PLANCHE XXXIII
IIehmes Bacchique *.
Nous avons été pendant quelque temps incertains quelle dénomination on devait donner 2» cette tête, dont les traits inspircut le respect , et que l’on eut honorée autrefois du nom de Platon. Il nous
(i) Sonnuli profiter duas ebriorum ojjectiones , quod vol inicuruiia , vel hilttritate profuiuLintur geminam ei for tuant assignat'i dicunt . Diod. Sic. , loc. cit.
* U est de graudeur naturelle , en marbre pcnlélfquc. On a restauré le bout du n» et l’oreille gauche. Il fut acheté par M. Camillo Pacetti , sculpteur.
semblait que cette majesté peu ordinaire la désignait une tête de Jupiter dans ce buste , mais les cheveux qui ne sont pas partagés sur le front , la bandelette qui couvre cette partie (i), nous ont déterminés k le nommer, comme le précédent, un hcrmès de Bacchus , si on ne veut pas le regarder comme un de ses prêtres ou un de scs ministres (a). El iorque nous excluons avec assurance les premières dénominations, nous balançons k nous décider sur les secondes. Comme Bacchus est caractérisé dans le premier hcrmès , entre autre choses , par des boucles de cheveux , qui après avoir passé sur le col , tombent sur la poitrine (3) , lesquelles font donner k cette figure barbue le nom d 'intonsus, qui a été attribué h Bacchus, ici ou voit au contraire les cheveux taillés , et cette tête a beaucoup de ressemblance avec quelques ministres de Bacchus qui sc trouvent dans d’autres mouumeus antiques (4).
(i) Voyez les précédentes explications de la pl. V, et XXIV.
(a) A la page i8y, n. i, du tome III, du Musée Fic-C cmcniin , on a indique plusieurs hennés de Bacchantes ou Ministres de Bacchus ayant une longue barbe, et entre autres ceux colossaux de la ville Borghèsc restaurés par le Bernin.
(3) Voyez la note déjà citée (i) de la plan. XXVIII f page a*)6.
(4) Sur le sarcophage célèbre qui fotdécouvert par le cardinal Casali dans sa vigne à la porte S. Sébastien , et qui existe à présent dans le palais de la famille au Cam/io
PLANCnE
Triomphe de Bacchis *.
Quoique Ton yoyc souvent sur des tombeaux les tu) stères de Bacchus ( i ) , ce ltas-reüef devient
Mario , les deux dernières figures k l'extrémité de la face représentent deux ministres ou prêtres de Bacchus , vêtus et barbus comme leur Dieu. On peut voir ce sarcophage dans lë tome V du Musée Pie-Clcmcntiu dans les planches de supplément , lett. C.
* Ce bas-relief a neuf palmes de long et quatre ouces ; il est haut de trois et demi, en marbre grec dur. Il était autrefois chez le chcv. Cavaceppi , et il fut acheté par M. Giovanni Pierantonj, sculpteur académicien.
(l) Outre que les initiés de Bacclius conservaient parmi les ornemens de leurs tombeaux la mémoire des mystères auxquels ils avaient été admis , les érudits ont encore observé qu' il y avait beaucoup de signes qui donnaient des rapports à ces images dans les monumens funèbres. En effet Bacchu» était l'inventeur et le protecteur de différent arts, comme de la peinture, de l’art de la guerre, de la culture en général, particulièrement de celle de la vigne. Il était 1* inventeur encore et celui qui présidait aux spectacles , aux théâtres, aux festins de la danse. Ou le regardait également comme le Dieu à la gaieté : aussi promettait-il la prospérité et la joie aux défunts , même après leur mort. On peut ajouter à cela qu'il était déscendu dans les enfers pour conduire sa mère au ciel, comme le raconte Hygin, fah. CCLI. De plus Bacchus lui-même devînt Dieu apres sa mort , voy tt le même Hygin , fab. CCXXIV. Bacchus, selon Isidore, se nommait Liaeus parce qu'il débarassait des inquiétudes. lloc alii quod nos cura soldat Liaeum appellant . Jsid. , iiv. XX, ch. 3 , pag. i3o, 46; et le même, iiv. Vllt ,
fort intéressant par la quantité d'objets qu'il représente. Aussi nous fait-il nous plaindre des ravages que le temps exerce , qui nous en a ravi une grande partie , et qui a laissé ce qu'il a épargné , dans un état encore déplorable.
Les chars , les élephans, les prisonniers, nous indiquent fort clairement le triomphe de Bacchus sur les Indiens. Les hahillemens divers, et les objets mystérieux , vont être le sujet de nos recherches rapides , parce que la plupart ayant été déjà traités , il suflira que nous les rapclions à la mémoire de nos lecteurs érudits.
La première figure qui s'offre à nous , en commençant à la droite du spectateur , est un hemiès barbu enveloppé dans plusieurs habits, et dont la tête est ornée comme celle d'une femme (i). Ce peut être un hennés de Bacchus barbu , peut-être aussi celui du Dieu Terme ou de Priape , toutes choses qui sont analogues au sujet représenté (a).
cap. Il t pag. 1 0U7 , a: Liaeus aico rot* Àvfou t/uod multo vino membra suLantur. Toutes ces consi déralions fout convenir Bacclius avec la tranquillité de la mort.
(t) Quoique celte figure soit fort endommagée , il lui reste encore assci d'indices pour y retrouver , eu outre de la confrontation avec des monument antiques semblables, une face barbue.
