‹ Monumens du Musée ChiaramontiChapitre 26 sur 60 · PLANCHE XL · texte numérisé non relu

PLANCHE XL

Ganime.de *.

La jolie statue que nous donnons dans cette gravure , doit certainement être placée au nombre des monumens de l’art grec. Elle représente un jeune garçon presque entièrement nu , s’appuyant légèrement du bras droit sur un tronc d’arbre, et tenant un vase de la même main. Cette statue fut trouvée par M. Fagan dans les fouilles qu’il fit faire

(1 ) .... Et ad vigilem ponendi Castor a nummL Juv. , Sat. XIV , v. 260. L’ancien scoliaste de cet auteur à propos de ce vers dit que l’argent des se'nateurs était d’abord déposé dans le forum de Mars, et qu’ensuite il le fut dans le temple de Castor. Antea solebant areas ferratas facere , et ibi mittere pecuniam suarn senatores , et sic in foro Martis ponere . V erum per noctem spoliatae siuii arcae ; et coeperunt ex eo ad templum Castor is ponere .

(2) Xoyez les notes (2), (5) ; page 97 , du discours précédent.

* Cette statue a de hauteur six palmes ; elle est sculptée en marbe grec. Ce qui se trouve de moderne c’est la moitié des bras avec les mains et le vase.

à Ostie (i), qu elle était encore dans sa niche ornée de mosaïque , e telle servait d’ornement à un étuve (calidarium) d’anciens thermes. Le vase percé, dont il restait une indication sure , et de plus le canal qui traversait le tronc auquel ce vase était adhérent, indiquent assez que la figure servait comme de fontaine y en outre la terrasse est consommée dans beaucoup d’endroits j cela annonce que c’est par l’effet des gouttes d’eau qui tombaient dessus (2).

Tout est admirable dans cette figure , en commençant par la tête. Ses cheveux naissans de l’occiput retombent en partie sur ses épaules en longues boucles , tandis que l’autre partie , qui a été coupée, vient se jouer en couvrant le front à moitié. Sa physionomie est pleine de douceur, et une grâce simple est répandue sur tout le corps nu»

(1) On trouve sur ces fouilles faites parM. Robert Fagan, peintre et amateur des Antiquités, quelque notice dans la lettre de M. l’avocat Charles Fea , qui se rapporte à son voyage à Ostie , imprime' en i8o5. On place ici qëtte statue parmi les monumens trouvés en 1800.

(2) Il est facile d’observer que l’usage des statues pour erner les fontaines, fut employé' par les anciens qui y placèrent non-seulement les figures des eaux , comme des Tritons, des Fleuves, des Nymphes, mais encore avec les Silènes 7 les Faunes y puisqu’ils comparaient au vin l’eau que ces fontaines versaient. L’auteur de notre statue a voulu comparer l’eau qui sortait de la fontaine qu’elle dévait orner, au nectar des Dieux. Ovide , Metam. \ ; v. 356 , fait dire à Latone tourmentée- par la soif dans les campagnes de la Lycie ;

Ilaustus aquae mihi nectar erit , vitamque fatebor Acce pisse simul , vitam dederitis in undct .

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La cblamyde agraffée sur l’épaule droite , dont les plis nombreux interrompent le nu, en recouvrant tout le bras gauche , est exécutée avec une franchise sublime , car quoiqu’elle forme des masses riches en se repliant , on se rend compte de chaque pli, même le plus petit, depuis son origine jusqu’à sa fin , sans y trouver ni sécheresse ni roideur. La souplesse de l’attitude en s’appuyant sur le tronc , fait briller dans toute la figure une dé-* licatesse surprenante , et disparaître dans toutes les parties le caractère, prononcé avec force, de quelques muscles , qu’eut occasionné l’attitude du personnage, s’il était obligé de se soutenir seul (i).

