PLANCHE XVI
Cérès *.
Quoique cette statue appartienne plus ì la cime hbtorique qu'à la mythologie , cependant il nous a paru qu'elle devait avoir ici sa place, pour qu'il s'y trouvât aussi une statue de Cérès , dont le culte fut si répandu, et si célèbre dans la Grèce et à Rome (i). On confondit Cérès, fille de Saturne
* Cette statue a huit palmes de hauteur. La tête, quoique rapportée, est celle qui lui appartient. La partie inférieure des bras est moderne , de même que quelque t^ tache de marbre aux draperies. Elle est de marbre grec dur. M. Francesco Antonio Franzoni le sculpteur assure qu'on la trouva à Ostie , avec une autre d'une proportion plus petite, en marbre du pays, qui représentait Faastine elle-même, que le sculpteur cité a également achetée pour le Musée Chiaramonti.
(i) Les mystères célèbres d'Eleusis et les fêtes appelées TTiesmophories. (nreiil instituées en l'honneur de Cérès *j In Cereris autem sacris praedicantur illa Eleusina , etc. S. Aug. , De Civ. Dei, liv. "VU, ch. ao. Cicéron appelle l'imitation à ce culte du rite grec lŒVE QVEM IW- TI ANTO, NISI VT ADSOLET CERERI^ GRAECO SA- CRO. De Leg., liv. II ^ ch. 9, page 106. Anguste frt initié k Athènes k ces mystères, selon ce que dit Soetone in Aug, , ch. XCdl, S !t, page 5 18. Cicéron parie de l'étendue que prit ce culte, liv. I, ch. 4^, P^S^ ''> De Nat. Deor.i
Omino Eleusinam Sanctam illam et aagustam Ubi initiantur gentes orarum idiimae.
et de Rhée (i) avec Isîs(a). On Fa reconnut aussi dans la Vierge, un des signes du Zodiaque (5). Elle fut la divinité qui présida à la culture des grains et de tous les fruits (4) ; aussi lui donna-t-on pour
(i) Ce que dît Hygin dans la genealogie * qui précède les fables^ page 8 : Ex Saturno et Ope , fresia , Ceres , Jioto y etc,
(a) Hérodote, lîv. 11^ ch. Sq, page m : Est autetn Jsis y quae Graecd lingua Af^pi^Tì^p, id est Ceres, Le même conBnne la chose dans le même livre ^ ch. i56, page 1 5o : Et Apollo quidem Aegxptiace Horus dicitur : Ceres autem Isîs.
(3) Hygin. Poet. Astron. , page 4oi , § XXV.; Virgo sed hanc olii Fortunam, olii Cererem dixerunt. Il «emble que c'est à cela qae fait allusion Manilius^ liv. 11^ page 43 ; T. 3 :
Spicifera Virgo est Cereris sur quoi Scaligcr observe^ Notae ad Mon. ^ page Sa *. Merito spiciferae Dette , spicifera Virgo attribuiiur Spicum illustre gerens praestanti corpore Virgo.
■Cicero.
(4) Gérés fut appelée ainsi presque de Gères ^ c'est-à- ^ aire gerens fruges. Vossius a voulu faire dériver son nom
d'un mot hébreu qui signifie grain écrasé , première façon dont les hommes préparaient les grains , tm bien d'nn autre mot également hébreu qui veut dire labourer^ arare.
Prima Ceres unco gleham dimont aratro Prima dédit fruges , alimentaque mitia terris. Prima dédit leges. Cereis sitmus omnia munus.
Ovid. ^ Met. y j y. 34i.
Servius a cependant une autre opinion sur cette étjmologie, et il remarque an vers 7 du premier livre des Oéor^iques : Liber, et aima Ceties : Aima ab olendo : Cere s â creando dicta.
Tous les fruits étaient consacrés à Cérès^ excepté la grenade , selon Pausanias , liv. VIII ; ch. 07 , page 676.
symboles une couronne de gramen , des rpls , des pavots (i)) et des flambeaux (a). C'est ainsi qu on Toit représentée dans les bas-reliefs , sur les per-
(i) Noas avons déjà donne ci-dessns les raisons par rapport aux fruits et aux ëpis. Fornute nons explique le motif des pavots, De Nat. Deor.y chap. aS^ page 21a, la faisant dëriver de la forme de ces frnits : OJfertur Cereri etiam papaver. Ratio autem ohUuionis est talis. Papaveris rotunditas et globus , terrae formam , quae spherka est repraesentat. Papaveris autem inequalitas ^ irtdicat ter- ^ae valles y et montium cacumina. Interiora autem papaveris similia sunt arboribus et cavernis terrae. Per semina inumerahilia , terrae fecundam generatiqnem intdr lige.
(a) Les flambeaux font allusion anx recbercbes que fit Gërès de Proserpine sa fille enlevée par Pluton. Elle alluma f d'après ce que dit Ovide p ces flambeaux sur le mont Etna:
illa duabus
Flammifera pinus manibus succendit ab Aetna
Metam. V, v. 44** On la voit ainsi sur beaucoup de bas-reliefs anciens qui représentent cette aventure ^ où Cerès ayant des flanH beaux suit le cbar du ravisseur ; elle court sur un cbar traine par des dragons. On verra dans la Galerie Giustiniani, t- H f p. 'jg , 106, 118 ^ dans le premier basrelief que le flambeau est cbangë , par la maladresse du dessinateur y en une corne d'abondance^ à^Ln» les Monumenti Matteiani ^ t. III ^ pi. V , VI , et il y a diverses grandes médailles grecques de Magnesie et de Nicëe , où est Gérés dans un cbar tiré par des dragons avec deux flambeaux dans les mains ^ comme on peut le voir dans Venuti , Numism. Max. mod. , Mus. Albani , tome I , page 52 , num. 5 ; et Buonarroti , Osservazioni sopra i Medaglioni Carpegna , page 56, n. 5.
res grayées et sur les médailles (i). On a beaucoup de statues qui représent eut Cérès, maïs la plupart ne sont telles que par le caprice des restau* rateurs, bien plutôt que par leurs caractères dis^ tinctifs qui auraient échappé aux ravages du temps. La sutue que nous voyons est une de celles qui représentent cette Déesse , au mojen des épis que le sculpteur lui a rois dans la main en la restaurant Aussi nous allons examiner tout ce q\ii est positif dans cette statue, après quoi nous propo- 'serons brièvement nos conjectures sur les probabilités du sujet qu'elle exprime.
On peut l'attribuer au temps des Antonins : mais
nous ne dirons pas que ce soit un des morceaux
qui tienne un rang parmi les plus élégans de cette époque. Cependant elle réunit au mérite d^étre bien conservée , celui d'une belle disposition va-
(i) Les têtes de Cerès que nous prësenteat les médailles de la Grande Grèce sont très-belles^ qaelquefbis elle a un voile ^ snr d'autres elle ne l'a pap^ mais on la trouve toujours avec la couronne graminëe, ou les ëpîs. Paruta a donné quelques-unes de ces médailles y Sic* Num., plan. I, et suiv. Panorm*^ n. 6^ 8^ ^Oy 4^, 4^^ 5i , ^4» 1^9; etc. Messaruij pi. XXI, n. ao. Catana , planche XXX; n. ^.Syracusa^ pî. XXXIV^ et suiv. , n. 14, j6 , 17 y 19a ^ et pL LXfV , num. 64 ^ 6S , et beaucoup d'autres. Dans de la Chausse; Maffei f et d'autres écrivains, on trouve aussi de très-belles pierres gravées avec la tête de Gérés ) la figure de cette Déesse publiée par Mariette est très-jolie ; Pier. Grav. ^ tome II; pi. XXXI. On ne peut voir rien de plus élégant que le buste de Sabine sous la forme d'une Gérés dans le Mnsç'e Gapitolin -y on la trouvera tome II ; pi. 35.
Musée Cfuar. Vol. L jto
liée dans les draperies , et d'uûe certaine grâce qui ne manque pas de majesie. Elle est vêtue d'une robe longue qui couvre en partie ses pieds, et malgré la richesse des plis , les formes du nu se font sentir avec décence et assez d'art. Elle est recouverte d'une palla ou manteau (i) trèsJarge, et qui parait être double. Ce manteau , qui a laissé l'épaule droite découverte , est assez singulièrement attaché, sur la gauche avec une boucle , laissant ce bras, ainsi que l'autre, libre, et sur tous deux on voit des manches larges attachées par' plusieurs boucles. Ce vêtement . peut convenir à une Muse {p) et aussi à toute autre Déesse.
La tête donne très-clairement l'idée d'un portrait , et la coiffure convient aux Faustines. Ses traits même ont de la ressemblance avec ceux d'Annia Faustina , épouse d'Antonin le Pieux , laquelle est
(i) T^ous citons ce vers d'Horace qai vieat k propos , liv. I, Sat. II, T. 99:
Ad talos stola dimissa, et eîrcundata palla Plurima f etc.
Servîas parlant du manteau des femmes, remarque au vers 648 du liv. I de V Enéide j Pallam , etc. SigrUficeu autem tunicae pallium : quod secufidum Varroitem palla dicta est , ah irrugatione et nobilitate t quae est circa finent hujusmodi vestium» Le P. de la Cerda nous fait observer que Junius décrivant la forme de la palla dit : Eam divisant fuisse antrorsum , et nohis ac plurimis Jihulis astringi solitam. Cette réflexion est appuyée par la manière dont est lié le manteau de cette statue.
(2) Voyez Monumenti della Villa Pinciana , tome I > salle l, n. 6) tome II; salle IX; n. 8.
'47 coDDQe sons le nom de FaustÎDe Senior : néanmoins
quelques parties de ces traits diflferènt un peu des images de Faustine , parce que dans la statue l'artiste a -voulu représenter une Déesse avec la fi» gure de l'impératrice , sans cependant en faire un portrait absolument exact»
Nous ne répéterons pas ici ce qui a été dit, que Ton donna la ressemUance des Déesses pour syînbole , aux effigies des impératrices : mais nous ferons remarquer que Faustine Senior fut très-souvent assimilée à Cérès(i\* et cette conformité de res-^ semblance convenait davantage à une femme qui était mère d'une impératrice que l'on voit repré-* sentée sous les traits de Proserpine fille de Gérés (a).
On voit très--fréquemment sur les médailles de
(i) Spanbémins ^ De usa et pr-aest. numis^ , tome It^ page 384 > offre une médaille de Statîlîe Messaline sou8 la forme de Cërès. Le même y page st88y décrit une médaille de Faustine Senior avec Tépigraphc GERES • AV- GVSTA, et il remarque encore que la figure de Fauslîne sur un cbar tiré par deséléphans^ est vêtue comme Gérés , tenant aussi des épis dans ses mains. Eckel a observé
la même chose 7 Doctrina liumorumj tome VII; page Sgt f
AVGVSTA: Jn omni metallo^ et forma et tjrpis varia" I
rum Dearum, quibus imam Faust inam adsimilatam VO' luit vêtus superstitio.
