PLANCHE IL
Pompe Isiaque *.
Ce beau bas-relief avait déjà été connu du public par une gravure qui l’avait placé au rang des monumens les plus admirables de Rome (i): et après avoir occupé l’attention de plusieurs savans écrivains sur les antiquités (2), il fut publié parmi
* Le bas-relief a six palmes de long et deux palmes quatre onces de haut. Le marbre est de notre pays ou de Carrare; il e'tait autrefois dans la cour du palais Mattéi. Les petites restaurations qu’on lui a fait n’ont e'të que pour le rendre complet en ce qui manquait dans peu de chose , qui se trouvait indique' par les restes de l’antique,, et qui peut-être existait encore quand il fut dessine' la première fois par Sante—Bartoli. C’est un des premiers monumens que notre prince a fait placer au Vatican, en assurant ainsi à Rome la possession envie'e.
(1) Admiranda, Rom. Antiq . , pi. XVI.
(2) Montfaucon, Antiq. Expliç. ? tome II ^ part. II , pl. CX VI ; fig. i; page 286.
les monumens de la collection Mattéi: alors M. Amaduzzi y ajouta ses observations (i).
Mais avant d’entreprendre de l’expliquer , il est utile de dire quelque chose sur le style de son travail , lequel a été jugé différemment par les érudits et par les artistes. Quelques-uns ont voulu y trouver la manière étrusque : une certaine roideur dans le mouvement des figures , dans les plis des draperies, leur en a fait porter ce jugement. Mais depuis que l’immortel Winckelmann et le très-éclairé abbé Lanzi , ont, par leurs écrits savans, déterminé et classé les différons styles des anciens dans l’art, nous ne pouvons rapporter ce morceau a aucune des manières Toscanes ; mais nous devons l'attribuer à la troisième époque de la manière égyptienne, c’est-à-dire à celle d’imitation ; manière à laquelle nous devons fixer le plus grand nombre de monumens qui nous en restent et qui est du temps d’Adrien. Cette roideur que l’on remarque dans les figures de notre bas-relief ne peut, par cette raison, avoir eu d’autre motif que l’intention de se conformer, autant que possible , dans cet ouvrage, au mode des figures égyptiennes , et aux usages dont on voulait donner la représentation. Mais l’artiste en s’assujettissant à cette manière, y a mis tant d’intelligence, qu’il n’a point privé son ouvrage ni de ce qu’il devait aux convenances , ni des grâces dans les formes* $ je dirai plus, en leur conservant le caractère , la roideur de ce style , il a
(i) Monum . Matthej. ; t. III, pl. XXVI, fig. 2;p. 4q*
su le rendre agréable par un travail de goût , et par une sûreté d’exécution qui produit un beau simple et qui fait régner dans le morceau un ton tranquille très-remarquable.
Sans nous étendre longuement à parler des pompes sacrées qui se pratiquaient chez les peuples anciens, et spécialement chez les Egyptiens (i), sans vouloir répéter ce que tant d’écrivains ont écrit sur les pompes lsiaques, nous dirons que l’on voit dans ce bas-relief la représentation d’une pompe ou d’une procession, de celles qu’on exécutait en l’honneur d’Isis, et nous expliquerons les symboles et les ornemens de chaque figure ; et comme la marche de celte cérémonie sacrée se dirige de la gauche à la droite du spectateur, la première figure que nous examinons , sera la figure de femme qui précède les autres.
Cette figure est une prêtresse, ou, pour mieux dire, une femme initiée aux mystères d’Isis, qui porte les symboles de sa Déesse. Ses cheveux longs et tombant en anneaux avec art de sa tête , sont tels qu’on les voit ordinairement à des statues d’Isis ellemême. Apulée (2) , décrivant la pompe dont s’en-
(1) Ipsi certe JÎegyptii extiterunt principes conventuum sacrorum , et pomparum , et abductionum , et ab eis Graeci didicerunt . Iïërod. , liv. Iî, 58, page 1 1 r .
