‹ Monumens du Musée ChiaramontiChapitre 34 sur 60 · PLANCHE XV 1 L · texte numérisé non relu

PLANCHE XV 1 L

Diane et Hécate combattant avec lesGéans *.

Nous pouvons appeler inédit le bas-relief que

(1) Cela peut se retrouver à la page i3i , n. 2.

(2) Cette statue rapportée dans le tome 11^ salle IX, n. io; selon le soigneux et élégant écrivain quia décrit les monumens de la A ille Pinciana, a tous ses attr buts antiques, et par cette raison elle a un bien plus grand mérite ; comme aussi la tête ornée d’une guirlande d’épis, quoique rapportée , montre avec évidence qu’elle est la tête qui appartenait au simulacre lui-même.

(3) Voyez dans le Musée Pie-Clémentin, t. IV, pl. XIX, et tome V, pl. V ; Galleria Giustiniani 9 tome II; pl. 76, 106, 1 1 8 , déjà cités ci-dessus.

* Ce bas-relief a de hauteur quatre palmes et demie. Il est de marbre de Carrare. La tête de Diane seule est re-

nous donnons dans celle gravure , quoiqu’il ait été publié une autre fois(i). Ceux qui l’ont fait connaître les premiers Font rendu et expliqué avec si peu de soin, qu’ils ont changé en Apollon une image de Diane que l’on voit avec ses attributs trèsclairement représentés sur ce marbre , et ce fut aussi à tort qu’on donna le nom de Gérés a la figure qui est armée de deux flambeaux.

Le commentateur du Musée Pie-Clémentin , parlant, dans le premier tome, des bas-reliefs de ce combat formidable contre Jupiter , en expliquant brièvement la véritable représentation, reconnut Diane dans la première figure , et dans la seconde , Hécate , toutes deux combattant avec les Géans révoltés , fils de la Terre et du Ciel (2).

Mais comme il se livra plusieurs combats entre les Dieux et les Géans , il sera nécessaire que suivant Apollodore , qui peut-être en a écrit d’une façon plus claire que tout autre écrivain , nous en développions les histoires , et qu’ensuite nous adoptions celle qui sera la plus propre à expliquer ce monument.

faite. Aussi est-ce à tort qu’on l’a indique dans le discours de la pl. X du tome IV du Musée Pie-Clémentin comme très-endommagé. Il appartint autrefois à la maison Mattéi.

(1) Voyez Monum. Matthaeior, 7 tome III ^ pl. XIX, fig. 1 , page 53.

(2) O11 dit en parlant de ce monument & Diane y est représentée tuant Gration , selon Apollodore ; deux autres Géans combattent contre Hécate qui est armée de flambeaux $ ils 11 ont pas de serpens à la place des jambes y l’un d’eux peut être Cilitius . Voyez Apollodore, liv. 1 5 Visconti , Musée Pie-Clém. ? tome IV. pl. X.

Le Ciel ayant pour épouse la Terre , et gouvernant seul l’univers , en eut pour fils Briarée , Gygès et Caeus. On appela ces enfans Ccntima nés à cause de leur figure (i). Les époux après ceux-ci donnèrent le jour aux Cyclopes, qui n’avaient qu’un œil seul, au milieu du front, et qui se nommèrent Orpis, Stéropes et Bronlès. Ensuite Cœlus chassa dans le Tartare ses fils qui lui disputaient l’empire (2).

Le Ciel et la Terre donnèrent la vie à Océanus , à Caeus à Hypperion , à Crius , à Japhet , aux Géans , et en dernier à Saturne , et tous ceux-ci furent nommés Titans (3).

La Terre , souffrant avec peine que ses deux premières générations fussent jetées dans le fond du Tartare, souleva les Titans contre leur père,

(1) Cœlus omnium primus mundi universi imperio praefuit : ductaque uxore Tellure , priore ex ea filios sustuiit , quos Centimanos cognominarunt , Briareum , Gygen et Coeum. Apollodore , Bib. liv. I, page 2.

