‹ Monumens du Musée ChiaramontiChapitre 50 sur 60 · PLANCHE XXXVI, XXXVII, XXXVIII, XXXIX · texte numérisé non relu

PLANCHE XXXVI, XXXVII, XXXVIII, XXXIX

Autel avec Vénus et Ménades dansant *.

Cet autel quarré, qui a été retiré des ruines de la ville de Gabium, devient très-estimable à cause

* Cet autel est haut de deux palmes, onze onces. Large de deux palmes , onze onces -, et il est sculpte en marbre pente'Iique. Comme il est très-gâte' et maltraite par le temps , il y a différentes parties des réparations en stuc et de petites restaurations. Dans la face principale , que l’on voit pi. XXXVI, ce qui est moderne c’est la main gauche et la jambe droite, avec partie de la cuisse de la Bacchante qui est derrière Ve'nus. L’autre Bacchante a de moderne la moitié, avec la tête du quadrupède , et plusieurs parties de sa draperie. A la pl. XXXVIT il n’y a de moderne que quelque pli de la draperie de la première Bacchante, et la pointe du thyrse de la seconde. A la pl. XXXVIII la figure qui tient le tambour manque k moitié' ; de même celle avec un thyrse, k laquelle manque aussi la main gauche -, elle a d’antique la moitié' de la jambe droite. A la pl. XXXIX les deux Bacchantes avec un thyrse sont modernes, depuis la ceinture en haut. La troisième n’a rien d’antique que la tête avec le commencement de la poitrine.

Cet autel avait e'te' acheté' par le chev. Vincent Pacetti ; et il fut découvert avec d’autres morceaux antiques de Gabium, dans la ferme de Pantano des Griffi , par le ce'lèbre peintre écossais Gavin Hamilton, infatigable et heureux dans ses recherches d’antiquîte's. Il garda ce fragment comme une chose rare , parmi tant de monumens trouve's dans les fouilles , et il le donna au chev. Pacetti en signe d’estinie pour les fonctions d’expert com-

des figures dont il est orné , et il confirme plusieurs observations érudites, en même temps qu’il répand des lumières sur les arts anciens.

Il faut d’abord remarquer que la Vénus, que l’on voit sut* la première face de l’autel, est travaillée de ce style dur et recherché , qu’on appelait autrefois étrusque , et qu’on a reconnu depuis être une manière grecque, remontant à des temps très-éloignés. La ville de Gabium ne fut jamais crue d’origine étrusque ; au contraire tous les anciens écrivains qui en ont parlé lui ont donné une origine et un culte grec (i). De-là nous apprenons, par ce monument religieux, qu’on y a découvert que ces peuples avaient adoré , en outre d’une Junon très-antique (2), aussi une Vénus , sculptée dans la manière la plus ancienne.

mis par lui et par le prince D. Marco Antonio Borghèse pour évaluer tout ce qu’on avoit découvert dans les excavations , et pour régler ainsi les conditions et la vente que ce prince, mécène des artistes , fit de tous les Monumens de Gabium.

(1) Gabium est regardée comme d’origine grecque par Volpi dans sa description du Latium antique j et quoique cela ne soit pas confirme par Strabon , liv. V, p. 207 , cite' ge'ne'ralement dans ce cas , cependant Denis d’Halycarnasse l’assure dans le liv. I, chap. LXXXIV, tome I , page 6g , 1. 3g , et cela est plus clairement indique par Solin ch. Il, page i3, C : Notum est . . . Gabios a Galato , et Bio Siculis fratribus constitutos . Il croit que le nom de Gabium dérivé des deux noms abre'ge's.

(2) Le culte de Junon, très-ancien à Gabium, a été chanté par Virgile , Eneid. VII , v. 682 ;

Musée Chiar. Vol. I. 19

Nous pensons que les images les plus anciennes de Vénus la représentaient vêtue de longs habillemens , car telles elles se trouvent sur les monumens , que nous possédons encore , du style le plus antique. La Vénus du célèbre puits du Capitole (i) est ainsi figurée, de même que celle du célèbre autel du palais Borghèse (2) : c’est ainsi que Pausanias nous décrit quelque antique simulacre de Vénus (5); et il paraît que c’était même l’usage du temps de Praxitèle , puisqu’il en sculpta une

Quicumque arva Gabinae Junonis , gtlidumque Anienem , et roscida rivis Hernica saxa colunt.

On lit aussi dans Silius Italicus, liv. XII , v. 55y : Juxta Junonis tecta Gabinae .

Il existe peut-être des ruines de ce temple de Junon, célébré par les poètes, dans ce qui reste de cette ville a la ferme de Pantano , comme on peut le voir dans les monumens de Gabium de la ville Pinciana , décrits par Ennius Quirinus Yisconti. Le monde devra ces monumens à la générosité du prince Marco Antonio Borghèse, qui après les avoir fait tirer de dessous terre , les fit encore publier.

(1) Y. Mus. Capit. , tome IV , pl. XXII.

(2) Yisconti , Monum. Gabini , pl. de supplément ,1. b. (.5) Pausanias, décrivant une statue de Minerve qu il dit

très-antique, nous apprend qu’il avait la tète , les mains et les pieds de marbre , et que le reste était en bois : J^enerem ligneam , et ipsam prisci operis Demophon fecit . V eneris manns , os , et imi pedes e lapide sunt. Pausanias , liv. VIII , ch. XXXI , page 665 j on n ajoutait des extrémités d une autre matière qu’à des figures vêtues.

■velue , et une autre nue , et que ses concitoyens de Coos choisirent, de préférence à l’autre, celle qui était habillée ( i ) ; ce qui peut faire croire que la seconde s’écartait davantage de l’usage ordinaire. De plus, on pourrait dire que l’on représentait particulièrement Ténus habillée lorsqu’on voulait la présenter dans son état paisible de divinité , tandis que les Ténus nous exprimaient toujours quelqu’une de ses actions , comme de sortir des eaux , de se laver les cheveux , de se retirer du bain , ou de se mirer dans une fontaine. Quoique les monuinens grecs, de même que les médailles impériales (2), nous offrent quantité d’images de Ténus vêtues , cependant à dire la vérité , s’il n’était pas resté à cette figure un amour voltigeant autour

(j) Pline, au liv. XXXVI , seet. IV , § 5 , tome V, page 275 , raconte ce fait en parlant de Praxitèle. Duas fecerat simulque vendebat , alteram velata specie , quam ob id quidam praetulerunt , quorum conditio evat Coi , cum alteram etiam. eodem praetio detulisset , severum id et pudicum arbitrantes : Rejectam Qnidii emerunt immensa differentia famae.