(2) Tune influant turbae sacris divinis initiatae , viri , foemincieque omnis dignitatis , omnis actatis , linteae vestis candore puro luminosi ; illae limpido termine crines madulos obvolutae , hi capülum derasi funditus , vertice prae~ nitenles. Apul. , Métam.? liv. XI , p. 245, 12.
toura Isis lorsqu’elle lui apparut, dit , que des hommes et des femmes de tout âge et de toutes conditions , précédaient la Déesse, au culte de laquelle tous étaient initiés; les femmes couvertes d’une robe blanche , les cheveux oints de parfums , les hommes ayant la tête rasée , précisément comme nous le verrons dans la figure de l’homme. Clément d’Alexandrie aussi (i) nous décrit très-longuement une pompe égyptienne, et jette un grand jour sur nos observations. Cette prêtresse a orné sa tête d’une fleur de lothos , dont on voyait parées toutes les divinités d’Egypte , de même que leurs ministres. Elle porte dans sa main droite un seau, instrument en usage dans les rits Isiaques. Le seau que les Grecs appelaient ou #a/U
mc , auquel les Latins donnèrent le nom de si tula ou sitella , indique , selon Servius , l’abondance des eaux dans tous ses réservoirs (2) ; à moins qu’on 11e veuille le rapporter à ce vase plein d’eau qui, comme dit Plutarque , était porté avec vénération dans les pompes sacrées d’Osiris (3). Diodore de
(1) Strom. VI, 4-
(2) Isis autem est genius Aegypti , qui per sis tri motum , quod gerit in dextera , Njli accessus , recessusque significat , per sitellam , quam sinistra manu retinet , os tendit adfluentiam omnium lacunarum . Serv. ad Virg. , Aeneid. , liv. VIII , v. 696.
(3) Voyez Plutarque , de Iside et Osir. Que Ton ne croye pas que ce soit une confusion de mêler ce qui appartient a Osiris avec les choses d’Isis, qui était sa mère , sa sœur et son épouse ; puisque le culte de l’une était réuni to-
Sicile nous rappelle aussi que l’on portait dans les pompes Isiaques des vases remplis de semences d’orge , en mémoire des découvertes utiles faites par la Déesse (i).
Le bras gauche de cette figure est entouré par un serpent , symbole de la santé , et par la même raison d’Isis (2), comme nous l’attestent tant d’in-
talement avec celui de l’autre. Il suffira de citer des monumens sculptes, la célèbre table dite de Bembo, qui était commune à tous deux. Il y a un grand nombre d’inscriptions et d’autels consacrés à ces deux divinités. Apulée après avoir été initié aux mystères d’Isis , se fit initier a ceux d’Osiris, et il s’exprime ainsi: Deae quidem me tantum sac ris imbut uni , ac magni Dei , De unique summi parent i s invicti Osiris needum sacris illustratum , quam quant, enim connexa , immo unita ratio numinis , religionisque esset . . . Apul., Met. XIy page 209, i5.
(1) Diod. Sic. B. 1. p. m. i5. Apud nonnullas quoque urbes , cum Isea ( festum Isidis J celebrantur , in pompa, tritici et hordei vascula circumferri ? ad primitus Deae industria , répertoriait memoriam .
(2) Il plaira à nos lecteurs que nous rappelions ici une nouvelle étymologie du nom d’Isis , quoiqu’elle soit contraire au sentiment de Servius cité à la planche précédente. Blasius Cariophilus (voyez Oliva, Matin. Isiac. , page 56 ) est d’avis que c’est le mot Asa qui, en langue arabe^ laquelle a des rapports avec l’égyptienne , signifie soigner. ïsis apparaissant aux malades en songe leur apportait des médicamens. Diodore assure , liv. 1, ch. s5 , p. 29: lsiti multa sanitati hominum pharmaca invertisse Aegjpfii tradunt , utpote quae , scientiae medicae fuerit peritissima , adeoque solerter multa excogitasse. Quam ob causam ruine quoque ad irnmort alitatem elata , sanatione hominum. maxime gaudeat , et in somniis , si quis opem expetierit , manifestant numinis praesentiam y promptarnque indigentibus benemerendi facultatem exibeat.
scriplions votives et dressées k celle Déesse (i). Tibulle lui demande sa guérison , étant assuré qu’elle pouvait la lui accorder en voyant tant de tablettes votives , sur cet objet , suspendues dans des temples (2). Ce serpent a des ailes à la tête qu’il tient élevée , attitude que le peuple égyptien regardait comme d’un heureux présage (5). L’habillement de cette femme n’est pas tel absolument que celui qu’Hérodote donne aux femmes égyptiennes (4) qui , dit- il , n’avaient qu’une seule robe ; et les nôtres en ont deux. Cependant si Tusage dont il parle était général, nous ignorons si dans les pompes sacrées on ne se servait pas d’une seconde robe. D’ailleurs Hérodote parle d’usages très-anciens , et notre bas-relief nous ramène au temps d’Adrien. Peutêtre que cette cérémonie est exécutée par des personnages romains , qui ne s’assujettirent à l’usage égyptien seulement qu'en ce qui était rigoureusement prescrit par le rit. Suétone raconte qu’Othon observait publiquement la religion d’Isis , se revêtant d’un habit de lin blanc , particulier au rit
(1) Voyez Gruter , p.LXXXIl, 5,6; Reines., class. T, num. CXXXII ; Fabret. , Inscript page 47°; n* 111 > ï 12 , 1 io.
