PLANCHE XXXIV
Triomphe de Bacchus *.
Quoique l'on voye souvent sur des tombeaux les mystères de Bacchu8(i)^ ce bas-reUef devient
Marzo ^ les deax dernières figures à l'extreniìté de It face représentent deux ministres ou prêtres de Bacchus , vêtus et barbus comme leur Dieu. On peut voir cç sarcophage dans le tome V du Musée Pie-Cle'mentÎQ dans les planches de supplément , lett. C.
* Ce bas-relief a neuf palmes de long et quatre ouces; il est 'haut de troia et demi^ en marbre grec dar. Il était antrefois chez le cher. Cavaceppi , et il fut acheté par M. Giovanni Pierantonj, sculpteur académicien.
(i) Outre que les initiés de Bacchus conservafent parmi ]es ornemens de leurs tombeaux la mémoire des mystères auxquels ils avaient été admis , les erudita ont encore observé qu' il- y avait beaucoup de signes qui donnaient des rapports à ces images dans les monumensfunèbres« En effet Bacchus était l'inventeur et Je protecteur de différens arts y comme de la peinture , de Tart de la guerre I de la culture en général, particulièrement dé celle de la vigne. Il était l' inventeur encore et celui qui présidait aux spectacles aux théâtres, aux festins , de la danse« On le regardait également comme le Dieu à la gaieté : aussi promettait-il la prospérité et la joie aux défunts , même après leur mort. On peut ajouter à cela qu'il était descendu dans les enfers pour condnire sa mère au ciel, comme le raconte Hygin^ fàb. CCLI. D< plus Bacchus lui-même devint Dieu après sa mort , voyet le même Hygin^ fab, CCXKIV. Bacchus, selon Isidore, se nommait Liaeus parce qu'il débarassait des inquiétades. Hoc ala 4)uod nos cura solvat Liaeum appellani» kid^, iiy. XX, cA.5^ ;wgr. i3i5^ 46; et le même^ /*V. VlU)
fort intéressant par la quantité d'objets qu'il représente. Aussi nous fait-il nous plaindre des ravages que le temps exerce, qui nous en a ravi une grande partie , et qui a laissé ce qu'il a épargné , dans un état encore déplorable.
Les chars ^ les éléphans, les prisonniers, nous indiquent fort clairement le triomphe de Bacchus sur les Indiens. Les habillemens divers, et les objets mystérieux , vont être le sujet de nos recherches rapides , parce que la plupart ayant été déjà traités , il suffira que nous les rapelions à la mémoire de nos lecteurs érudits.
La première figure qui s'offre à nous , en commençant à la droite du spectateur , est un hermès barbu enveloppé dans plusieurs habits, et dont la tête est ornée comme celle d'une femme (i). Ce peut être un hermès de Bacchus barbu , peut-être aussi celui du Dieu Terme ou de Priape , toutes choses qui sont analogues au sujet représenté (s).
cap* II y pag. loi'], 2: Liaéus aocò tov Xveov quod multo vino membra solvantur. Toutes ces considérations font convenir Bacchus avec la tranquîUté de la mort.
(1) Quoique cette figure soii fort endommagée , il Juî reste encore assez d'indices pour y retrouver^ en outre de la confrontation avec des monumens antiques semblables^ une face barbue.
(a) On 'Voit quelquefois Baccbns barbu représente à Feitrëmite des bas-reliels^ dont le sujet a rapport à des actions de ce Dieu , ce que nous aurons occasion de faire remarquer ailleurs. Le Dieu Terme et Priape cependant se confondent souvent l'un avec l'autre , et tous deux ont des rapports avec Bacchus. Baccbus planta $eê ter-
Musée Chiar. Vol. I, 17
Devant ce simulacre est un autel ou brûle une ftam* me, et oraë dtencarpii^ de festons (i)« Une jeune fiHe , vue par derrière, revêtue d'un manteau double^ of&e sur cet autel j au Dieu, un oiseau (:i); ce que nous trouvons plutôt par la comparaison avec d'autres monumens semblables , que par notre marbre lui*méme (3)^
met en colonnes, comme Hercule , sur les confins de ses conquéteSk C'est ce qai est attesté , entre autres , pat Q. Curtius, liv. III, ch. X, 5^ et liv. IX, ch. IV , ai. D'ailleurs le culte de Priape était mêlé aux mystères de Bacchus \ comme nous l'indiquent beaucoup de monomens anciens, et cela est encore confirmé par la fable qui fit Priape fils de Bacchus et de Vénus. Casali, dans l'ouvrage de profanis romanorwn ritibus, parle de cette relation superstitieuse part. I ^ ch. IX ^ page i36, B.
