour leur supérieur. Après le Te Deum, on conduit Son Excellence au palais, accompagné de tous les Grands-Croix et chevaliers de l’ordre ; il a son habit à pointes et cordon comme les autres. »
Le lendemain on va lui baiser les mains, et il se rend en grande cérémonie pour prendre possession de la cité vieille, où la cavalerie vient le recevoir, et où l’évêque le conduit sous le dais. En qualité de prince de Malte et de Goze, il prête devant les deux portes, entre les mains du premier magistrat, un nouveau serment de conserver les priviléges, libertés et autres droits de la nation maltaise, garantis par Charles-Quint. . On luiprésente alors une clef d’or et une d’argent; il entre ensuite dans l’église cathédrale; une semblable cérémonie s’observe au Goze. |
Les derniers Grands-Maîtres n’eurent guère l’occasion de prendre leur costume militaire, qui était très-beau. Ils portaient autrefois une longue barbe, et les cheveux courts; leurmarque distinctive était une soutanelle ou simarre noire de tabis qui tombe jusqu'aux genoux, et par-dessus une robe ou manteau
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ducal en velours noir, descendant presqu’aux talons. La grande croix blanche à huit pointes était toujours placée sur le côté gauche de la robe, ou sur la cuirasse quandles Grands-Maîtres l'endossaient. Les jours de cérémonie ils avaient une très-longue robe ouverte par devant avec le cordon, comme celle des Grands-Croix, ayant de plus l’escarcelle pendue à la ceinture, puis une couronne ou la toque de velours noir, ou en taffetas (le bareton), semblable au bonnet d’un président à mor— tier ; ils portaient aussi le bâton de commandement parsemé de petites croix; ils adoptèrent plus tard un frac d’écarlate avec un plastron de soie blanche dessus, formant une grande croix simple.
Dans les dernières années de l’ordre, les Grands-Maîtres, qui s’habillaient suivant l'usage de leur nation, n'étaient distingués, sur leurs vêtemens ordinairement noirs, que par deux croix en toile blanche, dites à huit pointes, qu'ils portaient sur la poitrine. (Les dignitaires n’en portaient qu’une seule, et les profès en avaient une très-petite. Outre la croix d’or ou le simple ruban noir, quelques Commandeurs se paraient de croix de diamans du prix de deux, six, et même quinze mille francs.)
Le Grand-Maïître siégeait sous un dais ou trône, dans la salle du conseil ; il en avait un autre à Saint-Jean, où il entendait la messe les dimanches et les jours de fêtes, accompagné de quatre pages portant la livrée (quoique jeunes chevaliers), et des officiers du palais, appelés compagnia del Maestro, dans les statuts.
L’uniforme des galères était écarlate, avec paremens et revers blancs; celui des vaisseaux, écarlate, paremens et revers noirs ; de la garde du Grand-Maïtre , écarlate | paremens et revers bleus ; du régiment dit de Malte, blanc, paremens et revers écarlates; des chasseurs à pied, habit vert, paremens et revers écarlates; l’étendard de l’ordre était rouge, avec une grande croix blanche, ou avec la croix de Jérusalem ; quelque-
fois une des faces offrait en broderie les armes du Grand-Maïître régnant. |
Le Grand - Maître comptait parmi ses officiers un maître d'hôtel, un cavallaris ou grand-écuyer, un receveur, un chambrier major, etc.; il avait trois secrétaires, un pour le pape, les cardinaux et autres seigneurs d'Italie, un pour le roi de France, et un pour le roi d'Espagne. Son fauconnier avait soin du gibier du Grand-Maître , et était chargé d’élever les faucons qu’on envoyait aux rois d'Espagne et de France.
Le maître-d’hôtel présidait aux repas; le cavallaris donnait la main au Grand-Maître pour monter en voiture, et le chambrier présentait la chemise au coucher; le credancien versait à boire, et les Grands-Croix se découvraient toutes les fois que buvait le Grand-Maître , qui ôtait aussi son chapeau après. La coutume des banquets de cérémonie etait que les curieux ne devaient pas se retirer avant que Son Excellence eût bu le premier coup.
