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la Grèce, les Athéniens ayant gardé sa statue conjointement avec celle de Ménandre et du fils de Mncsarchidc, jusqu'au temps de Pausanias.
Si les médailles de Tcrina bannirent de l'iconographie le faux Therone, si le vrai buste et le bouclier de Sophocle nous privèrent du portrait de Pindare ; que dironsnous de ceux qüi voulurent trouver le divin Platon dans une image du Sommeil avec les ailes aux tempes , avec une barbe soignée et pointue, et la chevelure bouclée d'une manière tout-à-fait bacchique et féminine? Envain le bon sens leur disait qu’une recherche si apprêtée ne convenait pas à un homme , et notamment à un philosophe ; envain le Sommeil ailé et barbu se faisait connaître de lui-même et dans le sarcophage du Vatican, où Endymion est endormi sur son sein , et dans un bas-relief Capitolin , et dans divers morceaux d’art, où l’on voit le Sommeil avec des cheveux semblables et les mêmes ailes. La fausse idée que ces ailes ne pussent indiquer le vol léger de cette paisible Divinité, mais quelles signifiaient lame humaine, dont l'immortalité fut démontrée par ce plii-
Musée Chiar. , Vu!. 1. b
lusophe , avec tant de pénétration , fermait leurs yeux à ce vrai qui se présenta sous son jour plus favorable, alors que l’on confronta les formes idéales du Sommeil, avec le front spacieux , les sourcils arqués , et avec la vénérable majesté du portrait véritable de Platon , en marbre , dans la galerie de Florence, jugé sans réplique par l'épigraphe qui y est apposée , et parce que plusieurs académiciens , élèves de ce grand maitre, nous ont laissé relativement à sa physionomie. On sait qu’un autre portrait de lui, sculpté sur une médaille grecque, fut publiée par Patin. On sait encore que le susdit buste est d'un ciseau grec ; Gcrolamo da Pistoja, qui le céda pour un grand prix à Laurent le magnifique, l’ayant eu dans Athènes. On sait enfin que la tète imprimée sur les médailles et le buste, portent la mémo inscription et représentent une même personne. Que cherche-t-on donc de plus pour rester pleinement convaincu?
Tout ce que nous venons d'assurer par rapport à des personnages grecs et de la Sicile, peut aussi s’appliquer également à ceux de Rome. Le prince des antiquaires moder-
ncs a fait des recherches fort ingénieuses pour nous convaincre que la tète gravée sur les monnoics de la famille Livineja est le portrait du célèbre Attilius Regulus. Dans aucune monnoie citée, cependant, on ne lit le nom désiré d’Attilius. 11 n’y a point d’emblème, de symbole, ou de signe quelconque qui fasse allusion ou à son tribunat , ou au consulat, ou au triomphe des Salcntins , ou à toute autre de scs entreprises militaires, qui donnèrent lieu à Cicéron, à Sénèque, à Valèrc Maxime de faire de ce héros le modèle idéal de la constance la plus ferme et la plus sublime. Aux épigraphes 'Lucius L1V1NEIVS REGVLVS on voit joint tantôt le muid avec les épis, tantôt le combat avec les bétes féroces, tous deux symboles de l’edilité curule. Avec Lucius REGVLVS PR aetor on réunit la chaise et les deux faisceaux, emblèmes de la préture urbaine. Finalement avec une inscription , on unit la même chaise et six faisceaux, signe distinctif du proprétcur, ou bien du gouverneur d'une province. Or Attilius Rcgidus ne fut pas édile curule, il ne fut ni préteur, ni propréteur, et si le seul surnom dans les antiques suffisait pour dé-
terminer l'identite’ des sujets, n’ayant egard ni au prénom , ni au nom, peu de portraits resteraient à désirer dans les galeries antiques et modernes. Ayant alors confrontée cette médaille avec beaucoup d'autres, et vu par une infinité d’exemples et de preuves que la légende gravée autour d'un portrait indique toujours, quand il n'y a pas de puissantes raisons contraires , quel est le personnage représenté, instruits en outre qu’il exista un Lucius Liviuej us llegulus , préteur dans un temps assez voisin de celui où ces monnoics furent frappées, nous répéterons avec assurance, l’opinion qu’a émise le savant Borgbesi, savoir que le portrait gravé sur ces pièces n'est plus celui du célèbre Attilius llegulus , consul dans l’an de Rome 49*1 > mais bien celui de Lucius Livincjus Rcgulus, préteur dans les dernières années de la république , et nous croyons cela avec d’autant plus de sécurité, que d’après ce qui nous est connu , c’est son propre fils qui l’a fait graver, dans le temps qu'il eut, avec d’autres, la préfecture de Rome, sous la dictature de Jules César.