(2) Deux médailles de Faustine Junior publiées par Buonarroti ^ p. 7 1 ^ et par Venuti ^ tome I , page 66 y dans les ouvrages que nous avons cités plus haut ^ offrent le por^ trait de Timpératrice avec l'épigraphe KîÎPH ' 2)£ìTEI- PA • KIZlKHÎNaJN : Proserpitiae Salutari Crzîcsnorum.
Fau8tioe les figures de Cérès , de Cybèle el des Dëesses qui furent les mères de quelques auu^es Déesses. L'habiiieinent de DOU*e statue qui se compose de la inuique et du manteau, peut très* bien convenir aux effigies de Cérès, qui ne pa* irait pas toujours voilée : car les médailles de la grande Grèce nous T offrent fort souvent sans voile (i). La statue de la collection Bor^èse a une tunique et un manteau (3) , de même que la Cérès du Musée Pie-Clémentin , ainsi que celle de la Galerie Giustiniani et d'autres (S). Donc comme la figure ne diffère pas beaucoup des portraits de Faustine , de même son babiUemem est asses convenaUe à Cérès.
PLANCHE XVIL
DiAi<ïE ET Hécate combattant avec les Géans *. Nous pouvons appeler inédit le bas-relief que
(i) Gela peut se retrouver à la page i3i , n. a.
(a) Cette statue rapportée dans le tome II , salle IX, n. 10^ selon le soigneux et e'Iégant ëcriVain qui a décrit les monumens de la Ville Pinciana, a tous ses attributs antiques^ et par cette raison eDe a un bien plus grand mérite ; comme aussi la tête ornée d'une guirlande d'épis, quoique rapportée, montre avec évidence qu'elle est la tête qui appartenait an simulacre lui-même.
(3) Voyez dans le Musée Pie-Clémentin^ t. IV^ pi. Xlï, et tome V^ pl.Vj GtOleriaHìustimanì, tornei!, pK?^, to6j 118 , déjà cités ci-dessus.
Ce bas-relief a de hauteur quatre palmes et demie. Il ^st de marbre de Carrare. La tête de Diane seule est re-
nous donnons dans cette grayure , quoiqu'il ait été publié une autre fois(i). Ceux qui l'ont fait coih naître les premiers lont rendu et expliqué avec ai peu de soin , qu'ils ont changé ea Apollon une image de IXaue que Ton voi^ avec ses attributa très* clairement représentés sur ce marbre ^ et ee fut aussi k tort qu'on donna le nom de Gérés à la figure qui est armée de deux flambeaux.
Le commentateur du Musée Pie-Clémentin , par» iant, dans le premier tome, des bas«>reliefs de ce combat formidable contre Jupiter, en expliquant brièvement la véiitaUe représentation, reconnut Dia*^ ne dans la première figure , et dans la seconde , Hécate , toutes deux combattant avec les Géans révoltés, fils de la Terre et du Ciel (2).
Mais comme il se livra plusieurs combats entre les Dieux et les Géans , il sera nécessaire que suivant Âpollodore, qui peut-être en a écrit d'une facon plus claire que tout autre écrivain , nous en développions les histoires , et qu'ensuite nous ado« ptions celle qui sera la plus propre à expliquer ee monument.
faîte. Aussi est-ce & tort qu'on Ta indiqué dans le discours de la pL X du tome IV du Musée Pie-Clementin comme très-endommagë. Il appartint autrefois à la maison Matteî.
(i) Voyez Monum, Matthaeior.^ tome III ^ pi. XIX ^ fig. I , page 33.
(a) On dit eu parlant de ce monument a Diane jr est représentée tuant Gration , selon Apollodçre) deux au* très Géans combattent contre Hécate qui est armée de flambeaux \ ils îCont pas de serpens à la place des jambes 'f Vun d^eux peut être Cilitius. Voyez Apollodore, liv. 1} Visconti^ Musée Pie-Clém, , tome IV ^ pi. X.
Le Ciel ayant pour épouse la Terre, et gouvemaDt «seul l'univers , en eut pour fils Briarée , Gygès et Caeus. On appela ces enfans Centima' nés à cause de leur figure (i). Les époux api es ceux*ci donnèrent le )our aux Cyclopes, qui n'avaient qu'un œil seul , au milieu du front , et qui se nommèrent Orpis, Siéropes et Broniès. Ensuite Coelus chassa dans le Tartare ses fils qui lui disputaient l'empire (ti).
Le Ciel et. la Terre donnèrent la vie ii Océaous , à Caeus à Hjpperion , à Ciîus , à Japhet , aux Géans , et en dernier à Saturne , et tous ceux-ci furent nommés Titans (5).
La Terre, souffirant avec peine que ses deux premières généradous fussent jetées dans lé food du Tartare, souleva les Titans contre leur père,
(i) Cœlus omnîwn primus mundi universi imperio praefuit : ductaque uxore Tellure j priore ex ea fiUos sustulit, quos Centimanos cognominarunt j Briareum , Gjrgen et Coeum. ApoUodore ^ Bib. j liv. I , page 2.
(a) Pçst hosoe autem e Cœlo , Teilus Cj-clopas^ Harpen j Stëropen ^ Bronten , quorum singoli unum oculum media fronte hahehant peperit, Sed hos Coelus vintos dejecit in Tartarum. ApoUodore^ 1. c. Sarîus, Genealoç* Peor. ^ pi. I ^ ajoute aux Cyclopes, Polyphèmey qui l'était aussi suivant Virgile , comme on peut voir dans VÉnéidef liv. m, V. 617 , 6^1, 644t
(3) Coelus item, exeadem conjuge procreavit Oceanum, Çoeumj Hjrperiot\em j Crium^ Japetumque, cognomento Titanas , et novissimum omnium Saturnum suscepit, Apollodore I 1. c Saxius ajoute encore à ceugL-ci ^ d'après l'autorité d'écrivains anciens , et il nous donne même les dif* ferons noms des Géaus, V, 1, c, nu num. 5. ?; Gigantes^
et donna à Saturne une faux de diamant. Us s'armèrent contre le Ciel , lui enlevèrent l'empire , et mirent à sa place Saturne qui retira tous ses frères du Tartare , suivant ce que raconte Apollodore lui-même^ en détaillant les plus petites circonstances (i).
Mais Saturne rejeta les Titans dans le Tartare , et prit pour sa femme Rhée sa soeur. De ce mariage naquirent Vesia, Cërès, Junon , ensuite Pluton et Neptune qui furent avalés par leur père ^' car le Ciel et la Terre , étant privés de leur puissance > avaient prédit à Saturne qu'à son tour Fempire de l'univers lui serait enlevé par un de ses enfans. Rhée trouva le moyen de tromper la cruauté de son mari , et lorsqu'elle mit au monde Jupipiter dans l'île de Crète, elle lui présenta une pierre , qu'il dévora à la place de son fils , à qui elle conserva ainsi la vie (:i).
(i) Mox vero Terra indegnissime fersiis filiorum in Tar*. tarwn dejectorwn internecionem , Titanas ut patrem aggredererUur inducit : Saturnoque adamantinam falcem sug^ gerit, Tum ii omnes jtraeter unum Ocetmum in patrem impetum faciunt, et Saturnin praesecta CœU genitalia dejecit in pelagus j deque virilium sanguinis profluentihus guttis Ery-nnesy Alecto, Tisipkone y et Megera enataa sunt, Coelo y e regno expulso , et revocatis ab ima Tartari profundiiate germanis fratribus , Saturnum imperio sujfer cerunt. ApQlIod,^ L g., et page 4*
(a) ( Satumus ). jit hio rursus Titanas fratres compeditos dimisit in Tartarum. Rheam inde Sororem sibi i/i matrimonium oopulayit. Postea cum Coelus et Terra illum fila sui viribus imperio deturbatum praedicerent , singur
j Jupiter devena grand fît apprêter par Métis,
fille de rOécaa, une boisson qu'elle fit avaler à Saturne, laquelle le força de vomir d'abord la
\ pierre, ensuite tons ses fils qu'il avait dé vorés , et
ce fut avec eux que Jupiter livra le combat à Saturne et aux Titans. Cette guerrfs dura dix ans, mais Jupiter, Neptune et Pluton ayant reçu le secours des fils de la Terre , délivrés' du Tartare , et ayant fait fabriquer leurs armes par les Cyclopes , ils triomphèrent de Saturne et des Titans ; ceux-ci furent confinés dans le Tartare ou on les confia il la garde des Centimanes; et alors Jupiter conserva le commandement du ciel, Neptune celui des mers, et Pluton celui des enfers (i).
hs ui quisque in lucem prodihat , atque necahatur , ita devorahat ut V estant prias , Cererem deinde , et Juno» nem -y post has Plutonem et Neptunum deglutivit. Qua* mobrem irata conjux Rhea , in Cretam , quo tempore Jovem in utero ferebat , proficisçitur , ubi in antro Dictaeo illum parit ; et Curetibus , Adraste aeque et Idae Jf^mphis Melissarum filiahus alendum dédit .... Rhea vero invoUitum fasciis lapidem pro nato fiUo patri deyorandum dédit, Apollod. y 1. c. ^ page 5.
(i) Mox ubi Jupiter justae atque integrae fiat aetatis , Metin Oceano filiam socian» capit : quae SatMirno pharnuuuun bibendum propinat : cufus ille vi coactus , lapidem prias , deinde quos antea fiUos deyorayerat eyomit : quo* rum adiumento Jupiter adyersus patrem Satumum , et Titanas bellum gessit. Verim decimo post hufusce inter eos belli anno Tellus Victor iam Joyi, si in Tartarum dejectos filios sibi insocietatem adscisceret vaticinata est*. Tum is Campe custode interfecta^ eos e vinculis Uberayit. Tum et iam Cjrclopes Joyem tonitru ^ fulgètraque et fuir
i55 Alors la Terre irritée de la disgrâce des Titans plonges dans le Tartare^ engendra avec le ciel de nòuyeaux Gëans monstrueux , qui, en outre de leur taille extraordinaire , étaient d'une fiorce invincible et d'un aspect terrible» ayant une figure horrible , le» cheveux hérissés , la barbe longue et des serpens à la place des jambes. Ceux-ci, selon quelques écrivains , habitaient dans les champs Phlégréens , dans la Campanie , selon d'autres , près de Pellèoe ou Pallóne en Thrace (i)> et ayant à leur tête Porphyrion et Alcionée, ils commencèrent à lancer contre Jupiter et les s^utres Dieux , des roches , des pierres , et des arbres enflammés. Quelques-uns de ces Géans étaient immortels , tant qu'ils demeuraient sur la terre où ils naquirent j
mine j Plutonem autem galea, Neptunum tridenti condor fiarunt» His illi telis armati Titanas subigwit , et conjectos dederunt. Quo facto iidem rerum imperio inter se partiun» tur; oc Jovi quidem coeliregnum, Neptuno maris , Phi* toni vero infernorum loca obtigenmt, Apollod. ^ 1. q,j page 5, et seqq.