(2) Nous ne connaissons pas de Vénus nues sur les médailles impe'riales latines j la Venus Victrix est seulement demi-nue, ainsi que celle avec Mars, sur les me'dailles de Julie, de Titus, de Faustine , de Caracalla , et d’autres empereurs postérieurs. Sur les médailles que de Bie a ajoutées aux Dialogues d’Agostini , traduits en latin , et imprimés à Àuvers en 1617 , à la pl. 4° ; 11 • 5, est une Vénus entièrement habillée, au revers d'une Sabine , telle elle est , pl. 48 * aux num. 2 et 5 ; sur les revers de Faustine, pl. 5i , num. 25 ; sur le revers de Crispina, et d’autres médailles postérieures.

d’elle , et une fleur dans la main , on aurait pu la prendre pour un Bacclius en habit de femme, se reposant au milieu de ses compagnes qui dansent. Mais le temps ne lui a pas heureusement enlevé ses symboles , et nous a laissé une représentation très-facile à connaître, et qui nous apprend quelques cérémonies peu communes de l’antiquité.

Nous croyons qu’on peut reporter l’usage de cet autel à deux fêtes qui se célébraient en l’honneur de Vénus, ce sont les Àdonies et les finales. Les premières étaient peut - être célébrées par les Grecs habitans de Gabium. C’était aussi pour les Gabiens une mémoire de leur ancienne origine et de leur première religion. Les secondes fêtes purent avoir lieu lors de la restauration de cette ville , quand les Romains y firent construire tant de maisons de plaisir , et la rendirent brillante , après qu’elle avait été abandonnée et presque détruite (i).

Nous voyons dans les livres sacrés qu’il est ques-

(i) Ennius Quirinus Visconti prouve jusqu’à l’évidence , dans la description des monumens de Gabium dans la ville Pinciana , au commencement ^ que la ville de Gabium était revenue à son ancienne splendeur depuis le temps d’Auguste ; et la conserva jusqu’à Gordien le Pieux. Les images d’Agrippa, de Tibère^ de Germanicus ^ de Claude,, de Néron, d’Adrien, de M. Aurèle, de Septime Sévère, de Caracalla , de Plautilla , de Geta , de Gordien le Pieux qu’on y a découvert, prouvent qu’elle reprit son état florissant ; de même qu’en font foi les inscriptions de Gabium qui portent l’époque de Tibère , citées dans l’ouvrage dont nous parlons.

lion des Adonies ( i), et soit chez les écrivains (2)

(1) On lit dans Ezëchiel , selon la vulgate^ ch. VIII, v. 14 ; Et ecce ibi mulieres sedebant plangentes Adonidem. Si quelques-uns font rapporter le mot hébreu Tliammnz à Osiris, cependant , comme nous le remarquerons, cela ne change pas la nature de la chose, puisque les Payens eux-mêmes confondaient Osiris et Adonis. The'pdoret avait également interprète' le mot Thammuz par Adonis. Thammuz secundum graecam linguam Adonis est. V. tome II, page 54 1 ^ C.

(2) Quelques auteurs confondent les ce’re'monîes de ces fêtes avec les fêtes d’Eleusis j comme l’avance Wolfangus Lazius dans la Grèce antique du Très, de Gron. , t. Vf, p. 5555, D , d’après l’autorité' de Plutarque. Gio. Falsoldo parle très-au-long des fêtes d’ Adonis , De festis Graecorum in Gron. Thés. , tome VII , page 55n ? F; Pietro Castellano traite le même sujet dans le Trésor cite' , tome VI ï, p. 610, A. Meursius aussi dans sa Graecia feriata , Gron. Thes.? tome VII, page 706, G, rapporte plusieurs passages d’auteurs grecs qui en parlent, comme de Théocrite, de Museus, de Cratinus , de Dyphile , de Plutarque , d’Hésychius. Ce savant e'crivain conclut cependant qu’il y avait deux fêtes d’ Adonis , l’une était de deuil , l’autre de joie. On dit qu’ Adonis resta après sa mort six mois avec Proserpine, et six mois avec Ve'nus. On célébrait à son retour des enfers la solennité du jubilé. Procope Gazeus l’explique ainsi dans Isaie, page 258 : V èrum cum et ibi etiam a Plutonis coniuge adamari eundem contigis set , anno in duo tributo , ut adolescente sex mensibus Divae altérais potirentur inter easdem conv caisse. Poslea ver o cum id reversa amicis narrasse t -, institut a festorum celebritate > sicut antea desiderium absentis luclu testati fuerant j eosdem rever tenti esse gratulatos. Cyrille d’Alexandrie , au même livre II d’Isaie , confirme cette opinion. Graeci hinc taie j es lum excogitarunt ? ut se cum Venere , propter Adonidis mortem moesta condolere et

grecs, soit chez les latins (i), elles se rapportent à la mort d’Adonis , tué par la dent du sanglier dans les forets d’Idalie. On les célébrait avec des

signes de douleur , en poussant des hurlemens , et

lugere : Redeunti aatem ex orco , et invention esse dicenti y quem quaesiverat gratulari , et una exultare simulai'ent. V. tome II , page 27 5.

(1) Ammien Marcellin, liv. XXII, ch. 9, fait mention de ces fêtes. Lampridins aussi dans Hêliogabale , Y I , page 807 y dit : Salambonem etiam. omni planctu et jactatione Syriaci cultus exibuit. D’ailleurs un passage de Macrobe prouve ce qui a été dit par les écrivains chrétiens cités dans la note précédente ; il dit : Ritu eorum catabasi jînita , simulationeque luctus peracta caelebra tur loetitiae exordium a. d. octavum aprilis. Y. Satur. y liv. I ; cli. XXI y page 026. En cet endroit Macrobe parle d’ Adonis qu’il a précédemment fait remarquer qu’on confondait avec le Soleil.