(a) On voit quelquefois Bacchus barbu représenté à l'extrémité des bas-relief», dont le sujet a rapport à des actions de ce Dieu , ce que nous aurons occasion de faire remarquer ailleurs. Le Dieu Terme et Priape cependant se confondent souvent fun avec l'autre , cl tous deux ont des rapports avec Bacchus. Bacchus piaula scs ter-
1 Musée Chiar. Vol. I. 35
Devant ce simulacre est un autel où brûle une flamme, et orné (fencarpii , de festons (i). Une jeune fille , vue par derrière, revêtue d'un manteau double, offre sur cet autel, an Dieu, un oiseau (2); ce que nous trouvons plutôt par la comparaison avec d’autres monumens semblables, que par notre marbre lui-même (5).
mes en colonne», comme Hercule, sur les confins de scs conquêtes. C’est cç qui est attesté , entre antres , par Q. Curtius, liv. III, ch. X, 5 ; et liv. IX , ch. IV, ai. D’ailleurs le culte de Priapc était mêlé aux mystères de Bacchns ; comme nous l’indiquent beaucoup de monuznens anciens, et cela est encore confirme' par la fable qui fit Priape fils de Bacchus et de Vc'nus. Casali, dans l’ouvrage de profanis ronuinorum ritibus , parle de cette relation superstitieuse part. 1 1 ch. IX, page i36, B.
(1) Nous avons déjk observe' à la note (i)de la page 168, que les encarpes sc trouvent autour des autels dans les sacrifices rustiques , d’où nous renvoyons nos lecteurs k se reporter k ces réflexions. Plusieurs auteurs anciens croyent que Bacchus a été un des premiers k propager le culte des Dienx, et k instituer des rits et des ordonnances sacrées. On sera bien aise que nous rapportions ici des vers d’Ovide k ce sujet :
Ante tuos ortus areie sine honore Juerunt ,
Liber , et in gelidis herba reperta focis.
Te memorant Gange , totoque Oriente subacto Primitias magno seposuisse Jovi.
Cinnama tu primas captivaque thura dédis ti ,
Deque triumphato viser r a tosta bore.
Nomcn ab auctoris ducunt Libamina nomen Libaque } quod Sacris pars datur ùide focis.
Fast. III , v. •j'i'j.
(a) Nous aurons lieu de parler de ce genre de sacrifice dans le discours suivant.
{3) En outre du bas-relief que nous donnerons ci-après.
Dans h bas est placé un petit Génie ailé de Bacchus, à cheval sur un tigre , ou sur une liooesse, ne pouvant assez les distinguer à cause du dégât de la sculpture (i); ou c’est l’Amour, qui accompagne toujours Ëacchus , monté sur cette bête féroce (a). La figure de vieillard qui vient après ,
et d’autres qui sont dam cette collection, on peut voir la pl. VIII du tome V du Musée Pie-Ciémentin.
(i) Le Génie de Bacchus s’appelait Acratus, et ce nom signifie vin pur. Nous avons beaucoup de monument qui offrent cet enfant ailé avec les symboles de Bacchus, et pour en faire connaître quelqu'un, nous indiquons celai du tome V des peintures & Herculanum , pl. XIII, et l’autre pl. XXXVII du tome II des Bronzes. Selon Winckelmann, Acratus est un enfant sur un tigre, publié par Caylus tome III, Recueil d’Antiq. , page 563, pl. CVII. \Vinckelmann croit aussi reconnaître Acratus dans une figure ailée qui soutient Bacchus, sur une pile antique, indiquée dans sa description du Musée de Stosch. V. Pier. Grav . de Stosch. , page aag , num. 1 438. On voit sur les monument Matthejani , tome III, pl. LXXII , fig. I et II , des Génies ailés de Bacchus dans les bas-reliefs d'un des pulyinaria qui sont aux escaliers du palais Mattéi. Cuper, dans f explication de T Apothéose <f Homère insérée tome II, page iCÔ, du Trésor de Polcnus, appelle Bacchus un enfant ailé sur un tigre représenté sur quelques médailles. Cette figure a semblé à quelques érudits l’Amour vainqueur et domptant tons les-étres; mais comme il est accompagné d’un Satyre , il paraît plus vraisemblable de le rapporter à Bacchus ; et nous ne sommes paj éloignés de le regarder comme son Génie, d’autant plus que nous voyons près du char de Bacchus un enfant ailé monté sur un lion.
(a) Nous avons de fortes raisons pour croire que ce n’est pu l’Amour qui est représenté sur notre uurbre > Le
s’avançant d’un pas grave et lent , en s’appuyant sur un bâton , parait à sa physionomie , qu’on distingue mieux dans le bas-relief que dons la gravure, avoir tous les caractères du vieux Silène (i), vêtu li la manière des barbares (2) , et peut-être à l’in-
]ieu où il eu place ne paraît paa être convenable k une Divinité céleste Quand l’Amour est sculpté sur de tels niouuinens , on le voit toujours volant, et non confondu parmi les suivons de Dacchus. Cette place peut convenir à un Génie que Tanciennc mythologie plaçait dans la classe inférieure des diviuîtés , et presque comme un serviteur des Dieux plus grands. Voyex à ce sujet Vandale , de Oraculis , cap. 1 , et de ortu , et progr. Idolol. , cap. 3.
(1) Nous aurons occasion de parlerdu visage de Silène en expliquant deux de ses Statues publiées dans ce tome aux planches XXXVI et XXXVII. Nous devons Lien assurer nos lecteurs que daus le marbre original on voit clairement les formes caractéristiques de son image.
(a) Nous pouvons citer divers monumens qui nous offrent Silène vêtu , et non pas nu. Winckelmana , dans son ouvrage déjà cité Pier.Grav. de Stosch., n. i4~o, en décrit un vêtu comme un philosophe, appuyé sur son b&lou. Bcllori, dans les Lucernae, partie II, fig. ai , en rapporte un , comme on l'observe encore dans d’anlres bas-reliefs antiques. Dans le bas-relief, du Musée Pie-Clénientin, que l'on trouve dans le tome IV, pl. XXVII, Silène est vêtu d'une tunique, et d'un pallium orné à scs extrémités; il est aussi chaussé, de sorte que ce n’est pas une chose neuve de le voir vêtu. O11 pourra à propos de cela réiléchir que le triomphe de Bacchus est ici représenté avcc la plus grande pompe cl majesté , en donnant k chaque figure l’habit qui lui est propre. Silèue, aelon Diodore , liv. III, ch. 71, premier roi de Nisa, pouvait être représenté avec les véfeinens que les anciens don-
aût
dicnnc , il procède le triomphe. Une jeune Hile vêtue d’une robe longue et d’un pcplutn voltigeant, suit la pompe, en jouant avec deux cymbales , ou sur son tambour, ayant les mains élevées (i); à moins que l'instrument dont clic joue ne soit des crotales , comme on les voit à d’autres suivons de Bacchus (a); car étant entièrement endommagées nous ne pouvons rien déterminer. A sa suite est une figure de femme d’une - initiée ou d’une prêtresse ; elle porte sur sa tête le van mystique (5).