(2) Post hosce autem e Cœlo , Tellus Cj clopas , H ai pen y Stëropen , Bronten > quorum sïnguli unum oculum media front e habebant peperit . Sed hos Coelus vint os de jecit in Tartarum. Apollodore , 1. ç. Saxius, Genealog, Deor.y pî. Ij ajoute aux Cyclopes, Polyphème, qui fêtait aussi suivant Virgile , comme on peut voir dans l'Enéide* liv. III, v. 617 , 641, 644.

(5) Coelus item ex eadem conjuge procreavit Oceanum 3 Çoeum j Hjperionem , Crium , J apetumque , cognomento Titanas , et novissimum. omnium Saturnum suscepit. Apollodore , 1. c. Saxius ajoute encore à ceux-ci , d’après l’autorité d’écrivains anciens , et il nous donne même les différons noms des Géans. V. 1. c. au num. 5. s Gigantes ,

et donna à Saturne une faux de diamant. Ils s’ar° nièrent contre le Ciel , lui enlevèrent l’empire , et mirent à sa place Saturne qui retira tous ses frères du Tartare , suivant ce que raconte Apollodore lui-même, en détaillant les plus petites circonstances (i).

Mais Saturne rejeta les Titans dans le Tartare , et prit pour sa femme Rhée sa soeur. De ce mariage naquirent Vesta, Cérès, Junon , ensuite Pluton et Neptune qui furent avalés par leur père ; car le Ciel et la Terre , étant privés de leur puissance , avaient prédit à Saturne qu’à son tour l’empire de l’univers lui serait enlevé par un de ses enfans. Rhée trouva le moyen de tromper la cruauté de son mari , et lorsqu’elle mit au monde Jupipiter dans l’île de Crète , elle lui présenta une pierre, qu’il dévora à la place de son fils, à qui elle conserva ainsi la vie (2).

(1) Mox vero Terra indegnissinw jerens filiorum in Tar tarum dejectorum intemecionem , Titanas ut patreni aggrederentur inducit : Saturnoque adamantinam falcem sug gerit. Tum ii omnes praeter unum Oceanum in patreni impetum faciunt , et Saturnus praesecta Coeli genitalia dejecit in pelagus , deque virilium sanguinis profluentibus guttis Erj'nnes y Ale cto y Tisiphone ; et Megera enatae sunt. Coelo , e regno expulso ? et revocatis ab ima Tartari profunditate germanis fratribus , Saturnum imperio suffecerunt » Apollod., 1. c. , et page 4*

(2) ( Saturnus ). At hic rursus Titanas fratres compeditos dimisit in Tartarum . Rheam inde Sororeni sibi in. matrimonium copulavit. Postea cum Coelus et Terra ilium filii sut viribus imperio deturbatum praedicerent ; singu -

Jupiter devenu grand fit apprêter par Métis, fille de TOécan , une boisson qu’elle fit avaler à Saturne , laquelle le força de vomir d’abord la pierre, ensuite tous ses fils qu’il avait dévorés, et Ce fut avec eux que Jupiter livra le combat à Saturne et aux Titans. Cette guerre dura dix ans, mais Jupiter , Neptune et Pluton ayant reçu le secours des fils de la Terre, délivrés du Tartare, et ayant fait fabriquer leurs armes par les Cyclopes , ils triomphèrent de Saturne et des Titans ; ceux-ci furent confinés dans le Tartare où on les confia à la garde des Centimanes; et alors Jupiter conserva le commandement du ciel , Neptune celui des mers, et Pluton celui des enfers (i).

los ut quisque in lucem prodibat , atque necabatur , ita devorabat ut V est cnn prius , Cererem deinde , et Juno nem ; post has Plutonem et Neptunum deglutivit. Quamobrem irata conjux Rhea , in Cretam ^ quo tempore Jovem in utero ferebat , prqficiscitur , ubi in antro Dictaeo ilium pcirit ; et Curetibus ? Adraste aeque et Idae Nymphis Melissarum filiabus alendum dédit .... Rhea vero involutum fasciis lapidem pro nato filio patri devorandum dédit. Apollod. ,1. c. , page 5.