(2) Lucien a décrit les irrégularités de ces fêtes : Atque in rei memoriam singulis annis ( mulieres Bybli ) verbe rantur y et lamentantur , ritusque sacros peragunt ? magnique luctus per regionem ipsis indicantur y et postea quant verberandi et plorandi finis factus est , primum quidem Adonidi tamquam defuncto inferias agunt. Postea vero altero die cum vivere fabulantur , et in aerem initiant y et capita detondent ? ut in Aegypto ? quum mortuus est Apis. Quaecumque autem mulieres delonderi no lunt , talent poenam exolvunt. Vient unum ad quaestum corpore faciendum prostant. Forum illud autem solis peregrinis exibetur : et quod inde mercedis auferunt , hoc Y eneri in sacrificium datur. Lucian. , de Dea Syriar tome II y page 658. Que l’on ne soit pas étonné si nous rapportons quelques femmes dansantes aux transports qui éclataient dans les fêtes d’ Adonis ÿ nous trouvons qu’il

fêtes ressemblaient aux solennités funèbres par lesquelles on pleurait en Egypte la mort d’Osiris ; et ce fut pour cela que ce Dieu fut confondu avec le Soleil ou Adonis (i). Les anciens faisaient allusion par les amours de Vénus et d’ Adonis, à la puissance fécondante qu’ils attribuaient à Vénus et au Soleil (2). Les secondes fêtes , c’est-à-dire les

en est parle' dans les auteurs grecs eux-mêmes. Aristophane; Lysistrate , v. 5g 5 :

Saltat uxor intérim ,

Eheuque Adoni dicit.

Prudence, Hymne XIV Peristeph . , v. 228, e'crit : Meretrix Adonem vulnération scaenica Libidinoso plangit affect u palam.

Et plus clairement Arnobe dans le liv. VII, page 208 r reproche aux Payens la manière licentîcuse avec laquelle ils pleuraient Adonis : Obliterabit ojfensam Venus , si Adonis in habitu gestum agere viderit saltatoris in motibus pantomimum. De manière qu’il paraît clairement qu’il y avait une danse , appelée Y Adonis , qu’on exe'cutait en sa mémoire pendant ses fêtes.

(1) V. Macrobe dans les liv. I des Saturnales , c. XXI, au commencement. Fornute , ch. 28, page 210 des Opuscules Mythologiques de Gales, s’accorde avec cette opinion.

(2) Natalis Conti dans sa mythologie, liv. IV , ch. XIII, page SgS, appuyé des opinions de Virgile, de Lucrèce, d’Euripide , prouve ceci très-clairement, puisque Vénus comprend toute la puissance productrice de l’univers , et qu’Adonis et le Soleil sont une même chose 5 et que son séjour de six mois dans le ciel et de six autres aux enfers, s’applique aussi à lui, si on le prend pour le Soleil. Ceci, selon Macrobe, 1. c. , ch. XXI, liv. I, Saturn. , ne figure que le signe du Zodiaque , dont six sont infé-

Vinales, étaient célébrées anciennement au moment où l’on goûtait le -vin nouveau, que l’on conservait dans des tonnes - elles étaient appelées chez les Grecs YUOoiyia > ( Pithoegia ), et pendant qu’elles duraient, les esclaves et tous les gens à gages, étaient appelés par leurs maîtres a goûter ces vins.

rieurs , et six supe'rieurs; qui se rapportent avec les prétendus séjours d’Adonis. Comme le Soleil en paraissant sur notre horizon, dans le printemps, ranime la terre et les plantes , cela a fait imaginer l’union de Venus et d’Adonis.

Fulgence en donne une autre explication allégorique , îiv. III , ch. VIII. Il prétend qu’Adonis en grec sîgniiie suave , et parce que la gomme que l’on retire de la myrrhe a une odeur agréable , c’est pour cela que Myrrha changée en arbre engendra Adonis, et que comme le suc qui découle de cet arbre est de nature assez échauffante, on a feint que Vénus aima Adonis : Ideo autem eum. P enerem amasse dicunt , quod hoc genus pigmenti sit 'valde feryidum. Unde Petronius Arhiter ad lihidinis ùi~ citamentum myrrhinam poculum bihisse refert • JSam et Sutrius comoediarum Scriptor introducit Glyconem me retricem dicentem y myrrhynum mihi adfers , etc. V. Myrt . hat. , tome II , page 124. En parlant si au long d’Adonis, il nous est venu l’idée de décrire un beau monument qui en représente la mort. C’est tin bas-relief en stuc, retiré des ruines antiques d’une voûte, dans la vigne Moroni près de la porte S. Sébastien. On y voit Adonis tenant une lance, se retournant vers Vénus, tandis que l’amour est occupé à guérir sa playe. La Déesse deminue est près de lui, et s’apprête à le couvrir. Le basrelief a dans son exécution un noble abandon et quelque chose de neuf. Quoiqu’il doive être publié dans le supplément des Monumens inédits , nous avons cru faire plaisir d’en donner un dessin à la fin de cet ouvmge. ,

On terminait cette cérémonie par un sacrifice solennel (i). Chez les Romains on les célébrait, selon Pline , deux fois l’année , et on les appelait Vbnalia priora et V inalia altéra (2). On leur donnait aussi , selon Varron, le nom de Vinaliaru stica j elles étaient consacrées à Vénus (3). Les

(1) Voyez Dalecamp dans les notes V ariorum , sur Pline , Jlist. Nat. , liv. XVIll , chap. 29 , tome II, page 5oi , édit. Lugd. Bat. 16G8.

(2) Pline parle longuement de ces fêtes dans le 1. XVIII, cli. XXIX , sect. LXIX, § 5 et 4> page 527 , tome III. Il les distingue en V inalia priora et V inalia altéra . Il place les premières vers le 25 avril , et il dit qu’elles étaient destinées seulement à l’essai des vins, et qu’elles n’avaient pas de rapport avec la fleuraison des vignes et des oliviers, qui commence à paraître au printemps : V inalia priora , quae ante hos dies sunt IX calendas maii degustandis vinis institut a , nihil ad fructus attinent : nec quae adhunc diximus , ad vites oleasque , quoniam earwn conceptus exor tu V irgïliarum incipit a. d. NI idus maiiy ut docuimus , § 4 • • • V inalia altéra , quae agunlur a . d. decimumtertium calendas septembris .

