‹ Monumens du Musée ChiaramontiChapitre 37 sur 60 · PLANCHE XXIII · texte numérisé non relu

PLANCHE XXIII

Mercure *.

L’intéressante statue que nous offre cette gra~ vure ne manquerait pas d’exciter des éloges si elle ne se trouvait pas en présence d’une autre statue du plus grand mérite. Cette figure , quoique d’un style romain , ne manque ni de grâce , ni de légèreté , et en outre son heureuse conservation nous offre l’avantage d’y retrouver les dernières touches du ciseau du maître. L’invention et le mouvement en sont très-naturels , les formes belles , et une juste proportion brille dans toute la figure. Son attitude et sa chlamyde roulée sur son bras(i), ainsi

* Cette statue a de hauteur six palmes , neuf onces : elle est de marbre pente'lique. Le pétase sur la tête^ qui est antique, mais rapportée^ a été fait dans des temps modernes. Ce qui est moderne encore , c’est une partie du bras droit , du caducée , et la main gauche avec la bourse. On a trouve' cette figure dans une excavation près du Mont de Pie'te'. M. Francesco Antonio Franzoni fut chargé de sa restauration.

(i) Winckelmann , Pierres Grav . de Siosch, page 88 , dit que le manteau groupé sur le bras indique dans Mercure la promptitude dont il était doué dans ses messages. On le regardait comme le messager de Jupiter et des Dieux, ce qui fait dire à Horace, liv. I, Od. X, v. 5 : Te canam magni Jovis , et Deorum Nuntium ? etc .

qu’une partie du caducée qu’il tenait dans la main droite , en font reconnaître sûrement le sujet.

Torrentius note ici que Mercure s’appelait ainsi , comme v alant presque Medicurrius ; et Servius s’accorde avec lui lorsqu’il dit au vers i38 du liv. VIII de 1* Enéide , Alii Mer curium quasi Medicurrium a Latinis dictum volunt , quod inter cœlum et inferos semper incurrat. Les ailes qu’on lui met à la tête et aux pieds , se rapportent aussi à sa vélocité. D’autres e'crivains ont cherche' un motif différent pour expliquer la rapidité accordée à Mercure, et crurent qu’elle dérivait de la vélocité avec laquelle la planette dite Mercure fait son cours , ce que Macrobe confirme, liv. II, Somn. Scip. , ch. XI, page 174* Nam cursus quidem V eneris et Mercurii pene par soli est. Le meme Macrobe assure que l’on a confondu quelquefois Mercure avec le Soleil à cause de la rapidité, et de l’égalité de son cours. Praeter hoc quoque Mercurium pro Sole censeri multa documenta sunt. Primum ; quod simulacra Mercurii pinnatis alis adornatur , quae res monstrat So lis velocitatem. Nam quia mentis pot eut em Mercurium çredimus , appellat unique ita intelligimus duo tov kpptTireveiV ( ab interpretando ) et Sol mundi mens est? sum ma autem est velocitas mentis ut ait Homerus :

ôtrei uiepov ÿè vôypa (quasi ala, vel cogitatio ) ideo pinnis Mercurius quasi ipsa natura Solis ornatur. Macrob., Saturn. , liv. I, ch. XIX, page 3i6.

(1) Le caducée, selon Servius, sur Virgile, Aen. VI, v* 242 , fut donné à Mercure par Apollon. Caduceum ; quod primo Apollo habuit^ et donavit Mercurio , accepta ab eodem lyrasibi tradita. Ce caducée est appelé par Homère dans l’hymne à Mercure, v. 526, verge de la félicité et de la richesse, et Martial en décrit la figure:

Cyllenes , coelique decus , facunde minister ,

Aurea cui torto virga dracone viret .

Liv, y II , épig. LXXIL

so5

Si nous n’avions pas rendu compte des offices et des attributs divers de cette divinité , nous pourrions nous étendre sur ce sujet , mais comme les monumens grecs, qui ont été déjà expliqués, nous ont donné lieu d’en parler , nous allons passer à l’explication des autres sculptures antiques j ce qui sera plus utile.

Virgile aussi en indique l’usage et le motif, et pourquoi il était orné de petites ailes :

llla fretus vent os , et turbida tranat .

Nubilay etc .

On raconte beaucoup de choses sur l’origine élu caducée; une de ces histoires est rapportée par Hygin , liv. IF, Poet. Astron. , ch. VII ; page 57 2, où il dit que Mercure reçut cette verge des mains d’Apollon ^3 Cum proficeretur in Arcadiam. , et vidisset duos dracones inter se conjunçtos corpore alium aliinn appetere , ut qui dimicare inter se viderentur , virgulam. inter utrumque subiecit ; itaque discesserunt : quo facto eam virgulam pacis causa , dixit esse conslitutam. Gela est confirmé par Pline , Ilist. Nat. y liv. XXIX, ch. XII, page 682. Hic tamen com plexus unguium et efferatorum concordia , causa videtur esse 7 quare exterae gentes caduceum in pacis argumentis , circundata effigie anguium fecerint „ Macrobe d’ailleurs veut que ce soient deux serpens de sexe différent, et qu’ils se rapportent au Soleil et à la Lune qui président à la génération humaine, ce qu’on peut voir dans le liv. I, de Saturnali , ch. XIX , page 5i8. Enfin d’autres considérant Mercure comme le Dieu des négociations et de la paix , croyent qu’on a voulu indiquer par ce caducée la prudence et la vélocité qui sont nécessaires pour unir les personnes, en établissant entre elles la concorde.

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