‹ Monumens du Musée ChiaramontiChapitre 21 sur 60 · PLANCHE V I · texte numérisé non relu

PLANCHE V I

Jupiter couronné * *.

Cette petite tête de Jupiter , quoique d’un travail médiocre , mérite cependant l’attention des érudits. Nous pouvons assurer que c’est le premier monument en marbre qui nous offre l’image de Jupiter avec une couronne de chêne. Cet arbre à la vérité a été consacré à Jupiter par beaucoup de fables. D’après ce que dit Caîlimaque , Pihée mit au monde Jupiter dans PArcadie sous un chêne (2). L’antique forêt de Dodone dans le

(1) Winckelmann , Hist. de V Art , page s3o.

* Ce buste de Jupiter couronne' est dans la proportion qu’il conviendrait pour une statue de sept palmes j il est en marbre grec, mais d’un style médiocre.

(2) Caîlimaque, dans l’hymne à Jupiter, dit en lui parlant, v. 10, page 5g et suiv. : « Rhée te mit au monde à Parrasia où Von voit principalement un coteau rempli (V arbrisseaux . Mais ils V appellent le pré Ogygie de Rhée . L'Arcadie était encore desséchée ; elle devait cependant bientôt devenir riche de belles eaux fertilisant ses campagnes : car lorsque Rhée détacha sa ceinture pour déposer le fruit de son sein , quantité de chênes ouvrant leur écorce épaisse et rudey donnèrent le cours au fleuve Jaon . »

pays des Molosses était consacrée à Jupiter, et ses chênes rendaient des oracles , d’où Jupiter fut appelé Dodouéen (i). Pyrrhus, qui se donnait le titre de Molosse, fit mettre à ses soldats des couronnes de chêne (2) en mémoire de ces forêts sacrées, et par dévotion pour Jupiter (3). On rapportait à Jupiter les fêtes solennelles appelées Dedala qui se célébraient tous les sept ans en Béotie , de même que les autres appelées Magna Dedala , qui arrivaient après une période de soixante ans.

Les Argonautes , en passant par cette forêt , élevèrent à Rlie'e , c’est-à-dire à la Grande Mère , un autel en mémoire d’une si auguste naissance, et ils se couronnèrent de feuilles de chêne. Ainsi s’exprime Apoll.Rod. , liv. I, v. 1 1 20 : « Ils amassèrent dans ce lieu des pierres dont ils formèrent un autel , et ayant couronné leurs têtes de bran ches de cliéne , ils commencèrent la cérémonie , appelant la Dyadimie Mère adorée Déesse de la Phrygie . »

(1) Dodone, ville d’Epire chez les Molosses, est appelée par Stace et nemorum Dodona parens , Teb., liv. III, v. 106. Stefano Bizantino écrit Dodona, urb s Molossidisin Epiro post quant Dodonaeus Jupiter , p. 249, E. Voyez Homère, Iliad. , XVI, 255. Plusieurs poètes parlent des. chênes qui avaient la parole , c’est à eux que Virgile fait allusion, Georg. II, v. 16:

Atque habitae Graiis oracula quercus.

Servius ajoute ici: Nam in Dodoneo nemore arbores dantes responsa fuisse dicuntur. On trouve sur les médailles d’IIalicarnasse l’image de Jupiter Dodonéen représentée enveloppé dans son pallium , entre deux arbres sur lesquels sont deux colombes. V. Vaillant , Num. Impp . a Pop. Graec. loquent. cusa , dansl’append. h. 2, num. 1.

(2) Plutar. dans Pyrro , page 4?°; tome IL

(5) Ibid., page 44$; b* \

Dans ces fêtes les Platéens se rendaient à la forêt ou étaient d’ antiques chênes , ils y suspendaient des viandes bouillies , et observaient sur quel arbre allait se placer le corbeau qui venait d’enlever quelque portion de cette chair, et ils se servaient de ce tronc pour fabriquer la statue appelée Dedalon (i). Cette statue de chêne ne rappelait que la réconciliation de Jupiter avec Junon opérée par les conseils de Cythéron roi de Platée (2). Et si l’on a consacré l’aigle à Jupiter parce qu’il

(1) Pausanias dans Beoticis , liv. IX , cli. 3, 716: Referuntur Dedala ( ludi J septimo quoque anno .... certe tali peraguntur ritu. Lucus est in Beotia omnium maximus , non longe ab Abelcomenis : illic perveteres quercus quamplurimae. In eum. locum venientes Plateenses car nium frustra elixarum exponunt : et sane , cum avibus aliis minus est negotii : corvorum vero turbam , quod omnium maxime in exta involant , quam diligentissime arcent . Observant autem si qua alitum carnem abripuerit , in qua consederit arbore , nam ex ea sola materia caedunt ad Daedalum fabricandum ; hoc enim nomine signum votant. Ces fêtes sont amplement décrites par Meursius : Graec . Feriata , Gronov. , tome VII , page 749.