(i) Nous avons déjà observé k la note (i) de la page i83, que les encarpes se trouvent autour des autels dans les sacrifices rustiques , d'oii nous renvoyons nos lecteurs k se reporter k ces réflexions. Plusieurs auteurs anciens croyent que Bacchus a été un des premiers k propager le culte des Dieux , et k instituer des rits et des ordonnances sacrées. On sera bien aise que nous rapportions ici des vers d'Ovide k ce sujet:
Arue tuos ortus arae sine honore fuerunc ^ Liber , et in gelidis herba reporta fccis. Te memorant Gange , totoque Oriente subacto
Primitias magno seposuisse Jovi»
Cinnama tu primus captiyaque thura dedisti ,
Deque triumphato viscera tosta bove.
Nomen ab auctoris ducunt Libamina nomen Libaque ; quod Sacris pars datur inde focis.
Fast. III, V. 7Î17.
(2) Nous aurons lieu de parler de ce genre de sacri* £ce dans le discours suivant.
(3) En outre du bas-relief que nous donnerons ci-^près^
a59 Dans le bas est placé un petit Génie ailé de Baçchus, k cheval sur «in tigre , ou sur une iieoesse, ne pouvant assez les distinguer à cause du dégât de la sculpture (i); ou c'est FAmour, qui accompagne toujours Bacchus , monté sur cette bête féroce (3). La figure de vieillard qui vient après ^
et d'autres qui sont dans cette collection^ on peut voir la pi. \ lit du tome Y du Musée Pie-Glementin.
(i) Le Génie de Bacchus s'appelait Acratus^ et ce nom signifie vin ptw. Nous avons beaucoup de monumens qui offrent cet enfant ailé avec les symboles de Bacchus^ et pour en faire connaître quelqu'un^ nous indiquons celui du tome V des peintures d Hèrculanum y pi. XIII, et l'autre pi. XXXVIl du tome II A^&Bronzes. Selon Winckelmann, Àcratus est un enfant sur un tigre, publié par Gavlus tome III ^ Recueil d'Antiq., page 365, pi. GYII. Winckelmann croit aussi reconnaître Acratus dans une figure ailée qui soutient Bacchus^ sur une pâte antique, indiquée dans sa description du Musée de Stosch. V* Pier Grav. de Stosch., page 229^ num. i458. On voit sur les monumens Matthejani , tome lU , pi. LXXTI , fig, £ et II , des Génies ailés de Bacchus dans les bas-reliefs d'un des pulvinaria qui sont aux escaliers du palais Matteî. Guper, dans Texplication de F Apothéose dHomhre insérée tòme II, page 166, du TV^^or de Polénus, appelle Bacchus un enfant ailé sur un tigre représenté sur quelques médailles. Gette figure a semblé à quelques érudits l'Amour vainqueur et domptant tous les-étres; mais comme il est accompagné d'un Satyre, il paraît plus vraisemblable de le rapporter à Bacchus \ et nous ne sommes pas éloignés de le regarder comme son Génie, {['autant plus que nous voyons près, du char de Bacchus un en« fatit ailé monté sur un lion.