Dans un cas contraire, nous trouvant armés
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de victorieuses raisons, nous nierons avec le susdit Borghesi que l’effigie imprimée sur les monnoies des Magnésiens du Sipylc , soit celle de l’orateur Marcus Tullius Cicéron, quoiqu’à l'entour de sa tête on lise ces trois noms MAPKOS TTAAIOE KIKEPüN.
Nous savons que le célèbre Cicéron eut un fils qui avait les mêmes noms que sou père, et qu’Augustc ut averteret a se Ciceronis proditi dedecus , filium ejus augurent fecit , et paulo posl consitlem , postremo Sjriae propraetorem. Ce fils passa de la propréture de la Syrie, ajoute Sénèque , au gouvernement de l’Asie, Asiam obliuuit , et Marcus Tullius Cicéron, fils du Marcus, gouverneur de la Syrie et proconsul de l’Asie, est mentionné honorablement dans une inscription trouvée à Arpinum l’an 1809. La province d’Asie comprenait aussi , entre autres peuples, les Magnésiens du Sipyle; et plusieurs médailles ( pour ne rien dire des cistophores) nous démontrent clairement que ces proconsuls avaient l’usage de faire graver leur propre nom sur les monnoies frappées dans les villes de leur jurisdiction. Pourquoi donc s’obstiner à croire que les noms
mut
MAPK.ÛS TT A AI OS KIKEPÛN soient ceux du père mort depuis si long-temps, et non ceux du fils vivant et présent, qui eu avait tout le droit et toute l'autorité? Ayant exerce' cette autorité vers l'an de Rome h3o, cela vient se retrouver précisément dans les temps où non-seulement on voyait depuis plusieurs années sur les monnoics la tète d’Auguste , mais où l’on ne pouvait y en graver d’autres, que celle d’Auguste ou d' Agrippa son gendre. De façon que cette médaille confrontée avec d'autres, battues dans ce temps en Asie avec la permission des proconsuls, ayant vu, pour en passer sous silence beaucoup d’autres, qu’une de Césarée de Bitliinic porte OTHIAIOÏ IlOAAIûN ; que sur une autre des Gcropolitains de Plirigic il y a «&ABIOS • O • MA3IM02 ; et sur une troisième des Tamilains de l’Eolide , ACIMOC rAAAOC, et que les noms distinctifs de ces trois proconsuls sont gravés à l’entour de la tète nue d’Auguste: nous affirmons, avec securité, que sur les monnoiesdes Magnésiens du Sipyle on doit aussi trouver le nom du proconsul Marcus Tullius et que le portrait, dont on voit l’empreinte est celui d’Auguste.
Ce qui reçoit encore plus de certitude, parce que les traits de ce visage , quant il est éloigne du buste antique de Cicéron qui porte le nom , et de la pierre gravée du Musée Worsleycn , qu’on prétend représenter Cicéron , ressemblent d'autant plus à ceux d’Octavien, à qui conviennent parfaitement la maigreur, les ossemens délicats, et l’âge.
On tombe pareillement dans l'explication des emblèmes numismatiques assez souvent dans de graves erreurs, sans le secours que nous avons proposé. Dans quelques médailles de la Campanie et de la Sicile on voit, répétée souvent une figure monstrueuse tauriforme avec un visage humain. Spanhcmius la prit pour un Minotaure, Mazzocchi pour un Neptune, quelques-uns pour un Fleuve, d’autres pour Achéloüs. Ce type étant comparé avec les monnoics Béotiennes, sur lesquelles on voit la tête de Bacchus barbu, ayant des cornes de taureau; et de plus ses masques que l’on nomme minotauresques, étant ornés d’un diadème bacchique, ayant été aussi confronté avec une petite statue de la galerie de Florence, et avec deux pierres gravées, sur l’une desquelles on observe non Europe enle-
vée, mais bien une Bacchante avec le thyrse, assise sur le monstre, et dans l’autre la môme Bacchante , avec une grappe de raisin , il ne resta plus de doute à personne que ce type ne soit l'emblème deBacchus, et beaucoup moins ensuite lorsque la description nous en fut faite par Nonnus dans les Dyonisiaques.
Il y a été’ de môme prouvé , il n’y a pas long-letns , en examinant les types les mieux conservés , et en les comparant entr’eux, que très-évidemment la figure de femme gravée sur les médailles romaines de Scxtus Julius, et de Cajus Mcmmius n’était plus la figure de Rome couronnée par la Victoire, mais bien plutôt celle de Vénus à qui son fils Cupidou offre une couronne. Ce sujet est placé dessus la première médaille , parce que Scxtus et sa famille se vantaient de descendre de Juins fils de Vénus. Dans la seconde il indique que Vénus fut la Déesse protectrice des Memrnii , et c’est pour cela que Lucrèce l’invoque en leur offrant son poème.
