‹ Monumens du musée Chiaramonti, décrits et expliquésChapitre 25 sur 50 · L. e. y V. ai · texte numérisé non relu

L. e. y V. ai

(i) Dans Gruter, Inscr. Ant. ^ psg® LXII , n. 8, ilj a un autel dédié à Hercule et à Sylvain. ReinesinS; Synt. Inscr. Ant. , rapporte une autre inscription en forme de bouclier y dédiée aux mêmes Dienx^ classe I , n. CHaî de même Murât.; Nov. Thés. Inscr. ^ pageLXXI; n* ^

thologie regardes comme présidant aux forêts, et il existait entre ces Dieux une union si étroite , que quelquefois on n^en fit qu'un seul (i). Cependant ce monument fait autorité pour ceux qui regardent dans Hercule et Silvain deux divinités distinctes.

Hercule a la tête couverte de la peau du lioa de Némée qui tombe de Tépaule gauche et vient lui couvrir le bras droit , laissant le reste du corps nu. De la main droite il soutient sa massue , arme terrible dans ses mains. A ses pieds est un porc, paré de la vîtta sacrée , parce que cet animal lui était offert en sacrifice (3). Dans le milieu s'élève

(i) Hercule et Sylvain fureot réduits par quelque ërudit à n'être qu'une seule divinité. Mon, ined, , tome II , page 92, Winckclmann appelle Hercule Sylvain £>emfrophore , ou porteur d* arbres une figure ; que Ton voit dans un grand bas-relief du palais Rondinini j publie aussi dans les Notizie delle Antichità e belle arti di Roma , janvier 1788, pi. III^ et cet écrivain inclina à la croire plutôt une figure de Sylvain que d'Hercule. L'auteur du Musée Pie-Clémentin , tome IV , page 33o , n. (a) ^ ne trouve pas cette dénomination d'Hercule Sylvain bien fon-dee y et il croit que l'on doit lire Sjrllanus y comme la pensé aussi Pîtiscus , Lex, Antiq.Rom. j t. I, p^SQg^b. Si toutefois cette dénomination d'Hercule Sylvain n'est pas bien assurée , on peut regarder comme l'étant davantage celle d'Hercule Rusticus , dont parle Lampridius in Gom. y cap. 10, Hist, Aug, y tome I^ page 5ot2.

(2) Ce n'est pas le seul monument dans lequel on voit un porc près d'Hercule. Il existe dans le Musée Pie-Clémentin un bas^relief qui ornait anciennement le frontispice d'un temple rustique de ce Dieu j où Fon voit la

un autel couronné de guirlandes , que nous obser- Tons oontinuellement dans les sacrifices champêtres , et que Ton trouve sur les monumens les plus anciens (i)»

victime , comme dans notre marbre , ornée des Vittae , dont on parait les animaux que Ton conduisait au sacrifices. Dans le tome IV déjà cité du même Musée ce bas- relief est indiqué k la planche XLIII ^ et on y dit que plusieurs bas-reliefs donnent ii croire que le porc était une victime offerte à Hercule , ce qui prouve ranciennelé de son culte^ puisque ; selon Yarron ^ De re Bustic*y lîv. Il, page 73^ 1. 5 y ce fut le premier animal que l'on •acrifia aux Dieux. Ab suillo enùn genere pecoris ùnnuylundi initium primum sumptum videtur.

(i) En voyant les autels simples entre Diane et Apollon, et entre Mars et Mercure, et ceux entre deux divinités champêtres , comme sont Hercule et Sylvain ornés de guirlandes , cela nous a donné lieu de supposer que les festons suspendus autour ne sont pas des festons sculptés à Tautel représenté , mais des festons ou guirlandes de feuilles et de fleurs dont on avait entouré et couronné Tautel. Pour apporter quelque exemple d'un rite religieux chnmpctre dans lequel on voit des autels ou des simulacre ornés de guirlandes, il suffira de citer les pierres gravées publiées par Mariette , Pierres Grav. , tome II , pL XLV, LXl, LXVI, CXXl^ car on y voit des guirlandes et des couronnes autour des autels dans les sacrifices de Bacchus , de Priape , exécutés par des Faunes , des Bacchantes^ tous champêtres. C'était un usage chez les anciens de couronner les autels , par cette raison Ovida a dit:

Fumida* cingcuur florentihus ara coronis.

lùsu, lîv. m, éleg. XIÏI, v. i5.

