PLANCHE XIV
Minerve armée de l'egide ^
La petite statue que nous allons examiner est remarquable , tant pour le style grandiose de soa exécution, lequel nous croyons certainement romain , que par différentes particularités qu'elle of* fi^é C^est encore un simulacre de la Déesse de la guerre: on la reconnaît à son égide qui porte la tête de la Gorgone (a)^ Par cette raison nous
(i) Maxi mus Tirias^ Dissertation a6 , jpage i85: yir^ ginem dico pulcram , coesis ocuUs ^ proceram , aegida . praecinctam. , cum gàlea , cfypeo et hasta.
* Cette statue a de hauteur cinq palmes et dix onces : . elle est en marbre pcntélique. Sa tête est antique» mais rapportée » et les bras sont modernes* Elle était dans le . jardin pontifical Quirinal.
(a) Martianus Capella décrivant au commencement d»
l'appeleroDS Égidifère (i). Quoique ce nom lui soit si ordinaire , et qu'on la Toye si communément avec cette armure , nous ne connaissons cependant dans les raonumens antiques que peu d'au* très exemples où l'égide soit portée par elle d'une, manière aussi bizarre.
fioissard publia , dans la Topographie de Rome , . une Minerve avec son égide placée de même (3), mais ce ne peut être notre statue , parce qu'on n'y retrouve pas la Méduse ; et qu'elle est yôtue d'une chlamyde et d'une tunique supérieure fort différentes de celle-ci : outre cela on lit sur la base une inscription grecque. Il est possible que Cavalieriait publié notre statue parmi celles de Rome , lorsqu'il dit qu'elle, existait dans le jardin du cardinal de Ferrara ; et sans doute on ne pourrait attribuer la différence qu'on remarque entre l'estampe et
liv. YI^ page 317^ les symboles particuliers a Pallas^ leur donne à tous une explication allégorique ; et de la Méduse <pi'on lui voit sur la poitrine il dit ce qui suit:
Pectore Saxificam dicunt horrore Medusam : Quod pavidum stupiet sapiens solertia vulgus.
(i) Cette épithéte d'^tfegiiorm/z^uf est donne'e continuellement à Jupiter par Homère. Quoique quelques auteurs rayent mal inlerprëtée^ elle a été bien entendue par Giarke^ selon Hësichins et le scoliaste d'Homère lui-même. On peut voir cela traité plus au long dans les observations de. M. En ni us Quirin us Visconti ; sur un ancien camée qui repre'sente Jupiter Egiochus.
(a) Boissardus , Topographia Urbis Romae , pars IV , num. 6a.
roriginai , qu'au peu d'exactitude qu Wt ces . vieilles gravures (i).
Ou ne doit pas regarder comme uu caprice du sculpteur la manière avec laquelle Pallas porte son ëgide y mais il semble plutôt qu'il a voulu indiquer son véritable usage. L'égide de Minerve n'est pas, comme le prétend Diodore de Sicile (s) , la peau d'un monstre qui fut tué par Pallas. En effet , dans l'origine , l'égide n'était que la peau de la chèvre
(i) De Cavalleriis J. B. Antiquar. Statuar. Urbis Romae liber* prim. et second, , p^ge S^. Les amateurs des aiD^ cieoues éditions connaissent dejk combien de différences et de variétés se trouvent dans les copies de cet ouvra^ ge. Celle que nous citons , nous semble une des moins inférieures f mais elle n*est pas certaîneiùent des premiers exemplaires^ dans lesqaels les denx livres étaient divisé» entre eux par leurs frontispices ; mais nous n'avons pu en observer un corps entier. L'indication de cette plancbe 67 dit : Pallas marmorea ibidem , et se rappi^rte à la pi. 4^ où il indique : In hortis Car. Ferrariae ; on la trouve de même dans les autres exemplaires , d'où on peut regarder comme sure l'indication du lieu, d'autant plus que ces monumens qui appartenaient au cardinal de Ferrare paissèrent dans le jardin Quirinal. Montfaucon donne un autre exemple de Pallas avec l'égide placée obliquement. Il l'a prise dans une petite statue de métal qu'a publiée de laCbansse dans le Musée Romain, 1. 1^ sect. II, pL 17, On trouve un autre exemple dans une pierre gravée por-, tant la tête de Pallas, qui a été publiée par Mariette f, Pier. grav. , tome II , par. II , n. 5.-
(a) On dot voir ce que dit Diodore de Sicile ^ liv. Ifl, page 142, Signatura^ marginali^ tome. I; de cette bi«> toire fabuleuse qui n'a pas été trop adoptée par la pinpart des poètes et des écrivains anciens.
celeste qui avait nourri Jupker , mais eOe fut ensuite un ouvrage fait par Yulcain , compose d'écail-* les et de serpeQS , que l'on porudt sur le bras gau*che , plutôt pour inspirer de la terreur , que pour servir de défense. Virgile en décrit tout le travail,, et Servius nous apprend comment on s'en servait (i).
(i) Jupiter et Pali as avaient des armes commanes , car 6ti leur attribua k tous deux la f judre et Te'gide : on trouvera dans Montfaacon plusieurs médailles sur lesquelles on voit Minerve armée de la fondre ; Ant. Exph'q. ^ t. I ^ part. 1, pi. LXXXIV y num. ii^ la^ i3. Mais ici nous n'avons a nous occuper que de Tëgide. A propos d'elle^ Aristide dit, en parlant de Pallas^ dans la seconde oraison , page lo : Soia pr aeterea Aegidem fert perpetuo , etpa^ ternis armis Homefico bello induitur ; comme réellement Tindique le prince des poêles dans le V de l'Iliade , v. 756. Au lîv. XXII de l'Odysse'c , v. 297 , il dit :
€ Minerve alors éleva Fégide fatale aux mortels. »
Ce passage suffit pour démontrer que l'égide était plutôt une, arme offensive qu'un bouclier.
