MÉDITATION XII
SANCTA VIRGO VIRGINLM, ORA l'RU NOBIS.
Vierge des vierges l quel titre pouvait mieux convenir à celle quij la première au monde, avait consacré l'amour de la sainte vertu par le sceau d'un vœu perpétuel ! Yœu si précieux aux yeux de Marie qu'elle ne consentit à la gloire inetîable de la maternité divine, qu'après que Tange lui eut donné, de la part de Dieu , l'assurance que cette gloire n'aurait rien d'incompatible avec rengagement sacré qu'elle avait pris devant le Très-Haut ! Vierge des vierges l quel titre pouvait mieux exprimer la pieuse admiration do l'Église pour sa virginité miraculeusement perpétuelle ! Mais aussi quel emblème aurait pu mieux figurer la vertu favorite de Marie et ce magnifique privilège, que cette tige de lis dont la triple fleur nous dit si bien qu'elle fut vierge dans l'enfantement du divin Jésus, vierge avant et après cet auguste mystère !
Le lis! Est-il une fleur d'un parfum plus doux, d'un éclat plus pui'. dune blnnrbcur plus délicate?
Nous ne voyons donc pas de symbole plus parfait de la plus belle, de la plus exquise des vertus ; de cette vertu qui triomphe dans la Vierge des vierges, au jour même de l'incarnation du Verbe , lorsque l'Ange lui dit, pour la rassurer : «Le Saint-Esprit viendra en « vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son « ombre ^! » Aussi l'Écriture nous peint-elle sous l'image d'une «ceinture de lis 2» la pureté inviolable de l'Épouse des Cantiques , et la prédilection de l'Époux céleste pour cette vertu, en nous disant «qu'il « est le lis des vallées, qu'il se nourrit parmi les lis ^. »
De ces délicieuses figures découle , pour nous, un expressif et suave enseignement. C'est que Jésus aime à reposer dans « les cœurs purs ^ ; » qu'il aime à demeurer uni aux âmes dont les pensées pures, les désirs purs, les affections pures, les mouvements purs, sont pour lui comme « un parterre embaumé de plantes « odoriférantes ^ ? » Nous voyons là encore combien le divin Sauveur dut se complaire en Marie, dont la pureté spirituelle, vraiment parfaite, fut rehaussée par une autre pureté miraculeuse, de sorte que le nom même de cette double vertu est devenu son nom propre, et qu'elle seule, par excellence, est appelée la Viergel
Mais, sondons nos cœurs, sommes-nous pour l'a- « gneau divin que les vierges suivent partout ^, » un saint objet de complaisance?... Hélas ! sans descendre jusqu'à la boue du vice, ne nous permettons-nous jamais rien qui blesse son œil adorable ? Que de regards imprudents ou même dangereux ! Que de libertés qui,
' '^. Luc, I, .■{."). — '•' ('.;int., VII, 2. — " Caut. ii , I: vi , 1 i. — ■ Miitth., V, !^. — ^ Cant., \i, I . — '■ Apor., xiv, \.
sans dépasser les bornes strictes de la vertu, choquent la sainte sévérité d'une angélique délicatesse! Que de pensées, que de souvenirs, que de regrets peut-être, que de désirs, que de projets, que de tableaux d'imagination, qui sont loin d'avoir pour emblème l'éclatante blancheur du lis ! Que de paroles qui sont loin de respirer « la bonne odeur de Jésus-Christ *, » fds d'une vierge, vierge lui-même, et ami tendre, intime, de saint Jean, «parce que, dit l'Église, celui-ci portait « intacte la couronne de la virginité ^ ! » Enfin, que d'affections dont Dieu n'est ni le principe ni le but ; que d'attaches nouées, sans qu'on veuille se l'avouer
à soi-même, moins par l'esprit que par la chair!
Ah! chassons, chassons courageusement de notre cœur, non-seulement tout ce qui peut offenser le divin fils de Marie, mais tout ce qui peut ne pas lui être agréable. Respectons « nos corps comme étant « les membres mêmes de Jésus ^ » et n'en faisons jamais qu'un saint usage. Souvenons-nous que là où l'œil de l'homme ne regarde point ou ne saurait atteindre, l'œil de Dieu voit et juge : car « l'enfer hii- « même est sans ténèbres devant lui, et l'abîme est «sans voile ^. » Souvenons-nous que ses yeux doux comme « ceux de la colombe ^ » pour les âmes vierges, sont « comme une flamme de feu ^ » pour celles qui osent devant le Créateur ce que le simple regard d'un mortel leur ferait éviter comme répréhensible. Ah! si nous le comprenions bien, et si nous
pouvions ne pas l'oublier !
0 Vierge des vierges, miracle vivant de pureté, qui
' H Cor., Il, Ui. — 2 Brév. Rom. — ' 1 Cor., vi, l.j. — '' Jol), XKvr, fi. — ^ C.int. V, 12. — « Apor., i, 14.
r,f) MÉDITATIONS SUR LES LITANIES,
avez été sur la terre pour le divin Jésus «sa colombe, « unique, parfaite, » les filles de Sion vous ont vue et « vous ont proclamée bienheureuse. Il est infini le « nombre de ces jeunes vierges^, » que votre exemple si puissant a fait renoncer au monde et à tous ses prestiges les plus séduisants, pour se consacrer à Dieu dans la solitude, ou pour servir Jésus avec un indicible amour dans la personne des pauvres, ou pour marcher à votre suite, même au milieu des soins du siècle. Les reines elles-mêmes au milieu de « la pompe « des cours vous ont donné de magnifiques louan- «ges 2, » par les vertus sublimes qu'elles ont pratiquées à votre suite et sous vos auspices. Gloire à vous, ô Marie, modèle incomparable de la vertu qui fait vivre l'homme à l'égal de l'Ange, comme si son cœur n'était pas lié à de corruptibles organes. Ah ! rendeznous, par votre protection, vos fidèles imitateurs; rendez-nous amateurs zélés de la modestie la plus délicate. C'est pour avoir le bonheur de vous ressembler et de mériter toujours les regards bienveillants de votre divin fils, que nous vous disons :
Sainte Vierge des vierges, priez pour nous! Sancla Virgo virglnum , ora pro nobis.
' Canl., vi, 8, 7. — - Gant., \i, 8.
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Cant. VI, 8.