(5) Varron parle aussi de ces fêtes V inalia , et il donne aux secondes le nom de V inalia rustica. Voyez le meme de Ling . Lat. , liv . V, page y liv. 8; Festus aussi en parle au mot Rustica V inalia , page CCXXVIIl, F. Cependant tous ces auteurs disent que ces fêtes étaient consacrées à Jupiter , plutôt qu’à Ve'nus , et qu’on faisait dans ces jours des dédicaces de temples élevés à cette Déesse. Macrobe l’affirme plus positivement sur l’autorité de Meursius : Musurius fastorum secundo Vinaliorum dies inquit Jovi Sacer est, non ut quidam putant Veneri. Saturn.y liv. I, cli. IV, page 218. En réunissant ce doute que nous trouvons dans Macrobe avec des vers d’Ovide , qui, ei^ parlant des N inalia , décrit l’allégresse à laquelle se

anciens artistes pouvaient bien les caractériser symboliquement par plusieurs Ménades qui dansaient autour de Vénus , puisque les danses de femmes étaient consacrées à Bacchus et a Vénus (1).

livrent les jeunes gens , et appelé ces fêtes sacrées à Venus, il semblerait qu’on peut en conclure que ces fêtes Vinalia ont été représentées sur noire autel élevé à Vénus , comme étant la Déesse qui présidait aux jardins , et à laquelle^ selon Vairon, ou en offrait les prémices dans ces solennités : V inali a Rustica . . . quod tum Ve'neri dicata aedis , et horti ejus tutelae adsignantur , de Ling . Lat. , liv. V , page 48, 1. 8. Nous citerons encore les vers d’Ovide qui indiquent des fêtes que des jeunes filles doivent célébrer à l’occasion des Vinalia , comme étant des jours consacrés à Vénus :

Numina vulgares V en eris célébrât e Puellae Multa professarum quaestibus apta Venus.

Cumque sua dominae date grata sisymbria mjrto Textaque composita juncea vincla rosa.

Cur igitur V eneris festum Vinalia dicant Quaeritis ; et quare Jo\>is sit ilia die s ?

Fast. IV, v. 865.

Les écrivains érudits sont divisés d’opinion lorsqu’il s’agit de décider laquelle des deux fêtes était consacrée à Vénus ; et quoique les auteurs cités précédemment semblent penser que ce soient les secondes , et non les premières^ cependant ils inclinent en général à vouloir fixer les premières qui se célébrant en avril , mois de Vénus , paraîtraient plus convenablement lui appartenir, et surtout ils s’appuyent des vers d’Ovide qui parlent des fêtes d’avril. Il nous suffit d’avoir prouvé avec assez de probabilité que les fêtes Vinalia étaient consacrées à Vénus, que des jeunes filles les célébraient, et qu’étant destinées à Bacchus et au vin , les anciens artistes ont pu les représenter par divers femmes dansantes à l’instar des Ménades. (0 Nous ayons suffisamment prouvé dans la note à la

Après avoir expliqué , pour ainsi dire , îe sujet de ce très-rare bas-relief, sculpié sur l’autel que nous voyons ici , nous allons examiner , Tune après l’autre, les figures qui le composent, et nous commencerons par celle de Vénus qui en est le sujet principal. Nous en avons dit assez déjà, au commencement de ce discours, sur les habillemens longs dont elle est revêtue ; alors nous observerons plutôt ses attributs plus particuliers. D’abord nous voyons un amour ailé qui vole auprès d’elle , comme le dit Horace (i). Quoique l’on retrouve ce Dieu l’accompagnant sur beaucoup de monumens antiques, nous le voyons différemment ici , soutenu en l’air , et avec un gracieuse invention , s’occupant à ajuster les cheveux bouclés de la Déesse , et remplissant l’office de coeffeuse, Ornati'ix , qui était rçservé près de Vénus aux Grâces (2) , et c’est peut-être la

page 273, pl. XXXIV de ce tome , que les danses de femmes étaient consacrées à Bacclius ; nous aurons encore occasion d’en parler dans les notes suivantes.

(1) Le vers suivant d’Horace semble pouvoir aussi décrire cet Amour :

Quem jocus circumvolat et Cupido.

Carm. I f Od. 1 1 , v. 54.

Lucrèce fait voler Zepliir au devant de Vénus :

Veneris praenuntius ante Pinnatus graditur Zeffirus vestigia pr opter.

Lib. V } v. 737.

(2) Winckelmann donne , Monum. ined. , n. 3i , une pierre gravée, ou les Grâces arrangent la chevelure de Vénus ; et comme les Grâces sont décrites par les anciens poètes ou vêtues ou nues , nous croyons qu’on peut

seule figure de l’Amour que l’on voye dans celle atlilude (i).

On pourrait aussi remarquer dans notre figure la ceinture , tant célébrée par Homère (2) , laquelle renfermait tous les attraits et toutes les grâces de la Déesse. Cette ceinture, appelée le Cestum de Y éuus, orné de superbes broderies, d’après les observations savantes de Winckelmann (3), devait être autour des flancs de Vénus, et non pas au-dessous du sein: mais comme les poètes an-

trouver le même sujet de Ye'nus parmi les Grâces qui apprêtent sa toilette dans le second tableau, planche L, du tome Y des Peintures d’Herculanum.

(1) On voit dans beaucoup de gravures un Amour qui tient un miroir devant Ye'nus. Y. Yenuti , Collect. Antiq. Rom. Ant. Borioni , tav. 55- Mus. Florent., tome II, pl. XLI , n. 5, et particulièrement dans le bronze antique à deux faces, grave' n. 5^8 du Muse'e Stosch, explique' par Winckelmann , Fier. Grav. de Stosch . , p. 120. On voit dans ce bronze Cupidon qui tient dans la main droite un miroir , et dans la gauche une couronne de fleurs qu’il pre'sente à Ye'nus, pour qu’elle en pare ses cheveux.

(2) C’est ainsi qu’Homère de'crit la ceinture de Yénus^ îiv. XIY de l’IJ., v. 214 :

Dixit y et a pectoribus solvit acupictu cingu lum V arium : in eo autem delineamenta omnia inclus a er ant : Jbi inerat amor , inerat desiderium , inerat et amantium

colloquium.

Blciîidiloquentia quae furtim surripit mentent prudentium licet :

(5) Winckelmann , Stcria delle Arti , tome I , page 317 7 et Monum . Ant . Ined. , tome II , page 57*

ciens et leurs interprètes en ont parlé de tant de différentes manières , on peut dire que les artistes anciens eux-mêmes n’ont pas su très-souvent où la placer. Si un poète grec a, dans les épigrammes de l’Anthologie (i), fait ceindre Vénus sous la gorge , il ne faut pas s’étonner qu’un sculpteur ait fait la même chose. Le reste du vêtement de Vénus , quoique n’offrant pas d’autre observation érudite, ne laisse pas d’intéresser sous le rapport de l’art, parce qu’on découvre sous l'habillement, avec décence cependant, quelques parties de son corps , et que la richesse de sa draperie , dont le mouvement est tranquille, forme un contraste avec les attitudes agréables et vives , exécutées avec habileté , par les deux danseuses qui l’environnent.

