SANCTA DEI GEMTRIX , ORA PUO NOBIS
Une simple vierge de la tribu de Juda Mère de Dieu!... quelle merveille! Que de grandeur et de majesté, que d'honneur et de gloire, que de magnificence incomparable dans ce titre !
Dans l'opinion générale des hommes, la dignité d'une mère se mesure sur celle de son fils. Quelle doit donc être la dignité de Marie, qui a donné le jour à l'humanité adorable du Fils éternel de Dieu!... Si elle avait enfanté un illustre saint, elle serait, sans doute, à nos yeux très-honorable; elle le serait davantage si elle avait mis au monde un Ange incarné ; bien plus encore sil était entré dans les conseils de Dieu que le premier d'entre les princes ^ du ciel se fit chair ^ dans son chaste sein. Mais, Marie Mère de Dieu! qui pourra jamais estimer assez, assez comprendre et assez dire l'élévation de la très -sainte^ Vierge? Et qui ne s'écriera profondément pénétré, avec l'Ange de l'école : « Que ce titre a fait d'elle
' Dan., XI, 13. — 'Mpan, i, I i.
« quelque chose d'infini, à cause du bien infini qui « est en son Fils * ; » et avec le bienheureux Pierre Damien : « qu'il y a de quoi rester muet d'étonne- « ment et d'admiration, de quoi n'oser lever les yeux « devant l'éclat immense d'une telle dignité ^ ? »
Dieu a une puissance infinie : quelques merveilles qu'il produise, il peut toujours en produire de nouvelles et de plus grandes. Et pourtant ne craignons pas de dire que, tout-puissant qu'il est, il ne pouvait faire Marie ni plus noble ni plus grande qu'il ne l'a faite dans sa dignité de Mère de Dieu. Pouvait-il, en effet, lui donner un Fils plus noble et plus grand que celui qui, « sans usurpation, s'est égalé à Dieu ^, » et a dit : « Le Père et moi ne sommes qu'un ^ ? » Pouvait-il lui donner un Fils supérieur à lui-même?
Marie jouit donc, par la maternité divine, de toute la dignité possible dans une Mère; et tout comme le Créateur ne saurait faire un homme plus grand que l'Homme-Dieu, de même ne saurait-il faire une mère plus auguste et plus honorable que celle qui peut dire à cet Homme-Dieu : « Vous êtes mon Fils ^ . »
Oh ! admirons, louons, exaltons ce chef-d'œuvre de la toute-puissance divine, ce chef-d'œuvre de la sagesse adorable du Très-Haut. Il pouvait opérer l'ineffable mystère de l'Incarnation sans donner une Mère à l'humanité de son Fils. Mais ne convenait-il pas que le Réparateur divin de la chute de l'homme fut « Fils de l'homme ^, » du moins par sa Mère, afin que ce fût uti de nous qui payât pour nous tous la satisfaction infinie due à la justice éternelle? Et
1 S. Thomas, 3 p. q. 25. a. 6. ad. i. — ^Serm. de Xativ. B. M. V. — ^ Philip., II, fi. — <• Jean, x, 30. — ' Hébr. i, ."i. - " Liir, xxix, iO.
puis, Adam et Eve s'étant dégradés ensemble et, par suite de leur chute , ayant entraîné toute leur postérité dans la même perte qu'eux , ne semble-l-il pas que chaque sexe devait avoir sa part de concours dans la réhabilitalion et le salut du genre humain? La sagesse divine a donc admirablement pourvu à l'œuvre de la rédemption, en créant une Mère de Dieu. Par Marie, le sexe d'Eve a donné au monde son Sauveur ; et par ce Sauveur celui d'Adam a racheté le monde.
Mais Dieu a plus fait encore. Il nous a tous gratifiés « d'une extension continuelle et perpétuelle du « mystère de l'Incarnation. Ainsi parlent les Pères « de l'Église ^ » Dans la participation au mystère qui suppose tous les autres, à l'adorable Eucharistie, n'avons-nous pas l'honneur infini de contracter avec Dieu l'union qui approche le plus de celle de Marie avec son Fils Jésus, le plus de celle du Verbe avec son humanité, puisque « nous y sommes réellement incorporés à « la chair divine du Christ 2 ?» et que Jésus a dit luimême : « Celui qui mange ma chair et qui boit mon « sang demeure en moi et moi en lui ^. » Ah ! confondons-nous ici devant le Seigneur, de ce qu'une faveur si prodigieuse nous laisse froids, tièdes, indifférents, au lieu d'enflammer nos cœurs, d'élever notre amour, d'exciter en nous un zèle et un dévouement sans bornes !
0 Marie ! nous sommes heureux de proclamer avec l'Église que vous êtes véritablement Mère de Dieu. Nous reconnaissons avec joie que « c'est vous (jui
' Hourdalouc, sur le T.-S. Sacrement. — 2 S. Chiysos(., Ilomil. 63 adpopid. antioch. — • S. Jean, vi, 57.
« avez enfanté ce premier -né par excellence ^, » appelé par saint Paul a le frère aîné de ceux qui «sont conformes à son image ^\ » que c'est vous, et vous seule, qui avez le droit de vous appliquer littéralement ces paroles sacrées : « Celui qui m'a créée « a reposé dans mon sein ^; » et que, comme le Père éternel dit à son Fils : « Je vous ai engendré « avant l'aurore du temps '*, » ainsi vous pouvez lui dire vous-même : « Et moi, dans le ^ernps, je vous ai « aussi engendré. » Nous révérons donc, nous honorons, de tout notre pouvoir, votre maternité divine ; nous vous offrons tous les hommages que mérite votre dignité incomparable. Obtenez-nous, ô Marie ! d'apprécier l'admirable participation que votre divin Fils daigne, dans le Sacrement de son amour, nous donner à votre gloire et à la gloire de son adorable humanité :
Sainte Mère de Diea, priez ponrnons! — Sancia Dci Genitrix, ora pronobis.
^Matth.,i, 2b.— •-Roiii.,vm,29. — •'Eccli.,xxiY, 12. — '?<. cix, i.