P LANCEE XXVIII
Bacchus *.
L’intégrité et le bon style de cette statue en font le mérit: elle nous montre le Dieu du vin (1), le conquérant de l’Orient (2). Quand on n’y ap-
* Cette statue de marbre grec a de hauteur huit palmes. Ce qui est restauré et moderne ce sont les bras ? la jambe gauche , la cuisse droite, et la tête du tigre avec la patte levée. Elle fut achetée par M. Carlo Albaccini sculpteur académicien.
(1) Liber , ou Dionysius , fut 7 selon Eustase dans Giraldî; appellé Bacchus du mot B Ckwyjzuç , c’est-k-dire ab insa niendo , et cela à raison de l’ivresse qu’on lui attribuait comme Dieu qui avait inventé l’art de faire le vin ; et auquel Horace fait allusion lorsqu’il dit dans l’art poétique , v. 85 :
, et libéra vina referre.
Servius de même fait ainsi dériver le nom de Bacchus dans l’Eglogue VI, v. i5 : Nam Bacchus a Baccatione id est ab insania dictus y unde et comités ej us Bacchae. Alii a Bacche nympha , quae cum Brome sorore sua eum nutrivit in monte Nysa. Nous trouvons dans Pline, îiv. XXIII, sect. XXIII y page 252 7 17 , le proverbe Sapientiam vino obumbrari. Fornute au ch. 5o ; applique les divers noms de Bacchus aux qualités et aux effets différens du vin.
(2) Nous aurons occasion de parler du triomphe de Bacchus au discours de la pl. XXXIV de ce volume. Varïon prétend que l’acclamation que les Romains prononçaient devant les vainqueurs Jo triumphe , n’était qu’une invocation de Bacchus appelé ainsi par les Grecs. Jo triumphe io. Idque a Spidpbôüy Graeco Liberi patris cognomento potest dictum esse. Var. , de Ling. Lat. , liv. V, page 58; 1. 8.
percevrait pas les symboliques attributs ordinaires, on y reconnaîtrait toujours une image de Bacchus, parce que les formes délicates et moelleuses qui ont quelque apparence des formes féminines , sont un caractère constant de Bacchus , ce qui le distingue d'Apollon et des autres Dieux (i).
Sa tête est ornée d’une couronne de pampres mêlées avec des grappes de raisin (2). Un ban-
(1) Winckelmann dans YHist. de V Art , liv. V, ch. I, page 225, parle fort-au-long du caractère féminin et arrondi qu’ont les formes de Bacclius. L’écrivain du Musée Pie- Ciémentin a traité ce sujets tome II, plane. XXVIII, p. 208. Cela même se voit indiqué clairement par les poètes anciens ;
Trahit que Bacchus virginis tener formam.
(Lus., in pria jj. y XXXV 1 , v. 3, page 52.)
Orphée imagina Bacchus mâle et fémelle en même temps.
Foemina , masque simul , gemina huic natura.
Hjmn. Mises f v. 4*
Eusebe , liv. III, de Praep. Evang. , page 109, D, assure d’après l’autorité de Porphyre Bacchus muliebri specie fingitur , ut vim illam , quae plantarum fructibus inest ex rnascula femineaque conjlatam significet. Isidore aussi sous le liv. VIII, Orig.7 ch. 11 , page 1026, lin. 54.» auod idem Liber muliebri et delicato corpore pingitur.
(2) Beaucoup de couronnes étaient propres k Bacchus; car il se ceignit aussi de laurier comme vainqueur des Indiens. Cependant le lierre et la vigne furent celles qui lui convinrent absolument. Ovide décrit ainsi Bacchus , liv. III des Metamorf. , v. 666:
Ipse racemiferis frontem circundatus mis.
