PLANCHE X L
Silène avec une Tigre * *.
La belle statue de Silène qui a été découverte , il n’y a pas long-temps, forme un des ornemens
communs et semblables , cette pratique pouvait encore s’étendre à de telles fêtes. Mais cet autel est explique' ; mieux que ne le ferait tout auteur ancien, par un vers de Bion dans la première Idyle , v. 21 , où Vénus qui pleure Adonis est décrite nudis pedibus , précisément comme la Déesse est dans notre sculpture, et ses suivantes sous la forme de Ménades.
* Cette statue, haute de sept palmes et demie, est en marbre salin. Elle fut trouvée en 1791 alla J^allericcia. La restauration moderne consiste dans toutes les deux
le plus remarquable de ce Musée par la nouveauté qu’offre son attitude, par la perfection du travail, et non moins par sou entière conservation. Elle nous montre le vieux Silène nu, avant sur le bras une peau de chèvre. Il menace , avec un bâton de pas-
jambes avec les pieds, tout le bras droit, et moitié' du gauche , de même que le tigre et un peu de la peau. Celte réparation est due à M. Antonio d’ Este, qui a pu juger à quelque fragment qu’elle tenait aussi le Pedum ♦le la main gauche. Dans les me'moires historiques de l’Ariccia , e'crits par le chanoine Lucidi, on rend compte de la de'couverte de cette statue: « La même année 1761 « M. le comte de Souza, en outre des fouilles, déjà de'- « crites , qui furent ouvertes près de la voie Appienne , ou « s’e'levait anciennement YAriccia , en fit ouvrir encore <1 une dans la vigne de M. G. B. Mancini, place'e dans la « rue dite Delle Cese. On y trouva beaucoup de marbres « et une chambre avec un pave' de mosaïque en marbre « représentant de très-belles rosaces avec une e'ie'gante ♦< syme'trie. Les murs de la chambre étaient peints , mais ♦< les peintures fort endommagées. On réussit à détacher « la figure d’un bœuf marin peint d’une manière agréable « et avec une simplicité rare. On y trouva aussi une sta- « tue de grandeur naturelle , en marbre grec salin, repré- « sentant Silène couronné de lierre et versant de haut , ♦< avec le bras gauche, du vin dans un vase qu’il tenait « assez bas de la droite, avec un tigre à ses côtés. Elle « était sculptée avec beaucoup de talent, et le mieux ♦< que nous connoissions des Silènes. Dès les temps an- « ciens on avait restauré la jambe gauche , mais à « présent il lui manque les pieds et les bras. On défi vra surtout remarquer une demi-tête depuis la lèvre su- « périeure, représentant un héros qui peut être Méléagre. « Le travail est d’un artiste grec comme celui du Silène. » page 227.
teur , qu’il tient levé de la main gauclie , un tigre qui est à ses pieds , et auquel il présente de la main droite du vin dans un vase. Nous avons déjà dit ailleurs que Silène était représenté de deux manières différentes (i). 11 est tantôt ridiculement gros, tantôt il brille par des formes plus agréables, comme dans la belle statue de la maison Borgbèse (2). Il nous semble que la sculpture que voici nous donne une idée juste de ce Dieu. Quoique son Visage conserve en partie les formes qui le caractérisent , il ne manque pas cependant de laisser voir de la force , de la valeur , et même une certaine majesté qui le fait reconnaître pour une des Divinités. Le nourricier de Baccbus (5) , qui fut un de ses généraux , ayant aussi sigualé son
(1) Voyez la note (1) et (2) de ce volume pï. XXXIV, page 260 , et Muse'e Pie-Cle'mentin , tome I , pl. XLVI, et tome IV ^ pl. XXVIII.
(2) Voyez les sculptures du palais de la ville Pinciana, tome II, salle IX, n. i5 page 96.
(3) Silène , selon les mythologues , était fils de Mercure y selon quelques-uns, de Pan et de Nympha. Enfin il en est qui le font naître du sang de Cèlus. L’opinion, de Pausanias et de Pindare est qu’il prit le jour dans Malea, ville de la Laconie. Tl fut, au dire des plus anciens poètes , chargé d’élever Baechus. C’est ce que dit Orphée : « Ecoutes moi toi qui élevas Bacchus, respecta- « ble précepteur et nourricier le meilleur des Silènes A /< honoré de tous les Dieux et des mortels. » L’étymologie de son nom dérive, suivant plusieurs auteurs, du mot grec t rÛiCUVELV qui signifie petulanter ludere. Il devint le père des autres Silènes qui formèrent la suite de Bacchus.
courage dans le combat contre les géans (i), ne devait pas être représenté comme une homme stupide et efféminé. Lorsque les nymphes et les pasleurs trouvèrent, d’après ce que raconte Virgile (2), Silène accablé par l’ivresse , et qu’ils se jouèrent de lui pendant son sommeil profond , il se mit à chanter très-philosophiquement sur la nature des êtres, aussitôt qu’il fut sorti de cet état de stupeur, et émerveilla non-seulement les demi-dieux et les hommes , mais il enchanta même les animaux et les plantes insensibles.
