P L A N C H E XVI
Quoique cette statue appartienne plus à la classé historique qu’à la mythologie , cependant il nous a paru qu’elle devait avoir ici sa place, pour qu’il s’y trouvât aussi une statue de Cérès , dont le culte fut si répandu et si célèbre dans la Grèce et à Rome (r). On confondit Cérès, fille de Saturne
* Cette statue a huit palmes de hauteur. La tête, quoique rapportée, est celle qui lui appartient. La partie inférieure des bras est moderne , de même que quelque attache de marbre aux draperies. Elle est de marbre grec dur. M. Francesco Antonio Franzoni le sculpteur assure qu’on la trouva à Ostie , avec une autre d’une proportion plus petite, en marbre du pays, qui représentait Faustine elle-même, que le sculpteur cite' a e'galement achetée pour le Musée Chiaramonti.
(C Les mystères célèbres d’Eleusis et les fêtes appelées Thesmophories furent instituées en l’honneur de Cérès s=s In Cereris autem sacris praedicatitut ilia Eleusina , etc. S. Aug. , De Civ. Dei , liv. AH, ch. io< Cicéron appelle l’imitation à ce culte du rite grec NEVE QVEM INI- TIANT O , NISI VT ADSOLET CERERI , GRAECO SA- CRO. De Leg. , liv. II , ch. 9, page 106. Auguste fut initié à Athènes à ces mystères , selon ce que dit Suétone in Aug., ch. XC1II, § 2, page 5i8. Cicéron parle de l’étendue que prit ce culte, liv. I, ch. 4^; page I!7 De Nat. Deor. :
Omitto Eleusinam Sanctam illam et aiigustctm Ubi initiant wr gentes orarum. ultimae.
et de Pillée (i) avec ïsls(2). On Fa reconnut aussi dans la Vierge, un des signes du Zodiaque (3). Elle fut la divinité qui présida a la culture des grains et de tous les fruits (4) ? aussi lui donna-t-on pour
(i) Ce que dit Hvgin dans la généalogie qui précède les fables, page 8-* Ex Saturno et Ope 7 Vesta , Ceres , Juno 7 etc.
(•2) Hérodote, îiv. Il , ch. 5q , page 1 1 ï ; Est autem Jsis y quae Graeca lingua A ypi?TT?p, id est Ceres. Le meme confirme la chose dans le même livre , ch. i5G, page 1 5o * Et Apollo quidem Aegyptiace Horits dicitur s Ceres autem lsis.
(5) Hygin. Poet. Astron. , page 4°T ; § XXV..* Virgo sed hanc alii Fortunam , alii Cererem dixerunt. Il semble que c’est à cela que fait allusion Manilius , liv. II , page 43 ? v. 5 :
Spicifera Virgo est Cereris sur quoi Scaligcr observe, Notae ad Man. , page 5s *
Merito spiciferae Deae > spicifera F irgo attribuitur Spicum illustre gerens praestanti cor pore Virgo.
Cicero.
(4) Cérès fut appelée ainsi presque de Gérés , c’est-àdire gerens fruges. Vossius a voulu faire dériver son nom d’un mot hébreu qui signifie grain écrasé , première façon dont les hommes préparaient les grains ou bien d’un autre mot également hébreu qui veut dire labourer , arare.
Prima Ceres unco glebam dimovit aratro Prima dédit fruges , alimentaque initia terris. Prima dédit leges. Cereis sumus omnia munus.
Ovid. , Met. V, v. 34 1.
Servius a cependant une autre opinion sur cette étymologie, et il remarque au vers 7 du premier livre des Géorgiques: Liber y et aima Ceres : Alma ab alendo : Ceres a creando dicta.
