Monumens du Musée Chiaramonti
Des écrivains célèbres, et le nombre en est grand, ont discouru, avec intelligence, sur la noblesse, l’importance, le charme et l’avantage de l’étude des antiquités. Mais nous n’en connaissons pas qui ayent cherché à démontrer sa certitude ; cette certitude était cependant un sujet digne de leur génie: car quelqu’estimable que soit un art qui se glorifie d’avoir pour adeptes les premiers coryphées du savoir grec et romain; de prêter à l’histoire, et à ses deux bases fondamentales ( la Géographie et la Chronologie ) le plus ferme secours ; de satisfaire
agréablement la curiosité des gens érudits; d’être la sauve-garde des arts , et des plus aimables, ainsi que des plus austères institutions; si, malgré tout enfin, cet art, encore, s'enveloppe de conjectures, de doutes, et d'opinions mensongères, ce n’est pas tout-à-fait une injustice qu’ on lui ait reproché d’être vain et léger, et ce n’est pas non plus à tort que l’on blâme les antiquaires de tant se fatiguer pour s’appauvrir.
Mais il est faux que leur art s’entoure perpétuellement des plus faibles indices, et qu’il lui manque cette certitude , sans laquelle toute étude humaine est superflue. Ainsi que toute autre science , l'archéologie a ( autant que le permet la faiblesse de l'intellect humain) son irréfragable sentiment de vérité, et elle est elle-même susceptible aussi de cette évidence qui fait l’orgueil des sciences que l’on appelle philosophiques et naturelles. A quoi se réduisent, en effet, ces démonstrations si estimées des philosophes, si non à découvrir une vérité inconnue, par le moyen d'autres vérités déjà connues ? Voilà précisément , ce qu'obtient le pénétrant archéologue , alors qu'il répand
la lumière sur un sujet encore obscur, qui, cependant, dans d’autres monumens , se démontre à lui, plein de clarté. Et de la même manière que la vérité s’offre au philosophe , considérant les phénomènes , qui se présentent , les uns spontanément , les autres soumis à son industrie , la véritable signification des monumens se fait voir aussi clairement à l'archéologue, en les confrontant soit avec d’autres semblables qu’il a sous les yeux, soit en les recherchant dans les Musées les plus riches. De la réunion d’observations les plus disparates , très-souvent le philosophe voit naître les causes de beaucoup d’effets, qui jamais ne se seraient , d’une autre façon , manifestées à ses yeux; et le même incident arrive à l’antiquaire scrutateur qui, dans la réunion des monumens que le temps et les lieux ont entièrement désunis, découvre l’âge, le style, la destination , l’usage et la valeur de ceux qu’en ce moment il soumet à son examen.
Ce qui servit autrefois à faire connaître aux anciens les événemens de leur temps, peut nous être aussi fort utile, sous le même rapport. C’est que le langage qui parle aux
YIII
yeux est unique et immuable pourvu que l’on sache et que Ton veuille apprendre ce langage qui n’est pas sans difficultés. 11 n’est pas, nous en convenons, donné à tous les hommes la faculté de pouvoir les vaincre. Tous en effet n’ont pas reçu de la nature le jugement et la pénétration nécéssaire, tous ne possèdent pas la masse de connaissances, la grande quantité de livres et d’objets rares et précieux qui sont indispensablement utiles pour arriver à la possession de ce langage. Mais parce que très-peu de personnes jouissent de cet avantage ( ce qui rend cette science plus recommendable) il n’en résulte pas que la voie qui conduit à l’acquérir, et qui donne les moyens d’expliquer les antiquités avec une évidente clarté, ne soit droite et très-sûre.