(i) Winckelmann dans YHist. de V art , tome I, p. 255, parle très-an*long de cette attitude , et il dit que les jambes croisées étaient regardées par les Grecs comme une atti tude contre les convenances, et qui se trouve seulement dans les statues d’Apollon et de Bacclrus , dont on veut par-là indiquer la mollesse, et c’est par cette raison que cette attitude convient au jeune Ganimède. Winckelmann la regarde encore comme moins convenable aux figures de femmes, et à cet elfet il juge que la médaille de Marc-Aurèle où l’on voit la Providence dans cette attitude , est un ouvrage moderne. Nous ne croyons pas cependant que son observation soit juste, car on voit souvent la figure de la Sûreté, quand elle est représentée debout ayant les jambes placées de cette manière, et quand elle est assise son bras est appuyé sur sa tête, ce que l’on pourra remarquer dans les Dialogues sur les médailles de Ant. Agostini, page et De sorte que nous pensons que ces deux attitudes coiit viennent pour exprimer la tranquillité et le repos, et propres à l’image de la Félicité , pour la représenter stable et ferme, V. Agostini^ 1. c. , p. 60 : et qu’elle peut convenir aussi à la Providence ? qui le plus souvent ne re-

Nous lui trouvons une certaine ressemblance avec le fameux Faune Borghèse (i) et le beau Ganimède coiffé du bonnet dans le Musée Pie-Clémendn (2). Mais nous ne pourrions décider laquelle de ces figures offre une attitude plus agréable et mieux conçue, L’artiste qui a exécuté celle-ci a eu raison d’y graver son nom , car il pouvait tirer vanité d’une si charmante composition, l’ayant ornée de si belles formes et traitée avec tant d’habileté.

Une statue d’uue proportion plus grande que nature , qui réunit à la beauté idéale la perfection des formes, ne peut représenter qu’une diviuité,ou au moins un personnage qui tient à ce rang. En nous rappelant la fable de Ganimède , nous y trouvons tous les motifs qui peuvent faire croire que cette statue le représente.

On raconte que ce jeune Troyen , descendant

présente que les soins du Prince pour l’économie publique en approvisionnant la cité des grains qui lui sont nécessaires, soit en les faisant venir de la Sicile et de l’Egypte , ce qu’on peut prouver par différentes médailles , et ce qui est généralement indiqué par le vaisseau ou le timon que Ton voit très-souvent près de la figure d’Annona. V, Agostini , 1. c. , p. 70.

(1) On peut voir les sculptures du palais de la Villa Borghèse , tome 11 , chambre V , num. 8.

(2) Musée Fie-Clémentin , tome II , pl. XXXV. Cette statue ressemble beaucoup à celle que nous expliquons j elle a, k la vérité, le bonnet phrygien sur sa tète , que l’on ne voit pas k la notre. Mais on voit très-fréquemment Ganimède sans cet attribut sur les pierres gravées publiées par Gronovius , voyez tome I, lettre V,

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de Dardanus , était sur le mont Ida s s’occupant à chasser les bêtes féroces , quand l’aigle de Jupiter , ou Jupiter lui-même transformé en aigle , le ravit et l’enleva au ciel , parce que , dit Homère , ce Dieu voulut placer dans l’Olympe un ornement dont la terre n'était pas digne (i). Ganimède étant

(i) Virgile décrit ainsi l’enlèvement de Ganimède:

lntextusque puer frondosa regius Ida fA elocis jaculo cervos cursuque faligat Acer j anhelanti similis : cfuem praepes ab Ida Sublimem pedibus rapuit Jovis armiger uncis.

Aeneid. V , v. 252.

Sur une pierre gravée citée par Maffei ^ tome II, plan. XVIII, Ganimède enlevé par l’aigle, tient de la main droite une arme de chasseur. Ovide est d’avis que Jupiter lui-même se transforma en aigle pour enlever Ganimède :

Rex Superum Phrygii quondam Ganymedis amore Arsit : et invention est aliquid f quod Jupiter esse , Quam quod erat , malle t , nulla t amen alite verti Dignatur j nisi quae posset sua fulmina ferre,

Nec mora : percusso mendacibus aere permis Abripit lliadem .