(i) C'e6t ainsi qo'on îodiqae ces deux iites dans les discours du Mus^e Pie-Clém., tome lY^ pi. X, où Ton fait obserrer que ce sont des endroits volcaniqaes y des^ quels on a tiré avec raison ces fables parce qu'il s'en élevait quelquefois de très-grandes masses. Il est bon de remarquer que Gellarius^ avec l'autorité d'Hérodote 8i4 i § LXII ^ appelle la Cbersonèse Pallene et Phlégras j d'où il semble qu'Apollodore ait indiqué une seule localité qui devait être distinguée par deux \ioms différons. Pline réu« nit également ces deux noms liv. IV^ Hist. Nat. , eh. X, page 435 , et Hardouin croit que ce n'est qu'une même chose.
€i le Destin les avait déclarés îoviocibles si les IKeux n'appelaîeul pas dans leur compagnie un mortel pour les combattre. Jupiter par le conseil de Pal- Jas , conduisit Hercule pour partager son entreprise contre les Géaos qu'il voulait détruire , - aussi périrent*ils tous , en tombant sous les coups de Jupiter , de Minerve , d'Hercule » et d'une partie des autres Dieux. Parmi ces Divinités on compte Diane qui tua Grdtion , et Hécate tua Clitius , que d'autres font tuer par Yulcain avec des fers rouges (c). C'est à ce combat de Diane et d*Hécate que se rapporte le présent bas- relief, et le combat de Diane et d'Hécate en est le sujet.
La première figure de Diane n^a rien de particulier qui lui soit ordinaire. On voit ses jambes
(i) Ops ad haec Titanihus irata Gr gantes e Coelo non modo corporis magnitudine praecellentes , se viribus etiam invictissimos. procréant : qui terribili plane vultu , ac pro^ nUsso e capite capillo , et prolixa e mento barba praediti esse vide^antur , et angmneos pedes habuisse produntur* Sunt qui in Phlegraeis campis , olii vero ad Pellenen eos habitasse feront. In coelum saxa , atque incensas arbores jaculabant : in quibus Porphjrrionem et Halcyonewn omnium facile principes fiasse legimus. Qui ea in qua natus esset terra dinùcans ^ erat immortalis .... Caeterum inter Deos rumor erat , Gigantum, , posse occidi neminem : verum si mortalium quispiam in societatem arcessatur eos interituros esse . . . Jupiter . . . siquidem ad se Consilio Palladis y Herculem socium arcessivit. Qui primus omnium Halcjroneum sagitta confixum interemity etc. Clpium ah Hécate , seu potiUs a Falcano candenti ferro occisum fuisse scribitur .... Mercurius Orci galea teetus pugna conficit Hippoly turni Grationem Diana ^ Agrium deind^ Parca e , et Thoonem. Apollod.^ page i5 k ao.
i55 ^ornées de cothurnes de chasseurs ( i ) , comme elle est toujours représeutée quand elle est en chasseresse ^ cependant elle tient son habillement relevé sur le genou (3) , elle est accompagnée d'un
m I ■ ... i ■ ■■ Il ■!■
(i) I9eraes. Cjneget. , v. 90 :
Candida puniceis aptentwr crura cothurnis. Et Virgile , Enéide I > v. 336 :
Virginihus Tyriis mos est gestare pharetram , Pw'pureoque alte sur a vincire cothumo.
Ici Servius observe que les cothurnes sunt calceamenta etiam venatoria , crura quoque vincentia ) quorum quivis utrique aptus est pedi. Ideo et numero usus est singulare- Sidonius décrit plus exactement le cothurne^ Carm. If ^ V. 4oo ;
Perpetuo stat planta solo , sed fascia primos Sistitur ad digitos, retinacula bina cothurnis Mittit in adversum vinato de fornice poUex. , Dans l'ouvrage de Beaudouin ^ De (kdceo , commenté par Jean Freder. Nalant^ Lug, Bat* 17^1 > in-12^ on trouve une longue description du cothurne des chasseurs k la page i35 et suiv. , spécialement dans les notes. Beger dans le ITiesaur. Brand. , tome III j page 33o y fig. a, nous montre une figure de Diane avec des cothurnes qui couvrent entièrement la jambe et le pied : Gori en offre une semblable dans le Musée Florentin ^ t. I , pi. LXVII, n. IX.
(a) Les belles images de Diane en habit relevé sont très*fréquentes : on peut voir tome I du Musée Pi&>Clém*^ pi: XXX 3 dans la Galerie Giustiniani ^ tome I y . pi* 62 ^ 63^ 64^ 66^ et dans d'autres lieux. Gallimaque dans son hymne k Diane , v. 1 2 , dit que cette Déesse , quoique .vierge^ se ceignait au-dessus du genou.
« Mon père .... donnes-moi le soin de porter la lumière, et la faculté de relever mes habits bordés jus» qu'au genou , afin que je poursuive à la chasse les bét$s pour leur donner la mort* »
chien qui prend parc au combat en mordant lu cuisse du Géant: Diane va lancer sa flèche pour tuer le monstre. Nous ne parlons pas ici de la denûlune qui orne les cheyeux de la Déesse , parce que la tète a été replacée dans des* temps modernes , mais on l'a imitée d'après d'autres de ses effigies antiques.
Le Géant qui combat avec elle est tel qu'Apoliodore le décrit* Sa grandeur extraordinaire est indiquée autant que le permettait l'étendue du marbre. Sa figure épouvante , ses cheveux sont hérissés^ la barbe est longue , et ses jambes sont deux serpens féroces (i). Le Géant est dans l'attitude
(i) On trouve dans toutes les histoires les Gëans places au-milieu des anciennes générations^ jusque dans la Genèse j chap. VI ^ V. 4 y et dans les Nombres , cb. XIII , V. 54 9 et ailleurs , quoique dans quelquea endroits on regarde cela comme un sens allégorique. Torrubia dans un opuscule sur la Gigantologie imprimé k Naples en C7601 dit I page 16^ S 11^ que les Américains divisaient l'histoire du monde en quatre époques, la première était depuis la création du monde jusqu'au déluge ^ la seconde du déluge à la destruction des Géans, et cette époque s'appelait Tlachtionatiuh. Le même auteur dît que cette période se trouTait marquée sur leurs cartes hjéroglyphiques. ^ais le premier Géant, représenté dans le présent bas-relief, est un monstre fabuleux auquel les poètes donnèrent des jambes en forme de serpent^ parce que les anciens croyaient que les reptiles étaient engendrés de la terre. Ovide dans le liv. Y des Fastes, y. 35, décrit avec force ces Géans à pieds de serpent anguîpedes , q^i firent la guerre à Jupiter. Macrobe nous dotane une allégorie de leur figure dans le liv. I, ch. XX, page 33i : Hercules .... Ipse ereditar et gtgantes irueremisse cum
IÔ7 d'un' homme qui lance des pierres, qui sont les seales armes que Von donne aux Géans* H parait que c'est Gration ici représente, qui fiit tué par Diane elle-même.
La tVoisième figure est Hécate 9 sujet rare dans les anciens monumens (i). Elle a dans les mains
coelo propitgnaret , guasi virtus deorum. Gisantes autem quid aliud fuisse credendum est, quam hominum quantdam impiam gentem deos negantem ; et ideo aestimatam deos pellere de coelesti sede volidsse ? horum pedes in draccnum volumina desinebakt. Quod significa nihil superum cogitasse , totius vitae eorum gressu atque processu in infema mergente.
(1) €ette figure d'Hcfcafe ^ans les troia têtes, peut être avec raison regardée comme un sujet rare parmi les ma- ' numefis antiques } car Pausanias fait mention , comme d'une chose singulière^ d'un simulacre de cette *^ espèce , et il nous apprend que ce fut Alcamène qui la représenta le premier à triple face. Toici ce qu'il dit liV. It , ch. TLXX. , page 180 : Pone ceteris vero kis in primis Hecaten colunt Aeginatae 9 cujus initia quotannis célébrant. Initiorum éuictorem Thracem Orpheum perhibent. Maceria templum ambitur j in eo ligneum signum factum a Bfyrone , cujus unicum os, et corporis truncus unicus , nom primus , uti ego existimo Alcamenes Atheniensis triplex fecit junctis corporibus Hecates signum y quam Epipj'rgidiam Athenienses appMûnt. Cet Alcamène florissait pendant la LXXXrV olympiade ; il était l'émule dé Phidias , selon Pline^Hist. Nat., 1.XXXIV, scct. XIX, page to8. Winckelmann croit que Vépithète à^Epipirgidia donnée à Hécate signifie qu'elle portait sur la tête une couronne d'or en fbrme de tour». V. Hist. de F Art. , liv. IX , ch. Il , page i56 du tome II. Nous aurons occasion de parler dans le cours de cet ouvrage d'Hécate Triceps^ cependant nous diront ici quelque chose de cette divinité. Homère
deux flambeaux , qui sont un attribut distinctif poof
elle y comme le dit expressément le scoliaste de
ne parle pas d'Hécate en aucun endroit^ mais Hésiode j qui la place dans la Théogonie en discourt longuement Jt V. 409 et suiv. Il dit qu'elle est fille de Persée et d'As^ te'ne ; qu'elle fut très-honorëe par Jupiter^ et qu'elle obtint un grand pouvoir sur la mer et sur la terre ; on la faisait aussi dispensatrice des richesses. Jupiter ne lui enleva pas ces prérogatives qui lui étaient attribuées k cause de son ancienneté ^ quoiqu'elle f&t de la race des Titans, étant petite fille de Cens. Hésiode la représente encore comme arbitre des destinées de la terre^ lorsqu'il dit:
« Elle assiste qui lui piati f en lui accordant volontiers la victoire j et lui donnant toute la gloire dans les guerres. »
II la regarde aussi comme prêtant du secouri aux navigateurs dans les tempêtes^ et comme protectrice des bestiaux.
« Elle élève celui qui n* était que peu de chose y et elle précipite celui qui était élevé. Ainsi ^ JUU unique de sa mère , elle Jouit de tous les honneurs auprès des Dieux. > Le même poète lui donnait cependant, selon ce que dit Pausanias, une autre origine^ liv. I ^ ch. XLKI, page i5. Ego vero etiam quae longe secus de Iphigenia Arcades narrant audiyi. Neque ignoro Hesiodum, eo poemate, quo illustres fœminas recenset , scripsisse non esse caesam Iphigeniam, sed Dianae nomine Hecaten factam.
Dans cette obscurité où nous laissent diverses opinions, nous ne pouvons faire observer autre chose sinon qae notre monument est Tunique oit Hécate soit représentée sans trois têtes. II 7 avoit dans la Grèce beaucoup de simulacres célèbres décrits par Pausanias, comme il \t raconte liv. 11^ ch. XXII, page lùi. Ultra Lucinoefanum , tJecaten delubrum , deae signum Scopae opus e nuarmore. Atque e regione sunt duo ejusdem deaç signA
i59 Sophocle ( I y Elle a des chanssures aux pieds , son
'vêtement est composé d'une tunique longue , d'une
autre, courte, supérieure, et d'un grand manteau qui
ex aere j alterum PoJjrcletus ; Pericleti frater alterum Naucydis Mothonis filius fecit. Ces statues étant poste* rieures à \lcainène étaient peut-être irlplices.
