PLANCHE XXXII
Hermès bacchique a deux faces *.
On ne saurait assez louer l’hermès double que nous olTre cette gravure , pour son ensemble grandiose, pour la beauté qui rogne dans ses dent faces , et qu’en raison de la pureté des formes on doit assigner aux arts de la Grèce dans les temps les plus flurmam, mais cependant paraissant une imitation de la vieille manière. Néanmoins le travail qui n’offre pas un mérite égal nous fait soupçonner que ce peut être une copie de quelque hernies des plus élégans et des plus fameux. Que l’on ait fait dans la Grande Grèce et dans le Latium ( i )
* Cet hernies est un peu plus grand que nature : il est eu marbre peutciiqne. On a refait nouvellement à la figure jeune l'extrémité du nez, quelques boucles de cheveux, et une partie de la poitrine. Il fut acheté par le sculpteur M. Franzoui.
(i) On a parlé fort-au-long sur les henni1» doubles dans le tome VI, pl. VIII du Musée Pie-Clémentin , et on en retrouve i'origiue daus la plus ancieuuc mythologie , prouvant que le Phauéte», Dieu des Grecs, était jcprcsculé double comme le Janus des Latins, et que le premier comme le second pouvaient être confondus avec Bacchus. Ou y démontre ensuite, par un passage du Suidas au mot, M UpÔTSpoç, que 1rs hennis Propylées , ou placés devaut les portes des maison» de la Grèce,
un usage très-fréquent de sculptures semblables , cela est confirmé par les faits , puisqu'on en trouve chaque jour de toute grandeur dans les fouilles, et en les voyant en si grand nombre orner les collections et les maisons de campagne.
Comme nous savons que les hcrmès de Jupiter Terminal, qui avaient etc souvent employés par les Romains pour distinguer les limites de leurs champs , furent cause que l' on donna le nom de Jupiter à toutes ces images (i), l’on appela hcrmès de Jupiter et de Junon (a) tous ceux à deux fa-
otaicnl regardes comme des images de ^fcrcure , et ca Sicile ils avaient le nom de Bacchus, et ceux-ci & causa du moût dont ils l'aspergeaient étaient distingués par le surnom de Wlopv^oç.
(i) Déni» d’IIalycarnasse , ltv. II, p. *53 , laissa écrit comment Numa Pompilius ordonna que les propriétés fussent entourées de pierres , cl qu’il les fit après dédier .H Jupiter Terminal. On plaça ensuite dessus la figure de Jupiter , et par cette raison on les vénérait avec des cérémonies sacrées appelées Terminalia. Les Grecs eurent leur Jupiter ’Opioç , qui signifie la même chose que le Terminale des Latius. Les érudits croycnl que de-li prit son origine le serment per J aven lapident, dont Festut nous a conservé la formule ü la p. LXXXII , lin. 3y i Lapident silicem tendant juraluri per Jovem , haec verba die eut es : Si scient folio , tant me Diespiter salva urbe arccijUc bonis eiciat , uti ego hune lapident . Nous aurons à parler à la planche suivante de la distinction à faire pour reconnaître les têtes de ce Jupiter d’avec celles du Bacchus indien ou barbu.
(a) C'est ainsi que dans le Muse'e Capitolin on a nommé deux hcrmès qui sont dans le tome i à la pl. VI, p. 18 ,
ces , l’une jeune et l’autre âgée. Mais, sans manquer de respect envers ces savaDs érudits, nous nous croyons obliges, par de solides raisons, d’attribuer la plus grande partie de ces simulacres barbus au Bacchus Indien , et nous jugeons que l’autre tête jcuue appartient également à celle divinité , que l’on adorait sous une double forme.
Diodore de Sicile nous donne la raison pour laquelle Baccbus était représenté à deux faces , et il dit que c’était parce qu’on connaissait trois Dio nisii ou Bacchus. L’un était l’ancien qui se représentait barbu , parce que dans des temps plus reculés on avait coutume de conserver sa barbe. L’autre était le plus jeuuc, qu’on faisait toujours sous la forme d'un jcuue bomnie gracieux et délicat (i); et il paraîtrait que cct ancicu écrivain ait claircmeut fait l’explication de notre sculpture. Nous ajouterons de plus que la mitre distingue celui à tête barbue comme le strophium indique le second. Si quelqu’un voulait appeler ces effigies des images de Jupiter et de Junon , il faudrait qurü établit
mira, a et 5. Ils appartiennent, Selon noui, à Bacchus ; tous deux sont entièrement vêtus , et le second a enfin U tête ornée par des grappes de raisin.
(i) Diodore de Sicile, liv. 111, page tn. t 4q* Bacchus Bi for mis. Biformem ideo / mtant esse , quod duo ext itèrent Dionyti , priscus nimirum ille barbatus ; omnes enim prises barbas aiere soldant , junior iste elegans , et délicat us adolescent, ut antea indicatusn est. Dans le Musée Rucher décrit par Bonanni il y a un hennés double de Bacchus jeune et barbu \ les deux tètes sont couronnées de pampres. Y. pl. XI, n. i.
d'abord que l’artiste s’était trompe en disposant les différens oroemena de la tête , lorsqu’il aurait donné à Jupiter une mitre qui convient à Junon , et paré celle-ci avec le bandeau, strophium , de Jupiter.
Le meme Diodore nous a laissé une explication symbolique de cette double face de Bacchus(i)j et il a cru qu’on pouvait y distinguer les effets opposes de l'ivresse , qui sont la colère et l'allégresse. Nous sommes contens de son premier motif tiré de l'histoire , mais nous ne pouvons être persuadés de la justesse de celte seconde allégorie , car nous concevons difficilement comment la colère et la joie peuvent avoir des rapports avec une tête majestueuse portant la barbe, et une figure tendre et délicate d’un jeune homme.