naieni aux roi» de» Barbares. On pourrait dire aussi que si le Bacchu» Indien se voyait vêtu avec une barbe et un habit long , parce qu'il suivait le» usages de ces peuples, Silcne aussi, qui l’accompagna dans cette expédition , pourrait avoir adopté cette manière de se vêtir.
(i) Les figures des Bacchantes ou des danseuses qui frappent leurs cimbales ou sur leurs tambourins, en élevant les deux mains, sont très-frequentes. On peut entre autres en voir une dans les peintures d' Uerculanum , tome I, pl. XXI, et pl. XX dans le même tome.
(a) La sixième figure du beau vase Borghèse joue avec les crotales , en élevant les bras. V. Sculture délia villa Pinciana , tome t , page 4° t salle II , n. 10.
(3) Le van était la corbeille dont les anciens se servaient pour nétoyer le grain. Ce fut dans ce van que les Nymphes de Dodonc, à qui Bacchus fut confié après sa naissance, mirent ce Dieu. Ce berceau de Bacchus devint ensuite mystérieux , de sorte qu’il y avait dans les pompes sacrées en son honneur , le porteur de van. Ou pourra lire à ce sujet Winckcltnann , Mon. ined. , tome II % page G 5 , n. 55 , qui explique clairement tout ce qui appartient à l’objet dont il s'agit. Nous ajouterons seulement que le van mystique de Bacchus , selon Scrvius , faisait allusion à la purgation des ames, et par cette rai*
Vient après un prisonnier , triste , ayant le9 mains liées derrière le dos. 11 est presque nu ; seulement une chlamyde attachée avec une boucle, tombe dedessus ses épaules en formant différons plis (i); il paraît être conduit par un Satyre , lequel doit représenter Pan, autre chef de Tannée de Bacchus (2).
son était propre aux tombeaux sur lesquels ou le. voit fort souvent sculpté. V . Serv. , ad Virgil. , Georg. , lib. /, v. 1G6.
(1) Les prisonniers se trouvent représentés dans d’autres bas-reliefs qui forment le triomphe de Bacchus , comme celui du Musée Pie-Clémentin , tome IV, pl. XXIII , et dans les bas-reliefs du palais Albani expliqués par M. Zoega, et qui ont etc publiés par M. Pietro Piranesi , tome I , pl. VII, VIII et IX. Cependant ils ne sont pas, comme on les voit dans notre marbre , couverts d’nne clamydo ornée. Nounus décrivant dans les Dionysiaques, liv. XV, v. i4o et 14C, les Indiens deveuuj esclaves, dit qu'on leur lia les mains derrière le dos.
(2) Il semble que le sculpteur de ce monument a introduit, dans la composition du bas-relief, les deux chefs de l’armée de Bacchus dans son expédition de l’Inde, Silène cl Pan. Lucien , Praef. ’sive Bacchus , tome a , page 5t»o , dit «Que deux personnages commandèrent l'armée sous les ordres du Dieu ; l’un était un vieillard court, gras , ventru , avec le nez écrasé ... un autre homme monstrueux, ayant la partie inférieure, depuis la ceinture, semblable à un bouc , avec des jambes couvertes de poil , des cornes, et une barbe longue et épaisse. » Nous avons déjà remarqué le premier , et nous retrouvons le second décrit également par l’auteur grec , lequel , à raison de son maintien uoble , peut être distingué pour un personnage remarquable fait prisonnier par le vaiuqneur, et par cette raison, il est convenable qu’un chef triomphant
Au bas du champ on voit nn masque de Faune fort grand (i); une corbeile mystérieuse formée de
le conduise à son char. Noos observons dans la télé de ce Satyre une singularité dans les oreilles qui out quelque choie de semblable à celles d’un inc : mais si l'on veut examiner le bas-relief appartenant à Winckelmann, qu’il a publie* dans ses Monum. ined. , numéro 57 , et l’autre du Musce Capitolin , tome IV , pl. 63 , nous trouverons la figure de Pan assez semblable à la nôtre tlans la forme des oreilles. Winckelmann croit que l'inclinaison des oreilles dans cette figure de Satyre est un signe de compassion. Mois il nous semble que très-souvent les Satyres ont, dans les monumens antiques, les oreilles longues et pendantes ; en outre des autres exemples cites déjà , nous rappelerons à la mémoire un Satyre ivre , qui pourrait bien-être Pan conduit par deux Génies , dans un bas-relief qui a appartenu à M. Jenkins , publié dans les Monumenti inédit i, an 1786, avril , planche III : celui-ci a également les oreilles inclinées. Nonnus, l’écrivain le plus recherché de tout ce qui appartient à Bacchus , dit que les oreilles des Satyres étaient agitées par les vents, expression qui s’adapte beaucoup avec les grandes oreilles molles et tombantes.
Aures veto amias Incedentium alati ventilabunt venti.
Non., Dion. , lit, X/V , v, i38.
On sait que Pan est appelé l’inventeur de la tactique des phalanges, et que comme il fut le premier qui dompta l’ennemi en l’efTrayant par !c bruit, dc-là est veuu qu’on a dit Terreurs Paniques : de sorte que Pan fut le plus fameux des chefs de l’armée de Bacchus. V . Anùnjrm. de Jncredib. in Opusc. Mjrthol. Gale , pag. 89.
