‹ Monumens du Musée ChiaramontiChapitre 38 sur 60 · PLANCHE XXIV · texte numérisé non relu

PLANCHE XXIV

Neptune *.

Les trois frères, fils de Saturne, qui se partagèrent l’empire de leur père, furent toujours représentés par les anciens avec une physionomie et des traits qui forment une ressemblance entre eux. Néanmoins chacun eut son caractère propre , qui put le faire distinguer ; de manière que la majesté et les cheveux séparés sur le front faisaient reconnaître Jupiter , toujours tranquille et serein , la forme du visage moins ronde , et une chevelure qui paraît avoir été mouillée , fit distinguer Neptune : tandis qu’à la physionomie sombre , un peu féroce, aux cheveux, qui en retombant sur le front, dont ils couvrent une partie, accroissent son air terrible , on voit le mode dont se servirent les anciens pour représenter le Dieu des Enfers ( i ).

* Cette tête, plus grande que nature, est dans la proportion qui convient à une statue de neuf palmes. Elle est en marbre pente'lique. Il n’y a eu de restauration qu’à quelques boucles de cheveux ; la poitrine est moderne. Elle fut achetée par M. Fagan, et provient peut-être de ses fouilles dans Ostie.

Dans une inscription pubbliée parVolpi, Vêtus Lat.y tome "VI, page 199, il est question d’un Annius Carus de la colonie d’Ostie , prêtre de Neptune. Une ville maritime riche , comme était Ostie alors, devait nécessairement avoir un temple dédié à Neptune.

(1) Winckelmann dans YHist. de l'Art, t. I , p. 249;

C’est à ces diffère ns caractères , bien indiqués , que l’on retrouve dans ce buste un Neptune (i): et nous dirons encore avec assurance, que cette tête est l’une des plus belles qui nous soient restées des sculptures antiques. Le travail se fait remarquer par sa franchise : les formes en sont grandioses, et son intégrité y ajoute du prix. Nous ne pouvons dire quelle est la cause pour laquelle

indique cette ressemblance de visage entre Pluton et Jupiter. Sénèque aussi parle de la ressemblance fraternelle qu’on remarquait dans Pluton :

Dira maj estas Dec ,

Frons torva ; Fratrumque tameii speciem gérât , Gentisque tantae.

(i) Le même Winckelmann dans l’ouvrage , Pierr. grande Stosch , page 102, reconnaît dans le num. 4$7 une tête de Neptune aux cheveux et à la barbe. Georges Frédéric Guhilingius dans ses questions ^ de barba Deorum , p. 5 , met justement Neptune parmi les Dieux à barbe, et il assure que son visage se faisait voir tantôt courroucé, tantôt doux , comme il est décrit par Nirgile au liv. I de Y Enéide , v. 127 :

Graviter commotus et alto Prospiciens 7 summa placidum caput extulit unda. Servius remarque : Quaerunt multi , quemadmodum placidum caput , si graviter commotus ? . . . epitheta enim alia naturalia sunt , alia ad tempus : placidum ut naturale Neptuni est , ita graviter ad tempus , etc. Selon Homère, Odiss.7 liv. III, v. 6, ses cheveux étaient bleus, comme le même prince des poètes le confirme dans l’hymne k Neptune, ou il parle de sa puissance et de ses fonctions. Neptunum Deum magnum incipio canere ,

Terrae motorem ac idomili maris ,

Ponticum , qui llelicona et latas habet Aegas .

parmi tant de découvertes précieuses et si abondantes, il nous est resté si peu de statues de ce Dieu , auquel , comme l’attestent les écrivains anciens, cependant on rendait tant d’hommages dans la Grèce et dans l’Italie, et en l’honneur duquel on célébra tant de fêtes et tant de jeux publics (i). Nous le voyons à la vérité très-souvent représenté, comme plusieurs anciennes gravures nous l’indiquent (2) ,

Dupliciter tibi, o terme motor , dii honorem diviserunt , Equorumque domitorem esse , servatoremque navium . Salve Neptune terrant habens 7 caeruleis crinibus décoré 7 Et beate7 benignum animum habens, navigantibus auxiliare . Forntite donne la raison pour laquelle on avait donné cette couleur aux cheveux de Neptune , c. 22 du liv. I , page iq3, et il veut qu’elle provient de la couleur des eaux de la mer, qui passaient pour être couleur du ciel ou obscures , et il ajoute que ce fut par ce motif qu’on lui sacrifiait des taureaux noirs.

(1) Dans l’explication du trône de Neptune , existant à S. "Vitale à Ravenne 7 qui a été écrite par le P. Belgrado, et qui fut imprimée à Césène en 1766, on parle très-au-long de la puissance de ce Dieu à la page 26. De même à la page 53 on parle du culte de Neptune qui gouvernait les mers et présidait aux jeux équestres. On trouve différentes discussions érudites sur l’étymologie du nom de Neptune, qu’on pourra lire dans le tome IV du Musée Pie Clémentin, pl. 52, page 235, où il est question de ce sujet.

(2) Il y a beaucoup de médailles grecques qui portent l’image de Neptune 7 nous indiquerons ici principalement celles de Possidonie, que le P. Paoli a publiées dans l’appendix à ses Antiquités de Pestum , parmi ces médailles on trouve aussi des têtes de Neptune sans bandeau ou couronnée, comme celle de notre marbre, et on peut les

sur les médailles greques (i) et les latines (2), qui se conservent dans les cabinets les plus riches.

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