(i) Les flambeaux que cette Déesse a dans ]es mains, sont \e signe distînctif d'Hécate ^ quoique cependant on voye quelquefois Diane représentée de cette manière. Sophocle^ Tnichin. ^ v. îiio, appelle Ortjrgia Diane ayant deux flambeaux^ et le scoliaste fait la remarque que les flambeaux dans sa main sont le symbole d'Hécate. ISous allons donner le passage de Sophocle
. • . O ! vierges y appelez Pean I
Appelez Artemis Ortjgie , sa sœur y elle qui pour* suit rapidemetit les cerfs; vous lui verrez dans les ntains deux ^fiam beaux ardens* Appelez près d'elle les nymphes de la terre.
Scholia antiqua ad h. L Boarf. Celebrate et honorate Artemidem una cum Apolline genitam , quae in Ortygia co- Jitur, du(pÌ7CVpov. t^ quantum amhabus mànibus facem, praefert , quae et eadem est cum Hécate. vva<pcLÇ appel-lat scilicet Orestiadas , quum Artemis in montibus potissimum moretur, Bachyllide, ancien poëte cité par le scoliaste d'Apollonius, appelle Hécate Taedigera i Vossius de même Idol. ^ liv. H, ch. XXIX; page 1 66 ^ traduit ainbi les vers de Bachyllide :
Hécate taedigera Noctis
Nigrum sinum habentis filia.
Nous ne prétendons pas assurer que ce soit une chose particulière à Hécate seule de porter des flambeaux^ parce que y outre Diane et Cérès , les Parques sont aussi représentées avec cet attribut. Spanhémius; de iisu , etpraest. num. , tome II . page 639 7 parle d'une médaille de Philippe où sont les Parques avec les flambeaux ; et il pro«
lui couvre la téle. Elle s'ëlance avec ses flambeaux sur ses ennemis, qui n'ont pas une ibiine pareille à celui que Diane a tué ; mais cependant on Toit que ce sont des Géans (i), qui tous deux en-^
duît deux mëdnîUes de Dloclétien et de MaxìmÌD , qui ont la même empreinte avec l'inscription FA.TIS VIG- TRIGIRVS^ ce sont les Parques selon Fulgence^ liv. I, ch. VI [. Cette observation nous a fait croire d^abord qae la figure d'Hëcate ëtait une des Parques , et ce qui donnait d'autant plus de fondement à cette opinion , cVtait de la voir combattre et vaincre deux Gëans , précisément ce que dit Apollodore, qu'Agrius et Theon furent tnés par les Parques, cela se rapporte k la note(i)y page, i54r de ce disconrs. Mats noiu noas sommes décides, à adopter l'explication que nous avons donnée , parce qu'elle nous a paru la plus convenable.
(i) Ce qui mérite d'être remarqué, cVst que les deax derniers Géans qui combattent contre Hécate , n*ont paf des jambes en forme de serpens , quand tons les mythologues et les poètes disent que cette génération de Géans était des monstres , et comme l'écrit Claudien , Gisant. , V. 8:
Stridula volventes faentino vestigia lapsu*
Nous ne pouvons donner une raison plausible sur ce sujet ; nous ferons observer seulement que les autres fils de la Terre ^^ comme Anthée, étaient seuls une race de Géans. On trouve dans le Musée Pie-Glémentin, tome IT , pl> X, page 84; n. (i)^ plusieurs exemples de sculptures et de pierres gravées antiques , oit les Géans sont sans barbe ^ quoiqu' ApoUodore les ait dépeints avec une barbe affreuse j d'après cela^ on peut penser que si les sculpteurs ont fait une différence dans cette partie ^ ils ont pu aussi varier la figure. Claudien dit qu'à peine furent-ils nés ils se livrèrent au combat ^ 1. c. ^ v. 6 :
necdumiiue creati Jam dextras in heUa par cuit ^ superosque lacessunt»
-•etnble ohercfaent k Umcer contre là Déçsse une lourde, pierre. L'un de ces combattaiis doit être Clititi8> puisque, selon Appllodore , ce futceCK^ 4ÌUS qu'Hécate tua; et Ton peut ici observer que n quelques auteurs lui dounent la mort par le3 mains de Vulcaio , ils conviennent cependant que ce fut avec des armes incandescentes , comme dans notre figure ce sont les flambeaux.
Les arbres que l'on voit sur le fond de ce basreiief ont été placés là par l'artiste pour deux raisons. La première c'est qu'ainsi il désigna que la terre fût le lieu oii se livra ce combat, et non pas le* ciel ; et la seconde fat , pour faire juger par la comparaison la grandeur extraordinaire de ce& Géans.
Nous pouvons enfin prévenir les lecteurs que tous les monumens qui nous ofirent des combats des Dieux et des Géans , ont rapport généralement & celui-ci qui fut le dernier., et où ces assaiUans furent détruits , mais les monumens de ce -genre ne sont pas fi*équens , quoique ce fait ait été représenté dans tant d'endroits par des artistes célèbres (i).
11 les fait appeler par la Terre, leur mère s Opubesdomitura deos. De sorte que le caractère de la jeunesse peut leur convenir.
(i) En outre de quantité de sculptures décrites par des auteurs anciens ; et dont a parlé rëcrivain du Musée Pie- Glémentin^ lieu cité ^ tome IV ^ pi. X, page 84^ n. (i), nous croyons de.voir ajouter le célèbre bas-relief de métal que Ton voyait sur le frontispice du Panthéon ^ que
Musée Chiarì Vol. I. ï i
Le ftt)le du bas-reKef est grandiose » mais U tra^ vail n'en est pas assez délicat .* il ne manque pas de ces beautés de l'art qu'on désire dans rinyention, que nous ne pensons pas être une copie» vu la franchisé avec laquelle elle est exécutée , de sorte qu*on y reconnaît le talent d'un très«*bon maiu'e» Les Géans semblent excessivement fatigués du eombat, tandis que les Déesses conservent encore , mal-* gré leurs efforts , toute leur vigueur. Ced nous prouve combien les artistes anciens déployaient de îugement dans leurs compositions 9 et combien ils dierchaient à leur donner le caractère le plus pro« pre au sujet. Le peu de relief des figurés nous bit soupçonner que ce bas-relief était la partie postérieure de quelque grand sarcophage , dont nous avons perdu la face et les cotés. Si mous comparons notre bas*relief avec d'autres tombeaux , quoique ce soit un ouvrage romain « nous ne le trouvons point inférieur à beaucoup d'autres qui ont du mérite^ et qu'on admire dans différens Musées*
M. Hirt^ voyant les fragmens^ qui. restaient , de chevaox et de roues , conjectura assez ingénieusement qu'il repré' sentait ce sujet , lequel pouvait s* appliquer h Jupiter Tendeur ^ auquel ce temple était dédié. Yoyet la page 3$ de ses Observations Philologi-Architectoniques sur le Panthéon, Eome 1791'^ iu'4*
PLANCHES XVIIÏ, XIX, XX, XXL
Autel avec huit Divinités *.
En nous assujetissant aux dénonÛDations les plus^ précises , et nous poumons même dire à des mi* nulies grammaticales, nous devrons toujours appeler un autel le monument que nous avons sous les yeux (i). Servius distingue Voltare de Vara : ra(-
m I» ■ I ■ ■■ > I ». I I ■ . ■ Ml' ■ ■■■ ■■ , ,m
* Cet autel a quatre palmes dix onces de hauteur. Le marbre est grec-dur. Il n'y a eu aucune restauration , mais il est un peu endommagé.- Il fut placé dans le jardin Aldobrandin au Quirinal. On Va. publié la première fois dans les Monum. ant. ined. y ou Notizie sulle antichità e belle arti di Romaf an 1786^ janvier, pi. II et III.
(i) L'étymologie du mot £tra est différemment indiquée par les/anciens écrivains. Tarron croit que Vara s'appela d'abord osa* Macrobe en die autant , en parlant de la propriété des termes employés par Virgile ^ et à pro* pos de ce vers
TaUbus orantem dictis, arasque tenentem.
Il observe liv. Ill^chap. II9 page4i4 • ^^''^^t/^'^^^''^^'''''' legimus , quod litote sola non possit oratio^ nisi et is qui deos precatur etiam aram manibus appréhendât. Inde Varrò divinarwn libro quinto dicit aras primum asas dictas ; quod esset necessarium a sacrificantibus eas teneri, ansis autem teneri solere vasa quis dubitet? commuta'tione ergo litterarum aras dici coeptas ^ ut Valesios^ et Fusios dictos prias nunc Valerios et Fitrios, dici. Cependant Varron lui-mtme fait dériver ce nom de la pureté et de l'ardeur. Ubi /rumenta secia terantur çt arescant Area. Propter horum similitudinem loca in urbe pura areœ , a quo potest etihtn Ara deum esse ^quod pura. Nisi potius ab ardore , ad quem ut sit , fit ara , a quo ipsa area non àhèst, quoi qui arefacit j ardor est 4olis>
M»taM«»«
tarCy dit il, était consacré seulement aux' Dieux supérieurs., et Vara était élevée en l'honneur de toute espèce de Divinité (i). Nous voyons sur ce monument quatre Divinités supérieures « deux que nous nommerons allégoriques, et les deux autres peuvent être regardées comme des Dieux de la terre. Les autels consacrés au culte divin ont leur origine qui se perd dans les temps avant la construction des temples. Les offrandes que Ton offrait aux Dieux sur les autels étaient les prémices des fruits de la terre (a). Des pierres, ou arae^ quarrées furent de-
(i) Servius s^exprime ainsi dans son conunentaîre sur le vers 66 de TËglogue YI de Virgile
en quatuor aras:
Ecce duos tihiy DaphiU, duos altana Phaeho.
Feci inquit aras quatuor: tibi , o Daphni\ iduas; et duos aras Apóllmì , quae sint attoria, Novimus emm , aras Diis esse superis , et inferis consecratas : Aliaria vero sur perorum tantum deorum .... Varrò Diis superis alta* ria ; terrestribus aras ; inferis focos dicari adfirmat* Noas voyons «ar beaucotip d'inscriptions antiques, qu*on appelle arae les cippes funéraires ^ et cela se disait convenablement ^ parce que les cippes étaient des^ arae, autels ; dédiés aux Mânes des défunts , comme on F j indiquait généralement. dessus, ou comme le signifiait U sigle ordinaire D. M. .