(t) On trouve souvent dans des sculptures de ce genre des masques de Faunes, de Silène , de Satyres , défigurés tragiques cl comiques qni se rapportent toutes à Bacchas. M. Zoega dans l’explication des bas-reliefs du pa-
jonc ; de-dcsson* son couvercle sort un serpent symbolique (i). Près du char de Baccbus se trouvent
lais Albarti , page 69, pl. XVII, croit qu'ils représentent les masques grossiers en bois que les agriculteurs formaient avec des écorces d'arbres, et qu’ils plaçaient par dévotion sur quelque pierre, les établissant comme protecteurs de leurs champs. Quelques-uns ont pensé que l’on voit duus les triomphes de Bacchus ces masques à terre , pour indiquer la supériorité du Dieu sur ces divinités champêtres. Cette opinion nous semble cependant peu analogue aux idées de l'ancienne mythologie qui ne nous a jamais présenté ces choses , et elle n'a aucune espèce de probabilité dans notre cas, et par rapport b tant d’autres bas-reliefs, sur lesquels on voit les objets les plus sacrés à Baccbus de même jetés b terre, mais seulement pour montrer le désordre que le vin a mis parmi les ministres ou les suivons de Baccbus. Des auteurs ont déjà remarque' que quelquefois les tètes humaines qui sont près des autels représentent ces tètes en terre ou d'autre matière , qui étaient substituées aux victimes humaines. Virgile parie dans le liv. Il des Ge'orgiques , v. 089, de* oscilla ou des têtes que l'on suspendait aux arbres en l’honneur de Baccbus, et à ce sujet les commentateurs tant anciens que modernes racontent mille choses.
(1) Ces corbeilles renfermaient l'un des mystères, le plus sacré de Bucchus^ comme l’ont dit plusieurs poctes anciens :
Pars obscura cavis celtbrabant Orgia cistis
Orçia , qtuic frustra cupiunt audiri profani.
Catul. , Carm. LXXU , v. 359.
Et levis occujiis conscia ci si a sacris.
Tibul. , I, Eleg. VIII , v. 48* Quelques-uns veulent qu’elle contenait uu phallum. Firmin dit que celte corbeille reuferraait le coeur de Bacchus tué par les Titans, et que Minerve donna à gar-
un enfant ailé k cheval sur nn lion , qui parait fort
der k Silène. V . Firm. Mat. de errore prof. Helig. , page i3et 1 1( à la fin. Clément d'Alexandrie nous dît plu» clairement que dan» cette corbeille reposait le serpent sacré : Q mile s porro et enjusmadi surit mysticat illae cistae ? nudandum enim quidquid apud eos utneti est , quidque arcani evulgandum. Sonne futec omnia ses samae ...et Draco Dionysii Btissari sacramentum ? Cohortat. ad Gent. , page 19. Selon Isidore les corbeilles étaient nommées ainsi cista , a costis ex canna , vel ligno , quitus contexitur , page i3at , lîv. 9. On le» voit représentées de cette manière dans les anciens monumens de Bacclius, et particulièrement sur les médailles d’argent appc’écs Cistophores. On remarque presque toujours à ce» dernières le serpent qui sort la tête dehors en soulevant le couvercle , comme il est dans notre marbre. Les serpent , selon les anciens , représentaient un Dieu , ou la divinité de ces Dieux , et plus particulièrement celle de Bacchus. II semble que le vers suivant de Valent!» Flaccus fait allusion au serpent que renferme la corbeille :
. ... et pie nas tacita formidia cistas.
Argonaut , liv. II, pag. 4g, v. 9.
Ces serpens n'étaient pas venimeux, mais au contraire fort doux , du genre de ceux que les ancien» appelaient jt apnaÇy comme nous l'observe le scoliaste d’Aristophane dans le Plutus : Vti serpens pareas. Specics serpentis est parcas , ita dictus eo quod genae ejus injlatae ac elevatae sint. Dicunt autem , ipsum non mordere : vel si momorderit , dolorem damnumve non ajjerre. Ejus memiru’t et Demosthcncs , uti dicit : seipente» , qui pareæ appellautur. » Ac etiain Lycurgus in oratione contra Demadem. TaJis ( ser/ientium J specics Alexattdriae reperitur : et talis sftecies invenitur in t emplis , vel sacris Bacclu. V . Aristoph. Plut. , page 7a , édition , Qdoardi lliscti , Aurel. Alobr. , 1G07 , fol. Quelquefois ccs serpens sacrés étaient travaillés en or ou eu argent. Sclou Aruube et
Musée Chiar. Vol. 1. 34
doux (i), et un tigre en repos qui est orné d’un bandeau (a).
Clément d'Alexandrie, il y avait d'ailleurs beaucoup de raisons pour qu’ils fussent consacrés à Bacchus. On prétend que Bacchus enfant confié aux Parques, fut léché au visage par deux énormes serpent. On dit en outre que les serpent sont le symbole d'une jeunesse perpétuelle , dont Bacchus jouissait. On assure encore que ce fut aux serpens qu'il dut la connaissance des vignes. Enfin, selon Clément d'Alexandrie et Arnobe , on attribuait des serpent à Bacchus , parce que Jupiter s'était transformé en serpent pour eugendrer Bacchus et Proserpine.
(t) Nous voyons dans cet enfant ailé un autre Génie de Bacchus , monté sur un lion , comme nous avons vu déjà Acratus à cheval sur un tigre. On peut croire que celui-ci est Ampélus, ou uu autre de ses Génies, fils de Silène , que Bacchus aima très - particulièrement , et qu’à cause de cela on a placé plus près de son char. Son nom provient des vignes , et on raconte beaucoup de choses de lui. Nonnus le décrit , liv. IX , v. GG , assis sur le dos des lions et des tigres , comme le fait remarquer l'auteur du Musée Pie -Clément in , tome IV, page 177, n. (1), et nous donnons ici la traduction du passage de ce poetc ; Quelquefois monté sur le dos tT un ours des montagnes , il le conduisait en pressant ses flancs horriblement velus ; tantôt assis sur un lion il frap/nut ses flancs ; et d'autresfois il s'amusait à conduire sans frein le tigre , à peau variée , qu'il chevauchait.