Tertullien nous apprend ^ De Cor. mil., chap. 10^ Ips€te denique fores et ipsae hostium , et arae , ipsi ministri ^

i89 yis-2i-TÌs Hercule est la figure de Sylvain avec une barbe épaisse et courte. Il a sur la tète une couronne qui peut être de pin([), et une peau de chèvre, qui est retenue sur son épaule droite par un nœud formé des pattes de derrière » lui sert de chlamyde. Dans la main droite il a une espèce de faucille {2); dans la gauche, qui est presque cou-

et sacerdotes eorum coronantur, Festas^ dSns Paul ^ p. CL, a nomme les couronne» ou guirlandes attaches aux autels, Pancarpiae dicuntur coronae in vario genere ^» rum factae» Vît rave , liv. IV , ch. i , page 61 , donne le nom XEncarpus à la guirlande ^ nom qui derive du grec syxap^OÇf sur quoi Philander remarque : Encarpus Graecis fructuosum significat: hoc loco omamentum est, hoc est florian frondumque , et pomorum complexus , ' atque contextus , etc. On voit dans un bas-relief publié par Thomassin, De Donar, in Graev. Thés., tome XII ^ p. 847? et représentant un sacrifice à Sylvain, un arbre orné des guirlandes et de couronnes.

(i) Les images de Sylvain sont en général toujours couronnées de feuilles de pin. Monseig. Gaetano Marini^ dan» les Inscriptions de la f^illa Albani , en décrit à la p. lo une très-singulière, qui est dans le palais Pamfili k Navone, également avec une couronne. La couronne de pin était particulière pour les Faunes^ parmi lesquels on confondait Sylvain :

Comigerum caput pina percinctus acuta Faunus in immensis , qua tumet Ida jugis. Ovîd,, Epist. , Heroid. V, x. iSn.

(2) On parle peu de Sylvain dans les fables grecques^ et il est confondu avec Faune ou Pan. Meursius, De Fort. Athen.j cap. III; In Gron. Thés, j t. V, p. 1693, C, rapporte un passage d'Hilduin qui a écrit la Vie d« S. Dénis TAréopagite ; dans laquelle il décrit les diverses

igo

verte par la peau de chèvre ,' il dent une branche

d'arbre qui parait être d'un pin ( i )• Tout le reste

régions d'Athènes , il dit : Secunda regio Athenae est , quae respicit Thraciam, uhi terehinthus mirae ma^tur dinis ; sub qua Sjrlvani et Fauni egrestium kominum sitnuUtcra statutis diebus a pastoribus venerabantur ^ quae regio Tiavoç Wwoç^ appellatur a nomine Silvani et Fauni, Graeci enim Sylvofìum XIS/PO/ voci tant. Il semble que les Romains ont appris ce culte des Pelasges. Il présida aux forêts ; aur champs, à leurs confins, comme a dit \irgiJe, dans le VHI livre de V Enéide ^ v. 600:

Syhano fama est veteres sacrasse Pelasgos Arvorum pecorisque deo lucumque diemque.

Il ne parait pas nécessaire de chercher aucun sens allégorique de la petite serpe ou faucille qu'il tient la la main^ et dire qu'on la lui voit comme descendant de Saiuroe, puisque la serpe est un instrument propre k la cullare des plantes. Horace dans la seconde Èpode , v. 1 1 ; Ìj>ì' saut l'éloge de la vie champêtre , met au nombre des tra* vaux qu'elle exige le soin d'employer la serpe pour lei arbres , et il invoque le secours de Sylvain pour cet usage: Inutiles falce ramos amputans , Feliciores inserit.

