DANS L’ÉDITION DE ROME
Ce n'est pas à la qualité de son climat 5 ou au caractère plus particulièrement naturel aux individus qui naissent sur lé sol latin , que fàome , cette cité auguste 9 doit l'avantage d'être le siège des beaux-arts et leur école la plus renommée . On a vu des artistes venus des régions les plus éloignées , pour respirer sous ce ciel heureux , atteindre dans les arts à la perfection la plus brillante et les gouvernemens eurent à cœur que ceux qui se sont sentis entraînés à ces utiles études , reçussent dans cette ville leurs premières leçons et y apprissent à rivaliser les ouvrages des Çrecs , nos maîtres dans les arts , et les heureuses imitations qu'en firent les Satins.
Ses restes des édifices anciens , qui , après avoir bravé les atteintes destructives du temps pendant des siècles , s'élèvent encore au- Musée Chiar . Vol. I, x
jour cl hui parmi nous superbes et majestueux ? sont , à ce qu'il nous semble , plus que tout autre chose y la puissance créatrice y qui éleve lame de la jeunesse studieuse vers tout ce qui est grandiose et élégant en même temps , qui habitue ses yeux et son esprit à se reposer sur des idées sublimesbien autrement que ne pourraient le faire les dessins ou les préceptes des plus habiles maîtres . <yi coté de ces monumens antiques y on peut encore ranger y comme formant une école impérissable et perpétuellement influente y la réunion et T enchaînement quont entre eux tant de modèles y ap partenant aux arts du dessin y qui se rencontrent partout dans Rome ? lesquels y quoique n'ayant pas tous la même perfection ? nen sont pas moins propres à fournir cl excellentes connaissances et des préceptes surs dans l’art , tous offrant aux yeux de Var -» liste le tableau de la beauté naïve y et tous le plaçant sans effort et sans qu’il s’en aperçoive , dans le chemin le plus sûr qui le conduise à la noble imitation de la nature.
Ce fut donc une inspiration grande et
utile qui anima JVdtre Souverain ÇPontife <Pie VIly lorsqu'il ordonna de rétablir ce qui nous reste de plus admirable de la grandeur romaine (i). £De même que par ses soins on a fait de solides réparations au Collisée , qui menaçait de tomber en ruines ? on a pourvu à ce que les regards de V amateur , surpris , étonné de tant de beautés , se portassent plus facilement sur l'édifice appelé le ^Panthéon , sur l'ancien théâtre Flavius , sur des arcs ? des temples (3),
(1) Les arcs de Vamphitéatre Flavius , du coté qui regarde le Latran, étaient si détachés, si endommagés , qu ils menaçaient de leur chute prochaine , enporlanl une grande destruction dans le reste . Le S. Père ordonna ^ par 1 entremise de S. F. Rev . Monseig, Lante , trèso rier général, que d'habiles mathèmaticens et des architectes experts prissent le soin de veiller à leur conservation, et ceux-ci \ en faisant construire un fort éperon, les ont assurés pour toujours .
(2) Les excavations qui ont été faites autour des arcs de Septime et de Constantin , le nétoyemenl de toutes les parties du Collisée , ont donné un nouvel éclat à ces superbes monumens,
(3) Le temple dit de la Sy bille Tyburtine , très- endommagé partant de siècles qui se sont écoulés , et par le peu de soin qu'un en avait pris, a été remis en meilleur état par ordre de S . S, -, et il a été réparé dans les endroits qui pouvaient encore y causer des ravages. Par Iss soins généreux du Souverain Pontife 9 on
qui jusques là paraissaient avoir été négligés ou abandonnés totalement .
Ce Pontife ayant ordonné avec une prévoyance qui ne sera pas moins avantageuse au public , que Von mesurât de nouveau les édifices les plus remarquables de V ancienne fàome, et après en avoir confié le soin à des mains habiles ( i) a fondé par-là pour V architecture une école pareille à celle qui fit naître les (Palladio 1 les Sr amante ? les dBuonarroti et tant d'autres hommes célèbres} lesquels, dès la rennaissance des arts ? portèrent l'architecture au degré de grandeur sublime qui rivalisa celle des anciens*
voit à présent dans S . Nicolas in Garcere, une partie des restes de ces anciens temples qui avaient existé dans ces lieux . Nous ne dédaignerons pas de mettre parmi le nombre des restes précieux de ï antiquité le petit temple du Bramante qui a été restitué à sa première magnificence sur le Janicule .