(a) Nous avons de fortes raisons pour croire que 'ce n^est pas l'Amour qui est représeolé sur notre marbre ; le "
s'ayançant d^un pas grave et lent, en s*appajant sur un bâton , parait à sa physionomie , qu'on disdn* gue mieux dans, le bas-relief que dans la gravure, avoir tous les caractères du vieux Silène (i), vêtu à la manière des barbares (a) , et peut-être à Fin-
lieu oii il est plac^ ne parait pas être coDveaaVIe k une Divinité céleste Quand l'Amoar est sculpté sur de tels monumens y on le voit toujours volant , et non confondu parmi les suivans de Bacchus. Cette place peut convenir à un Génie que Tancienne mythologie plaçait dans la classe inférieure des divinités , et presque comme tin serviteur des Dieux plus grands. Voyez à ce sujets an- dale, de Oraculis , cap, I ^ et de ortu, et progr. JdoloL , cap, 3«
(i) Nous aurons occasion de parler du visage de Silène en expliquant deux de ses statuts publiées dans ce tome aux planches XXXV 1 et XXXYII. Nous devons bien as* surer nos lecteurs que dans le marbre original on voit clairement les formes caractéristiques de son image*
(3) Nous pouvons citer divers monumens qui nous of* frent Silène vêtu , et non pas nu. Winckelmann , dans son ouvrage déjà cité Pier, Grav. de Stosck,,n. 1470, en décrit un vêtu comme un philosophe, appuyé sur son bâton. Bellori, dans les Lucernae^ partie 11^ fig. 21 ^ en rapporte un , comme on Fobserve encore dans d'autres bas-reliefs antiques. Dans le bas-relief, du Musée Pie-Clémentin^ que Ton trouve dans le tome lY, pKXXVU, Silène est vêtu d'une tunique, et d'un pallium orné à ses extrémités} il est aussi chaussé^ de sorte que ce n'est pas une chose neuve de le voir vêtu. On pourra à propos de cela réfléchir que le triomphe de Bacchus est ici représenté s^ vec la plus grande pompe et majesté^ en donnant k chaque figure l'habit qui lui est propre. Silène, selon. Diodore, liv. Ili, eh. 71, premier roi de Nisa, pouvait Atre représenté avec les vétemens que les anciens doit**
a6i dienne, il précède le triomphe. Une jeune fille vêtue d'une robe longue et d'un pephan voltigeant, suit la pompe, en jouant avec deux cymbales , ou sur son tambour , ayant les mains élevées ( i ) ^ à moins que Tlnstrument dont elle joue ne soit des crotales , comme on les voit à d'autres suivans de Bacchus (2)^ car étant entièrement endonmiagées nous ne pouvons rien déterminer. A sa suite est une figure de femme d'une initiée ou d'une prétresse ; elle porte sur sa tête le van mystique (3).
naient aux rois des Barbares. On pomrrait dire aussi que si le Bacchus Indien se voyait vêtu avec une barbe et un babit long ^ parce qu*il suivait les usages de ces peuples I Silène aussi ^ qui l'accompagna dans cette expe'dition ^ pourrait avoir adopte cette manière de se vêtir.
(1) Les figures des Bacchantes ou des danseuses qui frappent leurs cimbales ou sur leurs tambourins, en élevant les deux mains, sont très-frequentes. On peut entre autres en voir une dans ' les peintures d' Herculanum , tome If pi. XXI j et pi. XX dans la même tome.
(2) La sixième figure du beau vase Borghese joue avec les crotales, en élevant les bras. Y. Sculture della villa Pinciana j tome i , page 4^ > salle II, n. co.
(3) Le van était la corbeille dont les anciens se servaient |>our nétoyer le grain. Ce fut dans ce van que les Nym*" plies de Dodoae, k qui Bacchus fut confié après sa naissance, mirent ce Dieu. Ce berceau de Bacchus devint ensuite mystérieux y de sorte qu'il y avait dans les pompes sacrées en son honneur , le porteur de van. On pourra ïïre k ce sujet Winckelmann ^ Mon. ined. , tome II , page G5 ^ n. 53 , qui explique clairement tout ce qui appartient k l'objet dont il s'agit. Nous ajouterons seuleynent que le van mystique de Bacchus^ selon Servius, faisait allusion k la purgatioa des amcs p et par cette rai-
Yient après un prisonnier , ti*iste , ayant les* maios liées derrière le dos. 11 est presque nu ^ seulemeot une chlamyde attachée avec une boucle, tombe dedessus ses épaules en formant différens pU8(i); il paraît être conduit par un Satyre , lequel doit représenter Pan , autre òhef de Tarmée de Bacchus (a).
son était propre aux tombeaux sur lesquels on le Yoit fort souvent sculpte'. V' Serv, ^ ad f^irgil. , Georg- , lib. I j V» i66.