Marziano Capella fait allusion k la serpe dans la maiaac Sylvain , quand il dit au commencement du V liv. , v. 10 • Tune primum posita Sjrlvanus forte cupresso Percitus y ac trépidons dextram tendebat inermem.

(1) Virgile, Georg. I, v. ao, mit un cyprès à lamaia de Sylvain^ et non un pin:

Et teneram a radice ferens , Salvane , cupressum. Selon Servîus Sylvain changea en cyprès un jeune bomw* qu'il aimait, et qui était mort de douleur, parce que ce Dieu avait tué à la chasse un cerf qu'il chérissait. Cependant l'arbre qu'on voit dans beaucoup de ses nionumens ne semble pas être un cyprès, ma-s toute espcc* d'arbre pouvait convenir aux Dieux des forêts.

du corp^ est nu , excepté les jambes qui soni chaussées de cothurnes ( i )• On voit à ses pieds un chien ou un loup (3), ces deux animaux lui étant con-

(i) Les cothurnes que nous avons observes^ k la planche X\It, p. i55, n. (i^^ qui seiTaient à Diane comme chasseresse , étaient également propres à Sylvain qui se plaisait à chasser aussi.

(3) Par le même motif que nous avons donné ci-dessus^ on mettait un chien aux côtés de Sylvain , car nous pensons que dans ce bas-relief on a voulu figurer un chien plutôt qu'un loup^ et nous en disons autant de ceux que l'on voit sur d'autres monumens , presque tous d'une éxecution peu satisfaisante. Cette attitude de l'animal qui regarde son maitre est plutôt celle^ d'un chien , familier , que d'un loup. IVous ne trouvons personne parmi les anciens auteurs qui dise que le loup fut consacré à Sylvain, l^ous savons seulement que les Athéniens avaient I grand soin de les tuer ^ qu'on ordonnait des chasses pour les détruire ^ et que beaucoup de lois établissaient des récompenses pour ceux qui tuaient des loups ^ lesquels causaient de si grands dommages aux campagnes d'Athènes plus destinées à élever des troupeaux^ qu'à la culture des grains. Sylvain^ gardien des troupeaux, pouvait être le protecteur de cette chasse des loups , dont les bestiaux obtenaient des avantages si grands. Quoique notre avis soit que le porc sculpté près d'Hercule sur cet autel ne se rapporte pas k la figure de Sylvain, il n'est pas moins k propos de dire que le porc était une victime destinée k ce Dieu. Le bas-relief qui appartient k Thomasini déjk cité k la note (%) , page 187 de cette table, reproduit par Montfaucon j ArU. ExpL , t. I , p. II , pi. CLXXVII, n. 1 ^ offre le sacrifice de cet animal fait k Sylvain. Maffei f Mus, Veron* , page GGXl ^ n. 5 ^ a publié un cippe «consacré k Sylvain , où Ton voit le Génie de ce Dieu avec tous les attributs du Dieu même ; et ayant un porc k ses

sacrés. Un arbre s*élève derrière un autel, el quoi* qu'il étende des branches tortueuses, on peut croire k la forme de ses feuilles et du fruit que c'est un pin.

Après avoir expliqué en détail et l'une après l'autre toutes les divinités sculptées autour de Tautel dont nous avions à parier, nous allons à présent nous occuper du résultat de tout ce qui a été dit , et nous essayerons d'en retirer des conséquences qui établissent à qui cet autel fut particulièrement consacré.

Le pin qui s'élève dans le milieu du bas-relief de cette quatrième face , les trois autels qui se vojent au milieu de trois des bas-relie& , et sur lesquels on voit constamment des pins et des fruils, tout nous porte à croire que dans cet autel nous devons voir une offrande faite à la Terre Mère, qui est la même que Opis ou Cybèle la mère des

cotes. Nous apprenons déjà par les anciens écrivains ce rit, confirmé par les monumens y puisque Juvenal ditdaoi sa Satyre VI ^ v. 44^;

Cedere Sjrlvanum porcwn , etc.