Tous les fruits étaient consacrés à Cérès excepté la grenade ; selon Pausanias , liv. VIII , ch. 3n , page 676
symboles une couronne de gramén , des épis , des pavois (i), et des flambeaux (2). C’est ainsi qu’on voit représentée dans les bas-reliefs , sur lôs pier-
(1) Nous avons déjà donne ci-dessus le» raisons par rapport aux fruits et aux e'pis. Forante nous explique le motif des pavots, De Nat. Deor. , chap. 28 , page 212 , la faisant de'river de la forme de ces fruits ; Offertur Cereri etiam papaver. Ratio auteur oblationis est talis. P ap averis rotunditas et globus > terrae formam , quae sphericci est repraesentat. P apaveris autem inequalitas , indicat terrae valles , et montium. cacumina. Interiora autem papaveris similia sunt arboribus et cavernis terrae. Per semina inumerabilia , terrae fecundam generationem intel-
lige.
(2) Les flambeaux font allusion aux recherches que fit Ce'rès de Proserpine sa fille enlevée par Plulon. Elle aL lunia y d’après ce que dit Ovide , ces flambeaux sur le mont Etna :
* ilia duabus
Flammifera pinus manibus sucçendit ah Aetna
Metam.. V, v. 44
On la voit ainsi sur beaucoup de bas-reliefs anciens qui repre'sentent cette aventure, où Ce'rès ayant des flambeaux suit le char du ravisseur ; elle court sur un char traîne' par des dragons* On verra dans la Galerie Giustiniani } t. II, p. 79, 106, 118 ; dans le premier bas-
relief que le flambeau est change', par la maladresse du dessinateur , en une corne d’abondance $ dans les Monument i Matteiani , t. III pl. V, VI , et il y a diverses grandes me'dailles grecques de Magne'sie et de Nice'e , où est Ce'rès dans un char tire' par des dragons avec deux flambeaux dans les mains , comme on peut le voir dans Venuti , Numism. Max. mod. , Mus. Albani , tome I y page 5 2, num. 5; et Buonarroli, Osservazioni sopra i Medaglioni Carpegna , page 56, ri. 5.
res gravées et sur les médailles (i). On a beau~ coup de statues qui représentent Cérès, mais la plupart ne sont telles que par le caprice des restaurateurs , bien plutôt que par leurs caractères distinctifs qui auraient échappé aux ravages du temps. La statue que nous voyons est une de celles qui représentent c.°tle Déesse , au moyen des épis que le sculpteur lui a mis dans la main en la restaurant. Aussi uous allons examiner tout ce qui est positif daus cette statue, après quoi nous proposerons brièvement nos conjectures sur les probabilités du sujet qu’elle exprime.
On peut l’attribuer au temps des Antonins ; mais nous ne dirons pas que ce soit un des morceaux qui tienne un rang parmi les plus élégans de cette époque. Cependant elle réunit au mérite d'être bien conservée , celui d’une belle disposition va-
(i) Les têtes de Cérès que nous présentent les médailles de la Grande Grèce sont très-belles , quelquefois elle a un voile , sur d’autres elle ne i’a pas , mais on la trouve toujours avec la couronne graminée, ou les épis. Paruta a donné quelques-unes de ces médailles , Sic . Num.} plan. I, et suiv. Panorm. , n. 6, 8, 4° > 46, 48 , 5i , 54, 10g, etc. Messana , pl. XXL, n. 20. Catana , planche XXX, n. 58. Sjracusa , pl. XXXIV ^ et suiv., n. 14, 16, 17 , 192, et pl. LXÏV , num. 64 , 65, et beaucoup d’autres Dans de la Chausse, Maffei , et d’autres écrivains, on trouve aussi de très-belles pierres gravées avec la tête de Cérès j la figure de cette Déesse publiée par Mariette est très-jolie, Pier. Grav. 9 tome II, pl. XXXI. On ne peut voir rien de plus élégant que le buste de Sabine sous la forme d’une Cérès dans le Musée Capitolin -7 on la trouvera tome II , pl. 35.