(i) Mox ubi Jupiter justae atque integrae fuit aetatis , Metin Oceano filiam sociam capit : quae Saturno phar maciim bibendum propinat : cujus ille vi coactus ? lapidem prius j deinde quos antea filios devoraverat evomit : quorum adiumento Jupiter adversus patrem Saturnum , et Titanas bellum gessit . V erum decimo post hujusce inter eos belli anno Tellus victoriam Jovi , si in Tartarum dejectos filios sibi in societatem adscisceret vaticinata est . Tum is Campe custode interfecta , eos e vinculis liberavit. Tum etiam. Cyclopes Jovem tonitru } julgetraque et fui -

Alors la Terre irritée de la disgrâce des Titans plongés dans le Tartare , engendra avec le ciel de nouveaux Géans monstrueux, qui, en outre de leur taille extraordinaire , étaient d’une force invincible et d’un aspect terrible, ayant une figure horrible , les cheveux hérissés , la barbe longue et des serpens à la place des jambes. Ceux-ci, selon quelques écrivains , habitaient dans les champs Phlégréens, dans la Campanie , selon d’autres , près de Pellène ou Pallène en Thrace (i); et ayant à leur tête Porphyrion et Alcionée, ils commencèrent a lancer contre Jupiter et les autres Dieux, des roches, des pierres, et des arbres enflammés. Quelques-uns de ces Géans étaient immortels, tant qu’ils demeuraient sur la terre où ils naquirent j

mine ; Plutonem autem galea , Neptunum tridenti condonarunt . II is illi te lis armai i Titanas subigunt , et conjectos dederunt. Çuo facto iidem rerum imper io inter se partiuntur ; ac Jovi cjuidem coeli regnum , Neptuno maris , Plu toni vero infernorum loca obtigerunt. Apollod. , 1. c. > page 5 , et seqq.

(i) C’est ainsi qu’on indique ces deux Sites dans les discours du Musée Pie-Clèm., tome IV, pl. X^ où l’on fait observer que ce sont des endroits volcaniques 7 desquels on a tire' avec raison ces fables parce qu’il s’en élevait quelquefois de très-grandes masses. Il est bon de remarquer que Cellarius, avec l’autorité' d’He'rodote S 1 4 > § LXIt, appelle la Chersonèse Pallene et Phîégras^ d’on il semble qu’Apollodore ait indique' une seule localité qui devait être distinguée par deux noms diffe'rens. Pline réunit également ces deux noms liv. IV, Hist. INat. , ch. X, page 455 , et Iiardouin croit que ce n’est qu’une même chose.

et le Destin les avait déclarés invincibles si les Dieux n’appelaient pas dans leur compagnie un mortel pour les combattre. Jupiter par le conseil de Pallas , conduisit Hercule pour partager son entreprise contre les Géans qu’il voulait détruire , aussi périrent-ils tous , en tombant sous les coups de Jupiter j de Minerve , d’Hercule , et d une partie des autres Dieux. Parmi ces Divinités on compte Diane qui tua Gration , et Hécate tua Clitius , que d’autres font tuer par Yulcain avec des fers rouges (i). C'est à ce combat de Diane et d’Hécate que se rapporte le présent bas- relief, et le combat de Diane et d’Hécate en est le sujet.