Il ne faut pas s’occuper ici du motif pour lequel le Dieu du vin se couronnait de pampres ; nous parlerons seule-
deau, son attribut, lui ceint le front (1), et ses che-
ment de l’autre plante. On croyait que le lierre appaisait les douleurs de tète, et qu’il e'tait propre à dissiper l’ivresse : c’est ce que dit Clément d’Alexandrie , Paedag ., liv. 2 , ch. 8 , p. 2i2, 1. io ; Phornute, ch. 5o , p. 219, croit que Bacchus fut couronné de lierre comme ressemblant à la feuille de la vigne, ayant ses fruits ou haies imitant les grappes de raisin. Plutarque raconte, Symb.o, Quest. II , E, que Bacchus aime la couronne de vignes, mais la voyant dessechée dans l’hiver , il y substitua le lierre qui est toujours verd. Les Nymphes couvrirent de cette plante le berceau de Bacchus au moment de sa naissance , et c’est pour cela qu’elle lui fut consacrée : .... hederct est gratissima Baccho
Hoc quoque cur ita sit , dicere rudla mora est . Nj'siades Nymphae , puerum , quaerente noverca liane frondem cunis apposuere novis.
Ovid., Fast. III , v. 768.
On mêlait le lierre aux corymbes dans les couronnes de Bacchus , parce que le lierre embrasse la vigne :
Bacche , racemiferos hedera redimite capillos .
Ovid., Fast. VI, v. 485*
Aurelius Nemensianus dans l’Eglogue III, v. 18, dit: Te cano , qui gravidis hederata fronde corimbis Vitea serta plicas .
(1) Ce bandeau est un attribut distinctif de Bacchus et de ses suivans. Maffei l’a appelé Mitre , expression qui convient davantage aux ornemens de femme qui se plaçaient sur la chevelure , qu’à un bandeau qui serre le front. Nous parlerons du bandeau dans les discours suivans 5 nous indiquerons ici ce que dit Winckelmann à propos de Leucothe'e, de la belle tête d’Ariane du Capitole qui est couronnée d’un pareil bandeau. 11 croit que cette face est le eredemnunij bandeau Bacchique, noté encore dans le Mu-
veux retombent en boucles sur sa poitrine (i). Sa figure est riante , telle qu’ont dépeint les poètes et les anciens mythologues (2) le (ils de Sémélé et Jupiter (3). Les anciens ont formé sur sa nudité
sëe Pie-Clémentin , tome l, pl.XXIX, page 25 1 et suiv. Ce n’était pas, comme l’assure Winckelmann dans les Mon . ined. , vol. II, page 68 , une chose exclusive pour Leucothée.
(1) Euripide décrit ainsi la chevelure de Bacchus, Bac cae , v. 240 -•
concutienda
Coma, cervicem a corpore secans.
Tibulle , liv. I , Eleg . IV , ù'j :
Soh's aeterna est Phoebo , Baccoque juyentas Nam decet intonsus crinis utrumque Deum .
Dans les discours du Muse'e Pie-Clémentin , t. II, p. 207, on a fait remarquer que ces boucles de cheveux qui tombaient sur la poitrine s’appelaient @ô(FTpV%Ol , uom que les grammairiens faisaient dériver des grappes de raisin, et par cette raison toujours plus particulières a Bacchus.
(2) Béger dans le Trésor de Brandebourg , t. I, p. 29, a remarqué entre autres choses le souris qu’on aperçoit sur le visage de Bacchus. Il y a dans Y Anthologie, liv. I , ch. XXXVIII , l’épigramme 1 1 , où il est dit , vers 4 :
Lactitiae datorem facundum , gigantcs intçrimentem , ridentem et au 22 vers , Amantem risus.
Winckelmann dans YHist. de V Art , tome l, liv. V, c. 1, p. 226, observe que Bacchus ne perd jamais son caractère de gaieté sous quelque forme qu’il soit, fùt-il représenté en guerrier.