Ainsi, quand il veut calculer le cours d’une nouvelle planète qui apparaît sur l’horizon, ou la direction que prend la lumière, ou le volume d’eau et la rapidité avec laquelle il parcourt une partie déterminée de quelque fleuve, le philosophe n’a recours à rien autre qu’à quelques théorèmes qui, appliqués aux questions qu’il se propose d’éclaircir, séparent en elles ce qu’il connaît , de ce qu’il ne cou-
naît pas: et s’avançant ainsi dans le chemin difficile, mais sur, de l’analyse, il arrive enfin à d’exactes conséquences. De même l’antiquaire qui veut expliquer une médaille , une statue, un buste, une inscription, ne s’attache pas à d’autres objets qu’à ceux qu’il connaît déjà parfaitement , et qui sont prouvés par d’autres antiquités incontestables ; et les appliquant à ce qui, dans celles qu’il examine , lui est inconnu , il note les ressemblances qu’il y découvre, et il sépare les différences quelles lui offrent. Il parvient ainsi sous l’escorte de rapprochemens judicieux à en déterminer, avec assurance, l’identité. La manière de raisonner est pour tous deux la même ; elle ne change jamais, ne peut jamais varier; l’objet du raisonnement étant entre eux le seul point qui diffère.
Il est un fait constant, que dans les secrets de la Nature il existe un grand nombre de phénomènes , dont les philosophes n’ont jamais découvert et ne découvriront jamais les causes; parmi le dédale de la science de l’antiquité, il existe aussi un grand nombre de choses très-obscures qui, sans doute, resteront éternellement inconnues. Mais il est
vrai cependant ( laissant pour un moment les philosophes) que si les antiquaires avaient toujours employé le jugement que nous avons déduit, ils n’auraient pas reconnu, pour ainsi dire, l’histoire de la franc-maçonnerie étrusque dans les mystères et les orgies de Bacchus peints sur des vases campaniens. Ils n’auraient pas contesté l’architecture dorique du temple de Pestum ; ils n’auraient pas cru de l’ordre toscanique le putecd Capitolin des douze Dieux, ni d’un ciseau grec la statue du Sommeil, ouvrage de l’Algardi, ni d’un artiste moderne le buste antique d’Isis en bronze que possède monseig. J. B. Casali , et beaucoup moins le travail de Donatello, la très-belle tête de cheval, qui est d’une indubitable antiquité, que l’on voit à Naples dans la cour du palais Caraffa des Ducs de Matalona. Ils n’auraient pas vu non plus une Àspasie dans la Minerve qn’Aspasius représenta sur une pierre précieuse, ni cru que les figures de Germanicus et d’Agrippine fussent Alphée et Aréthuse; encore bien moins imaginé voir un Scipion Nasica dans le portrait d’Auguste sur les monnoies de Loharre en Espagne. On ne se fût pas
avise de restaurer un grand nombre de statues , d’une manière qui les a rendues toute differentes de ce qu’elles avaient été. On n’aurait pas mis non plus un violon moderne à un simulacre antique d’Apollon; on n’eut ni vénéré, ni cru l’image de la sainte Vierge une Isis , ni celle de S. Louis roi de France un Valentinien III , ni d’Adam et Eve celles de Neptune et dePallas. Les monumens ne perdent jamais de leur valeur, devant celui qui ingénument confesse n’avoir pas assez de lumières pour les expliquer , ils restent les memes pour celui qui, pourvu de certaines connaissances, converse avec eux autant qu’il faut , les étudie avec affection et patience, et qui compare , dans d’autres semblables, le plus petit rapport, jusques à ce qu’il arrive à saisir le vrai auquel ils correspondent.
Le plus sûr moyen de les expliquer clairement, et de les faire apprécier même aux personnes non instruites , o’est de les leur expliquer , par d’autres qui leur soient semblables , et dont le sujet et l’intelligence n’admettent aucun doute. Ce moyen détermine les justes confins qui séparent les sim-
pies conjectures des démonstrations évidentes. De cette façon, chaque objet antique, chaque classe, chaque pièce est appréciée selon son mérite, selon l’usage qu’on en peut faire, et selon l’avantage qu’on en peut retirer. On sépare l’intéressant de l’inutile, le certain de l’incertain , tout se met dans le lieu qui lui convient; ce que nous tâcherons de faire connaître plus simplement par un petit nombre d’exemples ou familiers, ou tirés des ouvrages que nous avons sous les yeux , et que pour l’amour de l’art nous allons reproduire.
Comment se fait-il que le Conseiller Bianconi, dans un joli petit poème où il suppose qu’il accompagne, jusqu’à Rome , une dame veronaise, lui dit, entre autres choses, de la manière la plus positive (i):
Per me saluta in Campidoglio il vivo Spirante bronzo equestre delV invitto Filosofo e guerrier : sofferse ancliegli Per un ’ empia infedele affanni e pene .
