‹ Monument à la gloire de MarieChapitre 15 sur 69 · MATER CHRISTI . ORA PRO NORIP · texte numérisé non relu

MATER CHRISTI . ORA PRO NORIP

Dire de Marie qu'elle est Mère de Dieu, c'est nous révéler en un trait toute sa grandeur et toute sa gloire. Mais pour le bien comprendre, il faudrait que l'esprit humain pût embrasser la majesté infinie. Voilà pourquoi l'Église, après nous avoir fait invoquer Marie sous ce titre , nous la présente ici sous un autre rapport moins difficile à saisir pour notre intelligence.

N'est-il pas vrai qu'une mère nous paraîtra d'autant plus honorable que son fils se distinguera par des qualités plus éminentes, et qu'il fera, pour le bonheur de ses semblables, de plus belles et de plus grandes choses?... Quelle gloire admirable revient donc à la très-sainte Vierge d'être la mère du Christ ? Ne possède-t- il pas, même comme homme, toutes les perfections qui peuvent convenir à sa nature? « Il a « reçu l'onction de la Divinité ^w qui lui est unie personnellement, « En lui sont tous les trésors de la « sagesse et de la science - ; » en lui tous les trésors

' Act., X, 38. — - Coloss., Il, 3.

^8 MÉDITATIONS SUR LES LITANIES, de la bonté, de la douceur, de l'humilité, de la patience, de la compatissance, de la charité la plus pure et la plus dévouée ; en lui, la plénitude des sentiments les plus nobles, les plus élevés, les plus délicats, les plus généreux , les plus capables de saisir, d'émouvoir, de ravir le cœur humain Mais qui nous

dira ce qu'il a fait pour le bonheur de ceux « dont « il a bien voulu être le semblable ^ ? » Sans parler ici du salut qu'il nous a procuré au prix de sa vie, de quels bienfaits d'ailleurs ne nous a-t-il pas comblés? Quel progrès merveilleux n'a-t-il pas fait faire à l'humanité ! Quelle amélioration intellectuelle et morale n'a-t-il pas apportée au monde ! Quelle prodigieuse transformation n'y a-t-il pas opérée ! Encore aujourd'hui le Christianisme, en un seul jour, prévient plus de mal que n'en sauraient réprimer toutes les lois humaines; en un seul jour il produit plus d'actes de vertu, souvent sublimes, que n'en sauraient faire naître toutes les pompeuses maximes des philosophes. A qui est due la réhabilitation de la femme, qui jadis était considérée, était traitée comme une chose ^, dans la famille? n'est-ce pas au fils de Marie?... A qui est dû le respect pour l'enfance, l'adoucissement de l'autorité paternelle, jadis absolue et souvent tyrannique? n'est-ce pas au fils de Marie?... De qui est venue l'abohtion de l'esclavage? Qui a revêtu le serviteur d'un caractère auguste et sacré, aux yeux du maître chrétien, et qui nous a appris à voir dans tous les hommes nos semblables ? n'est-ce pas le Fils de Marie?... De qui viennent tous les secours, toutes

' Hebr., ti. 17. — - De la déchéance de la femme el de sa réhabilitation par le Christ, paf J.-Ch. Debos, Univ. rathol., t. XXlll.

les consolations, toutes les bonnes et admirables œuvres dont notre sainte Religion est l'àme et la source inépuisable? n'est-ce pas du Fils de Marie?...

Ah ! quand la très-sainte Vierge ne serait pas pour nous la mère de Dieu, quand le Christ, son adorable Fils, ne serait que le plus grand des hommes, le plus insigne bienfaiteur de l'humanité, sa mère serait la plus noble, la plus auguste, la plus honorable des mères. Et sous le rapport surnaturel, de quel bien Jésus- Christ n'est-il pas l'auteur ! Sans lui, pour l'homme déchu, il n'y aurait pas, il n'y aurait eu jamais ni grâce sanctifiante , ni mérite pour le ciel, ni aucune de ces grâces actuelles, si nécessaires à notre faiblesse. Sans lui, soit avant l'époque de son apparition sur la terre, soit depuis, il n'y aurait eu aucune relation d'amour, de faveur entre Dieu et l'homme, aucune de ces douceurs si précieuses de la piété , aucune de ces lumières si consolantes de la foi . aucune lueur d'espérance pour l'éternité.

Mais que nous sommes donc aveugles et ingrats, de jouir de tous ces biens et d'en aimer si peu l'auteur ! Chacun de nos pas est marqué par quelque faveur du christianisme, et nous n'y songeons point! A la vue (le ces dons si précieux nos cœurs devraient s'enflammer de plus en plus d'amour envers le divin Fils de Marie ; et loin qu'il" en soit ainsi , nous lui refusons un temps qui lui appartient à tant de titres, pour l'employer à violer ses saintes lois, n contredire ses exemples, à l'offenser volontairement. Quelle ingratitude est la nôtre ! .. . Ah ! si nous avons un cœur tant soit peu sensible, réparons, par notre repentir, cette ingratitude, et désormais ne cessons pas un seul

(i() MÉDITATIONS SUR LES LITANIES.

instant de vivre pour celui qui ne cesse de répandre

sur nous ses faveurs.

0 Marie ! qui avez pu dire à cet adorable bienfaiteur : « Vous êtes mon fils ^ ; c'est moi qui vous ai « porté dans mon sein, moi qui vous ai allaité , qui « vous ai nourri de ma substance 2. » quels durent être vos sentiments, quand vous eûtes « à envelopper de « langes les membres délicats de cet enfant , le pre- « mier né ^ de tous ceux qiti devaient , par l'adoption « divine , devenir ses frères ^ ! » Ah ! sans aucun doute , vous épanchâtes votre cœur en expressions pleines d'amour et d'admiration ; vous fûtes heureuse de donner de continuels témoignages de dévouement, de consécration , d'entier abandon de vous-même. Les paroles les plus ardentes de l'Épouse des cantiques suffisaient à peine pour rendre les saintes flammes qui vous dévoraient, et qui vous faisaient dire et redire : « Mon bien-aimé est à moi, il reposera sur « mon cœur ^. » Obtenez-nous donc, ô Marie, d'avoir part à votre admiration, à votre gratitude, à votre amour pour Jésus, qui ne cesse de nous combler de bienfaits. Ne permettez pas que nous soyons ingrats plus longtemps , surtout que nous ayons le malheur de l'être jamais jusqu'à offenser délibérément un tel bienfaiteur. Oui, nous vous en conjurons de toute l'ardeur de nos âmes, et nous répétons avec l'Église :

Mère da Cbrist, priez pour dods! — Water Cliristi, ora pro nobis.

1 Hebr., 1,0. — - 1 1 Machab., vu, 27. — = Malth., i, 25. — ' Rom., VIII, 29. — ' Caut., I, 12.

JIÉDITATIO\' XIV.

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