La première ligure de Diane n’a rien de particulier qui lui soit ordinaire. On voit ses jambes

(i) Ops ad haec Titanibus irata Gigantes e Coelo non modo corporis magnitudine praecellentes , se viribus etiam in victissimos procreavit : qui terribili plane vultu , ac promis s o e capite capillo , et prolixa e mento barba praediti esse videbantur , et anguineos pedes habuisse produntur. Sunt qui in Phlegraeis campis , alii vero ad Pellenen eos habitasse fer uni. In coelum saxa , atque incensas arbores jaculabant : in quibus Porphyrionem et Halcyoneum omnium facile principes fuisse legimus. Qui ea in qua natus esset tet ra dimicans , erat immortalis .... Caeteruni inter Deos rumor erat ; Gigantum } posse occidi neminem : verum si mortalium quispiam in societatem arcessatur eos interituros esse . . . Jupiter . . . siquidem ad se consilio Palladis , Herculem socium arcessivit. Qui primas omnium Halcyoneum sagitta confixum inter émit , etc. Clytium ab Hecate , seu potius a V ulcano candenti jerro occisum fuisse scribitur .... Mercurius Or ci galea tectus pugna conficit Hippolytum : Grationem. Diana , Agrium deinde Parcaè ; et Thoonem. Apolîod.^ page i5 h 2q.

ornées de cothurnes de chasseurs ( i ) , comme elle est toujours représentée quand elle est en chasseresse j cependant elle lient son habillement relavé sur le genou (2) , elle est accompagnée d’un

(1) Neiues. Cjneget. , v. 90 :

Candida puniceis aptentur crurci cothurnis .

Et Virgile , Enéide I , v. 556 :

V irginibus Tjriis mos est gestare phare tram , Purpureoque alte sura vincire cothurno.

Ici Servius observe que les cothurnes sunt calceamenta etiam venatoria , crura quoque vincentia ; quorum quivîs utrique aptus est pedi. Ideo et numéro usas est singulare. Sidonius décrit plus exactement le cothurne, Carm. Il, v. 4o° .*

Perpetuo stat planta solo , sed fascia primos Sistitur ad digitos , retinacula bina cothurnis Mittit in adversum vincto de fornice polie x.

Dans l’ouvrage de Beaudouin , De Calceo , commenté par Jean Freder. Nalant, Lug. Bat. 1721, in-12, on trouve une longue description du cothurne des chasseurs à la page i55 et suiv. , spécialement dans les notes. Beger dans le Thesaur. Br and. , tome III , page 25o , fig. 2, nous montre une figure de Diane avec des cothurnes qui couvrent entièrement la jambe et le pied ; Gori en offre une semblable dans le Musée Florentin, t. I, pl. LXVII, n. IX.

(2) Les belles images de Diane en habit relevé sont très-fréquentes: on peut voir tome I du Musée Pie-Clém. , pl. XXX; dans la Galerie Giustiniani, tome I , pl. 62, 65, 64, 66, et dans d’autres lieux. Callimaque dans son hymne à Diane, v. 12 , dit que cette Déesse, quoique vierge, se ceignait au-dessus du genou.

« Mon père . . . donnes-moi le soin de porter la lumière , et la faculté de relever mes habits bordés jus* qu'au genou , afin que je poursuive h la chasse les botes pour leur donner la mort , »

chien qui prend part au combàt en mordant la cuisse du Géant: Diane va lancer sa flèche pour tuer le monstre. Nous ne parlons pas ici de la demilune qui orne les cheveux de la Déesse , parce que la tête a été replacée dans des temps modernes , mais on Fa imitée d’après d’autres de ses effigies antiques.

Le Géant qui combat avec elle est tel qu’Apollodore le décrit. Sa grandeur extraordinaire est indiquée autant que le permettait l’étendue du marbre. Sa figure épouvante , ses cheveux sont hérissés, la barbe est longue , et ses jambes sont deux serpens féroces (j). Le Géant est dans l’attitude