(i) Les prisonniers se trouvent représentés dans d'aatrès bas-reliefs qui forment le triomphe de Bacchus y comme celui du Musée Pie-Clémentîn , tome lY ^ pi. XXUI , et dans les bas-reliefs du palais Albani expliqués par M. Zoega, et qui^.ont été publiés par M. Pietro Tiranesi , tome I , pi. YlIf.YlII et IX. Cependant ils ne sont pas ^ comme on les voit' dans notre marbre , couverts d^une clamyde ornée. Nonnus décrivant dans les Dionysiaques^ liv. XV; V. i4o et i46 y les Indiens devenus esclaves^ dit quoo leur lia les mains derrière le dos.
(a) Il semble que le sculpteur de ce monument a introduit^ dans la composition du bas-relief, les deux cheis de l'armée de Bacchus dans son expédition de rindci Silène et Pan. -Lucien^ Praef* sive Bacchus , tome 3; page 36o y dit < Que deux personnages commandèrent IV mée sous les ordres du Dieu 3 l'un était un vieillard court; gras , ventru , avec le nez écrasé ... un autre homme monstrueux, ayant la partie inférieure > depuis la ceinture; semblable à un bouc, avec des jambes couvertes de poil ^ des cornes , et une barbe longue et épaisse. » Nous avons déjà remarqué le premier^ et nous retrouvons lesecoml décrit également par l'auteur grec , lequel ^ k raison ^< aon maintien noble , peut être distingué pour un persoDnage remarquable fait prisonnier par le vainqueur^ *^ par cette raison^ il est convenable qu'un chef triompl^*''^
Au bas du champ on voit un masque de Faune
fort grand ( i ) ; une corbeile mystérieuse formée de
le condaîse k son char. Nous observons dans la tête de ce Satyre nne singularité dans les oreilles qui ont quelque chose de semblable à celles d'un âne : mais si l'on vent examiner le bas-relief appartenant k Winckelmann^ qu'il a publie dans ses Monum, ined, y numéro 5^ y et l'autre du Musée Gapitolin , tome lY ^ pi. 65 ^ nous trouverons la figure de Pan assez semblable à la nôtre dans la forme des oreilles. Winckelmann croit que l'inclinaison des oreilles dans cette figure de Satyre est un signe de compassion. Mais il nous semble que très-souvent les Satyres ont; dans les monumens antiques^ les oreilles lon^ gués et pendantes ; en outre des autres exemples cités déjà , nous rappelerons à la mémoire un Satyre ivre , qui pourrait bien-être Pan conduit par deux Génies , dans un bas-relief qui a appartenu à, M. Jenkins , publié dans les Monumenti inediti ^ an 1786; avril , planche III : celui-ci a également le& oreilles inclinées. Nonnus , l'écri« vain le plus recherché de tout ce qui appartient à Bacchus y dit que les oreilles des Satyres étaient agitées par lesvents^ expression qui s'adapte beaucoup avec les grandes oreilUs molles et tombantes.
jiurês vero ambas Incedentium aUui ventilaJmnt venti.
Non.^ Dion. ^ liv* XIV ^ v. i38.
On sait que Pan est appelé l'inventeur de la tactique des phalanges^ et que comme il fut le premier qui dompta l'ennemi en Teffrayant par le bruit, de-là est venu qu'on a dit Terreurs Paniques : de sorte que Pan fut le plus fameux des chefs de l'armée de Baccbus. V- Anonjrm. de Incredih, in Opusc. MjrthoL Gale , pag. 89.