(a) Les guirlande* formées de lierre et de fleurs étaient le» ornemens ordinaires de Bacchus, de ceux de sa suite, des animaux , des temples , et même des autels qui lui étaient consacrés. Dans un bas-relief du Musée Pie-Clèm eut in , tome IV, p|. XXIV, page 194» 0,1 voit Jeux tigres avec des ornemens pareils, et ou observa aussi que l'on voit de* Centaures ceints d'une pareille guirlande , qui tirent les chars et Bacchus dans la pl. 10 du tome III de
Le char dans lequel, il paraît qu’on voit Bacebus et Ariane ( 1 ) , est conduit par deux Centaures , un sur le devant , qui est barbu , cl l’autre du sexe féminin (a) , ayant la tête tournée en ar-
ia Raccolta di statue , etc. , restaurées par le cher. Ca- >accppi. 11 semblerait que ces guirlandes dans notre sujet démontrent que ces animaux au lieu d’étre féroces sont domestiques.
(1} Il n’est pas facile , sans y apporter une grande attention, de trouver la trace de la seconde ligure qui est appuyée sur le char. Nous avons eu le bonheur d'étre aidés dans cette recherche par le sculpt. M. Alessandro d’Este, jeune homme d’uue grande espérance. Il n’a pas eu recours il la comparaison avec d'autres monumcui pareil» i au lieu de cela, en examinant avec grand soin les cassures du marbre , et le plan qu’ofTi'e la superficie , il a déterminé cette figure, à laquelle s’accordent parfaitement le» plus petits morceaux qui en restaient sur le bas- relief. Notre intention avait été de faire graver son joli petit dessin, mai* comme nous pouvons indiquer d’autres niuuutnens antiques oit l’on retrouve cette pose , nous nous sommes abstenus de donner cette gravure. Le basrelief de la Galerie Gûtstiniani, tome II , pl. 133, eu est nn exemple ; et l'autre est dans le recueil déji cité de M- le ch. Cavaceppi, tome II, pl. 08.
(3) Il est inutile de parler des Centaures , fiuonairoli ayant rassemblé tout ce qu’on en pouvait dire , dans l’explicutiou du Camée, représentant le triomphe de Bacebus , qui est dans le Musée Carpegna , réuni à quelques ohset valiou» sur de grandes médailles du meme Musée. Nous répéterons seulement les vers de Nonnus qui décrit tous les animaux qui étaient employé» a tirer le char de Bacchus;
Et fiilvum Cotybantet ministrahant prope stabulum Ccrvices pantherarum jugali lisantes loro ,
rièrc pour regarder les deux divinité*. Le char est fort élevé dans la partie antérieure, et semble être sans omemens. Selon les vestiges qui restent , on peut supposer que Bacchus et Ariane se tenaient embrassés , et qu'ils étaient couronnés par une victoire, ayant une palme dans la main gauche (1). Ce char est accompagné par une Bacchante vêtue d’une longue robe ; elle tient élevé , de la main gauche , un trophée qu’elle appuyé sur son épaule (2).
Uedera ligatis veto Icônes collepabant antilcnis.
Utent uni construisent es mituici Jrenot Et fur sut et m Centuurus fuibens horrentem barbant Jn fugum per se incitatus voluntariam cervicem extendens Et Satjrrorum longe mugis fiaLcns desùUrium dulcis vini Semiperfectus in nie bat vir commistus curn et/uo ; Desiderans Bacchum suis humeris portare.
Nonn. , Dionys. , lib. XEV , V. aGo.
(1) Sur les élégantes médailles grecque» de Syracuse, et d'autre* ville» de la Grèce , lesquelles représentent de* Victoire* couronnant des vainqueurs, ou les voit le plus souvent volantes, cl non comme clic est ici; aussi se raprochct-ellc davantage du si} le romain que du grec. A’ous ferons remarquer toutefois à nos lecteurs, que l'on voit aussi la Victoire dans le bas-relief Capitolin , tome IV , pl. LXIII, déjà cité ailleurs, quoique le irès-liabilc écrivain de ce Musée ne l’ait pas reconnue , et qu’il croye au contraire que cette ligure ailée sert une Muse. Dans le bas-relief Capitolin elle est couronnée de serpens ; et il n’est pas extraordinaire que la Victoire suive les usages d’un Dieu vainqueur, qui dès son cnfaucc *e ceignit le front avec des serpens , et dont il fit souvent *a couronne , et la ceinture qui relevé les habits de scs partisans.
(a) Il a paru d’abord k quelques-uns que celle jolie
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Le marbre est rompu de ce colé, d’où l'on peut supposer qu’U manque d’autres figures qui com-
figure portait un parasol près du cliar de Bacchus. Celte idée n’était pas hors de propos, car, suivant le rit sacré en Grèce, on devait porter un parasol en signe de vénération sur le simulacre de Bacchus lors de* pompes solennelles. Il j eut même une fête nommée 'Lxtfpa êopxtj , qui voulait dire , yesfum ombrât île : elle nous a clé décrite par Pollua, par Pausanias, par Hesychius, comme on pourra s'eu assurer dans la dissertation de Pacciaudi , de Umbelbie gestatione , ch. I et II. Il a rapporté mente plusieurs roonumens Bacchiques qui représentent cette cérémonie sacrée. Il parait cependant dans notre sujet que celte Bacchante porte plutôt un trophée qu’un parasol. Cette action d’en porter le bâton appuyé sur l’épaule, et de danser eu le portaut , semble plutôt convenir k qui se réjouît , eu soutenant le poids d’un trophée, qu’a celui qui serait chargé du soin de tenir le parasol sacré de Ion Dieu.