Le chambrier major l'était chevalier; les quatre chambriers, le maître-d’hôtel, les couprers ou échansons, le maître de salle, etc., étaient servans d'armes; les pages, avant 1631, n'étaient qu'au nombre de huit; on les porta à seize en
Personne ne pouvait parler au Grand-Maître sans le faire demander par les chambriers; il ne rendait jamais de visites aux Grands-Croix ; mais, quand ceux-ci venaient le voir, il les recevait toujours debout et découvert.
Les Grands-Maîtres entendaient chaque matin la messe dans leur palais, et donnaient audience avéc la plus grande facilité, Emmanuel de Rohan se présentait tous les jours, à midi, dans un des vastes salons, et causait deboutenviron une demi-heure avec les chevaliers et les personnes distinguées qui s'y trouvaient; il recevaiten outre journellement et avec une extrême affabilité les dignitaires et autres qu’il estimait plus particulièrement.
Il allait très-souvent se promener hors de la ville, en voiture à six chevaux, suivi de deux autres voitures à quatre, et précédé d’un cavyalcante (écuyer ); il dinait à sa maison de campagne, à une lieue de la ville (le Bosquetto), huit à dix fois l'année, avec quarante ou quatre-vingts personnes; dans ce dernier cas il y avait deux tables.
| Les revenus du Grand-Maïtre étaient d’environ 700,000 fr. , et ceux de l’ordre de à à 6 millions.
« Quand le Grand-Maïître se trouve malade, dit un auteur anonyme *, il doit remettre à quelque bon religieux ses bulles et fer et coin d'argent, avec le cachet secret, afin qu’on ne puisse en mal user. Sa maladie empirant, il est obligé de nommer un lieutenant de Maistre, que le conseil complet doit confirmer. Les médecins, cognoissant qu’il a besoing de sacre- . ments, doivent advertir ses aumosniers ou le Prieur de l’église, qui vient au palais au son de la grosse cloche, revestu de ses habits pontificaux, accompagné de tout le clergé, Grands-Croix et chevaliers , et lui porte le viatique , sonnant la grosse cloche du conseil sept à huit pour l’extrême-onction *.
» Le Grand-Maistre estant agonisant, on sonne la cloche du conseil trois à trois, pendant cent fois, et on expose le Saint- Sacrement. Étant mort, le grand viscomte sort du port pour
Manuscrit de l’Arsenal.
2 Les chevaliers, rangés de deux en deux, marchaïent alors immédiatement après la croix; ensuite le clergé de Saint-Jean en rochet et en camail, puis le Prieur de l’église portant le Saint-Sacrement en grand pontifical. Le dais était tenu par les bourdonniers , dignité de l’église de Saint-Jean : tous les Grands-Croix suivaient , ayant chacun une torche à la main. Les officiers du Grand-Maiïtre venaient recevoir le cortége au bas du grand escalier : eux, le Prieur et le conseil, entraient seuls dans la chambre du malade.
Saint-Jean étant près du palais, les Grands-Maitres pouvaient parfaitement entendre sonner leur agonie.
rappeler toutes les barques de pescheurs ; ; le conseil-d’estat s’assemble dans la grande salle du palais, le lieutenant du Maistre à leur teste; on élit le lieutenant du magistère, on nomme le président de l'élection , et on brise les bulles et cachets du défunt. |
» Le soir, les aumosniers du Grand-Maistre portent ses entrailles, qu’on met dans une caisse de bois, à Péglise de la Victoire , auprès de celles de ses prédécesseurs, et on embaume son corps qu’on revest de ses habits magistraux, le manteau à pointe, le cordon, lescarcelle , et l'épée au costé; on le porte alors dans la grande salle du quartier d'été, tapissée de noir, avec ses armes, et des inscriptions sur les plus belles actions de sa vie; il est mis sur un lit de parade couvert de velours noir, qui est sur un amphithéastre haut de six escaliers ; aux quatre coins sont quatre chevaliers assis sur des tabourets, tenant chacun un estendard entre leurs mains, avec les armes de la religion et celles du feu Grand-Maistre ; près du corps sont quatre pages ; deux à la tête et deux aux sed , avec des éventails noirs à la main. A la droite du lit de parade, sur une petite table, avec un dais au-dessus renversé, se voyent les armes du feu Grand-Maistre, comme plastron, morillon, subreveste, canne , ésperon ; deux estafhers vêtus de noir , tenant une hallebarde chascun, sont en sentinelle, se relevant d'heure en heure, comme les chevaliers et les pages ; quantité de flambeaux brülant autour du corps. Sur la porte de la salle et dehors il ÿ a une inscription qui apprend aux passans la mort de ce prince. Tous les religieux des différens ordres y viennent dire l'office des morts; le clergé de Saint-Jean y vient le dernier avec la croix, marchant processionnellement. Les armes du feu Grand-Maistre sont mises sur la porte du Palais et sur celle de l’église conventuelle.