[q) Dans l'Ecriture Sacrée l'autel sur lequel Noé sacrifia en sortant de Tarche , est le plus ancien dont nous ayons une description. Il devait être fort grand , si on considère le grand nombre de victimes qui furent immolées dessus. Voyez la &énèse , ch. VIII , v. ao. Le Dr. Barthélemi Mesny , dans sa. dissertation sur les Altaria et les Aroê des anciens ^ imprimée i Fl'oreacc en i763>in-4;
i65 stÎDées même du temps des Patriarches k perpétuer la mémoire des prodiges et des bienfaits du ciel (i). Les autels étaient aussi fort souvent' environnés d'arbres dans les forêts ,sacrées , et l'om-
p. 4 ^ observe que cet autel avait peut-être été construit par Noé^ selon l'usage antédiluvien , comme il fît en conservant l'exercice des arts. Mais si nous voulons conjecturer que la construction des autels commença avec l'usage des sacrifices y nous devrions la reporter à une epoque antérieure de beaucoup , puisque Gain et Abel offrirent à Dieu leurs holocaustes ^ à la vëritë nous ignorons s'ils les placèrent à terre ou sur quelque chose d'élevé'. Nous , voyons plusieurs autels dressés par Abraham, par Melchisedech , et on ne parle jamais de temples k cette époque. Nos lecteurs auront du plaisir s'ils consultent la dissertation indiquée^ où ils trouveront ce sujet. traité avec méthode.
(i) Abraham éleva plusieurs autels ou' il reçut les pro^ messes divines : un près de Sichetn , comme on le voit dans la Genèse , ch. XI ( , v. 7 ; l'autre à l'occident de JBétbel ; J. c. , V. 8 ^ dans la vallée de Mambré , id. , ch. XllI, V. id. Il parait que ces autels ne furent élevés par lui qu'en mémoire de ce qui s'était passé , puisque le texte sacré ne dit pas qu'on y eut offert des sacrifices. Jacob y après son songe miraculeux , consacra comme un antel la pierre sur laquelle sa tète avait reposé pendant son sommeil. Genèse , chap. XKYUI ^ y, 18. lit même Jacob en éleva un autre à Béthel aussi -y ce fut là qu'il reçut de Bien la seconde promesse* llle vero, ^re* arit tilulum lapideum in loco , qua locuius Juerat ei Deus libans super eum^ libamîna ^ et. effundens oleum , etc. ^ Oen. ^ clhap, XXJLV , v. I.4* ^^ autre autel fut encore consacre par lui dans le lieu où. il se sépara d' Ësaii , Gén. y XXXm^ V. ao« Moyse suivit l'exemple de ces patriarchea > il construisit un autel dans l'endroit, où. il défit Aziàolech.^ ïoode^ chap. XYII^ v- i5 et 16. Joo
bre dont ils étaient couverts inspirait pour eux
plus de vénération (i). Venant à considérer la
saé plaça doute pierres au fond dm Jourdaîn ea mémoire du passage miraculettx de ce fleuve. Josue , ch. IV ^ v. 9. Il dressa sur le mont GAal un autel avec douxe pierres qu'il avait fait emporler du lit du Jourdain , l. c, ch. VIH , V. 5i. Lorsque les tribus de Manasses s'ctahlircm au de-là du même fleuve , elles y élevèrent un grand auul, lequel ayant causé du déplaisir et des soupçons inquiets aux antres tribus , ils déclarèrent qu'ils n'avaient eu^ en l'élcvaot, d'autre intention que de conserver la mémoire de leur union. Non holocautia , neque ad victîmas offerendas. Sed in testimonium inter nos, et vos y et soholeM nostram , vestramque progenîem , los , chap* XXII , v. îô.
Si nous passons ensuite k l'histoire propliane ; nous ne manquons pas d'exemples d'autels qui furent élevés pour le souvenir d'événemens singuliers. Selon Hérodote , 1. H, 4; f âge 90 , les Égyptiens enseignèrent les premiers k con*truire des autels et dea temples aux Dieux. Leurs divinités principales étaient le Soleil et la Lune, }t» autres Planettes furent des divinités de seconde classe. De-là il parait vraisemblable que leurs adorations s'adressant aux astres , ils leur élevèrent des autels en plein air, en leur )>r€sence , ce qui est d'autant plus probable que, suivant ce que dit Pausanias , les premières images de cei Dieux ne furent que sept colonnes 9 Lacon^ liv. IH; eh. XX, page 26a. Çécrops fut le premier qui, suivant le même écrivain^ construisit un autel à Athènes ; Ai^ cad. , liv. VIII , ch. XX , page 600 ; il y eut ensuiu les autels des Euménides répandus dans les champs. Di<>8* Laerte^ liv.I, ch. 100, page 71. A Rome l'autel d'Evandre, consacré à Jupiter par Hercule , était célèbre, et oa pensait qu'il l'avait élevé en mémoire delà mort qu'il avait donnée k Gacus. Lorsque Tatius et Romulus formèrent une alliance ils élevèrent au lieu oà elle fut jurée deux autels, selon Dénis d'Halycarnasse , liv. II , eh. 5o; p« 100.
(i) L'autel sur lequel Agamemiion offrit une béça:
ì6pj rënoîon . des Divinités qui sont ici représentées , ainsi qu'une certaine négligence dans le travail, nous
tcvAcf et qu'Homère imus décrit ^ était courert par l'oni* bre d'un plaiane. Iliad. ^ liy. 11^ v, 3o5y page 44*
« Nous offrîmes aux immortels cent sacrifices de victimes pures et Belles sur les autels sturés que couvrait de son ombre un superbe Jeune platane.
Le- même poëte place à Paphos un aatêl consacré à Vé» nus dans une forêt :
A Paphos oà se trouve un bois odoriférant ,
et un autel qui lui est consacré.
H]rmne à Vénus, t. 58^ page 583.
Nous pouYons ajouter ici quelque exemple pris dans l'His-^ toire sacrée. Abraham eatoara d'ariires le lieu près de Béthel oà il avait sacrifié à Dieu poi^r célébrer son alliance avec Âbiméledi, Génèse^c. XXI, v. 33. Il fut ensuite défendu au peuple hébreu ile plantier des arbres autour des autels, parce qu'on ne voulait pas introduire dans le culte rien qui ressemblât au paganisme j c'est ce qui est dit dans le JOenteron. ^ ch. XVI , t. 4* PHne nous apprend que le^ forêts fhfeat les premiers femples des Dieux , Hist. Nat. , liv* XII ^ ch. I. Lucien conteste cette opinion^, tome I, page 3^7 , De sacrif,, en disant : Primum quidem sjrlvas consecrarunt y montes dedicarunt. Il semble qu'un passage de rOedipe de Sophocle indique qu« toutes les forêts éfaieot consacrées aux Dieux , parce que ce prince ave;igle demande k Autigone sa fille qu'elle le fasse reposer- dans un lieu prophaae ou dans les forêtj» sacrées des Dreux. Eu Toici la traduction: « Mais toi^ 6 nia fille 1 si tù aper^ fois gmelque siège dans une enceinte prophane , ou dans les òois œmtwrés mat immortels^ eonêuis moi , vers ce lieu f^te Je puisse niy reposer. » ( Pedipe Colon. , vers 9 et fuiv. ) Servitts ^ an 4 v«^ ^^ neuvième livre de l'Enéide fait cette remarque* numquam est lucus sine religione^ Tacite, dans le liv. I des Annales, ch. 61, rappelle qu'il 7 avait chcs les Germains beaucoup d'autels qu'il nomme
sommes portés à croire que cet autel même a po avoir été placé anciennement dans un Keu découvert de la campagne , dans quelque bois sacré , ou l'on reconnaissait pônr protecteur de ces contrées et de tout ce qui en dépendait peutrétre , ces Dieux, qui présidaient à la fécondité de la terre , ou qui étaient chargés de conserver les champs fertiles et les forêts. Apollon , qui est en même temps le Soleil, est la source de la fertilité universelle (i);
barbares, lesquels étaient placées dans des forêts tomme monumens des victoires que les Brotteriens avaient remportées sur les Romains. Le savant CheccoKxi académicien de Cortone p a cherché à prouver avec beaucoup de soin y et une grande connaissance des langues , dans sa dissertation lor Vancienne idolatrie à l'égard des bois-, 1. 1 , p. II7 Sa^p^ deir Accademia , page 98 1 que Tautel d^Ulîsse près de Astirburg devait avoir été placé dans une forêt , et pour cela il interprète le nom de cette ville ainsi Aras nâ' moris. Plusieurs autr^es villes prirent aussi leurs noms de quelques autels célèbres > comme Ara Vbiorum , Arlua, comme voulant dire Ara hmae, V. Rau, De Ara IMo* rum y page Sq. Le très-docte Van-Dale dans ses dissettatioDSy De orig.et progressa idolatriae^ p. .%^y nfapas voulu décider si les forêts étaient regardéea comme sacrées ; ou a cause des arbres consacrés aux Dieux ^ oui cause des autels et des images <le ces Dieux mi'on y avait placées.
(1) Les Grecs et -les Latins empruntèrent des Egyptiens leurs systèmes philosophiques et religieux^ comme le prouve Jablonski, P^m^^on Aegypt. Proleg., page XLV. Or les Égyptiens attribuaient entièrement AU Soleil et à la Lune le sojn de l'univers. C'est ainsi que s'explique Diod. de Sicile y liv. I, page 10 et suiv. ; f^etustissimi in Aegjrpio mortales, mundum supra se contempUtti y et non sine stu^
i69 piane ou la Lune est la Déesse des bois (i); Mercure est le Dieu du «commerce j il préside aussi aux campagnes (a) j Mars est le Dieu parti--
pore demùrati universi naturam^ duos esse Deos existimarunt , ueternos et primos Solem , et Lunam . . . Hos Deos mundum universum jguhemare statuunt , nutrientes et augentes omnia . . • horumque naturam Deorurti plurimum conferre ad generationem omnium. II. n'est donc pas hors de vraisemblance qu'on ait élevé des autels an Soleil et h la Lune dans les bois. Hésiode^ dans son poème intitulé le Bouclier d'Hercule^ parle. d'un bois consacré à iipollon , V. 58 :
^Invenit enim in luco longe sagiitantis jipoUinis.ì»
(i) Outre que Diane est la même que la Lune , ellt est appelée continuellement la Déesse de9 forêts ; parce qu'elle présidait à la chasse. Horace ^ llv* III > Carm. ^ od. XXII ^ V. I :
MonUum custos , nemorumque virgo.
Le même poëte invoque au commencement du poème séculaire , Phébns et Diane , comme Déesse des forêts s
Phoehe , sjrlv€urumque potens Diana Lucidum coeli decus . o colendi Semper et culti , etc.
Vîi^le, de même^ l'appelle Déesse des forêts, dans le neuvième livre de l'Enéide , v.. 4o5 :
Astrorum decus , et nemorum Laiona custos.
Un vers du même poëte nous montre aussi la Lune comme vivifiant les bois:
• ' • • • Saltusque reficit jdm roseida luna.
Georg. , III , .V. 337.