(1) On trouve souvent dans des sculptures de ce genre des masques de Faunes , de Silène , de Satyres , de figures tragiques et comiques qui se rapportent toutes à Baccbus. M. Zoega dans l'explicatioa dee bas-reliefs du pa^
jonc; de-dessous son couvercle sort un serpent symbolique (i). Près du char de Bacchus se trouyeni
lais Albani , page 69, pi* XVII , croît qu'ils' représentent les masques grossiers en bois que ies agriculteurs formaient avec des écorces d'arbres y et qu'Us plaçaient pu deVotion sur quelque pierre^ les établissant comme protecteurs de leurs champs. Quelques-uns ont pensé que Ton voit dans les triomphes de Bacchus ces masques a terre ^ pour indiquer la supériorité du Dfeu sur ces divinités champêtres. Cette opinion nous semble cependant peu analogue aux idées de l'ancienne mythologie qui ne nous a jamais présenté ces choses , et elle n'a aucune espèce de probabilité dans notre cas ^ et par rapport à tant d'autres bas-reliefs, sur lesquels on voit les objets les plus sacrés à Bacchus de même jetés à terre, mais seulement pour montrer le désordre que le vin a mis parmi les ministres ou les suivans de Bacchus. Des auteurs ont déjà remarqué que quelquefois les têtes humaines qui sont près des autels représentent ces têtes en terre ou d'autre matière) qui étaient substituées aux victimes humaines. Virgile parle dans le liv. II des Georgiques ^ v. 589, des o^ciii^ott des têtes que l'on suspendait aux arbres en l'bonneor de Bacchus, et à ce sujet les commentateurs tant anciens que modernes racontent mille choses.
(f) Ces corbeilles renfermaient l'un des mystères , le pli^ sacré de Bacchus^ comme l'ont dit plusieurs poètes anciens :
Pars ohscura cavis celehrahant Orgia cistis Orgia y quae frustra cupiunt audiri profani»
Catul. , Carm. LX.X1I , v. aSg.
Et levis occultis conscia cista sacris.
Tibul. , I , Eleg. VICI , V. 48.
Quelques-uns veulent qu'elle contenait un phaUunt. Fir* min dit que cette corbeille renfermait le coeur de Bacchus tué par les Titans , et que Minerve donna ^ g^'
i}n enfant aile k cheyal sur un lion , qni paraît fort
àer k Silène, y. Firm. Mat. de errore prof. Belig. , page i3et i^à la fin. Clément d*A.lexandrîenous dit plu» clairement qae dans cette corbeille reposait le serpent sacré : Quales porro et cnjusmodi sunt mjrsticae illae cîstae ? nudandum enim quidquid apud eos sancii est , quidque arcani evulgàndum. Nonne haec omnia sessa» mae .. .et Draco Dionjrsii Bassari sacramentum ? Cohortat. ad Gent. y page 19. Selon Isidore les corbeilles étaient nommées ainsi cista , a costis ex canna , vel Ugno , qui' bits caiitexitur y page i3ai ^ liv. 9. On les voit représentées de cette manière dans les anciens monnmens de BacchuSy et particulièrement sur les médailles d'argent appelées Gistophores. On remarque presque toujours k ces dernières le serpent qui sort la tête dehors en soulevant le couvercle , comme il est dans notre marbre. Les serpens y selon les anciens y représentaient un Dieu , ou la divinité de ces Dieux y et plus particulièrement celle de Bacchus. Il semble que le' vers suivant de Valerius Flaceus fait allusion au serpent que renferme la corbeille : • . ' . et plenas tacita for midia cistas. Argonaut, liv. 11^ pag. 49 7 ^- 9* Ces serpens n'étaient pas venimeux^ mais au contraire fort doux y du genre de ceux que les anciens appelaient ^oifpEMÇ^ comme nous l'observe le scoliaste d'Aristophane dans le Plutus : UU serpens pareas* Species serpentis est pareas j ita dictus eo quod genae ejus injlatae ac elevatae sint. Dicunt autem , ipsum non mordere : vel si momorderit , drlàrem damnumve non afferre. Ejus meminit et Demosthenes , ubi dicit : serpentes y qui parese appellantur. » Ac etiam Ljrcnrgus in oratione contra Demodent. Talis fserpentiumj species Alexandriae reperitur: et talis species invenitur in templis , vel sacris Bacchi. V. Aristoph. Plut. , page na ^ édition. Odoardi Biseti , Aurei. Alobr. , 1607 , fol. Quelquefois ces serpens sacrés étaient travaillés çn or ou en argent. Selon Amobe et
doux (1)9 et un tigre en repos qvì est orné d'im
bandeau (a).
