PLANCHE XXII
Mercure *.
La très-élégante statue de Mercure que nous offre cette gravure nous ramene à beaucoup de ré-
la relation qu'ont les Dieux exprimas snr cel autel avec la culture des forêts cl des campagnes , pour leur en con fier la garde et la protection»
Nous pourrons ajouter encore, que Caton, de Re Rust., ch. »34, patîant d'un sacrifice champêtre, composé d'une truie, d'avoine, et de vin, que l'on devait faire avant la moisson , fait invoquer plusieurs divinités dans cette cérémonie sacrée. Le même , chap. i5g, indiquant le rit à observer lorsque l'on taille les branches dans les forêts , veut que dans cette occasion on sactifiit un porc au Dieu on à la Déesse h qui la forêt était consacrée.
* Cette statue a neuf palmes et demi de haut ; elle est de marbre pentélique. Les parties restaurées sont le bras gauche avec le caducée , et les doigts des pieds. La tête antique est du même marbre peutélique. Elle fut trouvée dans les fouilles de l’amphitéitre Flavien, ordonnés parle souverain pontife Pie VU. La statue était dans le jardin pontifical sur le mont Quirinal.
Nous devrions , suivant la méthode observée dans les volumes du Musée Pie-Clémentin , rendre compte de ces excavations faites au Colisée ; mais comme les soins prévoyans du S. Père lui ont fait donner les ordres nécessaires pour qu’ou dessine et qu'on explique tout ce qu’on retirera d'intéressant de cette fouille; comme ces études seront un jour publiées, nous nous dispenserons d’en parler. Noua ne ponvons pas cependant omettre de payer an souverain le tribut de la reconnaissance des artistes et des antiquaires, parce que nous lui devonj de voir les anciens
flexions sur la sculpture grecque. Cette figure nous parait très-digne de l’admiration de ceux qui chérissent les arts, et qui ont également de la vénération pour les monumens antiques. Ce ne fut
édifices remis en meilleur état, en ayant assuré leur entretien et leur embellissement.
Un monument aussi intéressant qu’est la présente statue, nous oblige k en donner l'histoire avec la plus exacte précision. Nous dirons k cet effet, qu'on y avait adapté une mauvaise tête moderne d’Adrien , et qu'elle avait été gâtée même par un très-mal adroit restaurateur. Nous trouvons une statue parfaitement semblable k celle-là dans le Recueil de Cavalier! , n. 4» t et on la donne comme existante chex le card. Farnese -, on dit qu'elle représente Adrien. Nous pensons qu'ou a ajouté sur cette statue Farnèse une tète d’Adrien , et qu’en la comparant ou a fait de la notre le même sujet, k moins cependant que ce ne soit la même statue publiée par Cavalleri , car la réunion des planches des deux tomes de cet ouvrage a produit quelque confusion dans l’indication des lieux s et d’autant plus qu'alors on dessina et on grava beaucoup de statues du Quirinal. Il nous sera toujours permis de conclure en faveur de la singularité de notre monument, ou que Cavalleri, en la gravant, a su l’apprécier , ou que les anciens faisaient graud cas de cette figure, qu’on trouva beaucoup répc'tée.
Celle statue en outre avait été, jusqu’k ce moment, placée k découvert sons des arbres dans les allées d’un jardin , et elle n'échappa pas aux yeux du chev. Canova , qui l’ayant fait transporter au Vatican avec la permission du pontife , lui rendit son antique splendeur , en détruisant la première restauration et y plaçant la tête déjk indiquée , qui se trouva admirablement de la proportion la plus exacte , et s’accorda même avec la qualité du marbre , de telle manière quelle parut en faire partie.