Et pour parler des statues , la Vénus que le pape Jules II plaça près de l’Apollon et du Laocoon dans le jardin du Belvédère,
et maintenant dans le Musée Pie-Clémcntin, est un chef-d'œuvre de beauté. En vain les amateurs du beau cherchaient à connaître quel en était l’auteur. Âpres avoir examiné deux grandes médailles de Caracalla et de Plautilla frappées à Gnyde, qui ont au revers la Vénus de Praxitèles , et après avoir vu que la figure de celle-ci est la môme que celle du Vatican , il ne fut plus douteux que ce ne fût une copie de ce simulacre si célèbre, d'autant moins, que d'ailleurs on savait qu’un incendie arrivé dans le palais Lausiaque de Constantinople, sous l’empire de Basilius , avait détruit l'original.
Puisque nous venons de parler de la fameuse statue de Vénus, nous pensons qu’il sera agréable à nos lecteurs que nous l’occupions aussi d’une autre non moins célèbre , trouvée à hlilo , et dernièrement donnée à S. M. Louis XVIII par M. le marquis de Rivière , ambassadeur de France près la Porte Ottomane. Cette statue, d’un artiste grec, comme chacun le voit par l’exact dessin que nous en donnons (pl. A), a les bras de moins, elle n’a ni symboles, ni emblèmes, ni épigraphes qui puissent indiquer
Musée Chiar. Vol. I c
sous quelle dénomination elle fut adorée , et pour quel usage elle fut d'abord sculptée. Les traits du visage ,et sa nudité jusqu’à la ceinture, nous disaient ouvertement que c’est la Déesse des Amours. Mais après cela , tout était incertitude et obscurité. M. Quatremer de Quincy, l'ayant examinée avec sa prudente et profonde doctrine, et son esprit de critique éclairée, a bientôt expliqué chaque partie, en nous mettant devant les yeux la pierre gravée, dont nous donnons aussi le dessein ( planche B. i ) et le groupe du Musée Florentin ( planche B. i ) , et plus que tout, le revers d'iine médaille de Faustine la Jeune ( planche B. 3 ). Tous ces monumens nous offrant le même ensemble des figures, la même nudité jusqu'à la ceinture, la même disposition des bras, le même mouvement de la jambe gauche , et jusqu’aux ruasses pareilles des plis du vêtement, chacun a pu reconnaître dans la statue de Milo, le simulacre d’une Vénus Victrix , la même que celle de la médaille citée , c’est-à-dire, cette Déesse qui reçut un culte et des honneurs en commun avec Mars ; et elle dût faire originairement partie d'un groupe avec cette Divinité guerrière.
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On aurait aussi dû examiner arec la même attention scrupuleuse la statue vulgairement appelée l 'Arrotino, le rémouleur , dans laquelle les érudits croyent reconnaître, et plusieurs encore retrouvent l'adroit barbier qui découvrit à Jules César la conjuration ourdie contre lui, par Achille et Potitus. Les raisons que ces érudits allèguent pour preuves, ne peuvent paraître que très-subtiles ; elles ont été d'ailleurs détruites de nos jours par la critique, qui ayant examiné avec soin le style de cette sculpture, lui trouva un caractère supérieur à celui qui se fait remarquer dans celles du temps de César. En voyant des moustaches à celte figure, on décida que ce ne pouvait être ni un Grec, ni un Romain. Le regard féroce, l’air barbare de ce visage ayant été bien observés, on fut persuadé que tout cet ensemble était plutôt le propre d’un bourreau que d'un lidel affranchi. Après l'avoir confronté finalement, avec d’autres tout-à-fait semblables, qui sont répétés dans deux bas-reliefs, où le bourreau Scythe , qui écorcha Marsyas , se trouve avoir la même position, le regard terrible tourné vers le patient, et dans l'action d’aigui-
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scr sur la pierre , le fer homicide destiné à écorcher le malheureux rival d'Apollon , on inféra de-là, avec une évidente certitude, que ce prétendu Arrotino était le bourreau Scythe , et qu'il devait dans l’origine faire partie d’un groupe avec Marsias , et avec d’autres statues, qui conviennent à la composition de cette fable.
Une statue très-gracieuse représentant une jeune fille qui tient un fleur dans sa main gauche, qui de l’autre lève sa robe comme pour hâter le pas, fut appelée tantôt Vénus, tantôt Flore. Parmi les types les plus distincts et les plus beaux de Claude, on voit la même figure, dans la même position, avec la même fleur et avec un nom ; et voilà , à n’en plus douter, la plus facile de toutes les Déesses, l’Espérance, toujours prompte à s’approcher des mortels.