(2) On connaît le stratagème qu’employa Cithéron roi de Plate'e , pour re'concilier Jupiter et Junon. Il conseilla à ce Dieu de faire croire qu’il allait épouser Platéa , fille d’Asopas. Le jour des noces e'tant fixé, il plaça sur un char une figure en bois, vêtue de riches habits et voilée : Junon courroucée accourut, et déchirant le voile de cette prétendue épouse découvrit la ruse et finit par se réconcilier parfaitement avec Jupiter. C’est a ce fait que les fêtes, que Pon a indiquées, se rapportaient. Voyez Paus., liv. IX, Beotic., ch. 2, page 7 15, et Euseb. Pamphib, Praep . Çvang. ? liv. II , ch. 2 , page 8G,

est le roi des oiseaux, on lui a de même consacré le chêne comme le premier de tous les arbres qui fut vénéré (i). Virgile et Phèdre rappellent arbre de Jupiter (2). Diodore prétend que cet arbre lui fut consacré parce que lorsque l’empire de Saturne cessa , il enseigna le premier aux hommes à faire leur nourriture de son fruit (5). On voyait à Héraclée dans le Pont , s’élever près de l’autel de Jupiter deux très-hauts chênes , qui avaient été plantés par Hercule (4) ; enfin chez les Celtes un chêue vigoureux et haut était le seul simulacre de Jupiter (5),

(1) Voyez la note n.

(3) Sic ut magna Jovis , antiquo robore quercus Jugent es tendit ramos.

Virg. A Georg. III ^ v. 352.

Servius fait ici cette remarque , . , Omnis quercus Jovè est consecrata. Martial donne au chêne l’ épithète de prima fronde j et Collesseus l’attribue à la primauté' qu’avait sur les autres cet arbre consacré à Jupiter. V. Martial.^, livre IV, 54^ v. 2, page 168. Phèdre parlant des arbres qui étaient sous riuvocation du Dieu, dit, livre III , fable XVII , v. 2:

Divi legerunt arbores , Quercus Jovi.

Plutarque donne un autre motif de cette primauté , prétendant que le chêne fut le premier arbre crée. Voyez page 45, note (2),

(3) Voyez Virgile à la note (3) de la page suiv. Il est bon d’observer que l’on doit comprendre sous la dénomination de chênes tous les arbres qui portent des glands comme l’ esculus , l’yeuse, etc,

(4) In Ponto , circa Heracleam arae sunt Jovis Stratii cognomento , ubi quercus duae ab Hercule satae . Pline, Hist. Nat. , liv. XVI, c. 89, page 3o8 , 21.

(5) Jovem Celtae colunt , Jovis autem apud eos simit* lacrum alta quercus, Max, Tyr, , Dis, 38 ^ page 26^

Toutes ces citations nous prouvent que la couronne de chêne fut particulière à cette divinité , et ce qui ajoute à la conviction c’est de voir plusieurs têtes de Jupiter dont le front est orné d’une couronne semblable sur les médailles grecques de la Thessalie , de la Macédoine et de l’Epire(i). 11 y a en outre beaucoup de bronzes de ce simulacre, ainsi couronnés , dans le Musée d’HercuIanum (2). Mais le monument où elle est représentée d’une manière admirable sur la tête de Jupiter Egiochus (3) , c’est le superbe camée du ch. Zuliani qui est k présent dans la Bibliothèque de S. Marc k Venise. Malgré cela nous ne connaissons pas d’autre monument en marbre que le notre, parmi la quantité de ceux qui représentent Jupiter, de sorte que nonobstant sa petitesse, et le peu de mérite de la sculpture , nous le regardons comme de beaucoup de valeur k raison de sa rareté.

Nous espérons que , quoique nous ayons déjà parlé assez longuement de ces couronnes (4) , il

(1) On peut voir des médailles avec cette image dans Golzius, Num. Grec. , pl. IV , n. 5, 4; k et 6 ; pl. XIX, »ura. 1 , 2 , 4 > 5 ; pl. XXII, num. 8. Voyez Eckel. , Doct. Num. Vet.y tome II, page i33. Et dans Gesner , Num. Pop. et XJrbium y tome II, EPIROTA.E, pl. XI, i, page 240; MA.CEDONES , pl. XL, 32 , XLI, n, page 290, THESSALI, pl. XXIV, 2,4» page 260.