On offrait aussi du lait à Sylvain , comme nous rapprend Horace :

Tellwrem porco ^ Sj-lvanum lacté piabant,

£pist. 11^ lib. II, V. i43.

Caton , De Re Rustie. , eh. 83 , enseigne le vœu que Von doit faire a Sylvain pour la santé des bœufs , en lui offrant du froment^ de l'orge, du lard, du vin et aaires objets^ et il prévient que: Millier ad eam rem Di^i>*^^ ne adsit^ neve videat ^ guo modo fiat*

Dieux (i). Les Dieux qui sont auprès de cet autel , accompaguent les voeux des mortels pour fertiliser les forêts et les champs j où était élevé cq marbre sacré (a) très-estimable par les lumières qu'il répand sur l'ancienne mythologie.

(i) On sait assez qa'Opis; la Terre et Cibèle sotat une même chose ^ ainsi il est superflu d'en donner les preu* Tes. D'ailleurs on sait aussi que le pin était consacré k Cibile. à cause de la mort d'Atjs :

Gheleyus AtHs Exuit hoc hominem , truncoque induruit iUo.

Ovid.^ Metam^j X,,y. io5.

Dans les fêtes en l'honneur de Cibile^ qui se céleliraient le as mars ( XI kal. apr. ) > on portait un pin dans son temple. Cette fête est notée dans les anciens calendriers par ces mots Arhor inirat. Enfin les pins sont appelés par Martial pommes de Cibile :

Poma sumus Cibeles.

Liy. Xlllf a5.

Dans le bas-relief Capitolin qui représente rArchigale^ ce prêtre porte une corbeille avec des pins et des fruits pour les ofinr à sa Déesse. WincLelmann , Monum, ined, , p. 7, reconnaît dans ce panier même les amandes nées du sang d'Àtys.

(a) Arnaud dans son traité De D.iis assessorihus inséré dans le tome II de Poleni y raisonne fort-au-long sur l'union que les Grecs et les Aomains ont faîte de leurs Dîen^. Il parle dans le chap. XI particulièrement des autels sur lesquels étaient sculptés diiTéreos Dieux ^ ou qui étaient dédiés également à plusieurs d'enue eux. Il avance que généralement on voit réunies les divinités qui ont entr'elles quelque rapport, et que quelquefois elles sont pris d'un Dieu qui leur est supérieur. La réunion de tous.les' Difux peut bien convenir à environner la Terre^qui est la mire de tons. Nous avons siiffisammest prouvé k présent

Musée Chiar. VoL L i5

. PLANCHE XXIL

Mcrguhe *.

La très-élégante statue de Mercure* que nous offie cette gravure nous ramené k beaucoup de ré-

la relation qa*ont les .Dieux exprimés sar cet aatel avec la cnltare des forêts et des campagnes , pour leur en eoa* fier la garde et la protection.

Noas pourrons ajouter encore , que Caton , deBe Rust,, ch. 134^ parlant d'un sacrifice champêtre, composé d'une truie ^ d*avoine, et de vin^ que Ton devait faire avant li moisson ,' fait invoquer plusieurs divinités, dans cette cérémonie sacrée. Le même ^ chap. iSg, indiquant le rit Il observer lorsque Ton taille les branches dans les forêts ; veut que dans cette occasion on sacrifiât un porc ta Dieu on à la Déesse Îl qui la forêt était consacrée.

* Cette statue a neuf palmes et demi de haut ; elle est de. marbre pentélique. Les parties restaurées sont le bm gau^e avec le caducée , et les doî^ des pieds. La tête antique est du même marbre pentélique. Elle fut troatée dans les fouilles de Famphitéâtre Flayien, ordonnés parle souverain pontife Pie VII. Li^ statue était dans le jardia pontifical sur le moi^jt Quirinal.