(ij « Salue en mon nom , dans le Capitole, la State tue équestre, en bronze , qui respire la vie , de ce « guerrier philosophe et invincible : il fut aussi ac- « câblé de peines et de chagrins par une infidèle sans « honneur, a
Qui a assure le poète que c’était le simulacre équestre de l’empereur Marc-Aurèle P On dira, peut-être , la tradition de cinq ou six siècles: mais ces traditions, répondrons, nous, ne convainquent plus les savans, depuis qu’ils les trouvèrent très-fausses, en une infinité d’occasions. Maintenant celles-ci, et beaucoup d’autres , cessent d’être fausses quand on peut , comme dans notre sujet, confronter le tranquille aspect , la barbe touffue et le port majestueux de ce meilleur des Césars avec ses nombreuses médailles, d’indubitable certitude , qui en portent le nom ; dans l’une desquelles, publiée par le Vaillant, on voit sur le revers le même bon Marc- Aurèle à cheval, en costume militaire, avec la main droite étendue, dans l’action d’accueillir les acclamations des Romains, l’applaudissant, tel qu’il paraît dans la statue.
En effet il se présente un simulacre de bronze ou de marbre dont vous ignorez le sujet. Si cette même figure avec les mêmes attributs et symboles, et encore avec le même nom se trouve répétée dans une peinture antique , et que mise l’une à côté de l’autre vous les trouviez égales , peut-on même ba-
lancer à croire que le nom de la peinture ne convienne egalement à la statue? On voit les Muses sur les monnoies de la famille Pomponia, sur le bas-relief de l’apothéose d’Homère, sur le Sarcophage Capitolin, on observe les statues du Musée du Vatican, et elles se rapportent toutes avec les fresques d’Herculanum, où chaque Muse a son nom, et qu’ensuite on nous vienne dire si les attributs et les symboles, qui sont le caractère distinctif de chaque Muse, ne sont pas démontrés jusques à l’évidence.
On découvre un buste d’un personnage inconnu. Ses linéamens sévères ou sereins excitent notre curiosité. Qui pourra nier qu’il est reconnu dès le moment, qu’avec les linéamens les plus scrupuleusement semblables , ce même visage sera répété, avec son nom, sur une pierre ou sur une médaille? Que l’ôn considère , pour parler des bustes les plus connus, et des plus faciles à reconnaître, ceuxdeNuma Pompilius, de Lucius Junius Brutus, du Grand Pompée, de Marcus Brutus, de Marc- Antoine , d’ Agrippa et d’autres grands hommes de l’invincible peuple conquérant de l’univers , et qu’on
les compare avec les médaillés , qui pourra ensuite nier que la démonstration de ces bustes n’ait pas l’ëvidence des plus sévères démonstrations ?
L'histoire cëlëbre à l’infini le bon prince d’Agrigente , le conquérant d’Imera , l’hôte de Simonides , l’ami de Pindare, deux fois vainqueur dans la lice olympique, et qui délivra sa patrie du joug de Carthage. Le Paruta s’est complu à en donner l’intëressante image, tirëe de médaillés, mal lues, auxquelles les numismatographes les plus recommendables doivent ajouter foi. Mais personne ne les a cependant jamais vues, si ce n’est en dessin. Tous convinrent qu’en tel lieu qu’elles' fussent, elles ne pouvaient être contemporaines de ce prince. En dernière analyse, ces dessins confrontes avec les vraies médailles conservées dans plusieurs Musées, on a vu le prétendu Théron dans les types , dans la fabrique, et enfin jusque dans le module et le métal mêmes, totalement différent des médailles des autres rois de Sicile , et au contraire tout-à-fait semblable à celle de Terina des Brutiens. En conséquence ce n’est donc pas 0EP£, qui a jeté dans l’erreur les plus sa-
vans, ni TEPO, ni 0HP&N; mais on a du lire dans ce revers TEVlvaiov y et reporter le portrait du Théron parmi les images à désirer encore. On peut à cet égard lire les Actes de la Société Pontanienne , et là les
observations de notre très-savant ami et col-
lègue le chevalier Avellino.