Clcment d'Alexandrie, il j avait d'aillears beaucoup de rtisons pour qu'ils fassent consacrés k Baccbus. On prétend que Bacchus enfant confié aux Parques, fut lecbétuvisnge par deux énormes scrpens. On dit en outre que les *serpens sont le symbole d'une jeunesse perpétuelle, dont Bacchus jouissait. On assure encore que ce fut aux serpens qu'il dut la connaissance des vignes. Enfia, selon Clément d'Alexandrie et Arnobe, on attribuait des scrpens k Baccbus , parce que Jupiter s'était transformé en serpent pour engendrer Baccbus et Proserpine.
(i) Nous voyons dans cet enfant ailé un autre Génie de Baccbus , monté sur un lion , comme nous avons vn déjà Acratus k cheval sur un tigre. On peut croire que celui-ci est Ampélus , ou un autre de ses Génies , fils de Silène, que Bacchus aima très - particulièrement , et qn'à cause de cela on a placé pins près de son cbar. Son nom provient des vignes^ et on raconte beaucoup de choses de lai. Nonnus le décrit ^ liv. IX , v. 66>y Bsds sur le doi des lions et des tigres, comme. le fait remarquer Fauteur du Miisée Pie-ClémenUn , tome IV , page 177, n.{\),^ nous donnons ici la traduction du passage de ce poète: Quelqièefois monté sur le dos d'un ours des montagnes f il le conduisait en pressant ses Jlancs horriblement velat-, tantôt assis sur un lion il frappait ses Jlancs } et d^ autresfois il s^ amusait à conduire sans frein le tigre , à peau 9âr riée , ({xCil chevauchait.
(*>) Les guirlandes formées de lierre et de fleurs étaient les ornemens ordinaires de Baccbus, de ceuT de sa saite, des animaux, des temples, et mémç des autels qui ^"* étaient consacrés. Dans un bas-relief du Musée PieCar mentin, tome IVÎ, pL XXIV, page 194, on voit deai . tigres avec des ornemens pareils^ et on observa aussi qii^ Ton voit des Centaures ceints d'une pareille guirlande; ^11 tirent les cbars et Baccbus dans la pi. lo du tome Ul ^
Le char dans lequel il parait qu'on voit Bacchus et Ariane (i)j est conduit par deux Centaures , un sur le devant , qui est barbu , et l'autre du sexe féminin (a), ayant la tète tourpée en ar-
ia Raccolta di statue j etc. ^ restaarëes par le chev. Cavaceppi. Il semblerait que ces guirlandes dans notre sujet démontrent que ces animaux au lieu d'être féroces sont domestiques.
(i) Il n'est pas facile, sans y apporter une grande attention y de trouver la ti*ace de la seconde figure qui est appuyée sur le ch^. Nous avons eu le bonheur d'être aidés dans cette r.?cherche par le sculpt. M. Alessandro d'Esté, jeune homme d'une grande espérance. Il n'a pas en recours k la comparaison avec d'autres monumens pareils ', au lieu de cela-, en examinant avec grand soin les cassures du marbre , et le plan qu'offre la superficie p il a' déterminé cette figure^ k laquelle s'accordent par- '^ faitement les plus petits morceaux qui en restaient sur
^ le bas-relief. Notre intention avait été de faire graver son
^ joli petit dessin, mais comme nous pouvons indiquer d'au-
tres monumens antiques oii l'on retrouve cette pose , nous * nous sommes abstenus de donner cette gravure. Le bas-
ir relief de la Galerie Giustiniani , tome II ,pl. laa^ en est
j^ nn exemple ; et l'autre est dans le recueil déjà cité de
f M. le ch. Cavaceppi, tome II , pi. 68.