Un simulacre d'un travail parfait, qui fut autrefois placé dans le jardin du Belvédère, a été successivement jugé pour représenter un Anlinoüs , ou un Hercule imberbe, ou Méléagre, ou Thésée. La chevelure gracieusement frisée, l’air suave de la figure, 1a douceur du regard, la complexion vigoureuse
des membres qui annonce l’inventeur de la lutte , ainsi que le manteau entortille sur le bras , indice de célérité, et la tête gracieusement penchée, signe naturel des Dieux bienfaisans, firent soupçonner au grand Visconti que c’était le messager des Dieux. Enfin le soupçon devint une certitude lors qu’on trouva dans la Galerie Farnèse la copie antique du même simulacre avec les ailes aux pieds et le caducée.
Un groupe rare, appartenant à la ville Pin ciana, sembla représenter Castor et Pollux, d’après Montfaucon ; d’après Winckclmann, c’était Oreste et Pilade. Aucun d'eux n’avait observé que sur le tronc , mis entre les deux figures, pour leur servir de soutien, il y a une hache et un caducée. Mais si de tant de monumens de tout genre , il apparaît évidemment que le caducée est le sceptre , l’emblème du fils de Maja ; que la hache est celui de l’époux de Yénus, pourquoi ne pas reconnaître dans ces deux divinités consanguines Mercure et Vulcain? Nous ferions tort au savoir de nos lecteurs en faisant les frais de paroles inutiles pour leur démontrer que le caducée appartient à Mercure ,
et pour indiquer Vuicain sous un aspect de jeunesse avec la hache, ainsi qu’il est dans la patère e'trusquc dernièrement expliquée par le célèbre Schiassi, et qui représente la naissance de Minerve , et sur le couvercle du puteal Capitolin. Il n’est donc aucun doute que les Dieux susdits ne soient représentés là; Vuicain étant le Dieu des arts , Mercure celui des sciences et des lettres , parce que ces moyens réunis renferment toute la culture du genre humain, tout le nœud de la société, et tous les germes primordiaux de la république.
Que n’a-t-on pas dit du fameux Pasquin? L’un le prit pour un héros grec, l’autre pour un gladiateur , un troisième pour Alexandre. Une tète tout-à-fait semblable, trouvée à Tivoli , et confrontée avec le groupe du palais Pitti à Florence, a fait reconnaître, jusqu’à l’évidence , que c’est Ménélas qui soutient le corps inanimé de Patrocle. Ainsi la femme endormie avec le petit serpent à l’entour du bras gauche, n’est point Cléopatre.comme l’ont voulu faire croire Castiglioni et Favoriti , mais bien la princesse de Crète abandonnée, et surprise daus l’ile de Naxos
par Bacchus qui en devient épris. Ainsi ce n’est point Mitras, maisEon (ou le siècle) que représente le simulacre Leontocephale , et enveloppé de serpens que l'on voit dans plusieurs Musées , et sur lequel nous avons nous-méme publié un essai dans la Bibliothèque Italienne. Au contraire de Mitras ou d’un de ses ministres , est la statue acquise par le comte de Fries, qui l'a fait transporter à Vienne, restaurée et déclarée pour être un Pâris. Ainsi ce n’est pas un Mars le buste casqué du Musée Worsleyen , mais bien celui d'Achille , puisque mis à côté d’un autre très-semblable, que possède le duc de Nemi, et tous deux étant confrontés avec la statue de la ville Borghèsi , où le héros, dont les traits sont semblables et avec le même casque en tête , porte une bandelette ou un anneau à l’entour du talon droit, il n'y a plus rien à douter; tous les trois étant pareils , tous les trois ne doivent représenter que le fils de Tc’this , qui, nous le savons par la fable, ne fut vulnérable que dans cette partie.
Mais il semble particulièrement singulier que les interprètes des bas-reliefs celte la
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classe la plus ricbc , la plus curieuse , et la plus certaine de toute l'antiquité figurée , soient tombés dans des erreurs bien plus graves. Dans les bas-reliefs, les images conservent plus facilement leurs symboles et leurs attributs ; les figures sont , pour ainsi dire ) mises en conversation cntr’clles , et elles se révèlent et s’éclaircissent. L’artiste y représente ou une coutume antique, ou une scène que probablement nous avons lue dans les auteurs, ou il y copie une célèbre peinture décrite autrefois par les prosateurs, ou il exprime une fable connue par des poètes épiques et cycliques, des mythologues, et interprétée par les scoliastcs. Il semble donc que les sujets devraient être moins exposés à des doutes, et que leur explication devrait être plus prompte et plus facile: cependant dans cette branche, ainsi que dans les autres parties de la science archéologique , que nous avons notées, ce n'est qu’avec le secours que nous avons proposé , que l’on obtient l’évidence , et que l’on peut déterminer les sujets représentés.