(a) Tivès dans son commentaire, du livre de la Cité de Dieu de S. Augustin^ dans une noteduch.XI; p. 4^8, aux mots ( In merce Mercurius ) dit : Ita dictum volunt a
cuUer. du pays romam (i); VEspénuçe et la For* tune (2) ont le poavoir de aatis&ire le$ Yoeux des propriétaires dans les campagnes. C'eal sous ce point de Tue général que nous croyons pouvoir réunir les huit divinités que Ton voit sur ce bas-relief^ et nous allons k présent indiquer leurs attributs sym* bolîques, et parler de leurs diverses actions.
Diane et Apollon sont près d'un autel rectangulaire , et sur le fond du bas-reKef on voit un édifice construit avec de larges pierres; au milieu a'élève un arbre qui parait être tin laurier (3). 11
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mercibus ; eo ^uod negotiaioribus processe existimaiur. Les termes qae l'on plaçait dans les campagnes étaient con« sacrés à Mercure.
(1) Rome fut nott-senlemettt consacrée à Mars, maïs même arant sa fondation il y avait sur la rîve da Tibre une forêt qui était consacrée an même Dieu , o& Sylvie fot surprise par loi. Dënvs d'Halicamasse s'exprime Ainsi > Antiq. Rom. , u l j page, 61 , ch. LXXIII y 1. ao: Verum quarto post annum Iliam in sacrum MarUs U^ cum profectam . . . nescio quis eo loco stupravU . . . ad plerique fahulantur spectrum dei , cujus is lucus erat. D'après le même auteur la vaste étendue du Champ de Mars était aussi consacrée à ce Dieu, mais ayant ëtë usnrpée par les Tarquins) on la lui consacra de -nouveau. Etne enim Marti eorum majores pubUco decreto consaerarant^ pratum equis ac juventusi in armis exercondis gymnasium. aptissimum, Sed antequam his usibits inserviret , fampri" dem is' campus huic deo sacer erat ^ et Tarquinius euru usurparat , 1. c. , 1. V^ c. XIII, page 276, 1. aS.
('i) Le culte qu'on rendit à Rome à l'Espérance et à la Fortune était très-ancien^ comme nous l'indiquerons plus au long dans l'explication de ce côté de l'autel.
(3) Daphne ayant ëtë changée au laurier ^ cet arbre fat toujours cher à Apollon : . (
At conjiix quoniam mea non potes esse^
garait qae les deux dWinitës , Mre et sœur , se réjouissent de ieur victoire. Apollon a derrière lui le trépied qu'il a repris à Hercule ( i ). Dtaoe a près
Arbor eris certe j dixà^ mea semper hàbehunt Te coma, te citharae , te nostrae^ Untrey pharetrae:
Ovîd. ^ Met., liv. I, V. 557.
(i) Hercule n'ayant pas eu de réponse de la Pythie qu'il était aile' consulter; tout couroucë, enleva le trépied du temple d'Apollon. Apollon le poursuivit pour reprendre, ce trépied , mai» Jupiter d'un coup de foudre mit fin k leur combat et les força de te réconcilier. Cette fable est racontée par Hjgin , fab. XXXIL On la voit représentée sur le grand candélabre qui fut donné à S. S« Clément XIY par le défunt cardinal de Zelada qui le fit graver : il fut ensuite accompagné d'une savante explication par monseig. Gaetano Marini préfet de la Bibliothèque du Vatican et des Archives pontificales : on l'inséra dans nne dissertation particulière publiée dans le journal de Pise , t. III p. 176. On voit souvent sur les médailles grecques Apollon appuyé sur le trépied y dans une position très-ressemblante à celle que nous lui Voyons sur l'autel. Dans l'intéressant Ragguaglio del viaggio compendioso di un dilettante antiquario sorpreso dà! corsari , e condotto in Barheria, imprimé à Milan en i8ô5 et c8o6^ à la page a4o de la .seconde partie , on cite une médaille de Peri n te publiée dans cette partie; pi. IX et X^ n. 7; on y voit un Apollon dont le coudé gauche est appuyé sur le trépied, autour duquel est un serpent; le Dieu tient dans ' la main une branche de laurier dont il se sert pour faire la lustration de l'autel qui est devant lui. Nous avons cité avec plaisir ce livre y que nous savons être du P. D. Felix Caronni barnabite^ homme distingué dans la science' numismatique ; dans les arts^ dans l'histoire , dont il 9^, publié plusieurs monumens inédits ^ les enrichissant de son . érudition dans des notes qui contiennent des choses neU'p" vesy dont la connaissance lui est venue par ses malheurs et par aon habileté.
d'elle à ses pieds le fâàèn qui Faccompagne danà ses chasses , et un sanglier qu'elle a tué : elle re- .met ses flèches dans le carquois ^ et Apollon lui présente une branche de laurier , comme un prix de ses combats contre les animaux féroces; ou bien plutôt, il veut £ûre une libation sur Tautêl placé entre eux.
Nous avons peu de chose à £aiire remarquer dans la figure de Diane , car elle ressemble à celle que nous venons de voir dans le combat contre les Géans. Nous indiquerons seulement le nœud qui retient ses cheveux derrière sa tête avec simplicité, dont les poètes nous donnent la description, ^1^— ■ ^— .—i.^^— —————— ^——i I ■ ■
Si nous voyons sur la mëdaille en question le trëpîed sans vase , nous le retrouvons à d'autres mëdailles , piace dessus 7 et formant comme un globe. Pour en citer une, nous renvoyons k celle d'Antinous « qui a ëtë frappée à Delphes , publiée par Pellerîn , Troisième supplément aux six volumes des Médailles des Rois et des Villes ^ pi* VI, n. 6. Buonarroti nous offre une grande médaille du même Antinotis de Tarsis , sur laquelle le trépied est de la même manière. Nous pourrions indiquer ici d'autres exemples de marbres antiques , mais nous rappelerons seulement à la mémoire l'Apollon assis sur le trépied, interprété avec beaucoup d'érudition par Raffei dans la première tdissertation sur les monumens de la collection Albani. Dans ce simalacre on voit le vase sous les pieds du Dieu^ et le commt'ntateur dit qu'il est ceint d'une couronne renversée , mais nous pensons plutôt qu'il est orné d'une couverture & franges ou plutôt taillée à dents, comme on le voit aussi sur notre marbre, du côté qui correspond aous.le bras d'Apollon. L'extrémité du vêtement d'une figure étrusque placée dans la préface du tome H des Bronzes d*Her^ aUanum, p. IX , est terminée par uq ornement pareil. .
et qae nous ayons déjà remarqué & d'autres moxmmeus (1). On pourrait dire que cette Diane a une double ceinture , comme la dépeint Claudien (2), à moins qu'on ne yeuUle. Nous ne parlerons pas ' ici ni des . cothurnes , ni de ses autres vétemens (3),* les ayant suffisamment examinés ailleurs. On pourra seulement prendre garde à la gracieuse attitude de cette figure , et nous pourons croire que Tinge* nieux sculpteur, en lui donnant ce mouvement vif , a voulu faire une opposition à la figure d'Apol-^ Ion , qui est débout fixement , et presque appuyée sur son trépied (4). ^
(i) C'était l'usage des filles tierges de nouer leurs cheveux avec beaucoup de simplîcitë. Pausanias y livre X , Phoc, , ch. XXV, p, 86a, décrivant Polixène peinte pa^r Polygnote , dit : Polixena virginum more colîècto ùino'dum crine , etc. (7 est par cette raison que pareille coiffure fut particulière & Diane ^ qui fut toujours regardée comme une vierge.
(a) Nous avons déjà parlé ci-dessus de la ceinture de Diane. Buonarroti, page XX^II de la préfacé de ses Observations sur les grandes médailles du Musée Garpegna , a expliqué une image en fvoire de Diane ayant deux ceintures ^ elle est & là page 394 avec les vers suivans de Claudien :
Crispatur gemino vestis Gortjmia cincia PopUte fusa tenus,
Glaud. ^ De Rapt^ Pros. , lîv. If, v. 55. On reconnaît plus clairement cette double ceinture de Diane,* mieux que sur tout autre monumen t^ dans deux statues de la Ville Pamfili, publiées par de Rossi ^ pi. 19 et 45*
(5) Voyek les notes (i) et (i}' de la planche pi-écédente, page i54 et i55.
(4) En voyant sur ce monument Apollon représente daiM
II Dous resterait à parler de Tautel qui est placé
entre les deux DivÎDités , mais comme sur trois co-* tés de notre marbre H a la même forme, et que sur tous ou voit les mêmes choses .déposées, nous en parlerons ailleurs. Nous dirons aussi que le mur formé de grosses pierres qui est dans le fond peut représenter Textérieur d'un temple auquel peut convenir ce genre de construction, fabriquée par de grandes pierres Inen travaillées et disposées symétriquement (i).
Sur une des fiices de Tautd sont sculptés Mars et Mercure devant un autel quadrangulaire , conune
raction de qaelqa'un qai écoute y et Diane ayaat plus de moavement , il nous sembla au premier aspect qa'on pouvait y reconnaître les deux divinités qni se préparent .à détruire les enfans de Niobé. Mais comme Ovide , en suivant les traces des plus anciens poètes y nous dit que Latone raconta à %ts enfans les outrages qu'elle reprochait à Niobe de lui avoir fait éprouver , qu'elle \e^ excita à la vengeance, et qu'ils s'y déterminèrent immédiatement , il paraîtrait qu'il ne peut y avoir de dialogues eatre eux. Et d'ailleurs cela ne nous semble pas un sujet convenable pour uu autel destiné à la paix.