(2) Herculanum, Bronzes , tome H, pl. Il , n. 1.

(5) Visconti, Osservazioni sopra un antico cammeo rappresentante Giove Egioco , Padoue 1793, in-4.

(4) Jean de Clioul , fils du célèbre Guillaume de Choul , qui a écrit sur la religion et l’ancienne milice romaine, émule de son pète dans ces sciences, a publié l’iiistoire

sera agréable a nos lecteurs que nous leur en rappelions d’autres usages postérieurs , en leur indiquant comment, après avoir été îéservées aux Dieux, elles passèrent sur le front des mortels ; car elle fut consacrée a Cérès comme à Jupiter (i) et à Hécate (2). Selon ce que nous dit Plutarque (5) , le

étendue du chêne , et il y a rassemblé toute l’érudition que l’on pouvait retirer des ouvrages des anciens écrivains grecs et latins : De varia Quercus historia auctore Jo de Choul G. F. j Lugduni apud G. Rovillium , i555, in-8.

(1) Pour rendre à Cérès les honneurs sacrés qui lui sont dus , Virgile veut que chaque agriculteur avant de porter la faux dans ses moissons se ceigne le front d’une couronne de chêne :

Ne que ante

Falcem maturis quisquam. supponat aristis ,

Quant Cereri torta redimitus t empara quercu Det motus incompositos , et car mina dicat.

Virg. ^ Georg. I , v. 47? page 278 , où Servius observe. Jd est habens in memoria victum priorem a quo Cereris revocatus est benignitate . Nam olim hommes glandibus vescebantur .

(2) Hécate, comme Déesse des ténèbres, était couronnée de chêne , parce que cet arbre porte le plus d'ombre. Voyez Paschal. , de Coronis, page 49^*

(3) Plutarque dans les Paralelies des Vies^ Coriol. , t. Iï, page 56. 1 laque Victoria dux potitus , ilium ( Coriolanum ) inter primos corona quercina donavit. Haec enim ei qui servavit civem de more datur, Sive quercum potissimum in honore habuerunt , causa Arcadum , qui glandivori sunt ab oraculo divino appellati , sive quod facilius ubique sit ducibus hujus copia arboris ; sive sacra Jovi urbium praesidt y coronam quercinam rite dari oh servatum civem consueverint. Dans les Questions Romaines , le même Plutarque ajoute d’autres raisons k celles qu’on vient de lire ;

chêne fut choisi pour former la couronne civique que F ou accordait à ceux qui avaient sauvé la vie des citoyens, parce que cet arbre était facile à trouver partout , et parce qu’il appartenait à Jupiter Polieus , c’est-à-dire qui gouverne les villes, et aussi pour suivre une coutume ancienne des Arcadiens. Cette couronne composée des feuilles fraiches d’ Ischium ( espèce de chêne) et de chêne fut quelquefois exécutée en or imitant ces feuilles (i). Domitien ayant ensuite institué dans Rome des combats en l’honneur de Jupiter Capitolin , consacra la couronne de chêne pour prix à décerner aux poètes et aux joueurs de lyre (2),

Aut prisca est Arcadum consuetudo , quibus aliqua est cum quercu cognatio. Primi enim e terra enati creduntur , si eut quercus inter stirpes prima. Quaest. Rom. XCI, p. 60.

(1) rascalius, p. 4^8 > affirme que dans les temps où régnait le luxe à Rome , on faisait aussi les couronnes civiques en or. La tête colossale de Trajan qui est dans le Musée Capitolin , a une couronne de chêne au milieu de laquelle est une pierre , sur laquelle est sculpte' l’aigle de Jupiter ; d’où l’on peut croire que les feuilles ne sont pas naturelles , mais artificielles. Visconti , Museo Pio- Clement. ; tome VI, Busti , pl. XL.

(a) Sue'tone , Vie de Domitien , ch. 9> page 56a. Juve'nal fait allusion a la couronne de chêne que l’on distribuait aux vainqueurs dans ces jeux. V. Satyre VI du liv. II j v. 586;

An Capitolinus deberet Pollio quercus Sperare > et fidibus promittere . . .

Luhinus, ancien scoliaste, interprète ainsi ce passage : Id est sacrijicio data deos inter ogabat an Pollio citharoedus , adulter suus , in certamine quod Jovi Capitolino a Domitiano institution , victoriam sperare , et coronam ex quercu qua victores ornabuntur sperare possit , et fidibus

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