En effet les quatre anaglyphes appartenant à la ville Albani , et un cinquième que
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vit Hadrava dans Capri , tous trois semblables entr'eux , et du mode le plus délicat que l'on connaisse, sont très-célèbres. Ils représentent quatre figures, et Morcelli les a reconnues pour êlrequatrc femmes sacrifiant; Winckelmann y a cru voir la libation faite par une figure ailée à une Musc, suivie de Diane et de Vesta; 7-oega crut que cette figure ailée était une Iris; et M. Hirt y a vu une Hebé , déesse de la jeunesse. Toutes ces opinions disparurent et furent mises à l'écart, aussitôt que chaque figure, soumise à l'examen, avec la plus grande attention, et toutes confrontées avec de semblables, que l’on voit sur les pierres gravées, sur les statues, et sur les médailles, on a reconnu, jusqu'à la certitude, que les cinq bas-reliefs sont les copies antiques d’un beau monument choragiqne, ou théâtral, dédié dans le temple d'Apollon Licius par un joueur de lyre, vainqueur dans les jeux solemnels au combat du chant. Celui-ci enflé de son succès, pour se glorifier lui-méme, a fait représenter, par un artiste démérité, Apollon Musagètes dans l'action de recevoir la libation que la Victoire, tenant un vase, Musée Chiar., YoL I. d
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lui verse dans sa patère; espèce d’apothéose , et signe expressif d'un triomphe obtenu. Les deux femmes, qui l’accompagnent, sont Diane et Latone , Déesses paredrae ou compagnes d’Apollon lui-méme , qui inter rnatrein, interque sororem Pythius in longa carmina veste sonat. Celui qui a vu l'Apollon Musagètes du Musée Pie-Clém. , et l’Apollon que le roi de Suede Gustave III acquit, dont Guattani fut l'éditeur, et les deux de Postdam expliqués par Levejow; celui qui a confronté la Victoire dans les médailles de Néron joueur de Lyre, dans l’apothéose d'Hcrculc , dans les Vases de Tischbeyn, et dans cent autres lieux; en un mot, celui qui a pesé avec sagesse et une saine critique cette élégante composition, n’a pu ne pas y reconnaître la Victoire , Apollon , Diane et Latone, et conclure avec lioetliger, que si quelqu’un^ l’Interprétation que l’on expose, calculum sunrn adiieere , tamquam longius arcessitae , dubitet ; vix tamen aliter rem expediet ; sudabit , aestuabit rnulturn , nec veri similiorem reperiet.
Dans la même ville , et dans le palais Albani, il y a deux autres kas-relieis; dans le
premier desquels on voit un homme barbu, nu jusques à la poitrine, étendu sur un lit, avec une femme assise à scs pieds , et qui de la main droite lui presse le bras gauche; un cheval et un serviteur nu portant un vase et la patère. Dans le second, presque semblable, au lieu du sujet ci-dessus, on voit la tète d’un cheval à une fenêtre , et quatre personnes spectatrices de la scène. Winckelmann les a publiés, et il y introduit Neptune, Cérès, Arion et Pélops. Zoega les a reproduit, et dans le premier, il reconnaît une scène domestique, dans le second deux époux à table. Le chev. Inghirami les a comparés tous deux avec d'autres semblables qui sont dans divers Musées, et bien que tous soient sépulcraux, il conclut positivement que l’on a représcu té-là la séparation très-amère de deux époux qui se séparent à jamais , le cheval ne s’y trouvant introduit que comme symbole d’apothéose, c’est-à-dire, du passage de l’âme à une vie meilleure.
