‹ Monumens du Musée ChiaramontiChapitre 2 sur 60 · XXV II · texte numérisé non relu

XXV II

On aurait aussi dû examiner avec la môme attention scrupuleuse la statue vulgairement appelée Y Arrotino, le rémouleur , dans laquelle les érudits croyent reconnaître, et plusieurs encore retrouvent l’adroit barbier qui découvrit à Jules César la conjuration ourdie contre lui, par Achille et Potitus. Les raisons que ces érudits allèguent pour preuves, ne peuvent paraître que très-subtiles ; elles ont e'té d’ailleurs détruites de nos jours par la critique, qui ayant examiné avec soin le style de cette sculpture, lui trouva un caractère supérieur à celui qui se fait remarquer dans celles du temps de César. En voyant des moustaches à cette figure, on décida que ce ne pouvait être ni un Grec, ni un Romain. Le regard féroce, Pair barbare de ce visage ayant été bien observés, on fut persuadé que tout cet ensemble était plutôt le propre d’un bourreau que d’un fidel affranchi. Après Pavoir confronté finalement, avec d’autres tout-à-fait semblables, qui sont répétés dans deux bas-reliefs, où le bourreau Scythe , qui écorcha Marsyas , se trouve avoir la même position, le regard terrible tourné vers le patient, et dans l’action d’aigui-

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ser sur la pierre , le fer homicide destiné a écorcher le malheureux rival d’Apollon , on inféra de-là, avec une évidente certitude, que ce prétendu Arrotino était le bourreau Scythe , et qu’il devait dans l’origine faire partie d’un groupe avec Marsias , et avec d’autres statues, qui conviennent à la composition de cette fable.

Une statue très-gracieuse représentant une jeune fille qui tient un fleur dans sa main gauche, qui de l’autre lève sa robe comme pour hâter le pas, fut appelée tantôt Vénus, tantôt Flore. Parmi les types les plus distincts et les plus beaux de Claude, on voit la même figure , dans la même position, avec la même fleur et avec un nom; et voilà, à n’en plus douter, la plus facile de toutes les Déesses , l’Espérance, toujours prompte à s’approcher des mortels.

Un simulacre d’un travail parfait, qui fut autrefois placé dans le jardin du Belvédère, a été successivement jugé pour représenter un Antinoüs , ou un Hercule imberbe, ou Méléagre, ou Thésée. La chevelure gracieusement frisée, l’air suave de la figure, la douceur du regard , la complexion vigoureuse

des membres qui annonce l’inventeur de la lutte , ainsi que le manteau entortillé sur le bras, indice de célérité, et la tête gracieusement penchée, signe naturel des Dieux bienfaisans, firent soupçonner au grand Visconti que c’était le messager des Dieux. Enfin le soupçon devint une certitude lors qu’on trouva dans la Galerie Farnèse la copie antique du même simulacre avec les ailes aux pieds et le caducée.

Un groupe rare, appartenant à la ville Pinciana , sembla représenter Castor et Pollux, d’après Montfaucon ; d’après Winckelmann, c’était Oreste et Pilade. Aucun d’eux n’avait observé que sur le tronc , mis entre les deux figures, pour leur servir de soutien, il y a une hache et un caducée. Mais si de tant de monumens de tout genre , il apparaît évidemment que le caducée est le sceptre, l’emblème du fils de Maja; que la hache est celui de l’époux de Vénus, pourquoi ne pas reconnaître dans ces deux divinités consanguines Mercure et Vulcain? Nous ferions tort au savoir de nos lecteurs en faisant les frais de paroles inutiles pour leur démontrer que le caducée appartient à Mercure ,

et pour indiquer Vulcain sous un aspect de jeunesse avec la hache, ainsi qu’il est dans la patère étrusque dernièrement expliquée par le célèbre Schiassi , et qui représente la naissance de Minerve , et sur le couvercle du puteal Capitolin. 11 n’est donc aucun doute que les Dieux susdits ne soient représentés là; Vulcain étant le Dieu des arts , Mercure celui des sciences et des lettres , parce que ces moyens réunis renferment toute la culture du genre humain, tout le nœud de la société , et tous les germes primordiaux de la république.

Que n’a-t-on pas dit du fameux Pasquin? L’un le prit pour un héros grec, l’autre pour un gladiateur , un troisième pour Alexandre. Une tête tout-à- fait semblable, trouvée à Tivoli, et confrontée avec le groupe du palais Pitti à Florence, a fait reconnaître, jusqu’à l’évidence , que c’est Ménélas qui soutient le corps inanimé de Patrocle. Ainsi la femme endormie avec le petit serpent à l’entour du bras gauche, n’est point Cléopâtre, comme l’ont voulu faire croire Castiglioni et Favoriti , mais bien la princesse de Crète abandonnée, et surprise dans File de Naxos

par Bacclius qui en devient épris. Ainsi ce n’est point Mitras, mais Eon (ou le siècle) que représente le simulacre Leontocephale > et enveloppé de serpens que l’on voit dans plusieurs Musées , et sur lequel nous avons nous-même publié un essai dans la Bibliothèque Italienne. Au contraire de Mitras ou d’un de ses ministres, est la statue acquise par le comte de Fries, qui l’a fait transporter à Vienne, restaurée et déclarée pour être un Paris. Ainsi ce n’est pas un Mars le buste casqué du Musée Worsleyen , mais bien celui d’Achille , puisque mis à côté d’un autre très-semblable, que possède le duc de Nemi, et tous deux étant confrontés avec la statue de la ville Borghesi , où le héros, dont les traits sont semblables et avec le même casque en tête , porte une bandelette ou un anneau à l’entour du talon droit, il n’y a plus rien à douter; tous les trois étant pareils , tous les trois ne doivent représenter que le fils de Téthis, qui, nous le savons par la fable, ne fut vulnérable que dans cette partie.

Mais il semble particulièrement singulier que les interprètes des bas-reliefs , cette

classe la plus riche , la plus curieuse , et la plus certaine de toute l’antiquité figurée, soient tombés dans des erreurs bien plus graves. Dans les bas-reliefs, les images conservent plus facilement leurs symboles et leurs attributs ; les figures sont, pour ainsi dire, mises en conversation entr’eiles , et elles se révèlent et s’éclaircissent. L’artiste y représente ou une coutume antique, ou une scène que probablement nous avons lue dans les auteurs, ou il y copie une célèbre peinture décrite autrefois par les prosateurs, ou il exprime une fable connue par des poètes épiques et cycliques, des mythologues , et interprétée par les scoliastes. Il semble donc que les sujets devraient être moins exposés à des doutes , et que leur explication devrait être plus prompte et plus facile: cependant dans cette branche, ainsi que dans les autres parties de la science archéologique , que nous avons notées , ce n’est qu’avec le secours que nous avons proposé , que l’on obtient l’évidence , et que l’on peut déterminer les sujets représentés.

En effet les quatre anaglyphes appartenant à la ville Albani , et un cinquième que

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