Les attributs symboliques que Vénus a dans les mains , sont les mêmes qu’on lui voit dans beaucoup de ses statues , et qui lui sont particuliers. Une fleur, soit de lys, soit de pavot, ou tout autre , lui convient toujours comme à la Déesse des

(i) Ce poëte a place la ceinture de Venus, nue, tombant de dessus une épaule sur le côte' en forme de baudrier , comme on la voit , selon Winchelmann , à une statue de Vénus armée dans la galerie Borglièse , publiée parmi les sculptures de la ville Pinciana, salle V, n. 7 , tome II, page 26. Voici quelle est Fépigramme de l’Antliologie :

In V enerem , ig, lib. V .

Aliam vero claro pâtre notant vidi auream V enerem Nudam omnibus apparentent. In pectore vero deae Cervice ex summo fusus volyebatur cestus.

Jardins (i), et comme présidant à l'épanouissement des fleurs (2). Le lys rivalisait la blancheur

(r) On a déjà cite dans la note (3) de ce discours, page 297 , un passage de Varron qui attribue à Vénus le soin des jardins , ce que Festus a confirmé au mot Vinalia Rustica. Plaute encore, suivant ce que dit Pline dans l’Histoire naturelle, assure la meme chose en disant , liv. XÏX chap. IV, sect. XIX , page 5r 6 , tome III : Çuamquam hortos tutelae V eneris assignante Plauto. Hardouin, dans les notes sur ce passage, rapporte à cette protection de Vénus le temple qui lui était consacré dans les jardins de Salluste , temple qui nous est connu par une ancienne inscription. Mais si tout ceci prouve que Vénus, chez les Piomains, était protectrice des jardins, plusieurs autres écrivains grecs démontrent que dans ces contrées elle avait aussi cette fonction. Philostrate dans les images, liv. I, 11. G, page 773, dit que les Amours offraient à Vénus les prémiers fruits , pour pouvoir tranquillement jouir des productions des jardins. Plutarque rapporte à cela deux épithètes de E VMapTCOÇ seu fructifera , et de 'ZuEliïopoç seu fertilis données à Vénus. Les académiciens d’Herculanum observent que Pausanias et Lucien font mention de Vénus dans les jardins evXGtprtolç. V. tome II des Peint. , pl. XLIX , page 265 , n. 2.

(2) Lucrèce commence par l’invocation à Vénus , en parlant de la nature des choses. Ovide, à propos de Vénus, a écrit ainsi , liv. IV des Fastes, v. 96:

Ilia satis caussas avboribusque dédit ;

Apulée fait une exclamation à Vénus dans le IV liv. des Métamorphoses , page 84 , 7 : En reram naturae prisca parens , en elementorum origo initialis , en orbis totius aima Venus. Le petit poème intitulé Pervigilium V eneris est appelé aussi Carmen de V ere , par ce qu’il y a beaucoup de rapport entre Vénus et le printemps. Voyez les notes d’André Rivin dans l’édition de ce poème , page 43.

de sa peau , et par cette raison il lui était consacre (i). Le pavot, selon Pausanias, se voyait sculpté dans la main de Vénus à sa statue faite par Canacus de Sycione (2). La rose prit sa cou-

(1) Ou trouve communément cite à ce propos le scoliaste deNicandre, v. 4<>i? Alexipharm. , mais et le pocte et son commentateur, en parlant du lys , disent qu’il était odieux à Venus , parce qu’il osait lui disputer la blancheur de la peau. Voici les paroles: A eiptoévre Mapr?. xrfi> netpa/ lÿv rov xptvov. tovto §è Àéyei épierai t ’A (ppoèirri Tcepl %poiàç. rÿv de opyieùèïerav , opotov àiiïoio ‘KO l'ocrai ovov : ( Et liliaceum caput ). Caput scilicet lilii. Hoc autem dicit certasse cum V encre , de corporis colore: Atque luinc ira succcnsam illud asini pudendo simile fecisse. V. page i56, editionis Parisiensis , an 1557. Toutefois Athénée prétend que cette fleur était agréable à Ve'nus , liv. XV , page 085 , D.

(2) Pausanias dépeint ainsi cette statue de Venus assise : Ejus effigie m sedentem fecit Canacus S jcionius. Venus ipsa ex auro et ebore facta capite apicem , qui polus dicitur , gestat , manu , altéra papayer , altéra malum tenet . Paus. , Corynt. sive liv. II, ch. X, page i34* Nous ne pouvons ajouter d’autre exemple de monumens antiques à la description de Pausanias, selon les érudits , qu’une pierre gravée publiée par Maffei , répétée par Montfaucon., Antiq. Expl. , tome I, pl. CV, n. 1 , sur laquelle on voit une jeune fille très-légèrement vêtue d’une robe attachée par une ceinture , jouant avec un Amour, et tenant dans les mains des pavots ; mais cette figure n’a pas de signes certains à pouvoir l’appeler une Vénus. Il nous semblerait assez probable de prendre pour Vénus avec des pavots la sixième figure de l’autel Albani que Winckelmann a publiée dans les Monum. ined. , n.6, et qu’il appelle Cérès, car cette figure se rapporterait fort bien avec la statue décrite par Pausanias au lieu cité,

leur du sang que versa Adonis, selon Théocrite ( Idil. 25); on pourrait trouver ainsi les allusions

ayant sur la tête le polum 7 que Winckelmann regarde comme l’ ornement de tête de cette Déesse. Le défaut de figures laisse notre conjecture indécise ; mais nous pouvons toutefois ajouter que vraisemblablement la première figure avec des flambeaux est Ce'rès, que ce savant écrivain a dit être Diane, parce que les flambeaux conviennent également à Cérès , à Diane , et à d’autres divinités. Mais ne trouvant point la demi-lune sur sa tête , nous sommes privés d’un motif pour la regarder comme Diane Lucifera , qui porte toujours cet ornement, dans les monumens anciens.

Il y a beaucoup de motifs pour qu’on dise que le pavot était consacré a Vénus. Porphyre , dans Eusèbe, dit : Papaver ibus , quae magna jecunditatis symbola sunt. V . Praep. Evang. , page 109, B, à quoi fait, peut-être, allusion le vers d’Ovide, Metam. , XI , v. 6o5 :

Ante fores antri foecunda papavera florent .

D’où provint aussi que les jeunes époux se couronnaient de pavots , comme l’assure Patinus , Numismata Impp. Rom. ex aere , page 85. Porphyre dit dans un autre endroit que le pavot était le symbole de la population des villes: Vrbis enim symbolum papaver est . Euseb., 1. c., page 11 3. D’autres ont cru que le pavot étant un ornement de jardins, estimé chez les anciens, il était plus particulièrement consacré à Vénus, parce que les poètes grecs et latins en font l’éloge, et le réunissent avec les fleurs les plus agréables. Properce dans sa dernière élégie du liv. I , v. 37 , page 5gi :

Et circum irriguo surgebant lilia prato Candida purpureis mista papaveribus.

