PLANCHE XL
Silène avec une Tigre *.
La belle statue de Silène qui a été découverte , il n’y a pas long-temps, forme un des ornemen»
communs et semblables, celle pratique pouvait encore s’étendre k de telles fêles. Mais cet autel est explique, mieux que ne le ferait tout auteur ancien, par un vers de Bion dans la première Id>lc, v. ai , où Vénus qui pleure Adonis est décrite nudif pedibut, précisément comme la Déesse est dans notre sculpture , et ses suivantes sous la forme de Ménades.
# 4* Celte statue, haute de sept palmes et demie, est en marbre saliu. Elle fut trouvée en t^gi alla Vaüericcia. La restauration moderne consiste dans toutes les deux
le plus remarquable de ce Musée par la nouveauté qu’offre son attitude , par 1a perfection du travail, et non moins par son entière conservation. Elle nous montre le vieux Silène nu, ayant sur le bras une peau de chèvre. Il menace , avec un bâton de pas-
jambes avec les pieds, tout le bras droit , et moitié du gauche , de même que le tigre *et un peu de la peau. Cette réparation est duc à M. Antonio d* Este, qui a pu juger u quelque fragment qu'elle tenait aussi le Palum de la main gauche. Daus les mémoires historiques de l’Ariccia, écrits par le chanoine Lucidi , on rend compte de la découverte de cette statue: « I.a même année 1761 « M. le comte de Souza,en outre des fouilles, déjà dé- « critcs , qui furent ouvertes près de la voie Appicnue , où ■ s’élevait anciennement X Ariccia j en fit ouvrir encore « une dans la vigne de M. G. B. Mancini, placée dans la « rue dite Délits Cese. On y trouva beaucoup de marbres
• et une chambre avec un pavé de mosaïque en marbre « représentant de très-belles rosaces avec une élégante « symétrie. Les murs de la chambre étaient peints , mais « les peintures fort endommagées. On réussit à détacher « la figure d’un boeuf marin peint d'une manière agréable « et avec une simplicité rare. On y trouva aussi une sla- « lue de grandeur naturelle, en marbre grec salin, repré- « sentant Silène couronné de lierre et versant de haut ,
• avec le bras gauche, du vin dans un vase qu'il leuait « assez bas de la droite, avec un tigre à ses côtés- Elle « était sculptée avec beaucoup de talent, et le mieux « que iious commissions des Silènes. Dès les temps a lift cicus 011 avait restauré la jambe gauche , mais à « présent il lui manque les pieds et les bras. On dc- « vra surtout remarquer une demi-létc depuis la lèvre sum perieure, représentant un héros qui peut être Méléagre. « Le travail est d’uQ artiste grec comme celui du Silène. • page 207.
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leur, qu’il lient levé de la main gauche, un tigre qui c»i à scs pieds, et auquel il présente de la main droite du vio dans un vase. Nous avons déjà dit ailleurs que Silène était représenté de deux manières différentes (>). 11 est tantôt ridiculcmeut gros, tantôt il brille par des formes plus agréables, comme dans la belle statue de la maison Borghèse (a). 11 nous semble que la sculpture que voici nous donne une idée juste de ce Dieu. Quoique son Visage conserve en partie les formes qui le caractérisent , il ne manque pas cependant de laisser voir de la force , de la valeur , et môme une certaine majesté qui le fait reconnaître pour nne des Divinités, Le nourricier de Bacchus (3), qui fut un de ses généraux , ayant aussi signalé son
(») Voyci la note (i) et (a) de ce volume pl. XXXIV , page aGo , et Musée Pie-Clémeutin , tome I , pl. XL VI, et tome IV, pl. XXVIII.
(a) Voyez les sculptures du palais de la ville Pinciana, tome II , salle IX, n. i3 , page 96.
(3) Silène , scion les mythologues , était Gis de Mercure ; scion quelques-uns , de Pan et de Nyrapha. Enfin il en est qui le font naître du sang de Cèlus. L’opinion de Pausanias et de Pindare est qu'il prit le jour dans Mnlca, ville de la Laconie. Il fut, au dire des plus anciens poètes , chargé d'élever Raechus. C’est ce que dit Orphée : « Écoutes moi toi qui élevas Bacchus, rcspecta- « ble précepteur et nourricier le meilleur des Silènes , « honoré de tous les Dieux et des mortels. » L'étymologie de son nom dérive, suivant plusieurs antcurs, du mot grec aiXaiveiV qui signifie petulanter ludere. Il devint le père des autres Silènes qui lumière nt la suite do Bacchus.
courage dans le combat contre les géans (i), ne devait pas être représenté comme une homme stupide et efféminé. Lorsque les nymphes et les pasteurs trouvèrent, d’après ce que raconte Virgile (a). Silène accablé par l’ivresse , et qu’ils se jouèrent de lui pendant son sommeil profond , il se mit à chanter très-philosophiquement sur la nature des êtres, aussitôt qu’il fut sorti de cet état de stupeur, et émerveilla non-seulement les demi-dieux et les hommes , mais il enchanta même les animaux et les plantes insensibles.
