MATER INVIOLATA , ORA PRO NORIS
Jadis le prophète Isaïe , à qui Dieu faisait voir, dans un saint ravissement, sept siècles par avance, le miracle de la Vierge-Mère , disait aux ancêtres de Marie : «Maison de David, prêtez l'oreille;... Yoilà « que la Vierge concevra et enfantera un fds qui aura «pour nom Dieu-avec-nous^ » C'est là, en effet, un de ces prodiges que Dieu tire des trésors de sa puissance quand il veut imprimer à ses œuvres un cachet qui frappe les hommes d'étonnement et d'admiration ; et c'est là aussi ce que l'Église veut nous faire honorer et louer par cette invocation : Mère de jnirelé inviolable, priez pour nous !
«0 prodige! ô merveille ineffable! s'écrie saint « Augustin , une Vierge est devenue Mère ! Oui , elle « est Mère , mais toujours Vierge! elle a un fils, mais « qui ne connaît pas de père selon la chair; elle «a enfanté, mais son intégrité est restée inviola- « hle-. » Saint Bernard enchérit sur l'immortel évê-
' Is., VII, il. — - Serm. xm, de fpiiipore.
que d'Hippone : « Si je veux louer en elle, dit-il, sa « virginité , plusieurs \ierges s'offrent à mon esprit « comme ayant eu part à la gloire de cette vertu. Si «je fais l'éloge de son humilité, je trouve des fidèles « qui , à la voix de son divin Fils , sont devenus doux « et humbles de cœur. Si je relève par mes discours « l'abondance de sa miséricorde, n'y a-t-il pas des « hommes miséricordieux et des femmes modèles de (( compatissance? Mais voici en quoi personne, ni (' avant ni après elle , n'a jamais pu lui être nulle- « ment comparé : c'est dans l'alliance des joies ma- " ternelles avec la gloire virginale. Oui , c'est là le « privilège exclusif de Marie : jamais une autre créa- (( ture n'en sera honorée^. »
Sans doute ce prodige est au-dessus de toutes les lois de la nature. Mais si notre premier père est venu au monde par un simple acte de la volonté de Dieu, était-il plus difficile à cette volonté toute-puissante d'allier, dans une mortelle, à la fleur de la virginité, «le fruit divin du Saint-Esprit^ ? » Et d'ailleurs, l'image que reçoit et que nous rend «le miroir. « en conservant toute sa pureté^, » ne nous fait-elle pas assez concevoir comment « la splendeur de la « gloire de Dieu ^ » a pu venir et se produire au monde d'une manière aussi admirable qu'elle est propre à étonner notre intelligence?... Il semble, du reste , que le Seigneur avait voulu préparer de loin l'esprit des hommes à croire cette merveille, objet de notre foi ; car la prophétie solennelle qui chez le peuple de Dieu l'avait annoncée si longtemps d'avance, avait
' Serin, iv de Assumpl. B. M. V. — •^ Malfh., i, 20. — ' Sas;., vu, '2»j. — 'Hùbr.,!,:}.
MEDlTATKiNS SL'H LKS LITANIES. 75
trouve (le lecho chez presque tous les peuples païens de l'antiquité : leurs traditions religieuses s'accordaient à attendre pour libérateur le Fils d'une Vierge^. Il semble aussi que le mystère d'un Homme-Dieu étant en soi un miracle sans pareil, la gloire en devait éclater dans sa naissance aussi bien que dans sa conception. Louons ici le Seigneur ries admirables prodiges par lesquels il a relevé le mystère de « son anéantisse- « ment dans la nature humaine - ; » bénissons-le des glorieuses faveurs qu'il a départies à la très-sainte Vierge , et tâchons de nous pénétrer de plus en plus d'une haute estime, d'un amour généreux pour la vertu qu'il a honorée dans Marie par de telles merveilles. Ah ! si nous savions combien cette vertu est agréable « à Dieu qui est esprit , qui veut que nous «l'adorions en esprit % » et que notre chair, à sa manière, participe, autant qu'elle en est susceptible, à l'élévation , à la noblesse, à la pureté de cette adoration!... Quels efforts incessants nous ferions pour pratiquer cette chasteté des sens qui s'impose la privation même de ce qui est permis , afin de ne pas s'exposer à en dépasser les bornes ; cette chasteté du cœur qui exclut toute affection trop vive, quoique légitime ; cette chasteté de l'imagination qui bannit jusqu'à la pensée même fugitive d'un désordre quelconque ou de tout objet dangereux ! Et comme nous réglerions soigneusement tout notre extérieur de manière à inspirer aux autres par notre réserve , par notre modestie, l'estime et l'amour d'une vertu qui seule peut rendre nos hommages dignes de la trèssainte Vierge î