(i) Ce genre de construction se conserva presque toujours dans les liiurs extérieurs des temples^ et il fut en usage dans les temps les plus anciens soit grecs , ou romains , comme nous pouvons «n donner un exemple dans le temple .de Vénus Paphia sur les médailles de Gnide , et celui de . Janus sur les médailles romaines de Néron* Postérieurement encore on façonnait les murs en fonne de grosses pierres , comme on peut le voir au temple de la Fortune Virile , aux anciens murs de l'église de saint Adrien ; et peut-être à ceux du Pantbeon.
le précédent Mars ,. le Diea terrible de la guerre, evt représenté scny la forme d'un îeuoe homme et sans barbe; tel qu'on H trouve dans d'autres sculptures «nci^o»e8 ; et entre autres dans la belle figure, assise de la VUle Ludovise , ouvrage d'uii artiste grec(f). Notre Mars a la tête couverte d'un casqué, sa poitrine -est armée de la cuirasse, de
(j) Cette statut a été publiée par Perrier , u. 38 ^ en^ suite par Maffei «ous deax poîat» de vae , pl« 66vet 67 ; elle a enfia été reproduite avec beaucoup d* élégance par Bions» Fvançoîs Pîranesi au nombre des statue» de Borne, dans son ouvrage Scelia delle migliori siaiue arUiche. Quoique les léies de Mais exéeatées avsec beaucoup d*ai:t sur les médaiDes grecques, le représcatent avec une barbe, épaisse et frisée ^ on a cependant beaucoup de monumens oii il est sans barbe. Nous trouvons dans . la Galene Gin» stiniani cinq sistues decotte sorte, tomeL, pL 79, 11 5^ 116^ loo et tn%} le Mars dn ba»*re2ief ile Ja mémeGa* lerie que )*on voit ^ tome 11 ^ pi. io3 ^ est d'ailleurs aussi sani barbe. Le Macs eu basalte de la Galerie de Florence est de' même y comme on peut le voir dans Gori , Mui» ^lar. , tome III ^ pi. S7. Il est encore de même dans le ^ronpe avec Vénus; voy.aomême Heu, pi. 56. Plusieucs Ipierrès gravées anti^es publiées par de la Chausse, Gem. cint. , pi* 6!i j par Manette , tome II , pi. XiX , et par Grori , Mus. Flon , tolne l, pi. JLXXIll , num. Vit , Vili et IX, représentent Mars comme les précède ns. Pour citer ensuite des monumens absolument romains , nous parlerons du Mai's sans barbe avec Sylvie qni était jadis Ji la Ville Mattei , et qmi se trouve & présent au Musée Pie^Qémentin 5 il est publié dans les Mon. JHûtth^., tome III, pi. IX. Celui de l'autel Casali^ qui est présentement du' même Musée , et qne BeUori a publié dans VAdmiranda ; pi. Y ; fig. x.
la main droite 'il s'appuye ftàr n Iibce» et ia^siÊ^ che est posée sur le boudiez qui tóaehé la terre. Cette attitude est la méoie qu'on . lui voit sur quantité de médailles ^ ainsi que dans plusieurs statues ( i )• L'dttribut distincdf le moins ordinaire que l'on trouye dans ce morceau, ce sont les armures de jambe^ ocreocy dont il est orné (a): on xçit ces, ocreoa ' clairement indiquées dans une statue du Musée
(i) . Nous avons quantité de monuinens sur lesquels nous voyons Mars annë , s' appuyant sur son -bouclier, les médailles des Antonins en offrent beaucoup d'exemples; sur ces médailles il a cependant la barbe. On voit le même Dieu sans barbe, armé, sur les enseignes militaires des grands bas-reKefs supérieurs de l'arc de Constantin, qui ont rapport à Trajan. Il a la main gauche posée sur le bouclier^ et avec un trophée dan» la main' droite^ BeUori, Veteres jircus^ph '2^.
(a) On voit très*bien dans les médailles d'Antonin et de M. Aurele, les armures dé jambe aa Dieu Mars. Elles sont aussi très-conservées dans la statue de Mars, plus petite que nature , d'un mauvais style , laquelle est dmas le Musée Pie-Clémentin ^ et qui a été décrite par Massi , page i5i , nnm.< 89. Cette statué est très-reaseffll>U&le au Mars Capitolin , qu'on a appelé sans fondement Pyr* rbus,. comme l'observa le savant qui a décrit ce Musée , tome II j page 97.
Il n*est pas hors de propos de donner ici une notice au sujet de ces armures de jambes^ et d'en faire voir quelques*unes qui ont été retirées du lac de Thrasimène , et qui sont conservées à présent dans le Musée de lu Bibliothèque. du Vatican. Ces armures «spnt formées d'une lame de cuivre très-mince et flexible , d'un travail extrêmement soigné 'y nous donnerons dans le discours des plaa-chesde supplément une plus exacte 'description de cette partie de l'armure des anciens.
Pie-ClémentiD. Il parait que Mars se montre ici dans un repos parfait; les boucliers et les autres armes , qui sont à ses pieds , sont les trophées de ^ ses yictoires.
La figure de Mercure placée à côté de Mars a: également tous ses attributs particuliers. Il a sur sa tête le pétase ailé (1), de la main droite il tient une bourse , sa chlamyde est repliée sur son bras gauche , et de cette main il tient son caducée. Si ce qu'on yoit devant l'autel n'était pas si endommagé , on pourrait mieux décider ce qui était représenté 5 mais nous conjecturons que ce pouvait être un amas de pierres , parce que ceux qui pas* saient devant un simulacre de Mercure jetaient au bas de lui des pierres, et qu'on laissait, dans les campagnes , amoncelées en son honneur (s). On
(i) Le pétase de Mercure se trouve représenté par les artistes anciens sons diverses formes. C'était un chapeaa dont firent usage les anciens Grecs ^ et de même les* Romains^ pour aller en campagne Ofi k la chasse^ afin de mettre la tête à l'abri de lapluje on du soleil. Arnobe^ h ^^9 P* 197 7 ^'^> qu*on donnait à Mercure ce cbapeau parce qu'il présidait aux cbemins. Les ailes que l'on voit êi souvent attachées au pétase de Mercure indiquent la vélocité de ce messager des Dieux. Dans le tome VI du 'Musée Pie-Clémentin ^ pi. III, on en a traité asses longuement, c'est pourquoi nous y renvoyons nos lecteurs.
(3) C'était un usage chez ies Payens , lorsqu'ils passaient dans les campagnes devant des images ou des autels consacrés à Mercure, de jeter au bas des pierres, ne pouvant pas trouver, dans le moment, sans être pré* venus, d'autre chose à lui offrir: c'est ce que nous ia^
Musée Chiar. YoL I 12
pourrait dire pour ceux qui se plaiseut àtrauTer des significations allégoiiques, que nous voyons ici Mars victorieuit qui s'unit avec Mercure , Dieu du commerce (i) et des richesses, pour faire la féli* licite des peuples.
dique Pbornute, ch. i6^ page- i6S , de Mercurio ^ où îl donne encore quelques autres motifs ^ k ce rît. Maimonides parle aussi de cet usage y De Idolatria j chap. K , § II. Complures colendi modes ïdololatrae prefiniverunt unictû" que imagini y et simulacro • • .. • Mercurius in eo cul-' tus erat y quod lapides in eum consectarent y vel coram eo spargerent. Ici le savant Yossius observe que Salomon lui-même dans les Proverbes ^ XXVI, 8^ parle de celte superstition , en disant ^ Sicut qui mittit lapident in acervum Mercurii. s On appelait cet amas de pierres cumuli Mercuriales* On en voit deux sous les caducées de Mercure dans la table Hélîaqiie y objet de tant d* observations pleines d'érudition. V. Mon. Mattiuy tome III , planche I.
(i) Nous avons fait remarquer déjà dans la note (a)^ page 169, de cette planche, que Mercure était le l>iea du négoce ; nous ajouterons ici quelque autre chose à ce sujet. Phornute dans Tendroit cité y note précédente, page 169^ dit: Ferunt Mercurium etiam mercaturae existere denm^ et merito; est enim ementiamyCt vendentium in" spector. Emptiones namque et venditiones citra orationis praesidium contràhere nequimus. Hinc mercaturae praeses esse visus est : et ifi^oXaîop y id est j mercatorum cuïam gerentem , et gcepdôov id est lucrosum omU lucri authorem euin appellarunt, Grutcr dans les anciennes inscriptions en offre une , page LV , n. i ^ où on lit ;
MERCVRIO NEGOTIÀ.TORI
SACRVM
•Fabretti^ page 6a4; n* si 10, nous présente ane ancienne
'79 Sur le còlè opposé k celui où soDt Mars et Mercure , on voit ies fìgures de la Fortune et de l'Espéraoce, séparées par un candélabre (i) sur lequel brûle une flamme (3). La Fortune a le front paré de la petite mît^e ( J) , sa tuoique, ceinte son&
■DtcriptioD, <{ui a été reproduite avec plus d'exactitude
par Muratori, p. 34^ ^ a ; on y lit :
MERCVRIO
LVCRORVM ■ POTESTI
ET • CONSERVATOR ■ SAC.
(1) Dans le tome IV du Musée Pte-Clém., page 38, en dit que les grands candélabres servaient ^ porter Aeâ lampes, et que ceux d'une petite proportion servaient d'autel. Notre candélabre ne passe pas le milieu du corps des figures qui sont auprès , ce qui cnnJirme l'opiaiou dont nous venoDS de parler. On peut lire dans la dissertation , que nous avons déjà citée, les réflexions littéraires ds monseig. Gaetano Marini sur les usages des candélabres, ainsi que les recherches les plus exactes qu'il a faites sur ces meubles.
{1) Sur une rare médaille A'Aelius Caesar décrite par Vaillant, Nuni. praestant. Imp. ^ tomel, page 71, on voit la Fortune et l'Espérance réunies, semblables k celles qu'on trouve sur cet autel. On peut la voir dans les gravures d'Havercamp , Num, Reg. Christ., pi. XV ^ fig- 6, La Fortune se montra cependant peu favorable k l'Espérance de cet empereur, lequel ne parvint pas k occuper le Ir&ne, attendu, sa foibte compleiion,
(3) La Fortune, dans beaucoup de ses auciennes statues, et même dans la magnifique statue, plus grande que nature, qne l'on conserve dans ce Musée, est rer présentée avec la petite mitre, sur laquelle est quelque fois un voile. On la voit ainsi dans plusieurs bronzes d'Herculauam', pi. XXVU, n. 3, et à la pi. XXVIII,
la gorge , deseeDd jusqu'à ses pieds ; elle a les bras demi-Dus , et la maDche, qui est ouverte , est rattachée par trois boucles; son maoteau qui tombe de dessus son épaule gauche, passe dessous le dix>it, après s'être appuyé sur le bras gauche, d'oii il retombe en formant quantité de plis. De la main droite elle tient un timon de vaisseau , sous lequel est un globe , comme étant la régulatrice des évé* nemens humains (i); et de la main gauche elle
n. 3 ; elle est de même sur plusieurs médailles grecques. Mais elle a quelquefois aussi le tutulus tantôt de forme ronde ^ et d'autres fois en forme de tours. Le premier^ quand il figure le modium y on boîssean , peut convenir à la Fortune comme Déesse de l'abondance -y le second est carré et en forme de tours , et il lui est propre comme régulatrice des villes. Pindare^ dans Plutarque , De For* Rom, y page S^a , G , appelle la Fortune Porteuse de wlles , TVYV (pSpéncoXlÇ, Nous croyons que bien sonvent ce tutulus ne dérive que de l'ancienneté de ses images , qui conservent une idée de ces colonnes^ qui furent la pre* mière forme que l'on donna aux effigies les plus antiques, (i) La Fortune fut regardée comme une Déesse plus ancienne que Jupiter même y et Buonarroti dans les observations qu'il a faites sur les grandes médailles y parle d'une gravure représentant la Fortune qui soutenait Jupiter enfant jouant avec le timon qu'elle tient. L'épithète de Primigenia dérive a gignendOj selon Ctcéron , De Leg, II, ch. II, page 119. Le même dit qu'il j avait dans Tan^ cienne Préneste un bois sacré, en mémoire du lieu où 1» Fortune avait eu sur les bras Jupiter et Jnnon qui tëttaient. C'est à quoi se rapporte l'inscription que cite Suaris, Ant* Praenes. , page 4^ •
FORTVNAE
10 VIS • PVEM
PRIMIOERUE
i8r soutient une corne d'abondance, son attribut ordinaire , et qui lui convient, parce qu'elle dispense aux mortels les richesses, et en général tous les biens (i).