(1) On trouve dans toutes les histoires les Gèans place's au-milieu des anciennes générations , jusque dans la Genèse, cliap. VI , v. 4, et dans les JN ombres, ch. XIII, v. 54 7 et ailleurs, quoique dans quelques endroits on regarde cela comme un sens allégorique. Torrubia dans un opuscule sur la Gigantologie imprimé à Naples en 1760, dit, page 16, § 11 , que les Américains divisaient l’histoire du monde en quatre époques, la première était depuis la création du monde jusqu’au déluge, la seconde du déluge à la destruction des Géans, et cette époque s’appelait Tiachitonatiuh. Le meme auteur dit que cette période se trouvait marquée sur leurs cartes hyéro^lyphiques. Mais le premier Géant, représenté dans le présent bas-relief, est un monstre fabuleux auquel les poètes donnèrent des jambes en forme de serpent, parce que les anciens croyaient que les reptiles étaient engendrés de la terre. Ovide dans le liv. V des Fastes, v. 55, décrit avec force ces Géans à pieds de serpent anguipedes , qui firent la guerre à Jupiter. Macrobe nous donne une allégorie de leur figure dans le liv. I, ch. XX, page 521 ; Hercules .... Ipse creditur et gigantes inter emisse cum

d*un homme qui lance des pierres , qui sont les seules armes que Ton doune aux Géans. Il paraît que c’est Gration ici représenté, qui fut tué par Diane elle-même.

La troisième figure est Hécate , sujet rare dans les anciens monumens (1). Elle a dans les mains

coelo propugnaret , quasi virtus deorum. Gigantes autem quid aliud fuisse credendum est , quant hominum quamdam impiam gentem deos negantem ; et ideo aestimatam deos pellere de coelesti sede voluisse ? horion pedes in draccnum volumina desinehant. Quod significat nihil supérieur cogitasse , totius vitae eorum gressu atque processif* in inferna mergente.

(1) Celte figure d’Hécate sans les trois têtes, peut être avec raison regardée comme un sujet rare parmi les monumens antiques j car Pausanias fait mention ,, comme d’une chose singulière , d’un simulacre de cette espèce , et il nous apprend que ce fut Aîcamène qui la représenta le premier à triple face. Voici ce qu’il dit liv. Iï , ch. XXX , page 180 : Pone ceteris vero his in primis Hecaten colunt Aeginatae , cujus initia quotannis célébrant. Initiorum auctorem. Thracem Orpheum perhibent. Maceria templum am bitur , in eo ligneum signum factum a Myrone , cujus unicum os , et corporis truncus unicus , nam primus , uti ego existimo Alcamenes Atheniensis triplex fecit junctis corporibus Hecates signum , quam Epipyrgidiam Athéniens es appellant. Cet Aîcamène florissant pendant la LXXXIV olympiade ; il était l’e'mule de Phidias , selon Pline, Hist. Nat., 1. XXXIV, sect. XIX, page 108. Winckelmann croit que l’e'pithète d ’ Epipirgidia donnée à Hécate signifie qu’elle portait sur la tête une couronne d’or en forme de tours. V. Hist. de l’Art. , liv. IX, ch. Il, page i56 du tome II. Nous aurons occasion de parier dans le cours de cet ouvrage d’Hécate Triceps^, cependant nous dirons ici quelque chose de cette divinité. Homère

deux flambeaux , qui sont un attribut distinctif pour elie , comme le dit expressément le scoliaste de

ne parle pas d’Hécate en aucun endroit , mais Hésiode qui la place dans la Théogonie en discourt longuement v. 409 et suiv. Ii dit qu’elle est fille de Persée et d’ Astérie ; qu’elle fut très-honorée par Jupiter, et qu’elle obtint un grand pouvoir sur la mer et sur la terre ; on la faisait aussi dispensatrice des richesses. Jupiter ne lui enleva pas ces prérogatives qui lui étaient attribuées à cause de son ancienneté , quoiqu’elle fût de la race des Titans, étant petite fille de Céus. Hésiode la représente encore comme arbitre des destinées de la terre, lorsqu’il dit :

« Elle assiste qui lui plaît , en lui accordant volontiers la victoire , et lui donnant toute la gloire dans les guerres. »

Il la regarde aussi comme prêtant du secours aux navigateurs dans les tempêtes, et comme protectrice des bestiaux.