(2) Nunc Dea , nunc sucurre mihi , nam posse mederi , Picta do cet templis multa tabella tuis .
Tibul. , liv. I, e'ieg. III, page 2o5.
(5) Et movisse caput visa est argentca serpens. Juvënal , liv. Il ^ sat. 6, v. 53^.
(4) Aegyptii binas vestes habent , foeminac singulas . Hërod. , liv. \\ 3 56, p. 102.
de cette religion (i). Commode aussi se rasa la tête et porta l’image d’Anubis , avec la tête duquel il frappait d’une façon étrange les suivans de la cérémonie isiaque qui étaient auprès de lui , à ce que rapporte Lampridius (2).
La seconde figure de la pompe est celle d’un homme, et représente un prêtre. Sa tête est rasée, comme l’a décrit Apulée, et comme le rappelle Hérodote, en disant, que c’était parmi les prêtres un usage , et que quelques-uns se rasaient tout le corps pour entrer plus purs dans les temples (3j. Sa tête est ceinte d’un cordon , ou d’un ruban , auquel sont attachées deux ailes ou plumes : les érudits croyent que ce sont des plumes d’épervier, qui par cette raison se rapportent à Osiris (4) , auquel on rendait des honneurs dans le même temps qu’à Isis. Diodore nous prévient dans sa bibliothèque que les écrivains des mystères égyptiens avaient autour
(1) Svëton., in Othone , ch. XII, 5, p. 597. Sacra etiam ïsidis saepe in lintea religiosaque veste prepalam célébrasse.
(2) Sacra ïsidis coluit , ut et caput roder et , et Anubin portaret . . . quum Anubin portaret , capita Isiacorum graviter obtundebat ore simulacri. Lamprid. ; V. Ilist. Aug . Seriptor. Commod. , cap. IX ; tome I, page 497*
(3) Sacerdotes tertio quoque die totum corpus eradunty ne quis pediculus Deo colentibus , aut aliud quid sordidum adsit. He'rod. ; liv. Il, , page 102.
(4) L’ëpervier e'tait regarde' comme un symbole du Soleil à cause de la rapidité de son vol 7 et par cette raison celui d’Osiris : on peut voir dans Pignorius d’autres raisons : Mensa Isiaca ; page Ga et 72.
de la tête un cordon rouge et des plumes d’épervier, en mémoire de ce que ces oiseaux avaient apporté un livre contenant ce culte mystérieux } et qu’il était lié par un fil rouge (1). Clément d’Alexandrie, déjà cité, met à la tête de celte pompe un chanteur, et il décrit ensuite l’écrivain des mystères ayant des plumes sur la tête (5). INotre prêtre éleve sa tête , il tient un livre dans ses mains , et paraît chanter des hymnes aux Dieux , auxquels on répondait par des chants à voix haute comme le dit la note v3). Son habillement est mystérieux $ il est nu du haut jusqu’à la ceinture 5 le reste du corps est recouvert d’un habit qui tombe sur ses jambes. On prétend que les prêtres égyptiens exprimaient par cette manière de se vêtir la partie supé-
(1) Nonmilli tr adunt , vetustis temporibus librum filo punico circumligatum ? in quo Deorum cultus , et honores scripti } ab accipitve sacerdotibus Thebas allatum esse. Quam ob causam NoLarii Sacri nunc quoque licium pur pureum , et accipitris pennam in capite gestant. Diodor. ; Sicul. liv. I , ch. 88 ; p. 98.
(2) Prinius omnium procedit cantor . unum aliquod afferens ex Symbolis musicae . . . Deinceps autem tepoypappaTevç , id est , scriba sacrorum pinnas habens in capite , et librum in manibus. Clem. Alex. , Strom. VI ^
A, 9; Pa§e 757-
(5) Nous aprenons dans Apule'e que le chœur accompagnait « Eas amoenus lectissimae juventutis, veste nivea t et cataclista praenitens sequebatur chorus ? carmen vetustum itérantes : quod Camoenarum favore solers poêla modulants edixerat . » Apul., I. XI ; p. ^45, 1.
neutre céleste et divine , et la partie inférieure terrestre et mortelle (1).