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donc pas une stérilité d’ imagination , ni l’ ignorance de la beauté des formes et de leur variété , qui engagea , chez les anciens , les plus grands maîtres de Paît à donner très-souvent à leurs statues une certaine ressemblance, qui pourrait faire croire que les uns et les autres se copièrent Les Dieux avaient leurs formes précises, leurs altitudes particulières , lesquelles dérivant du caractère qu’on leur attribuait , de leurs offices, donnaient à leurs physionomies des formes indispensablement les mêmes , et une certaine habitude dans le maintien dont il ne fallait pas trop s’éloigner. Cependant ces grands artistes savaient donner à leurs figures, quoiqu’on pût en apparence les dire imitées les unes d’après les autres , quelque chose de si neuf et de si sublime, qu’ils ne faisaient rien perdre à l’originalité dans l'invention, ni à l'inimitable hardiesse dans leur exécution. Les réflexions qui nous portent à considérer ce monument des arts de la Grèce , qui nous est resté par un très-grand bonheur, malgré le choc de tant de siècles, nous conduiront à pouvoir établir sûrement nos assertions , et nous espérons pouvoir en tirer des preuves claires et démonstratives.
Et premièrement , nous croyons devoir fixer une règle générale, que nous a fourni la longue et assidue observation des anciens monumens, laquelle est le seul guide le plus sûr qui puisse nous servir à établir des principes incontestables. Le difv férent mode de représenter chaque Divinité, est celui qui se trouve dans les monumens grecs de
l'ancien style , et dans les Étrusques , comme celui qu’on suivit dans des temps très-postérieurs , mémo d’un travail médiocre et bas : parce que les premiers furent les modèles de tous les simulacres , et les seconds en furent d’informes imitations, par lesquelles on chercha toujours k rendre l’idée des premiers originaux et des compositions les plus célèbres. Si nous observons les images les plus anciennes de Mercure , représentées sur les tableaux du style le plus antique, nous verrons ce Dieu toujours caractérisé par sa pcnule ou sa chlamyde (i). Si nous tournons nos regards sur tant de petites statues, et si ordinaires, de Mercure, eu bronze, nous les trouverons toutes également vêtues dans le même mode (a). Ceci étant ainsi déterminé nous allons à présent examiner notre statue, qui représente Mercure , puisque la chlamyde et la pose qu’elle a le fait reconnaître pour tel.
La stature de cette figure annonce un âge adulte , niais rien n’y annonce des traces de vieillesse ; clic a une vigueur sauvage , qui cependant ne détruit pas la grâce. Mous comparerons son attitude & ccllo d’un homme qui prête attention à quelqu'un, et qui
(i) Winckelmann en offre deux dans les Monum. incd, nuin. 6 e 38. On en verra d'autres exemples sur les vases dits étrusques, de Passeri , Picl. Etrusc . in Vasc.t tome II , pl. LXX; tome III, pl. LXXVI.
(a) Voyez entre autres le Musée d'Herculanum , t. Vf, des Bromes ; tome II, plan. XXXIII, 5: Montfaucon , Ant. Expi. , tome I , pl. LXIX, n. i , a et 5 -, pl. LXX, n. i , pl. LXXXVI , n. 5.
est prêt à marcher. Il est ou occupé à remplir les ordres de Jupiter, ou il accueille les vœux des mortels pour les reporter à l’Olympe , ce que semblerait plutôt indiquer celte douce inclinaison de sa tête (i).
Dans cette statue de Mercure nous trouvons une ressemblance assez directe avec une autre effigie de lui placée au Vatican , qu’on appelait l’Antinous, mais, la touche hardie , le style grandiose de celle que nous examinons , nous fait penser que la nôtre est antérieure , et même conjecturer que celle du Vatican en est une imitation. Les images les plus anciennes de ce Dieu sont, comme nous l’avons fait remarquer, presque toutes revêtues de la pe~ nula ou d’une ehlamydc, et voilà les originaux qui ont servi au sculpteur pour lui faire représenter Mercure. Peut-être que les artistes postérieurs à
(i) On a parle des fuuciions de Mercure à propos de sa figure sur l'autel carré de la planche XIX. Nous dirons ici que Lucien badine là-dessus dans les Dialogues des Dieux, tome I, page a5a. Là Mercure fils deMaja fille d’Atlas se plaint des soins multipliés qu’il remplit, et s’exprime ainsi = Nam mane surgendum est mihi , et verendum c onvivii coenaculum. Tum ubi curium s tracera . , . Jovi assistendum , ne perferciula illius mandata tota die seorsum , et deorsum cursitando cum rever sus sum ad hune pidverulentus apponendn ambrosia . . . Soli omnium ne noctu quidem quietem agere licet : sed opportet me etiarn tune dejunctorum animas PLaoni adducere , Ma niumque ducern agere , et foro judiciali assis tare. Ne que mihi suj/iciebant diurna négocia, quod versor in palaestris , quod in concionibus praeconis vices obeo , quod oratores edocc'o ; etc.