Le sculpteur habile a voulu faire connaître dans cette figure élégante une divinité sous des formes rustiques, comme il convenait à un Dieu champêtre. Silène est robuste ,• mais d’un âge avancé j
(i) Euripide dans le Cyclope , v. 5 , fait rappeler k Bacchu» ses prouesses par Silène en ces termes :
Dcindc in praelio belli Giganteir
Ad. dextram pedem luum auxiliator cum essem ,
Enceladum clypeo in medio pcrciüiens , ftasfa ,
Interfeci.
(a) Virg. , Ecl. VI , v. i3 :
Chroniis t et Mnasjrlus in antro
Silenum putri somno videre jaccntem ,
Inflation hexterno venus , ut semper , Jaccho , Séria procul tantum capiti delapsa jacebant :
Et gravis attrita pende bat cantharus ansa.
Tum vero in numerum Faunosque feras que videres Ludct c , tum rigidas mature cucumina quercus.
Fcc tantum Phoebo gaudet Parnassia rupes :
Fec tantum Rhodope mi ta ni ur et Jsmarus Orphea.
l'excès du vin qu'il a Lu ne lui a pas ôté ni scs forces , ni son courage. Tout se rapporte , si on le considère attentivement , à celte idée , et tout se trouvera exécuté avec la plus grande finesse de l’art. On remarque que sa tète est chauve , et qu’il cache le défaut de cheveux par une couronne de pampres , sans rendre la tétc pesante , ce qui aurait très-peu convenu à une figure qui devait avoir des proportions qui la rendissent svelte. Quoiqu'il ait le uox écrasé , et la face un peu large ; sa physionomie n’a cependant rien de ridicule , elle montre au contraire une audace propre à celui qui se plaît à tuer une bête féroce. On peut observer aussi scs oreilles de chèvre , ce qui n’empêche pas de le reconnaître pour un Silène , puisque la statue Borghèse , qui représente Lien certainement le nourricier de Bacchus sous des formes sublimes , a des oreilles de même nature (i). Les muscles sont si bien ressentis sur tout le corps, cl sont relevés avec tant d’art par l'embonpoint , qu’on voit en même temps réunis la force, l’âge, et cette espèce de mollesse que produit l’ivresse. Ce marbre travaillé avec uu art sublime, s’est, nous pouvons le dire , changé en chair , et rend tout ce corps vivant et souple. La vue . d’un morceau que l’on peut attribuer aux meilleures époques de l’art, excitera plus facilement l'admiration , que ne pourraient le faire nos discours.
(i) Lambert i, Sculture délia villa Pinciana , tome II, page yû, u. îâ.
Si celle statue nous offre peu de sujets à faire des observations érudites , on en est dédommagé parce qu’elle nous donne uu modèle rare en seul* plure , et qui certainement n’a pas de supérieur en ce genre. On pourrait dire que Silène , dans ce monument , déployé toute la puissance de Bacebus et du vin. La peau de chèvre indique la vengeance que ce Dieu tire de scs ennemis , et surtout de ceux qui endommagent la vigne (i); et par le tigre qui paraît dompté et couohé timidement à scs pieds , il montre aussi le pouvoir qu’il exerce sur les animaux les plus féroces (a).
(i) Virgile parlant des vignes, liv. II des Ge'orgiques ,
Quantum UU nocucrc g regts , dorique venenum Demis , et adntorso signala in stirpe cicatrix.
Non aliam ob cutpam Daccho caper omnibus aris Caeditur.
Servit! 5 observe ici : Victimes Numînibus oui per similittuUnetn , aut per contrarietatem immolantur. Per siniilituJinem ut nigrum peens Plutoni. Per contrarietatem ut porca , qui e obest frugibus Cereri : et caper , qui obest vttibus Libero .... Aris ûutem omnibus non sine caussa dix il . jV dm cum numinibus caeieris varie pro qualitate
regionum sacnjicctur Libero ubique caper
immolatur ; quia vîtes quae in honore ipsius Juerant , ab eo comestae sont. Jratus Liber pater eum occidi fecit t cl ei tolU ul rem f in quo mitti vinum Jecit pro ejus vindicte.
(3) îious avons parlé pl. XXVIII, note (a), page 2S8 de ce volume , du tigre consacre k fiacchus.