Avec ces images désirées, on unira dorénavant aussi l’effigie de Pindare, quoique répétée dans plusieurs lieux, et mise à la tête de presque toutes les plus belles éditions de ses célèbres poésies. Puisque la prosopê, c’est-à-dire le masque, de celui-ci étant comparée avec le visage de Sophocle du bouclier Farnésien, qui porte son nom, et ayant vu que tous deux non-seulement concordent tout-à-fait entr’eux, mais que de plus dans le profil du front, du nez, de la bouche , et dans la frisure, ils ressemblent parfaitement à un autre buste du Vatican de Sophocle, dont l’inscription est encore d’une indubitable antiquité, il faut absolument être aveugles, pour ne pas se persuader que l’effigie que l’on crut être celle de Pindare est un Sophocle, Cette absolue certitude s’acquiert, en sachant que ses traits étaient très-connus dans
la Grèce , les Athéniens ayant gardé sa statue conjointement avec celle de Ménandre et du fils de Mnesarchide, jusqu’au temps de Pausanias.
Si les médailles de Terina bannirent de Ticonographie le faux Therone, si le vrai buste et le bouclier de Sophocle nous privèrent du portrait de Pindare 5 que dironsnous de ceux qui voulurent trouver le divin Platon dans une image du Sommeil avec les ailes aux tempes , avec une barbe soignée et pointue, et la chevelure bouclée d’une manière tout-à-fait bacchique et féminine? Envain le bon sens leur disait qu’une recherche si apprêtée ne convenait pas à un homme , et notamment à un philosophe ; envain le Sommeil ailé et barbu se faisait connaître de lui-même et dans le sarcophage du Vatican, oiiEndymion est endormi sur son sein , et dans un bas-relief Capitolin , et dans divers morceaux d’art, où l’on voit le Sommeil avec des cheveux semblables et les mêmes ailes. La fausse idée que ces ailes ne pussent indiquer le vol léger de cette paisible Divinité, mais quelles signifiaient l’ame humaine, dont l’immortalité fut démontrée par ce phi-
Musée Chiar Vol I b
losophe , avec tant de pénétration , fermait leurs yeux h ce vrai qui se présenta sous son jour plus favorable, alors que l’on confronta les formes idéales du Sommeil, avec le front spacieux, les sourcils arqués, et avec la vénérable majesté du portrait véritable de Platon, en marbre, dans la galerie de Florence, jugé sans réplique par l’épigraphe qui y est apposée, et parce que plusieurs académiciens, élèves de ce grand maître, nous ont laissé relativement à sa physionomie. On sait qu’un autre portrait de lui , sculpté sur une médaille grecque, fut publiée par Patin . On sait encore que le susdit buste est d’un ciseau grec 5 Gerolamo da Pistoja, qui le céda pour un grand prix à Laurent le magnifique, bayant eu dans Athènes. On sait enfin que la tête imprimée sur les médailles et le buste, portent la même inscription et représentent une même personne. Que cherche-t-on donc de plus pour rester pleinement convaincu?
Tout ce que nous venons d’assurer par rapport à des personnages grecs et de la Sicile, peut aussi s’appliquer également à ceux de Rome. Le prince des antiquaires moder-
nés a fait des recherches fort ingénieuses pour nous convaincre que la tête gravée sur les monnoies de la famille Livineja est le portrait du célèbre Attilius Regulus. Dans aucune monnoie citée, cependant, on ne lit le nom désiré d’Attilius. Il n’y a point d’emblème, de symbole, ou de signe quelconque qui fasse allusion ou à son tribunat, ou au consulat, ou au triomphe des Salentins, ou à toute autre de ses entreprises militaires, qui donnèrent lieu à Cicéron, à Sénèque, à Valère Maxime de faire de ce héros le modèle idéal de la constance la plus ferme et la plus sublime. Aux épigraphes Lucius LIVINEIVS REGVLVS on voit joint tantôt le muid avec les épis, tantôt le combat avec les bêtes féroces, tous deux symboles de l’édilité curule. Avec Lucius REGVLVS PR aetor on réunit la chaise et les deux faisceaux, emblèmes de la préture urbaine. Finalement avec la même inscription , on unit une chaise et six faisceaux, signe distinctif du propréteur, ou bien du gouverneur d une province. Or Attilius Regulus ne fut pas édile curule, il ne fut ni préteur, ni propréteur, et si le seul surnom dans les antiques suffisait pour dé-
terminer l’identité des sujets, n’ayant égard ni au prénom , ni au nom , peu de portraits resteraient à désirer dans les galeries antiques et modernes. Ayant alors confrontée cette médaille avec beaucoup d’autres, et vu par une infinité d’exemples et de preuves que la légende gravée autour d’un portrait indique toujours, quand il n’y a pas de puissantes raisons contraires , quel est le personnage représenté, instruits en outre qu’il exista un Lucius Livinejus Regulus, préteur dans un temps assez voisin de celui où ces monnoies furent frappées , nous répéterons avec assurance, l’opinion qu’a émise le savant BorgheSi, savoir que le portrait gravé sur ces pièces n’est plus celui du célèbre Attilius Regulus , consul dans l’an de Rome 49§ ; mais bien celui de Lucius Livinejus Regulus, préteur dans les dernières années de la république, et nous croyons cela avec d’autant plus de sécurité, que d’après ce qui nous est connu , c’est son propre fils qui l’a fait graver, dans le temps qu’il eut, avec d’autres, la préfecture de Rome, sous la dictature de J ules César.