(i) M. Vincent Feoli , graveur, avait entrepris une nouvelle édition des édifices de Rome ancienne, mesurés et gravés par Desgodetz. Le S. Père a acheté cet ouvrage pour la Calcographie Camerale. M. Joseph V a- Jadier, architecte , directeur de cette Calcographie, sera chargé de rectifier les mesures des monumens , et pour cela défaire des excavations s*il est nécessaire, enfin de tout ce qui peut contribuer à rendre Vouvrage parfait ,
o (hais si ces dispositions du (Souverain <Pontife suffirent pour favoriser le plus utile des beaux-arts, son esprit n'a pas négligé cependant tout ce que les autres attendaient également de lui • cAussi en a-t-il ciggrandi et rendue plus facile V école en y introduisant des institutions nouvelles et nécessaires , en y fondant des prix nouveaux pour exciter la jeunesse (i); en honorant , par des distinctions qu'il a crées, les professeurs et les maîtres (2) j il a trouvé ainsi le
(1) L’ académie du Nud ayant été tranférée sur le chemin du Cours , a été rendue par-là plus commode à la jeunesse , et ayant été agrandie , elle contient un. plus grand nombre d’élèves. Le local étant plus étendu a pu admettre d’autres ctablisscmens utiles comme l’école de la ronds bosse. Lorsque la sale d’exposition sera achevée , on pourra voir commodément les productions des arts dans tous les genres.
(2) La lettre écrite par S. Em. le Camerlingue aw nom de S. S. en date du 10 août 1801, dans laquelle le Souverain nomme le chev. Canova inspecteur général des antiquités et des arts de l’état Pontifical , de même que cela fut fait à égard de V immortel Raphaël y donne une preuve de la haute faveur que S. S. accorde aux artistes. Elle est encore bien exprimée dans le Bref accordé à T Académie de S. Luc, qui confère le titre de chevalier y avec une distinction nouvelley aux premiers artistes de cette A cadémie, choisis par elle-même .
moyen d'animer le courage de ceux qui cultivent ces arts , à redoubler de soins , de travail, d' études, enfin pour tout dire à chercher la perfection .
jOe Vatican était déjà le dépôt le plus sacré de la peinture par les œuvres immortelles d'un fâuonarroti , d'un éiaphael; et le cMusée SPie-Clémentin , si fameux, renfermait un grand nombre de morceaux les plus précieux de sculpture des anciens, fie temple des arts , car nous pouvons l'appeler ainsi , n'a plus suffi pour le génie magnanime de SPie VIL o/llors il a dû créer dans le Vatican même un nouveau causée, digne du lieu , et digne aussi de son nom. dl est placé près du cffoiisée IPie-Cl émenti n , et sa principale entrée est par les loges du Vatican. £e c/fousée des inscriptions , qui a pris une forme plus belle , lui sert de vestibule , en même temps qu'à la Sibliothêque Vaticane. fiette collection d'inscriptions antiques , qui n'a pas de pareille dans l'Cu rope y a été placée dans cet endroit et embellie par le cf. IPère, qui encore , après l'avoir fait disposer avec une exactitude intelligente par cf/bonseig . Çaetano c/Æarini y Va
augmentée par différens objets précieux c/uil a rassemblés (i), en outre des rares
(1) Quoique dans cette collection d' anciennes inscriptions on ait réuni celles des Souverains Pontifes Clc ment XI F et Pie Fl , cependant il y en a une grande quantité recueillies par les soins du Souverain Pontife Pie FIL En outre de celles qu'il a fait acheter à des sculpteurs ou à d'autres, beaucoup ont été retirées des fouilles ordonnées par la Chambre Apostolique . Toute la collection qui ornait le palais de feu le cardinal Zelada a été transportée ici, de même que celle de JM. Galetti , celle de ï avocat Pasquale di Pietro 7 donnée par S. Em, le Cardinal Michel di Pietro son frère , et d'autres collections encore . Les bases portant des épigraphes qui étaient dans les Jardins Giustiniani, ont été données à ce Musée par le chev. Canova . Ce trésor vient d'être augmenté depuis peu par la belle collection donnée par Monseig. Antonio Lamberto Rusconi auditeur de Rote , cet amateur éclairé des objets de l'antiquité avec lequel , lorsqu'il n était q u auditeur du Camerlingue , nous , en qualité de Commissaire pour les antiquités , et avec la charge d’assesseur pour la sculpture , coopérâmes à la conservation des monumens antiques pendant plusieurs lustres. Il put réunir dans une délicieuse maison qu'il avait dans les fauxbourgs , presque toutes les célèbres inscriptions de Capoue , et plusieurs autres trouvées récemment : il en a fait présent au S* Père comme une preuve de son attachement à cette illustre cité . Nous ne devons pas négliger de joindre aux noms de ceux qui ont donné des inscriptions au nouveau Musée Monseig . Gaetano Marini , quon v a transporté tou-
inscriptions que les fouilles faites à Ostie ont soumises à l'attention des érudits .