Cori a publié dans les Inscriptions d'Étrurie une sculpture de douze figures , dans lesquelles, dit-il, sublucet quant maxime ejjiÿies Commodi imper atoris , quum
urbem Romain, velalo capite, novam Coloniam Commodianam esset facturus. Nous soutiendrions que le savant, ou n’a pas examiné le monument avec l’exactitude nécessaire, ou ne l’a pas comparé avec les médailles et avec les bas-reliefs, en regard , car les traits de la figure principale ne se rapprochent en aucune manière de celle de Commode, et le petit enfant avec le bonnet Phrygien, qui semble prendre tant d'intérêt à ce sacrifice, n'a rien à faire avec cet empereur. Nous ne savons pas non plus que jamais Commode ait sacrifié à Hercule une truie avec beaucoup de marcassins. L’illustre abbé Zannoni a savamment observé avec Virgile, Dénis d'Halicarnasse , et plusieurs autres anciens à la main , qu'Énée débarquant sur le rivage de Laurentttin vit une truie avec trente petits pourceaux blancs; qu'elle fut sacrifiée par lui, et que ce fut de-là que vint l'origine de la construction de Lavinium et d'Albe , d’où s’éleva ensuite Rome , l’éternelle cité. La truie avec les Pénates d'Énée est dans une monnoie de la famille Sulpicia ; Éuée avec son fils Ascagne, qui du rivage du Latium observe la truie avec ses petits
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sous un figuier sauvage; au-dessus, les murailles d'une ville, sontsur une grande médaillé d’Antoniu le Pieux. Sur un autel du Musée Pic-Clém.,Énée est représenté ayant la truie à ses pieds, et Homère assis, qui semble chanter la future grandeur de la postérité des héros- Le même animal se trouve encore en rondebosse et en bas-relief dans d’autres monumens- Pourquoi donc ne reconnaîtrions nous pas aussi dans le marbre de Gori le pieux Troyen qui, avec le voile sur la tète, consomme le sacrifice rapporte, avec le rit que Ilelenus lui a prescrit, ayant à sa suite son fils Ascagnc , et étant entouré de scs compagnons, en face des deux villes, d’Albc et de Rome, que l'artiste a représentées là par une ingénieuse anticipation, à l'effet de rendre sa composition et plus belle et plus majestueuse P Zannoni présente divers exemples de telle prolepsis familière aux poètes ; et déjà Visconti , quant aux artistes anciens et modernes, en avait avancé d’autres. Si les bas-reliefs eussent été toujours examinés et confrontés entr’eux avec la même attention, on n'aurait pas, certes, jugé ni un Jupiter, ni un Bacchus enfant, le
petit Faune de la Galerie Giustiniani, dans une copie duquel Visconti découvrit la petite queue. On n'auroitpas pris pour l’aveuglement de Polymnestor , ni pour celui de Plienix fils d’Amintor, dans l’urne étrusque du Musée Florentin, ce qui représente de la manière la plus manifeste la cécité d’Oedipe, opérée non par lui-méme, mais par les écuyers de La jus , ainsi que l’a prouvé Zannoni, avec une citation, vraiment classique, tirée des Scolies des Phoenissae d’Euripide. Enfin on n’eut pas pris pour Augé et Telephe, ou pour Hvpsypile, vendue esclave à Licurge roi de Némée, ou pour les Pelasgcs qui ravissent les femmes aux Athéniens, une Hélène enlevée par les serviteurs de Piris, dans un bas-relief publié par Zoega; le même sujet se trouvant répété dans deux urnes étrusques de Gori, l'une du Musée de Veronnc, l’autre du Musée Guarnacci , et ailleurs.
Les pierres gravées examinées aussi avec la sagacité déjà demandée, acquièrent de l’évidence et de la clarté. Agostini en a publié une dans laquelle il découvre les trois Déesses rivales , principalement parce que la dernière a sur la tète une coiffure qu’il
a jugée un casque. Cette pierre mise à côté cependant de quelques autres, on a découvert que cette coiffure n’est pas un casque , ni que trois jeunes personnes, s’embrassant dans une sécurité fraternelle et de concorde , pouvaient représenter l’ odieux rapprochement de trois rivales orgueilleuses et pleines de jalousie. La pierre doit donc représenter les trois Grâces, sujet traité tant de fois par les anciens artistes; celle avec la coiffure en tête est la plus jeune d’elles, épouse de Vulcaio, dont elle porte le bonnet, c’est la grâce, qui embellit et rend aimables les (euvrages des arts, qui mélangea les couleurs d’Apclle , et qui conduisit le ciseau de Praxitèle. Le bonnet est là comme symbole du savoir; et les épis que porte en ses mains celle du côté opposé ont allusion aux richesses , la troisième dépouillée d’ emblèmes , fait allusion à la simple beauté , puisque , selon Pindare , c’est aux Grâces que l’on doit savoir gré « <ropo(, ci xaXoç , eî tk âyXabç arrip , si V homme est sage , s’il est beau , s’il est riche .
