‹ Monumens littéraires de l'Inde, ou, Mélanges de littérature sanscriteChapitre 1 sur 24 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

Les efforts de quelques hommes iustruits pour propager en Europe le goût des lettres et des sciences indiennes sans doute n'ont pas été infructueux. Mais il faut avouer que ces connaissances , répandues et conservées dans les hautes régions du monde savant , ne sont pas encore descendues dans le reste de la société. C'est là qu'en entendant parler de l'objet favori de mes études , on m'a souvent demandé ce que c'était que le sanscrit. Et en effet, il était permis de ne pas reconnaître dans ce mot ce qu'on appelait anciennement le hanscrity ou bien le sanscretan, ou même lesanscroudan, noms sous lesquels on désignait, il y a cinquante à soixante ans , cette langue qui est dans Tlnde ce que le latin

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est dans notre Occident, c'est-à-dire la première source d'un grand nombre de dialectes, toujours existans; langue morte depuis long-temps dans la société, mais vivant encore dans le sanctuaire.

Tout en gémissant sur ce défaut de popularité dont souffrait une étude naturellement intéressante , j'ai pensé aux causes qui pouvaient l'avoir produit. J'ai cru remarquer qu'on n'était pas indifférent, qu'on éprouvait même une espèce de curiosité bienveillante pour tout ce <|u'on apprenait de ces climats lointains ou de ces temps antiques : telle est celle que l'on ressent au récit des découvertes que fait , dans un pays inconnu, un intrépide voyageur. Toutes les fois que nos littérateurs avaient voulu peindre les mœurs indiennes , ils avaient été comme soutenus par leur sujet , et je me rappelais la faveur méritée qui avait

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accueilli et la Chaumière indienne de Bernardin de Saint-Pierre, et le Missionnaire de miss Owenson , et les chœurs sublimes du Paria inspirés à un excellent poète par les souvenirs de la poésie sanscrite. Il me semblait que nos arts et nos lettres , dans un siècle rassasie de bonnes choses et cependant toujours avide , ne pouvaient que gagner à la connaissance d'une littérature toute remplie de pensées neuves, de tableaux variés, de personnages inconnus.

Quelle est la cause de cette apathie où restaient les esprits , quand il s'agissait d'acquérir des notions ceii;aines sur des objets qui cependant les attiraient et devaient les flatter ? J'ai pensé que peut-être on n'avait pas assez dégagé cette étude de cette atmosphère scientifique qui étonne le lecteur et ne l'intéresse pas assez , que , dans le désir d'arriver plus vite àde grands résultats philo^

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sophiques^ on avait oublié que , si les lettres sont destinées à l'instruction des hommes, elles sont aussi faites pour le charme de la vie. C'est une vérité que semble avoir sentie un de nos savans distingués, qui, sans laisser de côté ses graves méditations sur l'origine et l'histoire des peuples orientaux, n'a pas dédaigné de consacrer quelques uns de ses loisirs à la traduction d'un roman. Je me trouve heureux d'avoir un pareil exemple à citer, lorsque je veux essayer d'adoucir la sévérité des muses sanscrites, et les tirer en quelque sorte du sanctuaire de la science pour les présenter au monde , moins étrangères et plus attrayantes. Je me trompe beaucoup, ou cette littérature, plus on la connaîtra, plus on devra l'aimer.

Pour arriver à ce but, j'ai commencé par en dresser un tableau rapide, ou j'ai tâché de tracer le caractère général des

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lettres chez ce peuple ancien ^ d'indiquer les principaux ouvrages quelles y ont produits et les époques diverses où elles ont pu briller.

Ge tableau est suivi de quelques traductions de morceaux extraits de différens ouvrages. Six de ces morceaux sont donnés pour la première fois. Dans le premier, le poète raconte Témigration de tout un peuple qui , des bords du Gange, va fonder une ville près des rives de l'Indus. Dans le second, il est question d'un enlèvement aussi fameux dans les annales des Indiens que Fenlèvement d'Hélène chez les Grecs.

Les morceaux qui suivent nous représentent la funeste passion du jeu ensanglantant les fêtes d'un mariage, pu les nobles délassemens des héros après la victoire. Plus loin est un petit roman où l'on voit la ruse ta'iompher de l'ambition , et l'amour servir

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