Dans un cas contraire, nous trouvant armés
xxr
de victorieuses raisons , nous nierons avec le susdit Borghesi que l’effigie imprimée sur les monnoies des Magnésiens du Sipyle , soit celle de l’orateur Marcus Tullius Cicéron, quoiqu’à l’entour de sa tête on lise ces trois noms MAPK02 TTAAÏOS KIKEPGN.
Nous savons que le célèbre Cicéron eut un fils qui avait les mêmes noms que son père, et qu’Âuguste ut civerteret a se Ciceronis procliti dedecus , filium ejus augurent fecit , et paulo post consulem , postremo Sj riae propraetorem . Ce fils passa de la propréture de la Syrie, ajoute Sénèque, au gouvernement de l’Asie, Asiam obtinuit , et Marcus Tullius Cicéron, fils du Marcus, gouverneur de la Syrie et proconsul de l’Asie, est mentionné honorablement dans une inscription trouvée à Arpinurn l’an 1809. La province d’Asie comprenait aussi , entre autres peuples, les Magnésiens du Sipyle; et plusieurs médailles ( pour ne rien dire des cistophores) nous démontrent clairement que ces proconsuls avaient l’usage de faire graver leur propré nom sur les monnoies frappées dans les villes de leur jurisdiction. Pourquoi donc s’obstiner à croire que les noms
MAPKÛ2 TïAAIOS KIKEP&N soient ceux du père mort depuis si long-temps, et non ceux du fils vivant et présent, qui eu avait tout le droit et toute Pautorité? Ayant exercé cette autorité vers l’an de Rome 780, cela vient se retrouver précisément dans les temps ou non-seulement on voyait depuis plusieurs années sur les monnoies la tête d’Auguste , mais où l’on ne pouvait y en graver d’autres, que celle d’Auguste ou d’ Agrippa son gendre. De façon que cette médaille confrontée avec d’autres, battues dans ce temps en Asie avec la permission des proconsuls, ayant vu, pour en passer sous silence beaucoup d’autres, qu’une de Césarée de Bitliinie porte OYHIAIOS ïlOAAKfiN ; que sur une autre des Geropolitains de Pbrigie il y a ÆABIOS • O * MAHIMOS ; et sur une troisième des Tarnitains de lEolide, ACINIOC FAAAOC, et que les noms distinctifs de ces trois proconsuls sont gravés à l’entour de la tête nue d’Auguste: nous affirmons, avec securité, que sur les monnoies des Magnésiens du Sipyle on doit aussi trouver le nom du proconsul Marcus Tullius, et que le portrait, dont on voit l’empreinte , est celui d’Auguste.
Ce qui reçoit encore plus de certitude, parce que les traits de ce visage , quant il est éloigne du buste antique de Cicéron qui porte le nom , et de la pierre gravée du Musée Worsleyen , qu’on prétend représenter Cicéron , ressemblent d’autant plus à ceux d’Octavien , à qui conviennent parfaitement la maigreur, les ossemens délicats, et l’age.