Dans la troisième figure nous voyons le secret le plus sacré de la pompe. L’eau renfermée dans le vase sacré n’était pas le symbole de la Divinité , mais la divinité elle-même. Suivant l’opinion de Yitruve , l’eau étant l’origine de tant de biens, propre à tant d’usages , et de découvertes nécessaires aux hommes , c’est avec bien de la raison, dit-il , qu’on l’a regardée comme une divinité aussi ; a l’aspect de ce vase , bien qu’il fût couvert , tous se prosternaient à terre avec respect, et élevant les mains au ciel, ils rendaient grâces aux Dieux de tant de bontés (2). Nous ne pouvous nous dispenser de rapporter la description qu’ Apulée donne de ce vase mystique , de sorte qu’on croirait qu’il eut , en écrivant, notre bas-relief lui-même sous les yeux. Il y en avait un qui portait dans ses bras la 'vénérable image du Dieu suprême : elle n était pas sous une forme emprumtée des bestiaux s des oiseaux , des bêtes féroces , ni même sous les traits de V homme ; c était une image qui méri -
(1) \ . Bellor. , Admir. Rom. Antiq. ad tab. XYÏ.
(2) Aqua vero non solum potus 7 s ed infini tas usui praebendo nécessitâtes gr citas praestat utilitates. Ex eo etiam qiu Sacerdotia gerunt moribus Aegyptiorum , ostendunt omnes res e liquoris pote State. Itaque cum hydriam tegunt quae ad templum aedemque castci religione refertur7 tune in terra procumbentes , manibus ad caelum sublatis7 intentionibus gratias agunt Divinae benignitatis. \'itr. , lhr- Vüf , Proem. à la fin ? page i5i.
tait la vénération pai * sa nouveauté elle-même , par son ingénieuse invention , objet cT une religion inèf fable que U on doit envelopper dans le plus profond silence . C’était une petite urne façonnée avec beaucoup d’art 9 brillante d'or , ronde dans Le fond, et sur la face de laquelle étaient représentés de belles figures égyptiennes. Sa partie supérieure s'élevait peu et en forme arrondie ; elle se terminait par une petite embouchure qui saillait en avant. De l'autre côté était attachée une anse qui s’écartait en s’arrondissant, et sur laquelle était posé un serpent à replis tortueux élevant en haut son cou ecailleuoc (t). Voilà la description du vase couvert que lient notre prêtre; nous ne pourrions rien ajouter à ce qu’en dit le philosophe de Medaure, si non qu’il est orné d’une fleur du lothos , laquelle, si elle se voit placée sur la tête de la Déesse , peut bien aussi orner son image symbolique. On peut
(i) Gerebat alias felici suo gremio summi sui numinis venerandam effigiem ? non pecoris , non avis , non ferae , ac ne hominis quidem ipsius consimilerti : sed solerti repertu y etiam ipsa novitate reverendum , altioris utcumquef et magno silentio tegendae religionis argumentum inef fabile : sed et ad istum plane modum , fulgente auro figurata urnula faberrime cavatà , fundo quant rotwido, miris extrinsecus simulacris Aegyptiorum effigiata , ejus orificiian non altiuscule elevaturn in canalem porrectum longo rivulo prominebat : ex alia vero parte multum recedens spatiosa dilatione adliaerebat ansa , quant retorto modulo supevsedebat anguis , squammatae cervicis striato tumore sublimis. Apul. , liv. XI, page 246 ; 17.
avec raison appeler cette figure le prophète, d’après Clément d’Alexandrie, puisqu’il nous assure qu’on Voyait après tous les autres le prophète portant une urne appuyée sur son sein (i).
Il y a pourtant diverses choses à remarquer dans les vêtemens de ce prêtre; et laissant la tête rasée dont nous avons déjà dit assez, nous observerons seulement ce voile qui lui couvre la tête> lequel des» cend ensuite sur ses épaules , se répandant d’une manière large sur ses bras, et dont il se sert pour couvrir l’image de la Divinité qu’il porte. Cet usage de voiler les choses mystérieuses , comme pour ex* citer plus de respect , était suivi par les grands prêtres qui couvraient le rational. Le peuple se couvrait la tête et les épaules lorsqu’il priait. Le trèssavant Buonarroti (2) appelle ces voiles stolae ou pallae , et croit qu’ils étaient semblables à ceux dont les matrones romaines se couvraient quelquefois la tête , comme c’était particulièrement dans la Grèce un usage pour les nouvelles épouses (3).
Nous n’oublierons pas de faire remarquer que cette principale figure a des chaussures particulières faites avec des feuilles. Hérodote (4) nous apprend qu’il
(1) Post omnes exit Propheta qui propatulain in sinu gestat Hjrdriam . Clcm. Alex. , Strom \t , 4^ 9; P* 758.