, (2) Il est inutile de parler des Centaures, Buonarroti
ayant rassemblé tout ce qu'on en pouvait dire , dans l'explication du Camée, représentant le triomphe de Bacchus^ qui est dans le Musée Carpegna, réuni à quel* ques observations sur de grandes médailles du même Musée. Nous répéterons seulement les vers de Nonnus qui décrit tous les animaux qui étaient employés à tirer le char de Bacchus :
Et fulvum Corybantes ministrahant prope stabulum Cervices pantherarum jugali lisantes loro ,
rière pour regarder les deux dlvinltéa. Le char est fort ëlevé dans la partie antérieure, et semble être saus omemens. Selon les vestiges qui restent, od peut supposer que Bacchus'et Ariane se tenaient embrassés , et' qu'ils étaient couronnés par une victoire, ayant une palme dans la main gauche (i)l Ce char est accompagné par une Bacchante véiue d'une longue robe ; elle tient élevé , de la main gauche , un trophée qu'elle appuyé sur son épaule (2).
Hedern ligatis vero leones eollegahant antilenis.
Mentum constringentes minaci freno y
Et hirsutam Centaurus habens horrentem barbant
In jiigum per se incitatus volimtariam cervicem ezlendens
Et Satjrrorum longe magis habens desiderium dulcis vini
Semiperfectus inniebat vir commistus cum equo -y
Desidera/ts Bacchum suis htimeris portare,
Nonn. j Dionys. , lib. XIV y v. 260*
(i) Sur les élégantes médailles grecqaes de Syracuse , et d'autres villes de la Grèce , lesquelles représentent des Victoires couronnant des vainqueurs , on les voit le plus souvent volantes, et non comme elle est ici; anssi fte raprochet-elle davantage du style romain que du grec. Nous' ferons remarquer toutefois k nos lecteurs, que l'on voit aussi la Victoire dans le bas-relief Capîtolin , tome IV, pi. LXIII, déjà cité ailleurs I quoique le très-habile écrivain de ce Musée ne Tait pas reconnue , et qu'il croye ^^ contraire que cette figure ailée sert une Muse. Da^^^ ^^ bas-relief Gapitolin elle est couronnée de serpeos y et il il* est pas extraordinaire que la Victoire suive le» ns>S^ d'un Dieu vainqueur y qui dès son enfance se ceij^nit Je front avec des serpens y et dont il fit souvent sa coo' ronne y et la ceinture qui releve les habits de ^^^ partisans.
(!k) Il a paru d'abord à quelques-uns que cette j^^'
a69 Le marbre est rompu de ce côté , d'où Von peut
supposer qu'il manque d'autres figures qui com^
figure portail nn parasol près du char de Bacchus. Cette idee n'était pas hors de propos ; car, suivant le rît sacre en Grèce y on devait porter un parasol en signe de véne'ration sur le simulacre de Bacchus lors des pompes solennelles. II 7 eut même une fête nommée Hgetepa êoûTf^ , ^i voulait dire f festum ombratile : elle nous a été de'crite par Poi lux,, par Pausanias, par Hesychius^ comme on pourra s'en assurer dans la dissertation de Pace îaudi^ de Umbellae gestatione , ch. I et I[. Il a rapporté même plusieurs monnmens Bacchiques qui représentent cette cérémonie sacrée. Il paraît cependant dans notre sujet que cette Bacchante porte plutôt un trophée qu'un parasol. Cette action d'en porter le hâton appuyé sur Tépaule, et de danser en «? portant^ semble plutôt convenir à qui se réjouit^ en soutenant le poids d'un trophée^ qu'à celui qui serait chargé du soin de tenir le parasol sacré de son Dieu*
Un examen, fait avec attention de cette fîguT^ , nous engage à donner une nouvelle explication.de quelqu'autre monument antique ^ et comme nous nous flattons de pouvoir amener nos lecteurs à notre opinion y il nous sera permis de la traiter , peut-être ^ un peu longuement. L'auteur du Musée Pie-Clémentin à la pK XXVI du tome IV, page aio, a cru que cette figure était une Victoire. On connaît des figures de cette Déesse sans ailes dans les antiques, mais il n'est pas vraisemblable que sur le même morceau on voje deux Victoires , l'une avec des ailes, l'autre sans ailes ; ce qu'il faudrait admettre en appellant une Victoire cette femme qui porte un trophée* On peut ajouter à cela une autre raison , 4C*est que les Victoires représentées dans le triomphe de Ptolémée Philadelphe qu'Athénée nous a décrites, étaient ailées: leurs ailes même étaient d'or \ et cette pompe ayant été exécutée d^ns la forme de triomphe de Bacchus,