Un examen fait avec attention de cette figure , nous engage à donner une nouvelle explication de quelqu’autre monument antique ; et comme nous nous (laitons de pouvoir amener nos lecteurs k notre opinion , il nous sera permis de la traiter , peut-être , un peu longuement. L’auteur du Musée Pie-Clémentin k la pl. XXVI du tome IV, page ato, a cru que celle figure était une Victoire. On connaît des figures de cette Déesse sans ailes dans les antiques, mais il n’est pas vraisemblable que sur le même morceau on voye deux Victoires, l’une avec des ailes, l’autre sans ailes ; ce qu’il faudrait admettre en appellant une Victoire celte femme qui porte un trophée. On peut ajouter k cela une autre raison , c’est que les Victoires représentées dans le triomphe de Ptolémce Philadclphe qu’ Athénée nous a décrites, étaient ailées: leurs ailes même étaient d’or ; et cette pompe ayant été exécutée dans la forme de triomphe de llacchus.
j> le taie ni le cortège triomphal de Ba échus Dionysiaque.
il parait vraisemblable que les Victoires du triomphe de ce Dieu devaient être aussi ailées. V. Athénée , liv. V , ch. VIII , page ao5. Par ce motif nous croyons que cette figure représente une Bacchante qui porte un trophée des Indiens déjà vaincus, puisque c’était la coutume même parmi les nations les plus anciennes d’enlever les armes k l’cunemi vaincu ou tué, pour les of- ^ frir aux Dieux. David plaça dans le tabernacle l’épée de
Folialh. Reg. I, cli. XXI, v. g. Hisse fit un trophée des armes de Dolon , et les consacra k Minerve. if orner.,
Jlitul. , liv. X , v. 460. Hector promit k Apollon les armes du vaincu. Ilûidt liv. Vil, v. 85. A l’appui de cette opinion, nous avons Non tins qui dit que les Bacchantes enlevèrent les armes et les richesses qu’elles trouvèrent dans le camp des Indiens vaincus ou morts, qu’elles formèrent des danses joyeuses en frappant sur les boucliers , avec les armes de l’ennemi , et qu’elles revinrent au bout de sept ans triomphantes dans leur patrie. V. Nonnus ,
Dyonis. , liv. XL , v. n4'J «l siuv. Les trophées devinrent ensuite un ornement principal des triomphes dont Bacchus était l’inventeur. Dénis d’IIalicarnasse appelle le triomphe une pompe sacrée et tropaepora. V, liv. Il, cli. 34. Athénée, décrivant le pavillon de I'tolomée Philadclplie orné pour son triomphe, le fait voir décoré de boucliers et d’autres armes qui sont suspendues autour ;
Athénée, liv. V, ch.VI, page ig(i , F ; et aussi liv. V, ch. Mil, page -jo2 , £ , on dit que beaucoup de cuirasses , de bouclicis et d’autre» aunes enlevées k la guerre formaient de grands troinpliccs que l’on conduisait sur des chars. Les arcs de triomphe des empereurs romains encore existant sont ornés de trophées des armes de l’en- I
iicmi, et si on les voit souvent soutenus par des Victoi- I
rcs, elles sont presque toujours ailées et le plus souvent volantes.
■ 1 ' . nogle
Les traces J u groupe qui «'lait sur le cbar sont si incertaines, que c’est avec peine qu’on peut s’as-
A présent que nous avons prouvé que la figure décrite n'est qu’une Bacchante, qui porte un trophée près du char de Bacclius vainqueur , nous pensons avoir trouvé le même sujet daus la figure publiée, pl. X du tome U des Bronz&s <f Ilerculanum. C’est une petite statue d’uue jeune fille presque toute nue: une légère draperie qui est sur son épaule gauche voltige autour d’elle. Dans sa main droite elle lient un trophée composé d’une cuirasse et de deux ochreae , et sa droite, agréablement passée par-dessus de la tète, le soutient. Celte figure a scs cheveux rattachés par des bandelettes : scs bras sont ornés de plusieurs brasselcts ; autour de son cou pend un très-grand collier qui retombe sur son sein ; et son corps délicat est traverse par une guirlande posée sur son épaule droite. Ses pieds, qui forment des pas de danse, sont chaussés d’une espece de soulier -, et dans sa pose bien contournée, on voit respirer un sentiment de mollesse et de lasciveté. Ces doctes académiciens ont cru qu’elle représentait une Victoire, et nous pensons absolument que ce ne peut être qu’une Bacchante. Ces écrivains ont dit d'abord que la figure était d’un style étrusque , et ces peuples élaieut ceux qui donnaient des ailes il beaucoup de divinités, auxquelles les Grecs et les Latins n’en accordaient pas. De sorte qu’il était extraordinaire qu’ils les ôtassent à une divinité que tous les autres peuples représentaient ailée. Si quelquefois la Victoire se trouve être décrite sans ailes, ce fut pour indiquer qu'elle était permanente, mais jamais on ne lui donna cette altitude. En second lieu nous ne nous rappelons pas d’avoir vu des Victoires entièrement nues ; il y en a de découvertes de la ceinture en haut $ çela provient des ailes qui ne doivent pas être attachées aux habits. Ces vetemens sc voyant généralement enflé* par le vent ; ainsi ce que dit Ovide peut bien leur convenir, Metam. , liv. I , v. 5a8;
surer quel cuit son ordonnance. On découvre très* clairement y par la palme , la Victoire qui la tenait
Obviiujue adversas vibrabant flamina vestes.
Et le meme, Met., liv. Il, v. 875:
.... tenues sinuantur jïamine vestes.
Le mouvement des figures de la Victoire ne fut jamais celui d'une danseuse; on la rapre'sentail volant , et c’est ainsi que les anciens poètes la peignirent :
Atlfuit ipsa suis aies Victoria templis.
Claudien, de. VI Cons. Honor. , y. 597.
.... Dubiis vo/itat Victoria pennis.
Ovid., Met., liv. VIII, v. i3.