Metam. X, v. 1 55.

Lucien aussi dans les Dialogues des Dieux , Jupiter et Ganimedes , tome I , page 190 ? il a la même opinion lorsqu’il fait dire à Jupiter ; At neque homo sum ego quem vides , adolesceniule , neque aquila , sed omnium rex Deorum hic sum , comode mutata forma .

Quoique Apollodore et plusieurs poètes disent que Ganimède fut enlevé à cause de sa beauté. . . . et Gary modem. Hune autem ob corporis formant raptum per aquilam , Jupiter Deorum pincer nam constitutif page 221 , 2o, cependant Giccroîi dans le livre I des Tuscuîanes ,

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ainsi divinisé, devint l’échanson de Jupiter, le ministre des Dieux , et fut alors substitué à Yulcaiu et à Hébé. Eustase, dans ses annotations sur Homère, croit que Ganimède servait seulement Jupiter , et qu'Hébé continua à servir les autres divinités (i).

Ce sujet gracieux a été différentes fois traité par les sculpteurs grecs. Nous pouvons reconnaître celui de Léocare , qui est enlevé par un grand aigle , dans le petit marbre du Musée Pie-Clémentin (2). Mais indépendamment de célui ci , qui nous représente précisément l’instant de son enlèvement, il nous reste encore beaucoup d’autres monumens antiques qui nous donnent l’image de cet échanson chargé de verser le nectar des Dieux. Nous

chap. 26 , et d’autres veulent qu’il fût conduit au ciel à cause de sa vertu. Ce qui a fait dire à Homère dans l’hymne de Vénus, v. 2o5 .*

Ergo flavum Ganymedem consulter Jupiter

Rapuit y suant propter pulchritudinem , ut cum diis essei\

Ceux qui se plaisent à trouver dans la mythologie des histoires inconnues, disent qu’un roi de la Paphlagonie enlfeva Ganimède , et que parce qu’on le transporta sur un vaisseau qui avait peut-être un ai£le pour enseigne, oa inventa cette fable qui supposait un enle'vement surnaturel. On a imaginé également plusieurs significations allégoriques de cette aventure de Ganimède : on peut les voir dans Vossius , de idol. , page 470 , h.

(1) Eustase , ad H orner. , liv. IV , A , VIII, tome Ilf, page 961 , edit. Politi .

(2) Musée Pie-Clèmentin , tome III , pl. XLIX > Guattani, Monum. ùied. , tome III, page 47*

le voyons souvent sur les pierres gravées (i), sur les marbres (2), et outre un bas-relief du Musée Pie-Clémentin, nous tronvons deux statues du même sujet (3). Ces figures se reconnaissent à leur air de jeunesse , a leur longue chevelure , à l’aigle , à la coupe, et au vase. On voit dans notre statue ces caractères , les formes agréables de la jeunesse , et cette longue chevelure bouclée chantée par les poètes. L’artiste a travaillé les cheveux du jeune garçon avec un art admirable, et il y a mis tout son talent. Il a craint de donner quelque chose de lourd à la tête, s’il la garnissait, de même que les épaules , par de longues tresses , alors il s’est contenté de quelques boucles de cheveux qui se répandent sur ïe dos , et de cette manière il a indiqué cette parure naturelle du jeune homme sans surcharger le nu, et sans rien ôter à la pureté de ses contours.

(1) Mariette, Pier. grav. , tome II , pl. LU j Maffei f Gemme , tome II, plan. XXVIII et XXIX ) Gor. , Mus. Flor. , tome I , pl. LVI , num. V et VI j et tome II , pl. XXXVII) Winckelmann , Pier. grav. de St os, ch , p. 58, num. i65 au 17a.