Vis-à-vis d'elle est l'Espérance représentée sous les formes accoutumées. Cette Déesse, dont le culte est fort ancien (2), a toujours dans ses simulacres
Quoique le culte de la Fortune Primigenia ait passe de Pre'neste k Rome; après la guerre de Mace'doiae ^ il y arait cependant d'autres temples de la Fortune antérieurs 1 par exemple celui que Servius Tullius fit élever hors de la ville, et dont parle Varron , de Ling. Lat., liv. V^ P* 4?/ lin. a8.
(1) Pausanîas^ Messeri., lîv. IV, ch. 3o, raconte que Bupalus fut le premier qui plaça dans la main de la Fortune la corne, symbole de Tabondance. On regarda cette divinité comme l'arbitre des richesses et des érénemens heureux ou malheureux -, ce qui a fait dire à Pétrone ; p- 4^9 '
Rerum humanarum divinarumque potestas , Fors.
Pline dans le liv. II, Hist. Nat., chap. VII, dit que la Fortune seule était invoquée. Huic omnia expensa , huic omnia feruntur accepta : et in tota radono mortalium , sola utrawque paginant facit. Lactance dans les Instit. Ilf, ch. ng y page 3^9 • • • qui Fortunam putant esse quae hominihus tribuat bona , et mala. Natn simulacrum ejus cum copia , et gubernaculo fingunt j tamquam. haec , et opes tribuat, et humanarum rerum, regimen obtineat. Saluste dit : Sed profecto Fortuna in omni re dominatur. Bel. Catil.y ch. VIII.
(3) Téognide^' ancien poëte grec, regarda TEspérance comme une Déesse:
V Espérance et le danger , chez les hommes
le style ordinaire avec lequel on la représente dan$ ses images primilives ( i )• A dire la vérité, comment
se ressemblent j parce que Vune et F autre sont des Dinnir tés terribles • . . . Tbéog. , v. ôSn. GicëroQ nous apprend que CoUatin fil bâtir un temple k l'Espérance ; Recte etiam a Collatino spes consecrata estf de leg. II, c. II, p. iiS.Dans Tan deRome 277 on voit un temple de FEspe'rance peu éloigné des murs de la ville \ près de la porte Collina j T. Live en fait mention. Adeo*
que id bellum ipsis institit moenibus, ta primo pugnatum ad Spei sit aequo Marte , iterum ad portam Collinam. Live , liv n.,ch. 5i ; t. I^ p. 199. Ce combat, qui eut lieu après la mort de Fabius, est aussi décrit par Dénis d'Halicarnasse, Jntiq, Rom., liv. IX, ch. a4 , page 538 ; 1. 10: on y dit que le tempie de l'Espérance était loin deRome de buit stades. Nardinî, suivant ce qu'avait dit Donati, Roma vet., livre III ^ chap. a3, page 453, place près de la porte Majeure un temple dit Spei Veteris , où Hclîogabale, selon Lampridius, avait ses jardins. InHéliog., cb. 1 3 , tome I , page 819: Secessit ad hortos Spei Feteris. De sorte que tout se rapporte pour nous faire croire que le culte rendu à l'Espérance était trcs-ancien k Rome. (1) On voit dans le Musée Etrusque , pi. XXVII, une figure d'un style étrusque très-ancien , qui représente l'Espérance , plus probablement ijue Junon. Buonarroti poblie dans ses Observations sur le Musée Carpegna, une très-élégante statue, de style grec antique, qu'on a faus' ^ sèment attribuée aux arts toscans^ et qui représente égale-
f meni l'Espérance. Celle-ci a sa robe plus courte qu'on ne
i la lui fait ordinairement , et ses cbeveux déliés et longs
1 . descendent jusque sur ses reins. Les médailles de Claudei
.' jusqu'à celles des empereurs qui lui ont succédé, con-
servent le même style pour les effigies de cette Déesse. Sur la base d'un des candélabres, qui était autrefois aa palais Barberini^ que Ton peut voir dans le tome IV do
i85 des artistes înteDigeDs auraient-ils pa ne pas lui donner cette grâce que lui prêtait un maintien remï> pli de simplicité , la légèreté délicate de son habilr lement , et la Térité de l'expression 7 Si nous exa?* minons toutes les images de cette Déesse en commençant par les ouvrages grecs anciens , jusqu'aux étrusques 4 nous les trouverons toutes semblables dans les bronzes du meilleur goujt, et sur les médailles frappées dans les plus heureux temps des arts.
La figure de cette Déesse nous offre une jeune femme dont la chevelure est retenue sur la face par une petite mitre y le reste des cheveux bien disposés tombent en boucles sur le cou. Elle est
Musée Pie-Clément in , pi. YIII ^ la figure de TEâp^rance a beaucoup de conformité avec ces anciennes figures \ de même la petite statue ^ rétablie par Aquilius Dionîsius et par Tïonia Faustina y qui existe dans la ville Ludovisi , offre la manière antique de la représenter. La même chose ne peut se dire ni de la Flore Farnésienne que Ton regarde comme une statue de TEspérance , ni de cette autre de la Galerie Giustiniani , qui est à la plane. 49 du tome I. On devra remarquer dans ces figures Tintelli- •gence savante des anciens habiles sculpteurs lesquels aussi soigneux de conserver quelquefois le style le plus ancien dans leurs statues ^couvertes d'habits très-longs^ le furent de même à s'en éloigner dans les figures de femmes qui devaient avoir un vêtement court et large ^ parce que autant cet ajustement long devenait grandiose dans les premières figures^ autant eut-il été désagre'able dans les dernières^ auxquelles on ôtait aussi par-là la solidité «t la sûreté.
vêtue d*une robe très-fine, qui forme dans plusieurs endroits des plis riches et multipliés, laissant cependant presque entièrement apercevoir les formes du corps. Une tunique supérieure libre et très* plissée, qui lui couvre la poitrine, descend jusqu'au milieu du corps ( i ) , et les manches qui couvrent la moitié de ses bras sont rattachées par des peûtes boucles. Elle parait marcher, et tenant dans sa main droite une fleur ; elle relève un peu de la gauche sa tunique, pour pouvoir cheminer plus commodément (a) — •— — — — - — 1 —
(i) Le vêtement supérieur de TEspéraDce , formé de deux petites pièces d'étoffe , se voit presque généralement dans tontes les figures de l'ancien style grec ; tel est le bas-relief du Musée Pie-Glémentin déjà cité ; ainsi que tontes les Deités femelles' du grand autel triangulaire de la ville Pinciana ^ qu'a publié pour la première fois avec exactitude Ennius Quirinns Visconti / dans les Monumens Gabins de cette maison^ et dans les pi. de supplém. do Musée Pie-Clémen. , t. IV, B. I , n. i , a. B. Il, n. 5.
(a) On met dans les mains de TEspérance une fleur , parce qu'elle promet le fruit. M. Adisson, dans ses dialogues sur Futilité des médailles , dit; à propos de la figure de l'Espérance dont il est question dans la première série , n. 8 : La fleur , 014 la plante naissante, que vous hd voyez dans la main droite , est un ornement particulier à V Espérance y parce que , dans le langage poétique j les fleurs et les plantes nouvelles sont V espérance de F année abondante
tune berba nîtens et roboris expers
Turget et însolida est ; et spe delectat agrestem. Omnia tnnc florent; florumque coloribaa aimas Ridet ager.
Ovid. , Met. , lîv. XV , v. aoa.
he mime poète ^ parlant de la vigne qui fleurit, s'exprime ainsi :
In spe vitis «rat.
Ovid. , Fast. , liv. V , Saa.
x85 Il serait nécessaire de rechercher la raison pour
laquelle on a placé entre ces deux Déesses un candélabre au lieu d*un autel , comme on en voit nn aux divinités représentées sur les autres faces^ Nous ne pourrions aTaucer sur ce sujet que des subtilités; cependant nous dirons que voyant qu^on offrait aux Dieux des parfums , des victimes et les prémices de toutes choses , on peut penser que sans qu'il y ait ici rien de mystérieux, on a mii un candélabre à la place d'un autel (i).
Quant à Tattitude de marcher et de relever sa robe y Buobarroti en donne beaucoup de raisons y dans les observations déjà citées à la page 4i8et suîv. Il y dit que TEspërance relève son habillement y ou pour indiquer par cette façon plus commode de sa marche , la promptitude avec laquelle elle pénètre en nous. Et même l'Espérance agile seule y celle qui tout en ne faisant que passer y apporté au plutôt les objets attendus , était regardée comme la bonne ; car celle lente à venir était estimée comme contraire aux désirs*
(i) Par tout ce qui vient d'être dît dans la note ci-dessus j il semble encore plus que les deux Dëesses représentées sur cette partie de Tautel conviennent beaucoup k la campagne. Golumelle dans le liv. X, p. 55a, De Hort. cuit* y fait chanter par les cultivateurs , occupes dt leurs travaux champêtres y des hymnes h la Fortune :
dumque virent nêxos deferte maniplos
Et célèbres fortis Fortunae dicite laudes
Mercibus exactis.
Horace parle ainsi de la Fortune:
Te pauper ambit sollicita prece
Buris colonus,
Carm. j liv- 1 j Ckl. XXXV , v. 5.
L'espérance se rapporte beaucoup aux prpductions de la
A présent il nous reste le quatrième l>as-relief, duquel nous trouvons beaucoup d'exemples dans les anciens monumens ( i ) , et qui se rappoitant en* tièrement aux dîvtntés des forêts , nous fait croire ^e notre autel avait été placé dans un bois sacré. Hercule et Sylvain étaient , dans l'ancienne my-
terre comme nous l'avons déjà observé. Noos ajoateroni 3i présent que Platarque , ( De Fort. Rom. , t. Il , p* 3^5^ A ) fait mention d'un autel dédie' k la Fortune et à It Bonne Espérance. Sur un cîppe publié, peu exactement, par Boissard^ ensuite par Gruter, puis par Begerdattsle Spicilegium Aruiq. , p. 84, XIII, on voit, sur les côtés, la Fortune et l'Espérance , qui font allusion aux noms de la défunte. Ces deux divinités sont également réunies dans deux épigrammes grecques , qui se trouvent dans VAathologie :
Spes et Fortuna longum valete. Semitam inveni, Nec enim amplius rebus vestris detector*
Liv. I^ ch. XXV ^ n. 3.
Spem et Nemesin benevolus ad aram constitui: Jllam quidem y ut speres, liane vero ut nihil habeau
Horace y dans Tode déjà citée, appelant la Fortune pour qu'elle accompagne Auguste, qui partait pour la Bretagne , place l'Espérance au nombre des compagnes de ceUe Déesse :
Te Spes , et albo rara fides colli Velata panno.