Musée Chiar • Vol. I. 10
liée dans les draperies , et d’une certaine grâce qui ne manque pas de majesté. Elle est vêtue d’une robe longue qui couvre en partie ses pieds , et malgré la richesse des plis , les formes du nu se font sentir avec décence et assez d’art. Elle est recouverte d’une palla ou manteau (1) très-large , et qui paraît être double. Ce manteau , qui a laissé l’épaule droite découverte , est assez singulièrement attaché sur la gauche avec une boucle , laissant ce bras, ainsi que l’autre, libre, et sur tous deux 011 voit des manches larges attachées par plusieurs boucles. Ce vêtement peut convenir à une Muse (2) et aussi h toute autre Déesse.
La tête donne très-clairement l’idée d’un portrait , et la coiffure convient aux Faustines. Ses traits même ont de la ressemblance avec ceux d’Annia Faustina , épouse d’Antonin le Pieux, laquelle est
(1) Nous citons ce vers d’Horace qui vient à propos , liv. I, Sat. Il, v. 99:
Ad talos stola dimissa , et circundata palla Plurima , etc.
Servius parlant du manteau des femmes, remarque au vers 648 du liv. 1 de Y Enéide , Pallam , etc. Signifient autem tunicae pallium : quod secundum V arronem palla dicta est ah irrugatione et nobilitate : quae est circa finem hujusmodi vestium. Le P. de la Cerda nous fait observer que Junius décrivant la forme de la palla dit : Eam divisam fuisse antrorsum , et nobis ne plurimis fibulis astringi solitam. Cette réflexion est appuyée par la manière dont est lié le manteau de cette statue.
(2) Voyez Monumenti délia Villa Pinciana 9 tome I ; salle I, n. 65 tome II , salle IX ; n. 8.
connue sous le nom de Faustine Senior : néanmoins quelques parties de ces traits diffèrent un peu des images de Faustine , parce que dans la statue l’artiste a voulu représenter une Déesse avec la fi~ gure de l’impératrice , sans cependant en faire un portrait absolument exact.
Nous ne répéterons pas ici ce qui a été dit , que l’on donna la ressemblance des Déesses pour symbole , aux effigies des impératrices : mais nous ferons remarquer que Faustine Setiior fut très-souvent assimilée à Cérès(i) : et cette conformité de res«* semblance convenait davantage à une femme qui était mère d’une impératrice que l’on voit représentée sous les traits de Proserpine fille de Cé~ rès (2).
On voit très-fréquemment sur les médailles de
(1) Spanhémîus , De usu et prétest, numîs. > tome II 9 page 284, offre une médaille de Statilie Messaline sous la forme de Cérès. Le même, page 288 , décrit une mé' daille de Faustine Senior avec l’épigraphe CERES • AV- GVSTA, et il remarque encore que la figure de Faustine sur un char tiré par des éléphans , est vêtue comme Gérés, tenant aussi des épis dans ses mains. Eckel a observé la même chose , Doctrina Numorum , tome "VII 7 page 5g, AVGVSTA : In omni métallo , et forma et tjpis varia rum De arum } quibus unam Faustinam adsimilatam voilât vêtus super stitio.
(2) Deux médailles de Faustine Junior publiées par Buonarroti , p. 7 1 , et par Venuti , tome l, page 66 7 dans les ouvrages que nous avons cités plus haut , offrent le portrait de l’impératrice avec l’épigraphe KQPH * SûTEÏ- PA • KIZl&HNûN : Proserpinae Salutari Cj’zicsnorum «
Faustine les figures de Gérés , de Cybèle et des Déesses qui furent les mères de quelques autres Déesses. L’habillement de notre statue qui se compose de la tunique et du manteau , peut trèsbien convenir aux effigies de Cérès , qui ne paraît pas toujours voilée : car les médailles de la grande Grèce nous l’offrent fort souvent sans voile (i). La statue de la collection Borghèse a une tunique et un manteau (2) , de même que la Gérés du Musée Pie-Clémentin , ainsi que celle de la Galerie Giustiniani et d’autres (3). Donc comme la figure ne diffère pas beaucoup des portraits de Faustine , de même son habillement est assez convenable à Cérès.