(2) Buonarroti , Ossêrv. sui Vetri Cimit. di Roma ? p. 78. (5) Winckelmann 7 Mon. ant. ined. , tome II, p. 102. (4) lidem ( Sacerdotes ) vestem tantummodo linteam y
calceos biblinos gestant , nec aliam vestem nec alios çcih ceos sumere eis fas est. Hérod. ; liv. II, 57, p. 102,
Musée Chiar. Vol. T. 3
n’était pas permis aux prêtres égyptiens d’avoir d’autres chaussures que celles de papyrus : notre basrelief nous en indique la forme.
La dernière ligure , dont les cheveux longs sont épars , tient dans sa main droite un sistre , et daus la gauche la capedunciila . Le sistre , instrument de musique dans les cérémonies sacrées , était aussi , selon Servius , un symbole, qui, par la qualité de ses mouvemens, indiquait l’accroissement, ou l’abhaissement des eaux du Nil ( i ). On peut voir à ce sujet beaucoup d’allégories diverses dans Bacchini qui a consacré une dissertation uniquement pour les expliquer (2). On possède dans le Musée Borgia plusieurs petits sistres , parmi lesquels il y en a un en ivoire plus petit que tous les autres , mais tous ont au sommet un anneau , au moyen duquel, à ce qu’il semble , on les suspendait sur le corps. La cape cline , ou capeduncula , était un instrument propre aux sacrifices, comme le prouve Àruntius (3). 0 11 la retrouve toujours parmi les vases des pontifes , sur les médailles et sur les marbres. Elle était Elite autrefois de terre ou d’autre matière , assez souvent avec un manche de bois , et ayant pris son nom a capiendo. On a trouvé de notre temps sous-terre , dans les marais Pontins , une de ces capedunculae d’argent très-petite , et on la conserve à préseut dans le Musée de la Bibliothèque Vaticane.
(ï) Voyez, pag. 26 , note 2.
(2) Bacchini, de Systris in Graev. , tome VI, p. 407*
(5) Putsch.^ Gram, Lat. in Priscian ,, liv. VI, p. 708»
On peut ajouter ici une observation générale qui s’applique à toutes les figures de cette pompe sacrée ; elle est tirée de la description qu’ Apulée a faite de cette cérémonie ; elle a été rapportée dans la note (2), page 25. Cet écrivain assure que toutes les personnes qui faisaient partie de cette pompe, avaient un vêtement que l’on appelait cataclista , c’est-à-dire clos tout autour. Beroald en parle fort longuement dans ses annotations sur Apulée (1). Mais il pense que c’est un habit coupé , sans manches , et que son nom peut être dérivé de Kazan'/lâr; si cela était, on devrait appeler ce vêtement cataclasta , d’où il paraît certain que le nom qu’il eut , prend son origine dans KazaK^eio^ ai , concludere y ou parce qu’il était fermé tout autour, ou bien parce qu’on le gardait serré, enfermé avec soin comme ne devant pas servir souvent. Il est vrai que les habits de toutes les figures qui sont représentées ici sont tous sans manches , ce qui ferait croire que le nom ne signifierait pas autre chose que vêtement que l’on garde enfermé , comme était celui que Tibulle (2) appelle seposita , lequel est précisément la même chose que cataclista.
Nous terminerons par une réflexion , laquelle ,
(1) Apuî. , Opéra omnia cum comment . Beroaldi Stevvechii y Casauboni , et alior curante Jano Grutero, Lugd i6i47 in-8.Q, page 1024.
(2) Sed nitidus y pui cher que veni , nunc indue vestem
Sepositam , longas nunc hene pecte com.as, Tibul. ; liv. II, Eleg. V, v. 8, page 2o4*
quand elle ne paraîtrait pas oflrir de vraisemblance à nos lecteurs , leur expliquera toujours pourtant les rites égyptiens , sur lesquels nous nous sommes entretenus jusqu’ici. Ces pompes sacrées annonçaient le plus souvent des circonstances de deuil, comme celles que l’on institua pour la mort d’isis et d’Osiris. Hérodote en décrivant les rites funèbres égyptiens , dit que les femmes de la famille du défunt couraient par la ville , se frappant de leurs propres mains , ayant les cheveux épars et les mamelles nues , comme nous voyons en effet cette dernière figure Isiaque (1). Et si le présent basrelief a été scié de quelque sarcophage, s’il ornait quelqu’ancien sépulcre , il n’est pas impossible de croire qu’on aura voulu à la mort de quelque personne illustre retracer le souvenir de la mort de ces Dieux , en l’honneur desquels se faisaient ces processions.