Nous devrions , suivant la méthode observée dans les volumes du Musée Pie-Clémenti»^ rendre compte de ces excavations faites au Golisée ; mais comme les soibs prsvoyans du S. Père lui ont fait donner les ordres néces* saires pour qu*on dessine et qo*oo explique tout ce qu'on retirera d'intéressant de cette fouille ; comme ces études seront un jour publiées^ nous nous dispenserons d*en psr* 1er. Nous ne pouvons pas cependant omettre de p'jsrsa souverain le tribut de la reconnaiisaace des artistes et des antiquaires^ parce que nous lui devons de voir les anciens

fleiioDs sur la sculpture grecque. Cette figure nous parais très-digne de Fadmîratîon de ceux qui che* rissent les arts , et qui ont également de la generation pour les raonumens antiques. Ce ne fut

édifices remis en meilleur état^ en ayant assure leur entretien et leur embellissement.

Un monument aussi intéressant qu'est la presente statue, nous oblige à en donner l'histoire avec la plu§ exacte précision. ISfous dirons à cet effet , qu'on y avait adapté une mauvaise tête moderne d'Adrien , et qu'elle avait e të gitee même par un très-mal adroit restaurateur. Nous trouvons une statue parfaitement semblable à celle-là dans le Recueil de Cavalieri i n. 4i > et on la donne comme existante cbes le card. Farnese ; on dit qu'elle représente Adrien. Nous pensons qu'on a ajoute Sur cette statue Farnese une tête d'Adrien y et qu'en la comparant on a fait de^a notre le même sujet; à moins cependant que ce ne soit là même statue publiée par Cavalieri^ carlare'union des planches des deux tomes de cet ouvrage a [Irodiiit quelque confusion dans l'indication, des lieux ; et d'autant plus qu'alors on dessina et on graVa beaucoup de' statues du Quirinal. Il nous sera , toujours permis de conclure en faveut de la singularité de i\otre. monument, on que Cavallerf, en la gravant, a su l'apprécier , ou que les anciens faisaient grand cas de cette figure , qu'on trouva beaucoup répétée.

Cette statue en outre avaft été , jusqu'à ce moment , placée à découvert sous des arbres dans les allées d'un jardin y et elle n'échappa pas aux yeux du chev. Canova , qui l'ayant fait transporter an Vatican avec la permission du pontife , lui rendit son antique splendeur , en détrni* sant la première restauration et y plaçant la tête déjà indiquée , qui se trouva admirablement de la proportion la plus exacte , et s'accorda même avec la qualité du mar'* bre , de telle manière qu'elle parât en laite {atfie.

donc pas une sterilite d'imagination, ni Tigno rance de la beauté des formes et de leur variété, qui engagea y chez les anciens y les plus grandi maîtres de Tan à donner très-souvent à leurs sutues une certaine ressemblance ^ qui pourrait faire croire que les uns et les autres se copièrent Les Dieux avaient leurs formes précises , leurs attitudes pardculières , lesquelles dérivant du caractère qu'on leur attribuait ^ de leurs offices , donnaient à leurs pbyÂonomies des formes indispensablement les mêmes, et une certaine habitude dans le maintien dont il ne iallait pas trop s'éloigner. Cependant ces grands artistes aavaieot donner k leurs 6gures, quoiqu'on pût en apparence les dire imitées les unes d'après les autres , quelque chose * de si peuf et de si sublime, qu'ils ne fiôsaient rien pendre k l'originalité dans l'invention, ni k l'inimitable hardiesse dans leur exécution. Les réflexions qui nous portent à considérer ce monument des arts dek Grèce , qui nous est resté par un très-grand bonheur^ malgré le choc de tant de siècles, nous couduiront à pouvoir établir sûrement nos assertions , et nous espérons pouvoir en tirer des preuves claires et démonstratives.