«... Rutilas Victoria pinnas.
Explicat •
Frudent. , contra 5/m.( liv. II, v. 28. Autant cette nudité convient peu b la figure de la Victoire , autant elle est propre à caractériser des Baccbantes qui dansent, et sur tout celles de l’ancien style. Par cette raison nous laissons de côté les exemples des basreliefs et des picn-cs gravées qui seraient en assez grand nombre ; nous nous bornerons à citer ceux des vases appelés étrusques , parce que nous eu pouvons tirer quel* ques uns de ceux de Passcri. t ne Bacchante , pl. CXXIII du tome 11, est presque toute nue, et elle a un baudrier qui traverse sur son dos. Sur un autre vase du même tome II, pl. CXXXIX, sont deux Bacchantes nues ayant un collier, le corps traversé par deux bandelettes en baudrier toutes deux tiennent une cm ne pour Loire. Une autre Bacchante, à la pl. CXLM, Jausaut avec un satyre a seulement une petite draperie, et un double baudrier comme les autics. Enfin on voit i la pl. CXLIX une Bacchante qui danse avec un Silène. Donc si toutes les raisous apportées prouvent qu'on ne peut pas croire que cette figure soit une Victoire, beaucoup de justes conjectures démontrent que ce doit être une Bacchante.
dans sa main gauche , et on p«ut y distinguer avec assez de probabilité la couronne , qu’elle parait pla-
Nou* ne diront rien de* bracelets, du collier, toutes choses qui conviennent à des suivantes de Bacchus, mais nous dirons que les guirlandes qui les ceignent ne sc trouvent qu’aux figures Bacchiques. Nous n'en citerons pas des exemples , lorsque nous avons vu cet ornement & bacchus , aux Faunes , aux Centaures , et jusqu’aux animaux féroces consacres à ce Dieu. Ce qui le démontre avec plus d’évidence , ce sont ces espèces de souliers dont elle est chaussée. Nonntis dit en parlant des Bacchantes : Induit argrntcas plantas purpurei cothurnis.
Non. , Dionys. , liv. XIV , v. 337.
Dans un antre endroit il raconte que les Bacchantes, chaussées de simples cothurnes, avaient vaincu les Indiens armes de fortes ocreae de bronte :
Da miki flaros calceos ferre , tjuod ipsae Infractae ocreae inclinatae sunt a cottuirnis.
Non. , 1. C. , liv. XXX , v. a8.
Car si les cothurnes de chasseurs couvrent , comme nous l'avons observé ailleurs , presque toute la jambe en sc laçant dessus, cependant les socci et les cothurnes , que l’on voit aux jambes des personnages tragiques et comiques , ressemblent bien souvent aux soulieis de la figure en question. Sur les vases étrusques cités , on voit des Bacchantes et des Faunes avec des chaussures absolumeut semblables, comme dans celui de la pl. CXXIK, CXXXIX, CXLVI , CXLIX , tome II , et autres. Ce qui donne de la certitude au sujet ce sont ses pas de danse. Les anciens poêles ont décrit les danses ( saltationes ) Bacchiques et militaires , en commençant par Homère, comme on peut voir dans les antiquités Homérique* d’Everard Titius, liv. IV, ch. V. Nonnus, après avoir raconté la victoire de Bacchus, amène, sur le champ de bataille meme , la danse de l'armée de femmes triomphatrices. V. liv. U,
Musée C/iiar. YoL L 55
cer sur la tête de la femme qui est dans le char. La première figure posée sur le Lige des Centaures est certainement une femme , cl il semble qu’elle conserve encore quelque partie de la nébride (a)
v. a45 cl suiv. Ce fut peut-être la cause qui fit regarder la danse comme un exercice militaire , caron lit dans Athénée que Socrate dit que : Qui coris religiosissime Deog vcncr.uttur fortissimi ( sont J in bcllo. Y. liv. XIV, c. VI, page C>i8 , F. Nous terminerons nos observations en faisant remarquer que la figure, que nous expliquons , semble vouloir tirer quelque son des armes de son trophée , ce qui s’accorde au»»i avec ce qu’on raconte des triomphes cher les anciens, pendant lesquels ou faisait entendre souvent le son belliqueux des trophées. Le bruit accompagna toujours les combats et les létes de Bacchus ; l'éclat Imitant des boucliers frappés, des Tjrmftani , le sou aigu des crotales, des clochettes, ont toujours été la musique qui accompagnait ce» fête». De cette manière nous avons donne deux images nouvelles de Baccliautcs guerrières et triomphatrices , puisqu'il appartenait aux chefs eux-mêmes de porter les trophées, comme Virgile nous l’apprend. En. , liv. XI, v. 83:
fiuiutostfuc jubet truncos hostilibus armis I/tsos ferre duces , inimicaque nomina figi. lit nous pourrons aussi appliquer ici le vers dans lequel Sidouiu» décrit Rome guerrière portant uu trophée : (Juercusque tropeis
Curva t remit , placidoque De a sub fus ce fatigat.
SiJon. , Paneg. ad Aulcm. I , v. 4^8.
(i) La débride , comme le remarque Buonarroti ; daus l’explication du triomphe de Bacchus , jointe & scs observations sur les médailles du Musée Carpcgna, est la peau de jeunes cerf», dont Bacchus et scs suivans avaient coutume de se parer. Diodorc en donue pour motif, que ces peaux étant couvertes de petites tache* comme des
ou bassara{\ ) qui lui couvrait la poitrine , c’est par cette raison qui nous nous sommes décides k croire celte figure , plutôt que toute autre , celle d’À-
goultcs d'eau, ers taches indiquaient les étoiles. Bacchus étant la même chose que le Soleil. En effet Bacchus , sur la corbeille du MumIc Kirckcr , a un grand manteau orne' d’étoiles. V. Mus. Kir., Aenea , t. I , pl. II, III. Eustathc dans son commentaire sur Dionys de orbis situ , v. 7o3, veut que cette peau ait ct<f consacrée à Baechus , par ce que ses taches imitent les grappes de raisin. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'on voit encore d’autres peaux en usage parmi les suivaus de Bacchus, comme celles de daim, de chèvre, de panthère, quelquefois même imitées et tissues , et toutes ces peaux s’appelaient également A ’èbrides. Lactance interprétant Stace liv. II, de la Thébaide , v. 664, dit que la Nébride était un habit sacré, que l’on mettait pour célébrer les sacrifices, comme le dit Virgile:
Pellibus in niorem cincli.