celui-ci ont trouvé que ce vêtement ôtait de la grâce à une figure aussi élégante et aussi naturelle dans son mouvement , et qu’ils ont fait la seconde figure ayant le corps entièrement nu , ce qui plut k tel point, qu’on la copiée plusieurs fois , et que nous possédons aujourd’hui beaucoup de statues de ce genre (i). Nous ne prétendons pas pour cela dire que cette statue soit supérieure du côté de l’art à celle du Vatican , ce qui serait sans doute difficile k décider, en comparant une statue qui a été, pour ainsi dire, respectée par le temps, comme celle-ci , et la nôtre qui a essuyé jusqu’à nos jours toutes les injures des années et des saisons , mais nous pouvons hardiment dire que son invention est plus antique, qu’elle est d’un style plus noble, quoique l’on n’y trouve pas le moelleux et le gracieux de l’art qui succéda au grandiose, lequel était dans le principe le mérite le plus distingué des ouvrages de la sculpture grecque. Le style de ce monument, antérieur à celui de l’Antinoüs, est d'un âge où la perfection de la sculpture était arrivée au plus haut degré , et avant qu’une certaine mollesse, qui 8*iutroduisit , commençât à donner naissance au maniéré, lequel fut cause que dans les siècles postérieurs l’art perdit 6es beautés originales.
(i) Dans le tome premier da Musée Pie-Clémentin , page 87 , on en indique deux qui ont e'té découverts au Colombaro près de 1a voie Appia , et une qui était placée dans la galerie du palais Farnèsc, laquelle avait le caducée, antique, daus la main droite, et des ailes aux pieds. Il en existait encore trois k la ville Mattéi, dont une a clé gravée, et se trouve dans le 1. 1, pl. LXXXVIII.
Avant de terminer nos observations sur cette statue , nous ferons remarquer à nos lecteurs que les Grecs s'attachèrent à donner des formes robustes aux images de Mercure , car sur quelques pierres gravées, et dans plusieurs sculptures du plus excellent style grec , on distingue à peine ses télés de celles du jeune Hercule, et ce n’est qu’au caducée qu’on peut , en ne les confondant pas , s’assurer que c’est un Mercure (i). Nous dirons de plus, qu’il se trouve sur les pierres gravées antiques un Mercure avec la chlamyde, lequel a beaucoup de ressemblance avec notre statue , ce qui confirme le cas que les anciens eux-mémes firent d’une statue qui leur offrait une composition si heureuse (a).
On peut en effet assurer que l'amateur ne détachera qu’avec peine ses regards de-dessus ce si* mulacre dont tout l’ensemble est admirable. Car si sa tête est pleine d’expression, on voit dans ses yeux quelque chose de surnaturel qui inspire la vénération, et cette douce inclinaison anime en même temps le courage (3). On est étouné de voir dans
(i) Il y a dans la ville Albani un hennés de Mercure qui a des formes absolument herculéennes. On peut en voir la copie exacte dans les Iscri zioni Albane , p. i45. Il sc trouve dan* le tome I des pierres gravée du Musée Florentin., pl. LXIX , nun. Il et III deux têtes de Mercure d’un excellent travail , qui ont une grande ressemblance avec celles d’ Hercule jeune, et qui ont le caducée sur l’épaule.
(a) La pierre gravée qui a beaucoup de ressemblance avec notre figure est produite par Gori , Mus. Florent. f tome I, pl. XX, num. II.