De même Ovide, décrivant la mort de Hyacinthe, se sert de la comparaison avec de belles fleurs :

Ut si quis violas , riguove papaver in horto ,

Liliaque infringat T fulvis haerentia virgis ;

Ovid. f Me tain. X, y. 162.

de plusieurs autres fleurs. On voit aussi sur d’autres monumens antiques la lance que cette Vénus tient dans sa main droite. Le dégât qu’a éprouvé ce marbre, ne nous permet pas de décider si c’est une lance simple, hasta pura, ou un sceptre, ou une lance dont la pointe est en bas , car l’un et l’autre sont également des attributs distinctifs de Vénus. Pour citer un exemple de la première , nous indiquerons une peinture antique d’Herculanum ( i)

Thëocrite fait offrir à Galatliée par un Cyclope un bouquet de fleurs, et il y place le pavot à côté du lys, y. 56 :

fer rem autem tibi vel lilia alba ,

V el papaver teiierum rubra folia habens.

Le bruit que font les feuilles du pavot rendait aussi des réponses amoureuses, ce qui nous est indiqué par divers écrivains grecs. Ainsi dit Suidas , Platagonium. Id est > res varia et nihili. Proprie vero sic vocatur folium pa paveris et anémones. A iïXobTOl/OV'SLV , strepere vel sonum edere .... Ex hoc autèm platagonio , pollici et digito indici imposito , et adversa manu percusso , conjiciebant ( Amantes J an ab amasiis amarentur. V. tome lit, p. 12.3. Le pavot fut encore employé dans la boisson que l’on donna à Vulcain le jour de ses noces , ainsi que nous le dit Ovide :

]S'ec pigeât niveo tritum cum lacté papaver Sumere , et expressis mella liquata favis.

Cum primum cupido Venus est deducta marilo ,*

Hoc bibit , ex illo tempore nupta fuit.

Fastor . IV, iÔ2.

(i) Voyez dans les peintures d’Herculanum, tome III, la pl. XXXV,* elle représente un Génie tenant une coquille et un sceptre , et les académiciens ont cru sagement que c’était le Génie de Vénus comme ils le démontrent à la page in^f note (8).

Musée Chicir. Vol. I.

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et une autre du tombeau des Nasons (i). Pour la seconde, nous rappelerons a la mémoire les pierres gravées du Musée de Stosch observées par Winckelmann (2). Il y aurait quelques remarques à faire sur les pieds de la Déesse qui sont nus, mais comme on trouve cet usage dans les monunumens antiques, nous ne nous arrêterons pas sur cet objet.

Ayant a présent a nous occuper des Ménades (3), nous dirons qu’elles sont toutes représentées dansant, que toutes ont une robe large, et sans être resserrée par une ceinture , et que leurs symboles chez les anciens se bornent aux thyrses , aux tam-

(1) Tombeau des Nasons , pl. XXXIV. Dans celte peinture qui représente les trois De'esses devant Paris , toutes ont le sceptre et la lance. Le motif pour lequel on donnait des sceptres aux Divinités est pris dans Justin , liv. XLIII, cli. 3 : Reges licistas pro diademate habebant , tjuas Graeci sceptra dixere. JSam et ab origine pro Diis immortalibus veteres , hastas eoluere : ob cujus religionis memoriam adhuc Deorttm simutacris hastae adduntur . Le très-savant Vossius considère le sceptre comme une distinction particulière à la Vénus Céleste ou Cypris , laquelle était Astifera. V. de Orig. ldol. , liv. II, ch. 27 y page i65, A.

(2) Sur plusieurs pierres gravées du Musée Stosch on trouve une Vénus ayant les lances et les sceptres avec la pointe renversée. Fier. Gras', de Stosch, page 117, n. 557, 558, et page 1 18, n. 562.

(5) Les Ménades sont appelées suivantes de Bacchus par le mot grec pahopat ( insanio J ; c'est pour cela que nous avons désigné comme des Ménades ces figures qui sont dans les transports des fureurs Bacchiques.

bours , aux couronnes , aux couteaux et aux animaux qu’elles ont dans les mains , et à quelque particularité dans leur coiffure.

La danse était le divertissement ordinaire des jeunes filles dans les fêtes de Vénus. Le poète (i) dit , que séparées en différens chœurs, elles passaient la nuit dans l’allégresse. Il y avait même une danse qu’on appeloit la Vénus , à laquelle Arnobe reproche la lubricité indécente (3). Notre opinion 11’est pas détruite parce qu’on voit ces femmes vêtues de tuniques si larges et longues, puisque c’était aux femmes les moins honnêtes, à celles qui se con-

(1) I/auteur inconnu du petit poème intitule' Pervigi lium Veneris , de'crit ainsi les fêtes de Vénus, au commencement du printemps , au vers :

Jam tribus choros videres feriatis noctibus

Congreges inter catervas , ire per saltus tuos

Floreas inter coronas , myrteas inter casas.

André Rivin observe judicieusement dans les notes, p. 88 : ( Ire ) toties hic répétition non deambulationem modo , sed saltationem innuere , itaque et choris additum , ad choragium indicandum. Horace aussi a parlé de ces fêtes nocturnes :

Solvitur acris hiems grata vice V cris et Favonii

Jam Cytherea choros ducit Venus , imminente luna .

Liv. I, Carm.j Od. IV, v. 1, 5.

{2) Amans saltatur Venus , et per affectus omnes meretriciae vilitatis impudica exprimitur imitatione bacchari , Arnob. , advers. Gent. IV , page i5i. On peut lire ce que dit Meursius, de Saltation. Veter. , dans Gron. Thés 7 tome VIII, page 1242, À^>P0AITH.

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sacraient aux plaisirs, que convenait particulièrement la tunique sans ceinture et flottante (t). Les

(i) Les robes non attachées étaient un signe de mollesse , tant pour les hommes que pour les femmes. On reprochait, à ce que dit Pedo Albinovanus , à Mécène de porter sa tunique sans ceinture ^ et par cette raison le poëte s’adresse ainsi à ses envieux:

Invide , qiiid tandem tuhicae no citer e solutae ?

Eîeg. II , v. 25.

Le meme Albinovanus décrit Bacclius vainqueur des Indiens^ vêtu avec une double tunique non attachée:

Et tibi securo tunicae fluxeve solutae ,

Te puto purpureas tune habuisse duas.

Même Eleg» , v. 5g.