Aen. , liv. VIII, v. n8a.
C'est avec raison que l'artiste a donné cctle peau k Ariane placée sur le char de triomphe , puisqu’elle devait être vêtue de l’habit le plus sacre et le plus solennel dans le triomphe , qui était aussi une pompe sacrée.
(1) Bas saris était une longue robe dont Bacchus et ceux de sa suite se vêtaient. Antoine et Porphyre , anciens écoliastes d'Horace, veulent que ce nom vienne de Bassara, lieu de la l.ydie, où on Ica faisait. V. Hor. , liv. I, od. XVIII, v. 11. L’ancien scoliaste de Perse tire ce nom des renaids , que le* Thraces appelaient Bas saris. V. Perse , sat. I, v. toi. Cet habillement Ht donner le nom de Bassarcus à Bacchus , et de lUtssaridts aux Bacchantes. (Quelques-uns ont cru que la Bassaris était une espèce de soulier 1 mais plus géuéralcmcnl les érudits Tout regardée comme un lubit.
riane , et non une Cérèê , déesse des moissons , que Ton voit sur quantité de monumens antiques triompher avec le Dieu du vin. Mais il ne nous reste que très-peu de chose du Bacchus; on ne voit que le thyrse ou U férule qu’il tenait de la main droite (i).
Le derrière de ce bas-relief est aussi plein de sculptures. Trois élephans (a) placés de diverse ma-
(i) Pline parle de la Férule liv. XIII, cliap. XXII, tome III, page 69, sect. XI. II , 9 , et il fait mention aussi de ses diverses propriétés médicales. Le même , ch. I du liv. XXIV, tome IV, page 5o4 , i3, dit que cette plante est fort agréable aux ânes et k Bacchus. Elle correspond à la canne de l’Inde , et à cause de sa légèreté et de sa solidité c'est l’appui le plus commode. Bacchus voyant que scs sectateurs se blessaient dans la fureur de l’ivresse avec leurs thyrcs , les remplaça par la férule, qui les soutenait lorsqu'ils étaient ivres, et ne pouvait leur causer des blessures, comme les thyms qui étaient armés d’un fer de lance, quoique couvert de feuillet. Dans la pl. VU du tome V du Musée Pic-CIémcutin , un Ccutaurc porte un arbre, et l'auteur l’appelle Centaure Derulrophore. On consultera dans le même lieu les notes sur l’allusion qu’a cctlc figure aux fdtcs célèbres dites Dendrophories.
(a) L’Iude abonde d’éléphans, et même, selon Pline, il y eu a une espèce plus petite qui sert à labourer. V. liv. VIH, ch. I, tome II, page 139, 5. Le même écrivain ajoute, ch. II, que Pompée fut le premier qui à son triomphe, duns Rome, fit tirer son char par des élephans, imitant aiusi le triomphe de Bacchus. Ilardouin dans ses notes et corrections du liv. VIII, assure qu’il n’a pas trouvé d’autre auteur ancien qui ait parlé dn char de Bacchus traîné par des éléplians , mais que Dio-
nière , conduisent plusieurs prisonniers j quelques chameaux remplissent le même office (i): on voit aussi k l'extrémité differentes draperies suspendues (a); tous ces objets augmentent la splendeur de ce triomphe.
Nous ne pouvons pas dire beaucoup de choses sur le travail de ce bas-relief , auquel il n'est resté aucune partie assez intacte pour juger de son mérite. La composition cependant est belle y et dans quel*
dore et Nonnus le font paraître dans son triomphe monte «or un éléphant. V. tome II, page a5a , note IV.
(i) Les chameaux sont abondans dans l’Inde , et Nonnus dans les épisodes des combats des Indiens avec Bacdiui, liv. XIV , v. 3no, parle des Bacchantes qui coupèreut la tète à un chameau. Mais comme les triomphes de Bacchus ont rapport à toutes les victoires qu'il remporta dans l'orient , les chameaux peuvent aussi se rapporter îi l’Arabie , dont le symbole propre est un chameau , ce Dieu s’étant rendu maître de cette contre’c. V. Euripide. Bacchus > V. 16 ; Nonnus, Dion., 1. XXI.
(a) Comme nous croyons voir dans ce bas-relief un stylé latin t nous pourrons l’expliquer aussi par des usages romains. Les auteurs anciens nous apprennent qu’on avait coutume de porter daus les triomphes des toiles sur lesquelles étaient peintes les batailles et la gloire des vainqueurs , et on les portait suspendues b la vue du peuple. Malgré cela nous croyons plus probable que ces toiles y aient été placées seulement pour donner plus de majesté au sacrifice qu’on célébrait, d’autant plus que quelquefois on forma sous des tentes des espèces de temples aux Dieux. Très-souvent ces draperies , appelées par les Latins Aii/aea , sont placées par les artistes anciens pour séparer les actions qu’ils représentent j mais comme ici c'est uue pompe générale, ce motif ne peut avoir lieu.
ques endroits , qui ont un peu moins souffert , on Toit dans le travail la touche d’une main habile.
11 semble que les sculpteurs grecs et latins, qui faisaient à l’avance ces tombeaux , pour les vendre ensuite au hazard, exécutaient dessus une quan* lité de sujets, pour pouvoir- peut-être en retirer un plus haut prix -, ou, peut-être, était-ce l'usage de ceux qui les achetaient d’y vouloir trouver toutes les choses mystérieuses qui appartenaient aux ce* remanies sacrées.