(5) L auteur du Musée Pic-Clémentia a donné en peu
le du tant de simplicité , un si beau choix de for* mes, et une grande intelligence de l'artiste qui a d’autant plus d’art, qu’il le fait moins paraître. Sa draperie est jetée avec -vérité , avec grâce, et malgré qu’elle couvre en grande partie la figure , elle laisse cependant apercevoir toute la forme du corps, et les plis ont été distribués avec une harmonie si savante , qu’ils forment une admirable opposition sur toute la figure. On saisit le motif de tous ses replis si naturels (i); tous leurs raouvemeus ont
de mois la description de Mercure “ C'est à lui que convient cette chevelure agréablement crépue ; disons plutôt quelle est un caractère absolument particulier à ce Dieu» O est à lui que conviennent, suivant la description qu'en a fait Galien, Cair gracieux delà figure, le regard doucement pénétrant , cette complexion pleine de vigueur des membres qui fait connaître le père ou V inventeur de la palestre. Tome I , page 8a.
(i) La statue du Capitole, en marbre, d'un style grec, nous offre, comme il a déjà été dit, Mercure avec la pécule : mais notre statue et la suivante, sont vêtues de la chlamjde. Cependant dans la statue présente le sculpteur a douné à la chlamjde une ressemblance à la penule en la relevant également des deux côtés ; de sorte qu'on ne la peut reconnaître pour une chlamjde que par sa boucle, et parce que tous les monumens de Mercure nous le font voir avec ce manteau. On remarquera que Ferrari dans son traité, de re Vcstiaria , liv. 111, seconde partie, à la page 849 du VI tome du Trésor de Grevius, n'a pu trouver un monument qui indiquât mieux la chlamjde ou la saie que la statue d’Adrieo de Cavallcri , laquelle est , comme nous l'avons observé , la même que U nôtre. Il cite plusieurs passages de poètes anciens qui décrivent la manière dont ce vêlement s’attachait au moven d'une boucle précieuse:
Musée Chiar. Vol. L 36
été copiés d'apres le modèle , et ont le sentiment du beau. Enfin on peut ranger cette figure parmi les productions les plus sublimes de la sculpture grecque. Si l’on n’a donc pu d’abord indiquer d’autre modèle, pour représenter Mercure , que le travail d’un artiste moderne (i); si Winckelinann en trouva un exemple plein de mérite dans le Mercure de la ville Ludovisc (a); si l’on en découvrit le simulacre le plus agréable dans le Musce Pic- Cléraentin (3), nous avons le plaisir de montrer dans
Phoeniceam fulvO chlamj’dem contractas ab cuira.
Ovid. f Mctam.f XIV, r. 345.
Ceux qui voudront de plut grands éclaircissement li-dessus, pourront consulter Ferrari lui-meme , au lieu cité. La péuule que l’on voit sur beaucoup de statues de Mercure , est un habit court et rond, qui se passe par le cou, et qu’on relevé de deux côtés pour agir commodément avec les bras. On voit ce vêlement employé par Mercure, comme en usage dans les jeux des athlètes de Lacédémone ; la palestre et les autres exercices du même genre ayant été inventés par Mercure , selon ce qu’a remarqué Mcursius dans les Mélanges Lacédémoniens, liv. II, chapitre XV, in Gron. Thés. , tome V, page a338. Ferrari voulant donner un exemple de U forme de la pénule, présente une statue de Mercure , que l’on peut voir dans le tome VI du Trésor de Grevius , page 83 t.
fi) Le célèbre Mercure Médicis , volant, ouvrage de Jean Bologne , qu’on a tant de fois copié en petit en métal, et dont l’abbé Lami fait la description et l’éloge si justement à la page 55 de l’opuscule inséré dans le journal de Pise , sur la Galerie de Florence , tome 47*
(a) Winckel. , Descr. des pierr. grav. de Stosch , p. 86. (3} Musée P tc-iSlcinctuin , tome 1 , pl- VIL
celte statue l'original le plus précieux digue des éloges et de l'étude des siècles à venir.