(3) Les mythologues et Cicéron , liv. III , chap. 23 , p. 332, parlent de plusieurs Bacchus , mais celui qui est le plus célébré c’est le fils de Jupiter et de Sémélé. On voit la naissance de celui-ci > tiré du sein de sa mère, et
diverses allégories plus Ingénieuses que vraies ( i ), car si on le considéré comme un Dieu dans la jeunesse , tous sont représentés ainsi (2) • si on le considère comme conquérant , la nudité, on les ait, est propre à l’effigie des héros (3). Nous faisons cette remarque parce que l’on voit beaucoup de figures de Bacchus demi-nues (4) ou vêtues, comme on voit
renferme ensuite dans la cuisse de Jupiter , représentée sur diffère ns monumens antiques. On en verra deux dans le Musée Pie-Clèmentin , tome IV , pl. XIX, et pl. A, nnm. 1 de supplément^ et c’est à ce Dieu que se rapportent toutes les antiquités que nous connaissons.
(1) Fornute dans le ch. 5o de'jà cité en parle à la page 216. Fulgence^ liv. II, ch. XV, page 92, s’exprime ainsi en parlant de la nudité de Bacchus : Ideo etiam nudus , seit quod omnis ebriosus intervertendo nudus remaneat , aut mentis suae sécréta ebriosus nudet. Les mêmes auteurs cependant disent qu’il n’était pas toujours représenté nu.
(2) Il y a une grande quantité de statues d’Apollon , de l'Amour et d’autres Dieux entièrement nues. Il est inutile d’en donner des exemples^ elles sont assez connues.
(5) On peut se convaincre assez de cela en observant les sculptures antiques 3 nous voyons beaucoup de statues d’hommes illustres et d’empereurs, sculptées nues, pour ressembler aux héros de la Grèce.
(4) Buonarroti dans ses observations sur les médailles du Muse'e Carpegna donne , page 44°, un Bacchus barbu entièrement vêtu. Les figures à moitié nues sont très-fréquentes dans les statues et les bas-reliefs. Winckelmann à la page 227 du tome I de Y Hist. de V Art , décrit une très-belle statue demi-nue de la ville Albani ; il donne même une règle générale qui ne peut subsister quand on observe les statues antiques. Il dit que quand les figu-
aussi sui' quelques mouumens Bacchus conquérant des Indes armé d’une cuirasse (i). Le tigre que l’on voit à ses pieds lui était consacré (2). Le mouvement des bras indique qu’il tenait lin thyrse (3),
res de Bacclius sont debout , elles sont toujours velues jusqu’aux pieds. La nôtre, celle du Musée Pie-Clémentin, tome II, pl. XXVIII, deux de la ville Pinciana , portique num. 5, chambre II, n. I; chambre III, n. 8 , et d’autres encore s’opposent à cette opinion.
(1) On voit Bacchus arme', entré autres monumens , dans un bas-relief de la ville Albani qui est publie' dans les Monum. ined. de Winckelmann , n. 6.
(2) On donne beaucoup de raisons, pour que le tigre ait e'té consacre' à Bacchus. Quelques-uns croyent qu’ou attacha à son char les tigres , les lynx, les panthères, les Le'opards , comme triomphateur des Indes ou abondent ces animaux :
. . . . Tu bijugum pictis insignia fraenis Colla premis lyncum.
Ovid. , Metam . , IV , v. 24.
Virgile, liv. VI de l’Enéide, v. 8o5 , de'crit le char de Bacchus tire' par des tigres :
Nec qui pampineis victor juga flectit habenis ,
Liber , agens celso Nisae de vertice tigris . Quelques-uns crovent que les tigres aiment à boire le vin, et que s’e'nyvrant facilement on les prend et on les dompte sans peine. D’autres supposent que la variété' des couleurs de la peau de ces animaux indique , selon Fornute , 1. c. , p. 217, que les mœurs des hommes quels qu’ils soient, meme féroces, sont adoucies par l’usage modéré du vin. Enfin il en est qui veulent que les nourrices de Bacchus furent une fois changées en tigresses, et que c’est pour cela qu’elles l’accompagnent sous cette figure.
(5) Le thyrse est la lance d-e Bacchus , et de ceux de
et qu’il offrait des raisins , comme on le voit de même sur d’autres monumens anciens (i).