Et premièrement , nous croyons devoir fixer use. réglé générale, que. nous a fourni la longue et. assidue observatîpn des anciens monumens, laquelle est le seul guide le plus sûr qui puisse nous servir à établir des principes incontestables. Le différent mode de représenter chaque Divinité j est celui qui se trouve dans les monumeoa grecs de

«97 TancieD s^le , et dans les Etrusques , comme celui qu'on suivit dans des temps très-postërieurs y niéme d'un trayail médiocre et has : parce que les premiers furent les modèles de tous les simulacres, et les seconds en furent d'informes imitations, par lesquelles on chercha toujours k rendre l'idée des premiers originaux et des compositions les plus célèbres. Si nous observons les images les plus anciennes de Mercure , représentées sur les tableaux du style le plus antique^ nous verrons ce Dieu toujours caractérisé par sa pènule ou sa chlamyde ( i y. Si nous tournons nos regards .siu* tant de petites statues, et si ordinaires, de Mercure, en bronze, nous les trouverons toutes également vêtues dans le même mode (â). Ceci étant ainsi déterminé nous allons à présent examiner notre statue, qui • représente Mercure ,' puisque la ohtamyde et la pose qu'elle a le fait reconnaître pour tel.

La stature de cette figure annonce un ftge adulte ^ mais rien n'y annonce des traces de vieillesse ; elle a ime vigueur sauvage , qui cependant ne détruû pas la grâce. Nous comparerons son attitude k celle d'un homme qui prête attention k quelqu'un,^ et qui

(i) WiDckelmaun ea offre deax dans. les ifoniim. ined,^ nam. 6 e 38. On en verra d'autres exemples sur les vases dits étrusques ; d^ Passer», Pid.'&rusc. in yasc*p tome .11^ pi. LXX 3 tome III ^ fl. ISXWl.

(a) .Yoyes entre autres le Musée d'Herculannm , t. VI, des Bronzes 3 tome II , plan. XXXIII , 5 : Montfaucon ^ Ani. Expl. y tome I ^ pi. LXIX^ ii«. i ; a et 5 > pi. LXXj^ B. 1 ^ pi. LXXXVI , n. 5.

est prêt k raardier. Il est on ocenpé k remplir lei

ordres de Jupiter, on il accueille les voeux des mor-

' tels pour les reporter k l'Olympe , ce que semble-

rait plutôt indiquer cette douce inclinaison de as

tète (i).

Dans cette statue de Mercure nous trouTODs one

ressemblance assez directe avec une autre effigie

de lui plaoëe an Yatican , qu'on appelait rAntiDOûi,

mais, la touche hardie , le style grandiose de ce&e

que nous examinons , nous fait penser que la nôire

est antérieure, et même conjecturer que celle du

F Vatican en est une imitation* Les images les plus

anciennes de ce Dieu sont, comme nous l'avons

fait remarquer , presque toutes revêtues de h pe»

nula ou d'une chlamyde, et voilà les originaux qui

ont servi mxx sculpteur pour lui faire représenter

Mercure. Peut-être que les artistes postérieurs à

(i) On a parle des fonctions de Mercure à propos de ea figure sur Taotel carre de la planche XIX. Noas dirons ici que Lucien badine là-dessus dans les Dialogoes des D'eux 9 tome I^ page iSa. Là Mercure fils deMt)i fille d* Atlas se plaint des soins multi]^& qu'il remplit; et inexprimé aCnsi s Nom mane wrgenàum est mAi, eiverendum convivii coenaç^lum* Tum ubi curiam stravero • • ^ Jovi assistendum , ac perferenda iUius mandata tota die seorsum, et deorsum cursitando i cwit rerersui sum ai' hune puliwulentus apponenda ambrosia . ... Soli amtwff» ne nociu quidem quietem agere iicet : sed cpportêt ws esiam tune defunctorum animas Fiutoni adducere , ***• niumque-ducem agere, et foro judiciaU assistere. Heque. mihi st^Ufciebant diurna négocia^ quod versor impahiestriSf çuod in concionibus praeconis vices obeo, quod cretprêt cdoceop etc.