« Elle élève celui qui n était que peu de chose , et elle précipite celui qui était élevé. Ainsi , fille unique de sa mère , elle jouit de tous les honneurs auprès des Dieux. » Le même poète lui donnait cependant, selon ce que dit Pausanias, une autre origine, liv. I , ch. XLIII,page i5. Ego vero etiam quae longe secus de Iphigenia Arcades narrant audivi. Neque ignoro Hesiodum , eo poemate , quo illustres foeminas recenset , scripsisse non esse caesam Iphigeniam , sed Dianae numine Hecaten factam.

Dans cette obscurité où nous laissent diverses opinions , nous ne pouvons faire observer autre chose sinon que notre monument est l’unique où Hécate soit représentée sans trois têtes. Il y avoit dans la Grèce beaucoup de simulacres célèbres décrits par Pausanias , comme il le raconte liv. II, ch. XXII, page 162. Ultra Lucinaefanum , Hecaten deluhrum , deae signum Scopae opus e marmore. Atque e regione sunt duo ejusdem deae signa

Sophocle ( i ). Elle a des chaussures aux pieds , son vêtement est composé d’une tunique longue , d’une autre, courte, supérieure, et d’un grand manteau qui

ex aere ; alterum. Polycletus ; Pericleti frater aller uni* Nancy dis Mothonis fiiius fecil. Ces statues étant postérieures à Alcamène étaient peut-être triplices.

(i) Les flambeaux que cette Déesse a dans les mains , sont le signe distinctif d’Hécate , quoique cependant on voye quelquefois Diane représentée de cette manière. Sophocle, Trachin. v. 210, appelle Ortygia Diane ayant deux flambeaux^ et le scoliaste fait la remarque que les flambeaux dans sa main sont le symbole d’Hécate. JNous allons donner le passage de Sophocle

. . O / vierges , appelez Pean !

Appelez Artémis Ortygie , sa sœur , elle qui poursuit rapidement les cerfs ; vous lui verrez dans les mains deux flambeaux ardens . Appelez près d’elle les nymphes de la terre .

Scholia antiqua ad h . l. Boc&T£. Celebrate et honorate Artemidem una cum Apolline genitam ^ quae in Ortygia colitur. âpKpLTTVpov. In quantum ambabus manibus facem praefert , quae et eadem est cum Hecate. 'MpL(p&ç appellat scilicet Orestiadas , qmtm Artémis in montibus potissimum moretur. Bachyllide, ancien poète cité par le scoliaste d’Apollonius, appelle Hécate Taedigera ; Vossius de même Idol. ^ liv. II , ch. XXIX, page 1 66 ^ traduit ainsi les vers de Bacliyllide :

Hecate taedigera Noctis Nigrum sinum. habentis filia .

Nous ne prétendons pas assurer que ce soit une chose particulière à Hécate seule de porter des flambeaux ^ parce que , outre Diane et Cérès , les Parques sont aussi représentées avec cet attribut. Spanhémius, de usu , et praest, num. tome II . page 65g , parle d’une médaille de Philippe ou sont les Parques avec les flambeaux , et il pro-

lui couvre la tète. Elle s’élance avec ses flambeâux sur ses ennemis, qui n’ont pas une forme pareille à celui que Diane a tué ; mais cependant on voit que ce sont des Géans (i), qui tous deux en-

duit deux médaillés de Dioclétien et de Maximin , qui ont la même empreinte avec l’inscription FAT1S VIC- TRICIBVS, ce sont les Parques selon Fulgence, liv. I, ch. VII. Celte observation nous a fait croire d’abord que la figure d’Hécate était une des Parques, et ce qui donnait d’autant plus de fondement à cette opinion , c’était de la voir combattre et vaincre deux Géans , précisément ce que dit Apollodore, qu’Âgrius et Théon furent tués par les Parques, cela se rapporte a la note(i), page, i54, de ce discours. Mais nous nous sommes décidés à adopter l’explication que nous avons donnée , parce qu’elle nous a paru la plus convenable.