» Le corps ayant été exposé tout le jour dans la salle du palais, le commissaire des œuvres donne ordre qu'on fasse la
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chapelle ardente et la fosse dans l’église Saint-Jean , qui est tapissée de noir. Le lendemain tous les religieux des différens ordres se rendent au palais; le Prieur de l’église y vient aussi accompagné de tout le clergé, revestu de ses habits pontificaux. Tout étant ainsi en ordre, le capitaine de la ville est à la porte du palais, avec sa pique, poursaluer le corps dü Grand-Maistre quand il sort. La marche des funérailles a lieu dans la manière suivante : en premier lieu on voit le lieutenant de la ville qui marche à la tête de sa compagnie avec la pique traînante; le tambour est revestu de noir,-battant lentement un coup après l'autre. Les religieux suivent par ordre, d’après leur ancienneté et prééminence ; après eux marche le clergé de Saint-Jean avec le Prieur de l’église; ensuite paroistle corps porté par les chevaliers les plus anciens et les quatre Piliers tenant les coins du drap mortuaire; autour du corps sont plusieurs torches avec les quatre étendards portés par les quatre pages; les officiers principaux marchent en deuil immédiatement après le corps ; ils sont accompagnés par les Grands-Croix, comme aussi par les anciens qui mangent au palais , et par ceux du conseil complet; après eux suivent tous les séculiers qui avoient des charges. Le Castellan à la teste de la justice: le capitaine de ville marche et salue le corps du Grand-Maistre avant qu'il entre dans l’église de Saint-Jean; ilest porté dans une cha-
pelle ardente, au milieu de la nef. Le Prieur représentant les
quatre prélats dit la messe ; on fait l’oraison funèbre sur tout ce qu'il y a de plus remarquable dans la vie de ce prince. Toutes ces cérémonies finies, le lieutenant du magistère avec tous les officiers font le tour du corps; après quoi le maistre d’hostel, se tournant vers le peuple, dit par trois fois, en rompant la canne qu'il jette sur le corps de son maistre: « Messieurs, nostre Maistre est mort! » Le cavallaris dit la même chose en rompant l’éperon. Le receveur en fait de même, jetant la bourse. Tout cela achevé, on descend le corps dans la cha-
pelle de ses prédécesseurs, le Prieur de l’église y est toujours présent jusqu’à ce qu'on l'ait mis dans un austre cercueil de plomb, qui est dans la fosse qu’on a préparée ; il y estmis avec tous ses habits. Le campanier prend le cordon et l’escarcelle qui lui touche, par une ancienne coustume, et l’espéeappartient au Prieur. » | frohss
La même cérémonie eut lieu aux obsèques du Grand-Maître Rohan. Le dimanche 16 juillet , après que le corps eut été exposé toute la journée du 15, et que le peuple de la ville et de la. campagne se fut porté en foule au palais pour contempler les derniers restes du prince qui l'avait gouverné pendant plus de vingt ans, le clergé de Saint-Jean , précédé de tous les ordres religieux, se rendit à huit heures auprès de l’illustre défunt. Le convoi funèbre défila à neuf heures, marchant devant le cercueil, porté sur Le lit de parade, par les huit plus anciens Grands-Croix, jusqu’à la première marche du grandescalier ; là ils le remirent à huit Profès; les officiers du palais, au nombre de cent cinquante-neuf, suivaient les Grands-Croix, ayant des robes à capuce. Le convoi longea la rue de la Porte-Royale, passa devant l’église de la Victoire, et arriva à celle de Saint- Jean par la rue de la Castellanie. Après l’oraison funèbre et l'office, le Bailli de la Tremblaie, maïître-d’hôtel, rompit le bâton. Le chevalier de Rabastens, grand-écuyer, brisa les éperons, et le Balli Zapatta , receveur, déchira la bourse; alors le chevalier de Greische Jallaucourt, chambrier major, cria en italien : « Le Grand-Maïître mon patron est mort! » Cette cérémonie terminée, les chevaliers descendirent Le corps dans le caveau des Grands-Maîtres ; 1l fut mis dans un cercueil de plomb, en présence du Prieur de l’église, du maître écuyer et du fiscal de l’ordre. Le cercueil fut ensuite descendu dans une fosse creusée à côté de celle du Grand-Maître Ximenez.