"Virgile aussi, chant. Vllt, v. 4^5, en décrit, pour ainsi dire , le travail :
Aegidaque horriferantj turhatae Palladis arma Certatim squatnis serpenhan auroque polihant y Connexosque angues ^ ipsamque in pectore Divae Gorgona desecto vertentem lumina collo.
Le même poëte « en parlant de Jupiter dans le même chant, v. 355, décrivait aussi l'égide de ce Dieu:
Arcades ipsum Credunt se vidisse Joventy cum. saepe ' nigrantem Aegida concuieret dextra , nimbosque cieret.
Ici Servius remarque qu'il faut distinguer deux sens ^ c'ést-à-dire l'action d'agiter l'égide de la main gauche, et de rassembler avec la droite les nuages, et cela en for-
Musée Chiar. Vol. I 9
On Toit cette ëgide sur le snperbe camée de Jo* piter Egiochus qui a appartenu an chey. Zuliani, et qui est à présent à la Bibliothèque de S. Marc, à Venise; dans plusieurs monumens et sur des médailles impériales (i), et k une très-élégante sta*' tue de Pallas , en marbre , du Musée d'HercuIanum, qui a été déjà décrite dans ces notes. L'égide de Pallas fut ornée de la tète de Méduse après que Persée l'eut coupée avec le secours de celte Déesse (a), et eDe servit à donner à cette armure un aspect plus épouventable.
mant des trois dernières paroles un sens divisé: Hic dîsiînguendum : nom aegida ^ id est pellem Amaltheae capraCj a qua nutrihis est, in sinitra Jupiter tenet .... ( Dextra nimbosque cieret )• Et de dextra fulmina commoveret ^ nam Dimbos pro fulminibus posait. Cette manière de se servir de l'egide avec la main gauche est exprimée dans une très^jolie statue grecque trouve'e k Herculanum^ et décrite dans I^ catalogue de ces monumens à la page i43^ n. XII: « Une Pallas grecque j en marbre grec aussi, ayant un casque de forme grecque; elle est d*un beau travail , elle porte à son col une égide tutachécy d! une manière très-particulière , qui est ensuite jetée toute entière sur son bras gauche , et pend , de sorte qu^elle semblerait devoir lui servir de bouclier. La Déesse n la main droite élevée comme pour lancer un javelot. Par-dessus sa longue robe elle porte une tunique à petits plis et ondée dans la longueur» »
(i) Voyez la note (3) des Observations , dons nous avons parlé, note (i), page 1^7 de ce discoors, sur le camée ^e Jupiter Aegiochus.
(^) On peut appliquer ici la description que Lncien> fait de Minerve , tome II , page 768 , Dial. Philopatriâ .-
i5i Comme nous avons assuré en commençant, que ce morceau était un ouvrage latin , il est nécessaire que nous en apportions la preuve. La première pourrait être son casque , dont la ferme ne ressemble pas à celle que nous avons remarquée dans les deux statues précédentes. Mais cela n'est pas suffisant; car en outre que nous ne sommes pas surs que la tète soit bien certainement celle de la sutue, quoiqu'elle soit antique, et ceDe de Palias, c'est que nous voyons même à des figures grecques des casques de cette forme (i). On en trouve de pareils à des statues d^AdiîUe , k des héros grecs sur des bas-reliefs ; ainsi nous ne pouvons en tirer une conséquence assurée. La grande
Minervae aàkuc mentionem fudam , virginis videlicet armatae y et terrihilis Deae , quae Gorgonis caput pectori cpplicatum habet.
(i) A.ataat est vraie Topinion que le casqae arec le Subgrundîum est greC; autant il est peu certain que le casqae différent de celui-ci soit seulement le casque latin. Pour donner à ce sujet un exemple , nous dirons que l'on voit diverses médailles de Siracose avec une tête de Pallas portant un casque qu'ordinairement on appelle latin. Voyez Paru ta , Sîcil. Numism. Havercampi, pi. XXXV, num. 27 y et pi. XXXYI^u. 35. Les médailles très^belles d'Hlh*aclée ont presque toujours un casque semblable > voyez Paruta^ L c», pL GXX, n. la, i5, 17. La tête de Pallas rapportée par Canini dans l'Iconographie, n. xcn^ comme un portrait d'Aspa^ie^ en lisant mal le nom du graveur grec , a un casque très-orne également de la même forme j et très^ressemblant à celui des médailles d'Héraclée. On peut voir la statue d'Achille parmi les mooa* mens de la Ville Pinciana^ tome I^ salle l, nUm. 9.
richesse de la drapene et tout Fensemble de la figurp , sont suffisans pour nous déterminer avec certitude. Mais quoique d'une ëcole latine eDe ne laisse pas cependant d'être pleine de mérité et de majesté , dans toute la disposition des plis , qui tombent avec une grâce qu'interrompt la tunique de dessous , traversée d'une façon bizarre par l'égide. La manière simple dont les vétemens sont retenus sur l'épaule est heureusement imaginée , c'est une seule boucle , qui de chaque côté les attache, laissant nus les bras de la Déesse, et qui fait une agréable opposition avec la draperie.