‹ Monument à la gloire de MarieChapitre 16 sur 69 · MATER DIVINE GRATI E , ORA PRO NOBIS · texte numérisé non relu

MATER DIVINE GRATI E , ORA PRO NOBIS

« Je VOUS salue, ô pleine de grâce ^, » dit à Marie le messager céleste chargé par le Très-Haut de lui annoncer le sublime mystère de Tlncarnation. Paroles d'un sens si profond, que nulle intelligence humaine ne saurait le comprendre, ni nulle bouche l'expliquer ! Pleine de grâce l Qui pourra donc mesurer l'abondance, apprécier la richesse de ce trésor? S'il est vrai que le plus ou le moins de grâce est un effet du plus ou du moins d'amour que le Seigneur a pour une âme, quelle âme dut jamais en recevoir autant que Marie plus aimée de Dieu que toute autre?... Pleine de grâce! « Expressions parfaites, dit saint Sophrone : « car la grâce se donne aux autres comme par portions; à Marie, elle se donne avec plénitude^. » Seule, en effet, Marie était appelée à la triple dignité de fille bien-aimée du Père, de mère bien-aimée du Fils, d'épouse bien-aimée du Saint-Esprit ; et à cette élévation incomparable devait correspondre unesain-

' Luc, I, 28. — - Skrm. de Assumpt. V.

teté incomparable; et pour produire cette sainteté sans exemple, il fallait une abondance de grâce sans exemple, il fallait la plénitude de la grâce. Aussi l'Ange , voulant exprimer cette sainteté merveilleuse qui distingue Marie entre toutes les créatures, ne l'appela-t-il pas par son nom , quoique ce nom , nous l'avons vu , soit riche en significations admirables ; il la salua du titre même de « pleine de grâce*, » comme pour la désigner par ce qui la caractérisait le mieux devant le Très-Haut.

Mais elle est , d'ailleurs , la mère de celui qui est « le Dieu de toute grâce 2, » et dont saint Paul a dit que , sous ses traits « la grâce de Dieu s'est montrée « vivante aux hommes^. » Comment celle qui a donné le jour à un tel Fils pourrait-elle ne pas être appelée la Mère de la grâce divine, elle surtout à qui ce même fils a, pour ainsi dire, confié la distribution de ses faveurs? Car Jésus, du haut de la croix, nous a donné sa mère en la personne de saint Jean qui, resté seul de tous les disciples, représentait tous les tidèles ^ ; et ce qu'a dit le grand Apôtre du don que le Père éternel nous a fait de son Fils, nous pouvons, proportion gardée, le dire du don que le Fils nous a fait de sa divine Mère : « Avec elle comment ne nous «,aurait-il pas tout donné ^?... » Aussi les saints Docteurs de l'Église prodiguent-ils en son honneur les invocations les plus expressives. « Souvenez-vous de « nous, ô très-sainte Vierge, s'écrie saint Athanase, « et pour les faibles louanges que nous vous offrons « accordez-nous de grands dons du trésor de vos

< Luc, I, 2S.— - I Pier., v, 10. ■- lit., n, II.— ' Ho^suet, Sermon pour In fiMo (hi S;iinl Rosiiirc. — ' Roni., viii, .'Î2.

«grâces'. » «En vous, patronne et médiatrice au- « près du Dieu qui est né de vous , s'écrie saint « Éphrem , la race humaine met sa joie ; en vous a seule, celui-là trouve son refuge et sa sûreté qui a « pleine confiance en Dieu - ; » et dans une autre prière : « Après la Trinité, vous êtes maîtresse de « tout ; après le Paraclet, un autre Paraclet ; après «le médiateur, médiatrice du monde entier^. » « Parce que vous êtes l'unicjue espérance des pé- « cheurs, s'écrie saint Augustin, par vous nous es- « pérons le pardon de nos crimes ; par vous, ô bien- « heureuse, nous attendons la céleste récompense '^. » « Marie est l'océan des grâces . » disent d'elle saint « Pierre Chrysologue ^, saint Jean Damascène ^ et « saint Bonaventure ''. »

Elle est cette fontaine par où s'épanchent sur le monde toutes les grâces, comme d une source d'eau vive; « fontaine des jardins, fons Iiortorum^. » destinée à arroser « le torrent des épines^, » c'est-à-dire à changer nos cœurs, à faire germer en eux toutes les vertus; et le Docteur angélique nous dit aussi, que cette douce Vierge « est si pleine de grâce qu'elle en « a assez pour la répandre sur tous les hommes... »

Approchons donc , quelle que soit notre misère , approchons, avec un cœur tout dilaté, « du trône de « grâce ^^. » que le Fils de l'Éternel s'est choisi dans le sein de la divine Vierge. Implorons toujours son assistance; dans les conjonctures mêmes qui nous sembleraient les plus désespérées, implorons-la du

' Serm. in Annunliof. — - Op. grœco-lat., t. m. — ' Ibid. — '' Serm. de AnniaUiat. — ^ Serm. cxLvi. — ^ Oral. 1. de yativif. — ' In spend. ]'. — ■ Cuil., iv, I.S. — " .In^'l , m , IS. — "'Hrbr. .iv, 16.

(ii MÉDITATIONS SUR LES LITANIES,

fond de nos entrailles, « certains d'entrer ainsi, dit « saint Bernard, dans les vues de celui qui a voulu « que tout nous vienne par Marie * . »

0 Mère du « Verbe fait chair qui a daigné habiter u au milieu de nous, plein de grâce et de vérité-, » nous vous saluons avec l'Ange, «pleine de grâce ^.)) Votre divin Fils en est la source , la source inépuisable, infinie ; et en fixant en vous sa première demeure parmi les hommes, il vous a donné le droit de dire : « En moi réside toute grâce ^. » Vos mains bénies sont comme le canal fortuné par où ce trésor divin s'épanche sur la terre entière, vivifie tout ce qui est aride, et « fait fleurir le désert même comme un nouvel Éden^. » C'est donc à vous que nous voulons recourir dans tous nos besoins; en vous, après Jésus , que nous plaçons pour toujours notre confiance; par vous, que nous attendons de lui, tout indignes que nous sommes de sa miséricorde et de sa bonté, le pardon de nos fautes innombrables, le secours si nécessaire à notre faiblesse et la persévérance finale :

Mère de la grâce divine, priez pour nous! Maier diviaae gratiae, orapro nobis!

1 Serm. // df Asstimpt. B. M. V. — - Jean, i, 14. — ^ Luc, i, 28. — ^ Ercli, XXIV, 25. — = Is., li , 3.

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