' III' L.-llrc .1.' M. niach. — ' Hébr., i, :\. — '' Jean, iv, i'-L
0 mère d'inviolable pureté , appelée par l'Apôtre saint Jean « un adaiirable prodige , » nous aimons à vous contempler, avec lui, « revêtue du soleil, court ron née de douze étoiles, ayant la lune sous les « pieds ^ » Le soleil vous environne de sa clarté resplendissante : figure du divin «soleil de justice-, » que vous avez porté dans vos chastes flancs , et qui a rendu votre pureté inaltérable comme ses brillants rayons. Douze étoiles forment votre diadème : image, par leur vif éclat, de celui de votre miraculeuse intégrité. Vous avez la lune sous les pieds : emblème du triomphe de votre virginité sur toute inconstance, toute imperfection, figurées par cet astre aux phases variables. Nous nous unissons aux pieux transports de saint Ambroise qui , dans la solennité de Noël , faisait chanter à tout son peuple : « Le monde entier «admire le prodigieux enfantement de la Vierge. « C'est ainsi que devait naître un Dieu ^ ! » Nous souhaitons ardemment d'honorer en vous les merveilles du Seigneur par notre fidélité à imiter, autant que notre faiblesse peut le permettre, votre pureté surhumaine. Pour nous en obtenir la grâce ,
Mère de pureté inviolable, priez poarnoiisl Mater inviolata, ora pro nobisl
1 Apoc, XII, I. — - Malacli., iv, 2. — ' Cité par le pape saiat Célestiii, IipisL, décrétai, roman, pontif.
MATER IlSTEMERATA , ORA PRO NOBIS.
Pour être digne de Dieu, l'éclat du prodige de la Vierge-Mère devait être inaltérable, et le chaste sein dans lequel « le Verbe s'était fait chair ^ » devait demeurer à jamais incorruptible , comme « un sanc- « tuaire exclusivement réservé au Seigneur-. » Aussi est-il de foi que Marie a toujours été vierge ; que rien n'a jamais terni « la fleur de pureté si admirablement « associée en elle au fruit de gloire^, » mais que cette même fleur, à son dernier jour de la terre , était tout aussi éclatante qu'à sa première aurore. Bien plus, l'Église nous dit, dans sa liturgie sacrée, que, loin de rien perdre de sa perfection , la virginité de Marie « a reçu par la naissance miraculeuse du Sauveur, «comme une consécration divine^. » C'est donc là « cette fontaine qui a toujours conservé le pur cristal « de ses eaux sous la garde d'un sceau inviolable ^^ » ('"est là véritablement « ce jardin clos'"' » ({ui est la de-
' Jean, i, 14. — - E/éch., xliv, 2. — ' Eccli., xxiv, i'.]. — ' Miss. Fioiii. in Concept. B. M. V. — ' Cuil., iv, \1. — ^ ll'iil.
meure inaccessible de la majesté divine , et « devant « lequel veille le Chérubin armé d'un glaive de « flamme*. »
Et quand nous n'aurions pas, à cet égard, la certitude que nous donne l'enseignement infaillible de l'Église, quel est le fidèle qui ne comprenne que Marie, par la gloire de la maternité divine, était devenue le vrai temple du Fils de l'Éternel? que le Verbe incréé ayant habité, pendant neuf mois, dans son sein virginal , en avait fait le sanctuaire le plus pur et le plus auguste? que si a tout heu où jadis avait « reposé l'arche du Seigneur, était digne de solennels « hommages ^, » ce sanctuaire vivant de la Divinité en était incomparablement plus digne?... Mais, d'autre part , qui n'aurait horreur de supposer que Dieu ait pu permettre la profanation « de ce tabernacle « qu'il avait choisi ^ » pour son Fils ? que Marie ait pu un seul instant cesser de respecter ce que Dieu avait rendu si vénérable, ou qu'elle ait pu oublier jamais cet engagement sacré dont elle avait parlé à l'Ange Gabriel comme « d'un trésor qu'elle n'eût pas sacrifié M pour la maternité sublime qui lui était annoncée ^ ? »
Ah ! loin de nous , bien loin de nous des pensées qui non-seulement seraient contraires à la foi, mais qui accuseraient Marie « d'un sacrilège indigne « d'elle et d'une profanation indigne de Jésus-Christ « même^. » Unissons-nous plutôt aux saints docteurs (jui ont célébré l'incorruptibilité de la Vierge par excellence. Disons avec saint Jérôme : « Elle est de-
1 Gen.,111, 24. — - Ps. r.xxxi, 7. — ^ i's. cxxxi, 13. — * Saint Gic- >;oire de Nysse, homél. in Nalir Clir. — ' Élevât, sur les myslèies, jiar Ivjssiict.