Phedre, liv. V, Fab. 1 , v. ia, parlant de la manière efféminée dont Ménandre e'tait vêtu , dit :

Unguento delibutus , vestitu adfluens.

Mais pour en venir avec plus de précision à notre sujet, nous dirons, ce que les Académiciens d’Herculanuni ont remarqué aussi , que la tunica recincta et soluta était particulièrement affectée par les femmes sans honneur , dont Ovide parle souvent dans les Amours et dans Y Art d'aimer. Cette sorte d’habillement, qui ressemble beaucoup à celui des célèbres danseuses des fresques d’Herculanum, peut-être appelé aussi tunicae palliatae , habit qui tenait de la tunique et du pallium , comme nous l’aprennent Hesychius et Pollux au mot Exomides , qu’on prétend ainsi nommé parce qu’il ne couvrait pas les épaules, chose que l’on remarque dans les deux Ménades de la pl. XXXVI. Voyez les Peintures d’Herculanum , tome I > page 122, n. 6. Ce sujet se trouve encore appuyé par un passage d’Ovide , dans les Fastes III, v. 771 : Restât , ut inveniam , quare toga libéra detur Lucifero pueris , candide Bacche . tuo

Sive quod es Liber , vestis quoaue libéra per te Sumitur , et vitae libérions iter .

anciens exprimèrent souvent l’ivresse du plaisir par des personnages de la suite de Bacchus comme l’atteste Porphyre (i), et c’est par cette raison aussi que les fêtes de Vénus sont représentées sur cet autel par des Ménades.

Les thyrses, les tambours (2), sont des armes et des instrumens de musique qui servaient à ceux qui accompagnaient Bacchus , comme les couronnes sont particulièrement attribuées aux fêtes Bacchiques et à celles en l'honneur de Vénus (5). Ou

(1) Eusèbe, dans la Préparation évangélique, donne plusieurs passages de Porphyre et d’autres philosophes , et parmi ces opinions il nous apprend que les anciens Payens exprimaient par des Bacchantes le de'iire des passions amoureuses. V. liv. II C 7 ch. XI , page ni.

(2) On a parle' des thyrses à la note (5) ^ page 208, pî. XXVIII. Ou voit voit fréquemment des figures de Satyres, de Faunes et de Bacchantes avec le tympanum y cet instrument e'tant propre à Cybèîe et à Bacchus. Lisez la note (2) de la page 201 du tome IV du Musée Pie-Clémentin , oii ceci est prouve' par un passage d’Euripide. Parmi les poètes latins Valerius Flaccus l’indique clairement. Argon. , liv. II, page 49? v. 8.

aeracjue circum ,

Tympanaque , et plenas tacita formidine cistas.

(5) Nous avons parlé plusieurs fois des couronnes Bacchiques. Maintenant en suivant l’opinion de Pascalius nous dirons que l’on donnait à Vénus une couronne de roses de deux couleurs, ce qui a faite dire k Valerius Flaccus , liv. VIII des Argonautes , page 179 v. i5.

. . . Ipsa suam duplicem Cytherea coronam Donat , et ar suras alia cum virgine gemmas.

Selon Pliilostrale Bacchus se présenta k Ariane avec une couronne de roses. Cependant il y avait beaucoup d’au-

trouve les couteaux employés dans les orgies de Baechus , pour tuer les victimes ; ils servaient aussi quelquefois à se blesser soi même, tant dans les transports des Bacchanales (i) , que dans la célé-

tres fleurs consacre'es à Vénus , comme nous l’avons fait remarquer ailleurs. Nous voulons parler ici des couronnes qui sont sur la tête de ces figures, parce que celle que Ton voit dans la main d’une figure à la pl. XXXIX est une restauration moderne.

(i) Tite-Live , en nous parlant , liv. XXXIX , ch. XII, de la défense que fit le consul Postumiiis de ce'lêbrer les Bacchanales à Rome, nous apprend les meurtres et les crimes tjui se commettaient dans ces fêtes de Bacchus , et même comment on excusait ces excès par la fureur qu'on supposait inspirée par le Dieu Dionysiaque. Mais sans parler de cela, voici ce que nous dit Arnobe , contra Gentes , liv. "V , p. 169, que les Ménades déchiraient avec fureur les victimes, et qu’elles se barbouillaient le visage de leur sang, se glorifiant ainsi de leur cruauté: Bacclianalia etiam. praetermittimus immania , quibus no men Omophagiis Graecum est. In quibus furore mentito. . . ut vos plenos Dei nujnine , et majestate doceatis , caprorum reclamantium viscera cruentis oribus dissipatis. Clément d’Alexandrie , Cohort. ad Gentes , ch. II, p. 11, tome I , confirme cet usage , en disant : At primum ecce tibi hommes furoris oestro perciti Bacchum Maenolen so lemnibus Orgiis célébrant , crudarumque carnium hellua tione , s acram insaniam peragentes , caesarum victimarum partes dividunt , etc. C’est à quoi Catulle fait allusion , de Nuptiis Pelei et Thetidis , LXY , v. 258 , page j 85, quand il dit :

Pars e devulso jactabant membra juvenco.

Par la même raison Sénèque, Phenis , v. 565, appela les Itlénades , Maenas cruenta 5 et le même tragique, Troad.,

bration des mystères de Cybèle ou de Bellone. Le travail fort négligé, joiut au dépérissement qu'a subi le marbre , ne nous permet pas de décider quels sont les animaux coupés par morceaux que l’on voit dans les mains de nos Ménades. Mais si ce sont des chèvres ou des chevreaux (i), ce sont précisément les victimes les plus communes offertes à Bacchus . si c’était des lièvres , alors on pourrait les regarder comme des victimes particulièrement consacrées à Vénus, selon ce que nous apprennent les anciens écrivains (2).

L’espèce de coiffure de ces femmes, jointe à leurs tuniques larges , nous fait croire qu’elles

aut qualis Deo

Percussci Maenas , entheo silvas gradu Armata thyrso terret , atque expers sui Vulnus dédit j nec sensit .

(1) On voit souvent des petits chevreaux sacrifies à Bacelius par des Satyres ou des Bacchantes, niais en outre de ces exemples une épigramme de l’Antologie nous l’indique clairement, liv. IV, ch. V, epigr. 5 :

Thyrsum habens Heliconias : et penes ipsam.

Xctntippe : Glauca vero jamjam accedens Ex monte descendant , Bacco vero ferunt Hederam , et uvam , et pinguem haedum.