JOe Musée Chiar amont i est remarquable par son étendue , quoiqu'il ne soit pas encore terminé \ Le choix y le placement des antiquités , ayant été confié au chev . fanova , c'est assez dire pour en faire l'éloge , et par ce premier essai qué nous publions j le public pourra se convaincre de la vérité de ce que nous venons d'avancer .
cfi nous suivions la méthode adoptée pour le Musée SPie-flémentin, nous devrions faire précéder les discours par le plan du Musée lui -même , mais comme sa construction n'est pas encore achevée , nous l'avons réporté aux temps suivans , et nous nous bornerons seulement à rendre compte ici de la méthode que nous nous sommes proposés de suivre dans nos explications , que nous avons taché de rendre faciles et com-
tes celles quïl possédait soit du paganisme . soit du christianisme 7 en assez grand nombre , et il a en outre donné à la Bibliothèque environ mille tuiles à épigraphe , lesquelles seront un jour placées sous les fenêtres de cette Bibliothèque , et qui formeront une collection très-singulière dans son genre ,
modes pour les amateurs , comme pour ceux qui étudient les beaux-arts , en nous conformant en cela aux sages avis de M. le cliev. fianova.
c Adus nous sommes écartés 9 dans la disposition des monumens, de la règle que Von s'était prescrite dans le Musée SPie-Clémen tin , en ce que dans le nôtre les statues , les bustes y les bas-reliefs , sont mêlés ensemble , afin de pouvoir nous en servir en même temps pour traiter chaque sujet . {jomme la classification adoptée par Winckelmann dans la description du Musée de c Stosch y comprend , après les Adieux ? leurs suivans , nous avons pensé que cette méthode pouvait nous convenir davantage , comme nous dispensant de faire de fréquentes et d'inutiles répétitions , et il nous a paru qu'elle formait un traité plus complet sur chaque sujet , mais nous avons de plus suivi le même ordre dans la classification des objets .
Considérant néanmoins que le Musée jjhiaramonti est une suite y ou un complément du Musée SPie-Clémentin , nous avons regardé notre ouvrage comme une continua -
tion du précédent, o/tinsi sans répéter tout ce que Von trouve dans cet ouvrage , nous lavons cité lorsque V occasion s'en est présentée y en cherchant à ne faire qu'un des deux ouvrages y le plus qu'il était possible 9 pour l'avantage de ceux qui voudraient se livrer à cette étude. Nos explications sont courtes , mais elles suffisent pour donner une idée du monument ? et nous nous sommes étendus davantage dans les noteSy pour donner tous les éclaircissemens qui peuvent établir la preuve des choses avancées.
qUous avons apporté le plus grand soin dans la description de chaque sculpture ; nous avons indiqué la dimension > la qualité du marbre > et les restaurations . c /Vous devons beaucoup à cet égard aux secours que nous a donnés M. Antonio cl Cste , statuaire y lequel nous a aussi fait part de ses observations sur le style des monumens > observations dues en partie à ses lumières propres , et en partie le résultat de celles du chev. ffanova.
oYdus avons choisi d'abord les monumens les plus remarquables de chaque sujety cependant les acquisitions qui ont étéfaites depuis , ayant donné à ce Musée quelque beau mor -
ceau qui a des rapports directs avec ces mêmes sujets , nous serons obligés par cette rai son , après avoir expliqué dans les premiers volumes , ordre , /es antiquités les plus méritantes , de leur ajouter quelque volume de supplément, dans lequel nous suivrons le même ordre , et où nous indiquerons les sujets auxquels on devra les joindre.
c Nôtre intention est de donner le plus grand intérêt au dernier tome par ce supplément en y ajoutant une indication exacte et concise de tous les monumens de ce Musée > offerts par un petit contour , rappelant ainsi sous leurs places respectives tous les marbres expliqués dans les volumes précédensy et présentant de cette manière aux lecteurs un cours de la science des antiquités fondé sur plusieurs centaines de monumens antiques y réunis , pour ainsi dire > sous un même aspect. Comme nous sommes persuadés que nous n'avons épargné aucune précaution pour être exacts , que nous n avons pas manqué de bonne volonté y et que nous avons eu pour le public tous les égards quil mérite y nous nous flattons que notre ouvrage en obtiendra un accueil favorable.