Une femme assise devant un temple avec un simulacre dans le bras gauche , et en-
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tourée de trois figures, se voit dans un trèsbeau camce (sardoine-onyx) du Musée Florentin , qui parut à Cori représenter Tliéano affligée de ce qu’elle doit remettre le Palladium aux Grecs. Lanzi, au contraire, y vit Vesta avec deux Pénates et le Génie de Troie. L’abbé Zannoni ne fut pas satisfait de ces interprétations, qui n’avoient pas l’empreinte de la saine critique, que tout le monde lui connaît. Ayant lu dans Hygin qu’Oreste agité par les Furies , reçut de l’oracle, à l'effet de se délivrer de ses maux, l’ordre d’enlever dans la Tauridc le simulacre de Diane, et de l’apporter dans Argos ( ce qu’il exécuta avec son ami Pylade , grâce au stratagème très-connu d’Iphigénie qui étoit la prêtresse de la Déesse ), il a savamment pensé que la pierre représentait ce sujet. Ensuite il soumit à l'examen tous les passages qui dans Euripide ont rapport à ce fait , et il prouva que la pierre y correspond avec une admirable vraisemblance. Mais ayant fait voir d'après 1© même sujet soit en peinture, dans les fresques d' Hcrculanum , soit en sculpture , dans deux urnes étrusques , il se livra
avec une telle franchise aux particularités les plus minutieuses, que l'on a dû y reconnaître Iphigénie, Pilade, Orcste et les satellites du roi Thoas, destinés à égorger les hôtes eu sacrifice à la Déesse, selon l’inhumaine coutume de cette terre barbare.
Également dans une pâte antique, et dans une pierre du Musée de Stosch , la figure soit nue, soit revêtue d’une tunique la/aris, avec de grandes ailes déployées, n’est pas Jupiter, apparaissant à Sémelé, brillant de sa plus grande gloire, mais c’est, comme l’observe Boettiger, dans le bel ouvrage de Schlichtegroll, le Tanatos ailé, c’est-à-dire la Mort prête à embrasser une jeune fille qui repose endormie , tendre allégorie avec laquelle l’artiste a voulu indiquer la fin prématurée d’une vierge dans l'éclat de sa beauté.
La citation que nous avons faite des fresques d'Herculanum, nous rappelle à la pensée cette antique peinture du Musée de Portici, où l'on voit le premier des travaux d'Hercule. Les académiciens qui l'ont expliquée reconnurent Jupiter dans la figure qui est dans l’action de tirer l’épée trxauràfuvor ri tipof, bien qu’il n’y ait aucun
Musée Chiar . YoL I. e
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doute qu’elle doit être Amphitrion , introduit dans cette attitude par Théocrite dans ses Idillcs, ce qui est confirme1 par un basrelief du Musée du Vatican lequel, exprime le même sujet que la peinture d'iicrculanum; peinture qui, peut-être, fut imitée de celle qu'exécuta Zcuxis, et dont Pline fait mention.
Dans le même Musée du Vatican il y a aussi un vase sur lequel Winckelmann a reconnu dépeint Ulysse transformé par Pallas en vieillard tremblant et courbé. Le docte Allemand se ressouvint que la métamorphose d’Ulysse advint , selon Homère, par l'attouchement d'une baguette ; et voyant que la Déesse ici n’a point de baguette, mais un vase avec lequel elle verse l’ambroisie dans celui du vieillard , plutôt que de changer d’idée, il eu attribua la cause au caprice de l’artiste qui avait ainsi voulu se conduire en peintre poète, plutôt qu’en copiste. Quiconque a observé un bas-relief grec du Musée de Vellctri, où Hercule présente sa coupe pour recevoir le nectar divin qu’est prête à lui verser une Déesse, pudiquement voilée, s’aperçoit aussitôt que ce n'est plus Ulysse qui est peint sur le vase , mais bien
Hercule ( la massue le confirme à-coup-sûr encore plus ), et qui n'cst pas couvert de la peau de cerf, mais bien de celle du monstre de Lerne qui lui est particulière. Tous les mythologues s’accordent à dire qu’Alcide a dû son apothéose à Minerve qui lui fit boire l’ambroisie, Pindare attribuant aussi généralement à cette boisson des Dieux la merveilleuse vertu de rendre les hommes immortels.
Montfaucon , Ducange , Moreau de Montour et plusieurs autres, ne virent-ils pas dans le dyptique de Dijon l’image de Stilicon, de Scrcna sa femme, de Euchnrius, de Marie et de Tcrmanlia leurs enfans, quand il n’y avait là que le consul de l’an 5o6 Flavius Ariobindus avec deux officiers et huit figures qui représentent le peuple spectateur des jeux du cirque? Qui découvrit cette équivoque? Ce fut rilagcmbuch à l'aide de la confrontation du dyptique de Zurich. S’il soupçonna d’abord seulement quel était le vrai sujet, son soupçon prit une grande force alors qu’on publia le dyptique de Lucca, dont l'inscription, dans la forme des caractères, et dans les titres inscrits, est tout-à-fait
( gale à celle de Dijon, mais maintenant il est réduit à une certitude incontestable, M. Coste ayant retrouvé la tablette droite qui d'abord manquait , et qui porte précisément le nom de Flavius Ariobiudus , indiqué par llagembuch.