On tombe pareillement dans l’explication des emblèmes numismatiques assez souvent dans de graves erreurs, sans le secours que nous avons proposé. Dans quelques médailles de la Campanie et de la Sicile on voit répétée souvent une figure monstrueuse tauriforme avec un visage humain. Spanhemius la prit pour un Minotaure, Mazzocchi pour un Neptune, quelques-uns pour un Fleuve, d’autres pour Achéloüs. Ce type étant comparé avec les monnoies Béotiennes, sur lesquelles on voit la tête de Bacchus barbu, ayant des cornes de taureau; et de plus ses masques que l’on nomme minotauresques, étant ornés d’un diadème bacchique, ayant été aussi confronté avec une petite statue de la galerie de Florence, et avec deux pierres gravées, sur l’une desquelles on observe non Europe enle-
ve'e, mais bien une Bacchante avec le thyrse, assise sur le monstre , et dans l’autre la même Bacchante , avec une grappe de raisin , il ne resta plus de doute h personne que ce type ne soit l’emblème de Bacchus, et beaucoup moins ensuite lorsque la description nous en fut faite par Nonnus dans les Dyonisiaques.
Il y a été de même prouve , il n’y a pas long-temps , en examinant les^types les mieux conserves , et en les comparant entr’eux, que très-ëvidemment la figure de femme gravée sur les médailles romaines de Sextus Julius, et de Cajus Memmius n’était plus la figure de Rome couronnée par la Victoire , mais bien plutôt celle de Vénus à qui son fils Cupidon offre une couronne. Ce sujet est placé dessus la première médaille , parce que Sextus et sa famille se vantaient de descendre de Juins fils de Vénus. Dans la seconde il indique que Vénus fut la Déesse protectrice des Memmii , et c’est pour cela que Lucrèce l'invoque en leur offrant son poème.
Et pour parler des statues , la Vénus que le pape Jules II plaça près de l’Apollon et du Laocoon dans le jardin du Belvédère,
et maintenant dans le Musëe Fie-Clémentin, est un chef-d’œuvre de beauté. En vain les amateurs du beau cherchaient à connaître quel en était l’auteur. Après avoir examine deux grandes médailles de Caracalla et de Plautilla frappées à Gnyde, qui ont au revers la Vénus de Praxitèles , et après avoir vu que la figure de celle-ci est la meme que celle du Vatican , il ne fut plus douteux que ce ne fut une copie de ce simulacre si célèbre, d’autant moins, que d’ailleurs on savait qu’un incendie arrivé dans le palais Lausiaque de Constantinople, sous l’empire de Basiliscus , avait détruit l’original.
Puisque nous venons de parler de la fameuse statue de Vénus, nous pensons qu’il sera agréable à nos lecteurs que nous l’occupions aussi d’une autre non moins célèbre, trouvée à Milo , et dernièrement donnée à S. M. Louis XV1ÏI par M. le marquis de Rivière , ambassadeur de France près la Porte Ottomane. Cette statue, d’un artiste grec, comme chacun le voit par l’exact dessin que nous en donnons (pl. A), a les bras de moins, elle n’a ni symboles, ni emblèmes , ni épigraphes qui puissent indiquer
xxvr
sous quelle dénomination elle fut adorée, et pour quel usage elle fut d’abord sculptée* Les traits du visage ,et sa nudité jusqu’à la ceinture, nous disaient ouvertement que c’est la Déesse des Amours. Mais après cela , tout était incertitude et obscurité. M. Quatremer de Quincy, l’ayant examinée avec sa prudente et profonde doctrine , et son esprit de critique éclairée, a bientôt expliqué chaque partie, en nous mettant devant les yeux la pierre gravée, dont nous donnons aussi le dessein ( planche B. i ) et le groupe du Musée Florentin (planche B. 2), et plus que tout, le revers d’une médaille de Faustine la Jeune ( planche B. 3 ). Tous ces monumens nous offrant le meme ensemble des figures, la même nudité jusqu’à la ceinture, la même disposition des bras, le même mouvement de la jambe gauche, et jusqu’aux masses pareilles des plis du vêtement, chacun a pu reconnaître dans la statue de Milo, le simulacre d’une Vénus Victrix , la même que celle de la médaille citée , c’est-à-dire, cette Déesse qui reçut un culte et des honneurs en commun avec Mars ; et elle dût faire originairement partie d’un groupe avec cette Divinité guerrière.