« meurée toujours sainte et d'àme et de corps , éter- « nellement vierge^; » et avec saint Ambroise : « Marie est la maîtresse delà virginité, dont la gloire « en elle n'a souffert nulle éclipse-; » et avec saint Pierre Chrysologue : « Par l'enfantement de l'Homme- « Dieu sa pureté n'a fait que s'accroître , sa chasteté « a pris un nouveau lustre, sa virginité n'est devenue « que plus inviolable^. »
Mais de cette vérité sachons tirer une leçon fructueuse pour notre âme. La sainte et adorable F^ucharistie , nous l'avons déjà vu , nous donne avec Jésus- Christ des rapports si étroits, si honorables, qu'ils ont une merveilleuse similitude avec ceux que la maternité divine produisit entre Marie et le Fils éternel du Très-Haut. Pourquoi de cette union ineffable, de cet immense honneur ne recueillons-nous pas un affermissement notable dans l'amour de la vertu , une force invincible contre la séduction des sens?... Ah! c'est que nous n'estimons pas assez, avant la sainte communion , le haut prix de la grâce que Dieu nous fait ; c'est qu'après, nous perdons trop tôt la mémoire de l'honneur incomparable que nous avons reçu. Quand « on croit du fond du cœur''*, » comment peuton , avant de participer au sacré banquet , se dire sans émotion : « Ce n'est pas à un homme, ce n'est pas à « un Ange, c'est à Dieu lui-même que je prépare en « moi une demeure ^ ! » Et après s'être uni si intimement à l'Homme-Dieu , comment ne pas « vivre en «Dieu, en prenant des sentiments divins*^?» Après
' Ep. xad Eus. de ass. — In Ezecli., 1. xiii. — - De instit. Virg. — ^ Serni. cxi.ii. — ''Roin.,x, 10. — =■ 1 Paralip.,xxix, I. — '' Médit. î^ur rÉv., par IJossupI.
s'être nourri « de ce corps virginal , de ce corps « conçu d'une vierge, né d'une vierge^, » comment consentir, si l'on ne perd pas le souvenir d'une telle grâce, à cesser un seul instant d'être pur et sans tache ? 0 Marie ! « nouvel Éden où la pureté fait épanouir « ses plus belles fleurs 2, » quels éloges donneronsnous à la gloire de votre virginité inviolable , perpétuelle ?. . . « Miracle inouï , vous dirons-nous avec saint « Éphrem , inexplicable prodige ; buisson incombus- « tible; encensoir d'or d'où s'exhale un parfum déli- « cieux ; seule très-pure d'àme et de corps; seule au- « dessus de toute intégrité, de toute innocence et de « toute virginité^! » Ah! puissions- nous, par votre protection, faire désormais nos délices de la vertu « qui a fait toujours les vôtres , et qui vous fera bénir « éternellement ^ ! » — « Comme le cerf altéré court (( après les eaux rafraichissantes^, » puissions-nous soupirer après l'adorable mystère où l'on goûte, avec « le froment des élus, le vin qui fait germer les vier- « ges^ ! » Puissions-nous surtout, quand nous avons eu Ihonneur infini, l'inexprimable bonheur d'y participer, en conserver le souvenir toujours présent, et mener une vie « sainte, irrépréhensible'', » sous les auspices de celle à qui nous adressons cette supplication d'un cœur, hélas î trop fragile :
Mère incorruplible, priez pour nous 1 — Maler intemerata, ora pro nobis !
i Médit, sur TÉv., par Bossuel. — ^ Saint Basile, Orat. x\\. — ' Sancti Ephiemi opéra grœco-lat., t. 111, p. o24-aa"2. — '' Judith, XV, 2. — ' Ps. XLi, 2. — ^ Znclinr., x, 17. — ' Coloss., i, 22.
Sejuper triuiuplial . m Chinsto .lesu. (u Cor
MATET-i ^A^^TI^^SIMA,
P J CAMUS Editeur Rue Cassette, ao
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