(2) Winckelmann , 1. c. , rappelle une statue de Ganimède placée dans le palais Verospi. Dans l’Indicateur de la Villa Albani , seconde édition, n. C07 , on a décrit un bas-relief qui représente la même cliose : comme au numéro 444; on a publié un cippe déjà rapporté par Boissard , part. III, pl. 85. Il paraîtrait aussi qu’une peinture du Musée d’Herculanum , tome III, pl. XXIV, n. 2, a rapport à Ganimède.

(3) Musée Pie-Clémentin ; t. II , pl. XXXV et XXXVI ; tome V; pl. XVI.

La chlamyde qui voile légèrement l'épaule gauche , et partie de la poitriue de cette figure , est attachée avec une boucle sur l’épaule droite. Il paraît qu’on peut l’appeler chlamyde phrygienne , telle que la lui donnent toujours les poètes. Apulée dépeint un jeune garçon avec la chlamyde éphèbi- Cjue ; on croirait alors qu’il décrit notre statue ellemême : il dit que son corps était entièrement nu , et qu’il portait seulement une chlamyde éphébi que qui lui couvrait l’épaule gauche (i). Ce vêtement pourrait être aussi la chlamyde des chasseurs , qui convient également à Ganimède (2).

( 1 ) Adest luculentus puer nudus , nisi quod ephebica chlamyde sinistrum tegebat humerum. Apul. , Metam. , îiv. X , page 253 , 8. Bien que la chlamyde éphébique puisse convenir à Ganimède , nous trouvons simplement appelée phrygienne celle de notre statue , parce que les poêles lui donnent constamment cet habit en usage dans son pays. L’épithète Intextus que nous lisons dans Virgile note (1), page 92, ne signifie pas autre chose, selon les commentateurs, que la chlamyde phrygienne tisane ou brodée de différentes couleurs , que portait Ganimède. Virgile donne aussi au jeune Ascagne la chlamyde phrygienne :

Et Phrigyam Asccmio chlamydem.

Aeneid. III , v. 484*

A quoi Servius observe S Aut acu pictam. Hajus enim artis peritos Phryges dicimus secundum Plautum. Les Académiciens d’Herculanum, tome III, pag. 121 , distinguent la chlamyde éphébique sous le nom d 'alicula , selon Ulpien. Hesychius appelle de même les chlamydes thessaliennes. Mais nous observerons que ce nom peut convenir davantage aux chlamydes qui s’attachent sur la poitrine, qu’à celles qui s’attachaient sur une épaule.

(2) Le savant écrivain du Musée Pie-Glémentin appelle

Le vase et la tasse dont se sert Ganîmède pour verser h boire aux Dieux , quoique une restauration moderne , mais dont on avait des vestiges suffisans dans l’antique, sont tellement propres à Ganimède, qu’ils forment son attribut distinctif, comme cela s’observe constamment dans les monumens antiques que nous avons déjà cités.

Il nous semble que tout ce que nous avons fait observer jusqu’ici, doit suffire pour prouver la ressemblance de cette statue avec Ganimède , au lieu que de le nommer Hylas, comme l’ont fait quelques-uns, ce ne serait pas une conjeclûre vraisemblable. Hylas portait de l’eau à Hercule tourmenté par la soif, et il ne peut en prendre, ni la lui verser. Comment donc accomoder ce sujet avec une figure qui a un vase plein d’eau qu’elle répand? Nons n’ignorons pas que l’on trouve sur les médailles grecques quelque figure d’un fleuve déboue versant de l’eau , et qu’il est représenté sous la forme d’un jeune homme, comme le sont tous

les chîamydes des figures de Ganimède chîamydes de chasseurs; on en voit revêtues toutes les figures de chasseurs sculptées sur un bas-relief, entre autres monumens à citer, donné par Dempster , pi. XLVII. Comme on voit presque toujours Ganimède portant cette chlamyde , de même que d’autres héros qui se donnaient à la chasse , on en tire encore plus la preuve que l’on se servait de la chlamyde dans cet exercice. Ganimède est appelé continuellement chasseur par les poètes :

H inc Phrj'gius fulvis venator tollitur alis.

Stat. , Theb . I, v. i48.

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