Le sculpteur habile a voulu faire connaître dans cette figure élégante une divinité sous des formes rustiques, comme il convenait à un Dieu champêtre. Silène est robuste ^ mais d’un âge avancé ;
(1) Euripide dans le Cyclope ? v. 5 , fait rappeler à Bacclius ses prouesses par Silène en ces termes :
Deinde in praelio belli Gigantei ,
Ad dextram pedem tuum auxiliator cum essem , Enceladum clypeo in medio percutiens , hast a > Interfeci.
(2) Virg. , Ecl. \1 2 * * * * 7I , v. 1 3 :
C/iromis > et Mnasylus in antro
Silenum pueri somno videre jacentem ?
Inflatam hextenio venas , ut semper , Jaccho , Serta procul tantum capiti delapsa jacebant :
Et gravis attrita pendebat cantharus ansa
Tum ver o in numer um Faunosque ferasque vider es Ludere , tum rigidas motare cucumina quercus. JSec tantum Phoebo gaudet Parnassia rupes :
Nec tantum Rhodope mirantur et Ismarus Orphea.
l'excès du vin qu'il a bu ne lui a pas ôté ni ses forces , ni son courage. Tout se rapporte , si on le considère attentivement , à cette idée > et tout se trouvera exécuté avec la plus grande finesse de l’art. On remarque que sa tête est chauve , et qu’il cache le défaut de cheveux par une couronne de pampres , sans rendre la tête pesante , ce qui aurait très-peu convenu à une figure qui devait avoir des proportions qui la rendissent svelte. Quoiqu’il ait le nez écrasé , et la face un peu large ; sa physionomie n’a cependant rien de ridicule, elle montre au contraire une audace propre à celui qui se plaît à tuer une bête féroce. On peut observer aussi ses oreilles de chèvre , ce qui n’empêche pas de le reconnaître pour un Silène , puisque la statue Borghèse , qui représente bien certainement le nourricier de Bacclius sous des formes sublimes , a des oreilles de même nature (i). Les muscles sont si bien ressentis sur tout le corps, et sont rélevés avec tant d’art par l’embonpoint , qu’on voit en même temps réunis la force , l’âge, et cette espèce de mollesse que produit l’ivresse. Ce marbre travaillé avec un art sublime , s’est , nous pouvons le dire , changé en chair , et rend tout ce corps vivant et souple. La vue d’un morceau que l’on peut attribuer aux meilleures époques de l’art, excitera plus facilement l’admiration , que ne pourraient le faire nos discours.
(i) Lamberti , S culture délia villa Pinciana } tome II , page 96^ n. i5.
Si celte statue nous offre peu de sujets à faire des observations érudites , on en est dédommagé parce qu’elle nous donne un modèle rare en sculpture , et qui certainement n’a pas de supérieur en ce genre. On pourrait dire que Silène , dans ce monument , déployé toute la puissance de Bacchus et du vin. La peau de chèvre indique la vengeance que ce Dieu tire de ses ennemis , et surtout de ceux qui endommagent la vigne (i); et par le tigre qui paraît dompté et couché timidement à ses pieds , il montre aussi le pouvoir qu’il exerce sur les animaux les plus féroces (2).
(1) Virgile parlant des vignes, liv. II des Ge'orgiqnes ,
Quantum illi nocuere greges , durique venemnn Dentis 7 et admorso signata in stirpe cicalrix.
Non aliam ob culpam Baccho caper omnibus aris Caeditur.
Servius observe ici : V ictimce Numinibus aut per simi litudinem , aut per contrarietatem immolantur. Per similitudinem ut nigrum pecus Plutoni. Per contrarietatem ut porca f quœ obest frugibus Cereri: et caper , qui ob est vitibus Libero .... Aris autem omnibus non sine caussct dixit. Nam cum numinibus caeteris varie pro qualitate
regionum sacrijicetur Libero ubique caper
immolatur ; quia vites quae in honore ipsius fuerant , ab eo comestae sunt. lratus Liber pater eum. occidi fecit > et ei tolli utrem , in quo mitti vinum fecit pro ejus vindicta .
( 2 ) Nous avons parlé pl. XXVIII 7 note (2) ; page 238 de ce volume , du tigre consacré k Bacchus.