(i) Ce qui mérite d’être remarqué, c’est que les deux derniers Géans qui combattent contre Hécate , n’ont pas des jambes en forme de serpens , quand tous les mythologues et les poètes disent que cette génération de Géans était des monstres , et comme l’écrit Claudien , Gigant. ,

Stridula volventes gernino vestigia lapsu .

2ïous ne pouvons donner une raison plausible sur ce sujet ; nous ferons observer seulement que les autres fils de la Terre, comme Anthée, étaient seuls une race de Géans. On trouve dans le Musée Pie-Clémentin, tome IV , pl.X, page 84 , n. (i) , plusieurs exemples de sculptures et de pierres gravées antiques , où les Géans sont sans barbe , quoiqu’ Apollodore les ait dépeints avec une barbe affreuse ; d’après cela, on peut penser que si les sculpteurs ont fait une différence dans cette partie , ils ont pu aussi varier la figure. Claudien dit qu’à peine furent-ils nés ils se livrèrent au combat, 1. c. , v. G:

necdumque creati

Jam àextras in h cil a parant } superoscjue lacessunt.

semble cherchent à lancer contre la Déesse une lourde pierre. L’un de ces combattans doit être Clitius, puisque, selon Apollodore , ce futceClitius qu’Hécate tua; et l’on peut ici observer que si quelques auteurs lui donnent la mort par les mains de Yulcain , ils conviennent cependant que ce fut avec des armes incandescentes , comme dans notre figure ce sont les flambeaux.

Les arbres que l’on voit sur le fond de ce basrelief ont été placés là par l’artiste pour deux raisons. La première c’est qu’ainsi il désigna que la terre fût le lieu où se livra ce combat , et non pas le ciel ; et la seconde fut , pour faire juger par la comparaison la grandeur extraordinaire de ces Géansv

Nous pouvons enfin prévenir les lecteurs que tous les monumens qui nous offrent des combats des Dieux et des Géans , ont rapport généralement à celui-ci qui fut le dernier, et où ces assailians furent détruits , mais les monumens de ce genre ne sont pas fréquens , quoique ce fait ait été représenté dans tant d’endroits par des artistes célèbres (i).

Il les fait appeler par la Terre leur mère ~ O pub es dovnitura deos. De sorte que le caractère de la jeunesse peut leur convenir.

(i) En outre de quantité de sculptures décrites par des auteurs anciens , et dont a parlé Fécrivain du Musée Pie- Clémentin , lieu cité , tome IV , pl. X, page 84 , n- (0> nous croyons devoir ajouter le célèbre bas-relief de métal que l’on voyait sur le frontispice du Panthéon ? que

Musée Chiar. Yol. I. n

Le style du bas-relief est grandiose , mais le travail 11’en est pas assez délicat : il 11e manque pas de ces beautés de l’art qu’on désire dans l’invention, que nous ne pensons pas être une copie, vu la franchise avec laquelle elle est exécutée, de sorte qu’011 y reconnaît le talent d’un très-bon maître. Les Géans semblent excessivement fatigués du combat * tandis que les Déesses conservent encore, malgré leurs efforts , toute leur vigueur. Ceci nous prouve combien les artistes anciens déployaient de jugement dans leurs compositions , et combien ils cherchaient à leur donner le caractère le plus propre au sujet. Le peu de relief des figures nous fait soupçonner que ce bas-relief était la partie postérieure de quelque grand sarcophage , dont nous avons perdu la face et les côtés. Si nous comparons notre bas-relief avec d’autres tombeaux, quoique ce soit un ouvrage romain , nous ne le trouvons point inférieur à beaucoup d’autres qui ont du mérite, et qu’on admire dans différens Musées»

M. Hirt ^ voyant les fragmens, qui restaient , de chevaux et de roues , conjectura assez ingénieusement qu’il représentait ce sujet, lequel pouvait s’appliquer k Jupiter Vengeur j auquel ce temple était dédié. Voyez la page 3 9 de ses Observations Philoïogi-Architectoniques sur le Panthéon, Rome 1791 , in-4*

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