«99 celaî-ci ont trouvé que ce Tètement ôtait de la

gr&ce k une figure aussi élégante et aussi naturelle dans son mouvement, et qu'ils ont fait la se-^ conde figure ayant le corps entièreihent nu , ce qui plut à' tel point, qu'on la copiée plusieurs fois , et que nous possédons aujourd'hui beaucoup de sta* tues de ce genre ( i ). Nous né prétendons pas pour cela dire que cette statue soit supérieufe du coté de Fart à celle du Yaticai} , ce qui serait sans doute difficile à décider, en comparant. une statue qui a été, pour ainsi dire, respectée par le temps, comme celle-ci > et la nôtre qui a essuyé jusqu'à nos jours toutes les injures des aifnées et des saisons , mais nous pouvons hardiment dire que son^nveutton est plus antique, qu'elle est d'un stjrle plus noble, quoi- / que l'on n'y trouve pas le moëUeux et le gracieùt de l'art qui succeda au grandiose^ lequel était dans le principe le mérite - le plus distingué des ouvrages de la sculptiu*e grecque. Le style de ce monument, antérieur à celui de l'Antinous, est d'un âge oh la perfection de la sculpture était arrivée au plus haut degré , et avant qu'une certaine mollesse, qui s'in-. Iroduisit,* commençât à donner naissance au maniéréj lequel fut cause que dans les siècles postérieurs l'art perdit ses beautés originales.

(i) Dans le .tome premier da Masée Pie-CWmentin , page 87 , on en indiqae deux qui oat été découverts au Colombaio près de la voie Appiâ , et ane qui était placée dans la galerie du palais Farnese, laquelle avait le caducée , antique , dafis la main droite, et de$ ailes aui^ pieds. Il en existait encore trois à la ville Mattei^ dont une a été gravée^ ^t se trouve dans le 1. 1, ^1. LXXXSllL

aoo.

Avant de teimmer ndt obsenraiioi» stir catte sta^ tne , nous, ferons remarquer k nos lecteurs <[ae les Grecs s'attachèrent k donner des formes robustes aux images de Mercure , car sur quelques pierres gravées, et dans plusieurs sculpture» du pbs eieet lent style grec , on distingue k peine ses têtes de celles du jeune Hercule , et ce n'est qu' au caducée qu'on peut , en ne les confondant pas , s^as* aurer que c'est un Mercure (i). Mon» dirons de plus, qu^ se trouve sur les pierres gravées antiques un Mercure avec la chlamyde, lequel a beaucoup ie res^mUance ave^ notre statue , ce qui confirme le cas que les anciens eux-mêmes firent d'une sutue qui levur oi&rait une composition si heureuse (a).

On peut en effet assurer que romateur ne détachera qu'avec peine ses regards de-dessus ce simulacre dont tout l'ensemble est admiraUe. Car a sa tète est pleine d'expression , on voit dans ses yeux quelque chose de surnaturel <jpii inspire la vénération, et cette douce indinaison anime en même temps le courage (3). On est étonné de voir dans

(i) Il y a dans la ville Albani un hemnis de Mercore qui a des formes absolument herculéennes. On peut en voir la copie exacte dans . les /5cr£»om Albane, p* i4^* Il se trouve dans le tome I dei pierres gravëe du Ma- Mfe Florentin , pi. LXIX , num. II et III deux têtes de Mercure d'un excellent travail , qui ont une grande ressemblance avec celles d'Hercule jeune, et qui ont le etducëe }ur Tepanle.