On remarqua que la chaleur fut si forte à cette cérémonie, que des torches énormes se ramollirent au point de se courber.
Les chevaliers donnaient au Grand-Maïtre le titre d’'Eminence, et les sujets celui d’Altesse Eminentissime. Le roi de France les appelait mon cousin, ainsi que nous avons déjà dit et que le prouvent les lettres suivantes d'Anne d'Autriche et de Louis XIV au Grand-Maître de. Lascaris qui venait de leur adresser son compliment de condoléance sur la mort de
Louis XIII.
« Mon cousin, le sieur Bailly de Villeneufve m’ayant témoigné, sur l’occasion de la grande perte que j'ai faite par la mort du feu roy monseigneur et père, les sentimens de vostre douleur procédant d’une recognoissance de ses bienfaits, dont il avait continuellement favorisé la religion ; les témoignages d'affection que vous faites encore passer à ma personne, et les prières , les vœux et autres debvoirs de piété que vous lui avez rendus soigneusement avec les souhaits de prospérité et de bénédiction que vous.faites pour mon reigne, m'engagent particulièrement à continuer le dessein que j'ay pris de donner ma protection à l’ordre, lequel, depuis qu’il est soubs vostre conduite, semble avoir renouvelé la vigueur, et mérité par tant d'illustres actions qui se sont faictes pour la défense de la foi de Jésus-Christ toutes sortes de grâces et de faveurs ; aussi devez-vous croire que je leur feray sentir les effets de ma bonne volonté en toutes les occasions qui se présenteront, soit pour le général soit pour le particulier, ainsy que j'ay chargé le sieur de Villeneufve de vous en assurer, auquel me remettant, je prieray Dieu qu'il vous ait, mon‘cousin , en sa sainte et digne
garde.
» Louis. »
Donné à Paris, 22 mars 1644.
. «Mon cousin, entre tous témoignages que les princes , amis et alliés de cette couronne m'ont rendus, de l'affection qu’ils ont
ressenti de l’inestimable perte que ce royaume a souffert de la personne du feu roy mon seigneur, de très-auguste et éternelle mesmoire , je tiens celui que vous m’en avez encore nouvellement donné, par ce que le sieur Bailly de Villeneufve votre ambassadeur extraordinaire m’a dit de vostre part, ensuite de la lettre que vous m'avez escript sur ce sujet, d'autant plus véritable, que les continuelles marques de vostre sincérité , ainsi que d'assurance que vous la conserverez semblable pour le roy monsieur mon fils; des bonnes inclinations duquel ayant tout lieu d'espérer qu’il égalera les grandes et royales vertus de son père ; j'estime vous pouvoir assurer qu’il n’aura moindre bienveillance pour vous et pour le bien et accroissement de vostre ordre, qui m'est en si grande considération, que les occasions que j'auray à le vous faire effectivement cognaistre que je lé désire , m'apporteront beaucoup de consolation. Ce qu'ayant prié ledist sieur Baïlly votre ambassadeur de vous expliquer en: core plus particulièrement, je me contenterai de vous dire qu'il s’est si prudemment acquitté de la charge que vous lui aviez commis, qu'il mérite bien la continuation de vostre confiance, de laquelle estant très-digne , je vous prie de la lui vouloir conserver , avec parfaite croyance que je suis vostre bonne cousine.