Euripide d’ailleurs met des petits chevreaux dansles mains des Bacchantes. Bacchae , v. 698 :

AHae vero in ulnis capream , aut catulus luporum Feras gestantes.

(2) Philostrate, Icon. , liv. I, Aniores , page 772, B? dit: Lepus Veneri carissimam hostiam.

imitent les Ménades , plutôt que de l’être en effet s parce que nous voyous très-souvent des danseuses faire usage de ces bandelettes dans leurs cheveux, oh de ces bonnets ou coiffes , bien plus que les Bacchantes elles-mêmes , qui conservent presque toujours dans leur habillement la simplicité qui convient à leur origine champêtre. Nous pouvons comparer celte coiffure a celle de beaucoup de danseuses peintes dans les tableaux dTIerculanum (i) , et aux femmes Thyméliques dansant * que M. Zoega a expliquées parmi les bas-reliefs de la ville Àlbani (2). Cependant toutes les danseuses n’ont pas le même bonnet sur la tête , car on en voit avec des couronnes , d’autres dont la chevelure est abandonnée au vent (3), et enfin quel-

(1) 11 y a diverses figures de danseuses, parmi les Peintures d’Herculanum , qui ont un semblable bonnet pour coiffure; voyez tome I les pi. XVII et XXIV; dans le tome II , pl. XXV II ; dans le tome III ^ pi. XX.

(2) Zoega y Bassirilievi antichi di Borna , tome I ; pl. XIX, page 109.

(5) La chevelure éparse, selon Pascalius, de Coronis y page 125, signe de virginité: était cependant propre aussi aux Bacchantes. Ovide l’indique dans les Métamorphoses 7 lib. IV , v. 6 :

Pectora pelle tegi , crinales solvere vittas ,

Serta coma y manibus frondentes sumere thyrsos. Virgile s’exprime de la même manière, liv. VII de l’Enéide , v. :

Sol vite crinales vittas , capite orgia mecum et précédemment au vers 5gi , il a dit:

.... Ventis date colla , comasque.

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ques-unes ont les cheveux réunis et rattachés ; ce qui provient , à notre avis , plutôt de la fantaisie du sculpteur, que pour indiquer quelque mystère secret. D’autant plus que très-souvent, les anciens artistes imitaient dans les actions de leurs figures les mouvemens et les gestes des danseuses (i). Enfin la nudité des pieds nous rappelle aussi un usage lascif, que les Pères de l’Eglise ont reproché aux

Claudien , de quarto Consulatu Honorii , v. 608, dit à propos pour notre sujet :

.... Satjri circum y crinemque solutae Maenades.

T. Live dans le récit qu’il fait de la prohibition des bacchanales, déjà citée, dit que dans la célébration des fêtes de Bacchus on imitait les manières des Bacchantes , Ma trônas Baccharum habitu , crinihüsquè passis , etc. Nos Ménades n’ont pas cependant les cheveux totalement épars, car ils sont liés sur la tête, et ensuite volent librement de la manière qu’on les voit à une jeune Bacchante qui court à cheval sur une centauresse , pl. XXVI du tome I des Peintures d’Herculanum , et cette ligature se remarque répétée dans les mêmes peintures, t. V , pl. XXXII ^ XXXIII et XXXIV f à quelques Bacchantes surprises par des Satyres. Les Académiciens d’Herculanum observent à ce sujets tome I des Peintures, page i58, note 4 ? que ce noeud est peut-être celui que Martial appelle , in Amphit. , épig. III, crines in nodum iortos et il ajoute que quelqu’un pensa que le nœud était plus propre aux Baccliantês , parce qu’il ressemblait au nœud de la vipère qu’Horace leur donne, liv. II , od. XIX, v. 19.

(1) Athénée^, liv. XIV, 6, page 6‘29 , dit que les artistes pour donner à leurs figures des attitudes gracieuses et agréables copiaient les mouvemens des danseuses.

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femmes (i), auquel quelquefois on était assujetti dans des cérémonies religieuses (2).

(1) Clément d’Àlexand. , Paecl. , U , c. XI , page 2/fO, fait voir combien il est indécent que les femmes montrent leur pied nu , ajoutant que cela leur était expressément défendu. Id. , 1. c. , ch. X , page 258.

(2) Callimaque appelle discalceatae au v. 125 de l’hymne h Ce'rès les prêtresses de cette Déesse. Quand Moyse fut en présence de Dieu , il ôta ses souliers , Exocl. , c. III , v. 5. Plusieurs fois les rits superstitieux prirent leur origine de l’ancien culte hébraïque. Jamblique raconte dans la vie de Pithagore, ch. XXIII ? que parmi les ordres de ce philosophe était celui-ci : Discalceatus sacrifica et adora • Silius Italicus confirme cet usage , liv. III , v. 26 :

Discintus mos thura dare , atque e lege parentum

Pes nudus y etc.

Chez les Pvomains , selon ce que dit Prudence , les personnes les plus distinguées se déchaussaient pour marcher nus-pieds devant le char de Cybèle, Peristeph. , Hym. XIV, v. 1 54 :

Nudare plantas ante carpentum scio Pr o cet' es togatos , mat ris Jdeae sac ris*

La même chose s’observait, selon le même auteur, dans les fêtes Lupercales. Ovide, dans le liv. VI des Fastes , v. 395 , raconte que les matrones romaines se rendaient nus-pieds au temple de Vesta, quoiqu’il en apporte une cause différente. Solin, ch. XVII, p. 22, dit qu’on n’entrait dans le temple de Diane que nus-pieds : Aedem Nu minis ( Dianæ ) praeterquam nudus vestigia , nullas licito ingreditur. Si cela se pratiquait p:fr respect pour la présence de la Déesse , on pouvait aussi le faire dans les mystères de Bacclius , où la divinité était dans les personnes elles-mêmes ; et les danses étant une des cérémonies sacrées de Bacchus ou de Vénus qui se célébraient pendant plusieurs nuits, et qui avaient beaucoup d’usages

Après avoir indiqué ainsi tout ce qui est représenté sur cet autel , nous ne devons pas négliger de payer un tribut de louanges à l’invention de ces quatre bas-reliefs , dans lesquels on remarque une très-grande franchise d’exécution. Ce n’est pas une chose facile que de donner de la légèreté à des figures enveloppées dans de si larges draperies, comme sont celles de nos Ménades. Il n’est pas moins difficile de donner aux figures sculptées en marbre, une certaine transparence du nu , sans risquer de les rendre sèches et roides : et tout cela se voit exprimé par quelque morceau sur cet autel , ce qui nous fait regretter d’autant plus les dégâts que le temps lui a fait.

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