(a) La pierre gravée qui a beaucoup de ressemblance avec notre figure est produite par Gori , Mus. Florent» f tome I, pi. XX ^ num. IL

(3) L'auteur du Musée Pie-Clémentin % donné en pe»

le nu tant de simplicité , un si beau choix de for<* mes^ et une grande intelligence de l'artiste qui a d'autant plus d'art, qu'U le fait moins paraître. Sa draperie est jetëe avec vérité , avec gr&ce , et malgré qu'elle couvre en grande partie la figure , elle laisse cependant apercevoir toute la forme du corps, et les plis ont été distribués avec une harmonie si savante , qu^ik forment une admirable opprt[>sition sur toute la figure. On* saisit le moUf de tous ses replis si naturels (i);. tous leurs mouveiiiens piit

de mots la description de Mercnre S (Test à hd que con," vient cette chevelure agréablement crépue ; disons plutôt ^u^elle est un caractère absolument particulier à ce Dieu. C'est à hd que conviennent ^ suivant la description q^en a fait Galien, Fair gracieux de la figure , le regard dou^ cernent pénétrant , cette complexîon pleine de vigueur des membres qui fait ^nnaUre le pore ou P inventeur de la palestre. Tome \, page 8a.

(i) La statue du Capitole, en marbre^ d'an style grec, BOUS offre, comme il a déjà ëtëdit, Mercure avec la pé^ nule : maiir notre statue et la suivante, sont vétuéç de la chlamyde. Cependant dans la statue presente le sculpteur a donné à la chlamjde une ressemblance à la penule en la relevant également des deux côtés ; de sorte qu'on ne la peut reconnaître pour une chlamyde que par sa boucle, et parce que tous les monumens de Mercure nous le font voir avec ce manteau. On rémarquera que Ferrari dan^ son traité, die re Vestiaria, Hy. II(, seconde partie; k là page 849 àvi VI tome du Trésor de Grevius, n*a pu trou* ver un monument qui indiquât mieux la chlamyde ou la •aie que la statue d'Adrien de Cavalieri j laquelle est , comme nous l'avons observé^ la même que la nôtre. Il cite plusieurs passages de poètes anciens qui décrivent la manière dont ce vêtement s'attachait au moyen d'une boucle précieuse:

été copiés d'aprèa le modèle ^ et ont le sentiment 'da beau* Enfin on peut ranger cette figure parmi les productions les plus sublimes de la scnlptore grecque. Si Ton n'a donc pu d'abord indiquer d'antre modèle, pour représenter Mercure , que le trayail d'un artiste moderne (i); si 'Winekelmann en Iroura un exemple plein de mérite dans le Mercure de la TÎOe Ludovise (a); si Ton eu déconnîr le simulacre le plus agréable dans le Blasée Vie* Clémentin (5), nous avons le plaisir de montrer dans

Phoeniceam fulvo chlamjrdêi^ contractus ah aura.

Oyid. , Metam. , XIV, v. 545.

Ceux qui Toadront de pins grands Maircissemens là-4^ sas 9 pourront consulter Ferrari lai-mAme , an b'eù cit^* lia penale que l'on voit sar beaucoup de stataesdeMe^ cure^ est an habit coartet rond^ qai^e pesi»e par leçon, et qa'oo releve de deax cAt^s poar agir conunodemest avec les bras. On voit ce bêtement employé par Mercure^ comme en usage dans les jeox des athlètes de Ltcédé' mone } la palestre et les antres exercices du mtee genre ayant élé inventés par Mercure, selon ce qa'aremtrqne Meursius dans les Mélanges Lacédémoniens , liv. II y cha* pitre XV , m Gron. Thés. , tome V , page a558. Fertsri voulant dooner un exemple de la forme de la pénius; présente uoe statue de Mercure , que l'on peut voir dsof le tome "Vf du Trésor de Grevius , page 83i«

(i) Le célèbre Mercure Médicîs, volant, ouvrage i^ Jean Bologne , qu'on a tant de fois copié en petit en m' U\, et dont l'abbé Lanxi fait U description et Feloge i Justem<>nt h la page 55 de Topuscule inséré dans le jon^ nal de Pise , sur la Galerie de Florence , tome 47* (aj Winckel. , Descr. des pierr. grav. de Stosch, f* (3) Musée Pie^Clémentin, tome I, pL VU.

2o5 <;ette statue rorigbal le plus précieux digne des élo-> ges et^ de l'étude des sièdes à venir.

Page 1