Combien d’erreurs , combien de rêves n’écrivirent pas des hommes très-célèbres , pour interpréter l’épigraphe dufameux dyptiquequi appartient aux héritiers de la famille Barbisoni de 11 rescia ? La plume se refuse à répéter leurs opinions, tant elles sont extravagantes et sans fondement. S'ils eussent considéré que dans le siècle dcBoècc le prénom Narsès était familier à beaucoup de personnages de haut rang, qu’il est parlé de Narsès prêtre, assistant au concile de Calcédoine l’an /j5i , qu'il est question dans les Dialogues de S. Grégoire d’un autre Narsès; que les lettres de Pélage premier parlent de deux Narsès; et que Narsès, magistrat dans Ravenne, avec onze noms, est cité dans les actes publics de cette ville de l'an 575, pour ne rien dire de Narsès, évêque de Césarée dont il est parlé dans le concile Quinisextum , et de l’eunuque Narsès vainqueur des Golhs ; si ccs écrivains
avaient, nous le répétons, considéré cela , ils auraient reconnu la meilleure interprétation que l’on puisse donner des lettres :
NARMANLBOETHIVSVCETINL
EXPPPVSECCONSORDETPATRIC
qui est celle ci:
NARjer ■ MANLiuj ■ BOET1VS • Y/r • Clarissimus ■ ET • INLuster.
EX • Pracfectus ■ Praetorio • Praefectus ■ \'rbis • SEC undum ■ CONSui ■ ORDinarj'uf • ET • ' PATRICiur.
Qui prend la peine de lire cette préface s’aperçoit déjà , qu’ayant pris la ferme résolution de prouver (selon notre peu de capacité) que la science des antiquaires est susceptible d’évidentes démonstrations , nous avons choisi, à l’appui des raisonnemens que nous avons mis en avant, les exemples que l’on trouve dans la plus grande partie des ouvrages qui sont sous nos mains , ou qui sont familiers et communs à presque tous les ama. leurs de l’archéologie. Il nous a plu de préférer ceux qui sont susceptibles de la plus facile intélligcncc , notre unique but étant de la dégager d'une erreur, qui pendant long-
temps a arrête les progrès d’une science si belle, si utile'et si agréable. Nous espérons aussi que personne ne voudra mettre en doute que si cela convenait ici, nous pourrions, avec une égale facilité, démontrer combien d’autres statues, dcbustc$,dc bas-reliefs, de peintures, de médailles, depierres gravées, de diptyques, de monumens enfin de toute sorte, représentés sous différents points de vue, qui ont usurpé de faux noms et des attributions mensongères, et que la judicieuse critique de notre âge avec le secours de confrontations exactes , a remises à leur véritable place , et à leurs naïves ainsi qu'évidentes représentations. Il en est de celle science ( dit fort à propos le très-savant Quatrcmèrc de Quincy, rendant compte dans le Journal des Savans de notre opinion , et en la fortifiant de son approbation ) , il en est de cette science comme de toutes les autres : les découvertes ou les vérités nouvelles se multiplient progressivement en sortant lune de loutre, comme on voit de nouvelles branches issues des anciennes, se projeter sans interruption , en étendant de plus en plus le développement de l'arbre- La science Ar-
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chéologique repose , comme toutes les autres, sur la méthode en vertu de laquelle le philosophe procède du connu à l'inconnu. Plus il y a de connu dans le domaine de [antiquité, plus il est nécessaire que la quantité de [inconnu aille en dirnimumt. Et dans un autre ouvrage, le même auteur, revenant sur le même sujet, conclut d’une manière encore plus positive. C'est par le rapprochement que la connaissance des monument nous met à portée de faire entre telle figure bien connue et bien désignée , et telle autre qui lui ressemble , mais sans désignation , que nous arrivons à expliquer les ouvrages incomplets ou mutilés que le temps nous a transmis, et que de nouvelles découvertes nous procurent.
Mais la théorie que nous avons exposée recevra encore plus de clarté et d’évidence, pourvu qu’il plaise d'observer qu’avec ce jugement on obtient aussi la même certitude dans l’interprétation des marbres écrits. Nous demandons, en leur faveur, comme une grâce de dire deux mots au sujet du tourment continuel qu’ils donnent aux illétrcs.
Nous ne contestons pas que pour n’avoir